Akitu

LâAkitu (sumĂ©rien : Ă.KI.TI, akkadien : akÄ«tu(m)) dĂ©signe un ensemble de fĂȘtes saisonniĂšres du Proche-Orient ancien, dont les formes les plus anciennes apparaissent en MĂ©sopotamie dĂšs le IIIe millĂ©naire av. J.-C. Ă lâĂ©poque sumĂ©rienne, les akiti sont des cĂ©lĂ©brations locales liĂ©es aux cycles agricoles â semailles, rĂ©coltes, renouvellement de la vĂ©gĂ©tation â et associĂ©es Ă diverses divinitĂ©s selon les citĂ©s (Nanna Ă Ur, Inanna, Dumuzi, Enlil ou Utu ailleurs). Ces fĂȘtes ne sont ni unifiĂ©es ni liĂ©es au Nouvel An : elles reflĂštent la diversitĂ© des traditions cultuelles des citĂ©s-Ătats du sud mĂ©sopotamien.
Ă partir du IIe millĂ©naire av. J.-C., le terme Ă©volue et se diffuse dans plusieurs royaumes mĂ©sopotamiens, oĂč de nouvelles formes apparaissent, parfois dotĂ©es dâun rĂŽle politique plus marquĂ©. Cette Ă©volution aboutit au Ier millĂ©naire av. J.-C. Ă la mise en place, Ă Babylone, de lâAkitu du Nouvel An, devenu la version la plus connue du rituel. CĂ©lĂ©brĂ©e dans le cadre du temple dâEsagil (temple du dieu Marduk), cette fĂȘte associait processions, liturgies solennelles, rĂ©citation de lâEnuma Elishâ épopĂ©e commĂ©morant la victoire de Marduk et lâĂ©tablissement de lâordre cosmique â, sortie de la statue de Marduk vers le bÄ«t akÄ«ti, humiliation rituelle puis restauration du roi, et rĂ©affirmation symbolique de lâordre du monde et de la lĂ©gitimitĂ© royale.
Au-delĂ de Babylone, des formes propres dâAkitu continuent dâĂȘtre cĂ©lĂ©brĂ©es dans dâautres centres du Ier millĂ©naire av. J.-C., notamment en Assyrie (Assur, ArbĂšles, Ninive), Ă Borsippa ou Ă Uruk, chacune adaptĂ©e Ă ses divinitĂ©s locales. Le terme a ensuite connu des rĂ©interprĂ©tations liturgiques ou culturelles, et certaines communautĂ©s de tradition assyrienne en cĂ©lĂšbrent encore aujourdâhui des hĂ©ritages modernes, principalement comme festivitĂ©s du Nouvel An.
Sources et étymologie
[modifier | modifier le code]Sources
[modifier | modifier le code]Les plus anciennes attestations du mot Akitu (Ă.KI.TI) proviennent de documents administratifs du IIIe millĂ©naire av. J.-C., en particulier dâune liste de rations dâorge de Shuruppak (Fara), gĂ©nĂ©ralement considĂ©rĂ©e comme la premiĂšre mention du terme [1]. Durant les Dynasties ArchaĂŻques et l'Ă©poque dâUr III, le mot apparaĂźt dans plusieurs villes sous la forme de noms de mois, de chemins processionnels ou de comptes dâoffrandes. Cela qui indique lâexistence de fĂȘtes locales bien Ă©tablies[2],[3].
Au IIe millĂ©naire av. J.-C., le terme akiti/Akitu apparaĂźt surtout dans les archives royales dâIsin et de Larsa, oĂč il dĂ©signe des cĂ©lĂ©brations locales dĂ©diĂ©es Ă Inanna, Utu ou Dumuzi. Plusieurs tablettes administratives de Larsa mentionnent ainsi un Akitu en lâhonneur de Dumuzi de Bad-Tibira, tandis que les lettres palĂ©o-babyloniennes dâAmmisaduqa Ă©voquent un bÄ«t akiti (« maison de lâAkitu ») Ă Babylone[4]. Ces documents montrent que le mot renvoie alors Ă des fĂȘtes urbaines variĂ©es, souvent liĂ©es Ă des processions ou Ă des cĂ©lĂ©brations saisonniĂšres[5],[6].
Les sources les plus dĂ©taillĂ©es sur le dĂ©roulement du rituel proviennent toutefois de lâĂ©poque nĂ©o-babylonienne (premiĂšre moitiĂ© du Ier millĂ©naire av. J.-C.) et surtout de lâĂ©poque sĂ©leucide (IIe et Ier siĂšcles av. J.-C.). Ces tablettes liturgiques, rĂ©digĂ©es par les prĂȘtres de lâEsagil, fixent la sĂ©quence du Nouvel An babylonien et lâassocient explicitement au dieu Marduk ainsi quâĂ la rĂ©citation de lâĂ©popĂ©e de lâEnuma Elish[7]. Il est Ă noter que, selon lâhypothĂšse â encore discutĂ©e dans la recherche â avancĂ©e par lâhistorienne CĂ©line Debourse (), ces tablettes rituelles tardives sĂ©leucides pourraient constituer des compositions originales de leur Ă©poque et qui pourraient uniquement reflĂ©ter la thĂ©ologie de Marduk et les prĂ©occupations sacerdotales propres Ă lâĂ©poque hellĂ©nistique, plutĂŽt qu'un dĂ©roulement historique du rituel au dĂ©but du Ier millĂ©naire av. J.-C.[8],[9].
Contrairement Ă lâancienne approche « myth-and-ritual », lâEnuma Elish ne permet pas de reconstituer lâAkitu des pĂ©riodes antĂ©rieures : il tĂ©moigne seulement de la conception tardive du culte de Marduk et de la centralitĂ© de Babylone dans les siĂšcles prĂ©cĂ©dant la disparition de l'Ă©criture cunĂ©iforme[10],[11],[12].
Ătymologie et attestations du mot
[modifier | modifier le code]L'Ă©tymologie du terme « Akitu » du IIIe millĂ©naire av. J.-C. Ă.KI.TI reste dĂ©battue : si la graphie suggĂšre une origine sumĂ©rienne. Cependant aucune interprĂ©tation ne fait aujourdâhui consensus et le mot â qui semble fĂ©minin et dont l'origine rĂ©elle est Ă©nigmatique â n'est plus considĂ©rĂ© comme empruntĂ© au sumĂ©rien[1],[13].
La plus ancienne attestation connue provient dâune liste de rations dâorge de Shuruppak (Fara), datĂ©e du milieu du IIIe millĂ©naire. Ce document, souvent citĂ© comme le premier tĂ©moignage du mot, est rĂ©sumĂ© par Bidmead comme Ă©tant « la premiĂšre rĂ©fĂ©rence se trouvant dans une liste de rations d'orge datant du troisiĂšme millĂ©naire Ă Shuruppak »[1],[14]. Lâusage du terme dans les textes administratifs indique quâil renvoie dĂ©jĂ Ă un Ă©vĂ©nement cultuel bien identifiĂ©[1].
Durant la pĂ©riode des dynasties archaĂŻques et dâUr III, le mot Ă.KI.TI apparaĂźt dans plusieurs calendriers locaux, notamment Ă Ur, Adab, Nippur et Uruk. Au cours de l'Empire d'Akkad et d'Ur III, l'Akitu Ă©tait cĂ©lĂ©brĂ© Ă Ur, Nippur, Adab, Uruk et probablement Bad-Tibira. Lâexistence de mois nommĂ©s « à -ki-ti » dans certains calendriers urbains montre que la fĂȘte, ou plutĂŽt la catĂ©gorie de fĂȘte, possĂ©dait dĂ©jĂ une certaine importance institutionnelle[15],[16].
Ă partir du dĂ©but du IIe millĂ©naire av. J.-C., le terme Ă©volue linguistiquement : la forme sumĂ©rienne a-ki-ti continue dâĂȘtre employĂ©e dans des milieux conservateurs comme ceux d'Ur, tandis que les textes du nord adoptent lâakkadien Akitu / Akitum. L'historien Mark E. Cohen souligne cette situation de bilinguisme cultuel : « Pendant la pĂ©riode babylonienne antique, la forme sumĂ©rienne Ă©tait encore utilisĂ©e Ă Ur, mais les villes du nord employaient l'akkadien Akitum »[17]. Les deux formes coexistent longtemps sans changement clair de sens[1].
Des fĂȘtes locales aux fĂȘtes politiques
[modifier | modifier le code]LâAkitu dĂ©signe, dans le Proche-Orient ancien, un ensemble de fĂȘtes saisonniĂšres dĂšs le IIIe millĂ©naire av. J.-C. et cĂ©lĂ©brĂ©es dans de nombreuses citĂ©s de MĂ©sopotamie[15]. Lâhistoire de lâAkitu tĂ©moigne dâun processus long et non linĂ©aire : de l'Ă©poque de Sumer durant laquelle cette fĂȘte est cĂ©lĂ©brĂ©e dans des communautĂ©s locales, agricoles et variĂ©es, Ă Babylone et dans les empires du Ier millĂ©naire av. J.-C., oĂč elle devient un rituel centralisĂ©, thĂ©ologique et politique. MalgrĂ© la continuitĂ© de son appellation, les pratiques de l'Akitu, les fonctions et les significations de celui-ci changent radicalement au fil du temps[18].
Les premiĂšres mentions apparaissent au milieu du IIIe millĂ©naire av. J.-C., ce qui en fait « lâun des festivals les plus anciens attestĂ©s en MĂ©sopotamie »[15]. Ă cette Ă©poque, lâAkitu est dĂ©nuĂ© de fonction calendaire spĂ©cifique : il sâagit avant tout dâun ensemble de rites agricoles liĂ©s au rythme des rĂ©coltes et des semailles cĂ©lĂ©brĂ©s « selon le cycle vĂ©gĂ©tatif, aux saisons du semis et de la moisson »[19],[20].
Dans les citĂ©s sumĂ©riennes du IIIe millĂ©naire av. J.-C. (Ur, Nippur, Adab, Uruk, Bad-Tibira), lâAkitu prĂ©sente une grande diversitĂ© locale. Chaque ville rend hommage Ă sa ou ses divinitĂ©s tutĂ©laires â Nanna Ă Ur, Enlil Ă Nippur, Inanna Ă Uruk, Dumuzi Ă Bad-Tibira â et fixe la fĂȘte Ă des moments diffĂ©rents du calendrier mĂ©sopotamien. Cette variation interne a conduit les chercheurs Ă souligner qu'« aucun rituel unifiĂ© de lâakitu sumĂ©rien ne peut ĂȘtre reconstruit » et que la fĂȘte dĂ©signe plutĂŽt un type de cĂ©rĂ©monie quâun rituel standardisĂ©[1]. âŁâŁSemestriellesâŁâŁ, « ces cĂ©lĂ©brations nâĂ©taient pas des fĂȘtes du Nouvel An », mais des moments forts du cycle agricole[21],[16],[20].
Ă partir du IIe millĂ©naire av. J.-C., certaines citĂ©s continuent de cĂ©lĂ©brer lâAkitu dans un cadre agricole quâon peut qualifier de traditionnel. Mais, dâautres commencent Ă lui donner un rĂŽle politique, liĂ© Ă la prĂ©sence royale ou aux dĂ©placements cultuels (Isin, Larsa). Le mot Akitu apparaĂźt alors dans des contextes variĂ©s selon les villes, et sa signification se transforme : « le terme survit Ă la chute des citĂ©s sumĂ©riennes, mais son sens change profondĂ©ment »[1].
Cette Ă©volution aboutit, au Ier millĂ©naire av. J.-C., Ă une réélaboration complĂšte de l'Akitu Ă Babylone, oĂč ce rite devient la grande fĂȘte du Nouvel An. Les sources tardives (surtout sĂ©leucides) dĂ©crivent un rituel structurĂ©, centrĂ© sur Marduk, intĂ©grant la rĂ©citation de lâEnuma Elish et des sĂ©quences politico-religieuses complexes (humiliation et restauration du roi, processions, sortie au bit akiti). Selon l'historien Benjamin Sommer, ce rituel babylonien « ne doit pas ĂȘtre projetĂ© en arriĂšre sur les fĂȘtes sumĂ©riennes », car il constitue une transformation tardive dâun ensemble de cĂ©lĂ©brations anciennes[7]. Sous les Assyriens, les Perses et les SĂ©leucides, lâAkitu devient un instrument de lĂ©gitimation impĂ©riale, cĂ©lĂ©brĂ© aussi dans des centres comme Assur, ArbĂšles ou Uruk, parfois sans lien calendaire avec le Nouvel An[22],[23],[20].
Les Akitu sumériens
[modifier | modifier le code]Festivals saisonniers, agricoles
[modifier | modifier le code]L'historien Thorkild Jacobsen dĂ©crit la religion sumĂ©rienne comme une « religion dâimmĂ©diateté », centrĂ©e sur la relation directe entre lâĂȘtre humain et les forces vitales de la nature : croissance, fertilitĂ©, alternance des saisons, prĂ©sence et retrait de la vie. Dans cette perspective, les fĂȘtes sumĂ©riennes expriment avant tout les cycles naturels, et non des reconstructions thĂ©ologiques ou politiques comme celles que lâon trouve plus tard Ă Babylone[24].
Les premiĂšres cĂ©lĂ©brations dĂ©signĂ©es par le terme sumĂ©rien Akitu correspondent Ă des rites saisonniers, liĂ©s au rythme agricole et au cycle vĂ©gĂ©tatif. Elles Ă©taient observĂ©es deux fois par an, au moment des semailles et de la rĂ©colte, et non comme fĂȘtes du Nouvel An. Les textes administratifs de lâĂ©poque archaĂŻque, puis de la pĂ©riode dâUr III, indiquent que ces Akitu marquaient des points clĂ©s du calendrier rural[25],[26].
Chaque citĂ© semble avoir cĂ©lĂ©brĂ© ces fĂȘtes selon des usages propres, souvent associĂ©s aux divinitĂ©s locales et Ă leur rĂŽle dans la fertilitĂ© ou la rĂ©gulation des saisons. Le caractĂšre bisannuel de lâAkitu, attestĂ© notamment Ă Ur, montre quâil sâagissait avant tout dâun rituel de transition saisonniĂšre, liĂ© aux Ă©quinoxes et au cycle des cultures, plutĂŽt que dâune cĂ©rĂ©monie cosmique ou royale[26],[16],[20].
Dans ce cadre, lâAkitu apparaĂźt comme une fĂȘte enracinĂ©e dans lâĂ©conomie agricole sumĂ©rienne et dans lâorganisation des citĂ©s du sud mĂ©sopotamien. Les formes quâil prendra plus tard en Babylonie â particuliĂšrement comme rituel du Nouvel An â ne reflĂštent pas cette phase ancienne, qui dĂ©pendait essentiellement des cycles naturels et des activitĂ©s de production[25],[21].
Des dieux et des villes
[modifier | modifier le code]Ă Ur, lâAkitu est solidement attestĂ© et explicitement dĂ©diĂ© Ă Nanna, divinitĂ© tutĂ©laire de la citĂ©. Cohen indique : « à Ur, la fĂȘte akitu Ă©tait dĂ©diĂ©e Ă Nanna ». Les textes montrent que ce festival Ă©tait cĂ©lĂ©brĂ© deux fois par an, lors des semis (a-ki-ti ĆĄu-numun*) et de la rĂ©colte, ce que Cohen dĂ©crit comme « cĂ©lĂ©brations semestrielles » au 1er et au 7e mois du calendrier local [27].
Plusieurs documents des pĂ©riodes dâUr III et palĂ©obabylonienne enregistrent la fourniture dâhuile et dâautres produits destinĂ©s Ă ce rituel, provenant parfois de Larsa. Ce qui confirme lâexistence dâun systĂšme organisĂ© dâapprovisionnement pour la cĂ©lĂ©bration, avec offrandes, repas cultuels et processions. Cohen note aussi que lâAkitu dâUr est reliĂ© Ă la fĂȘte de la barque de la Lune, partie intĂ©grante du cycle rituel de Nanna[28].
Pour Inanna, les sources ne dĂ©crivent pas un « Akitu » spĂ©cifique, mais elles documentent un ensemble de fĂȘtes saisonniĂšres et de cĂ©lĂ©brations locales qui Ă©clairent le contexte des rituels sumĂ©riens au IIIe millĂ©naire av. J.-C. L'historien Cohen rappelle que certaines des premiĂšres occurrences du terme Akitu proviennent de Shuruppak, un corpus oĂč Inanna est trĂšs prĂ©sente, notamment dans des listes dâoffrandes et de rituels mensuels destinĂ©s Ă son culte[29].
Les plus anciennes rĂ©fĂ©rences sĂ»res Ă un Akitu dĂ©diĂ© Ă une autre divinitĂ© que Nanna concernent Dumuzi de Bad-Tibira. Deux documents palĂ©obabyloniens provenant de Larsa enregistrent la livraison dâhuile destinĂ©e au jour de lâAkitu de Dumuzi, parfois associĂ© Ă la fĂȘte Elulu[Note 1], une cĂ©lĂ©bration du cycle pastoral[17].
Cohen ajoute que Dumuzi est aussi prĂ©sent dans plusieurs fĂȘtes agricoles sumĂ©riennes, notamment Ă Umma, oĂč des textes dâUr III mentionnent lâenvoi dâanimaux « pour Dumuzi allant vers la prĂȘtresse », tĂ©moignage dâun rituel saisonnier impliquant offrandes, dĂ©placements et personnel du sanctuaire[17].
Ăvolutions au IIe millĂ©naire
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Au dĂ©but du IIe millĂ©naire av. J.-C., le terme akiti/Akitum connaĂźt une Ă©volution nette. La tradition sumĂ©rienne dâune fĂȘte saisonniĂšre, locale et agricole se maintient encore dans certaines citĂ©s du sud, mais le vocabulaire et les usages se diversifient progressivement. Cependant, dans les rĂ©gions oĂč lâakkadien devient dominant, la forme « Akitum » sâimpose et peut dĂ©signer des cĂ©lĂ©brations de nature variĂ©e, sans unitĂ© fonctionnelle dâune ville Ă lâautre[33]. Cette pĂ©riode voit Ă©galement lâapparition ou la consolidation de structures rituelles spĂ©cialisĂ©es, comme le bÄ«t akÄ«ti â ou « maison de l'akiti » â, un bĂątiment extra-urbain associĂ© Ă certaines cĂ©rĂ©monies, parfois utilisĂ© pour la tonte des moutons les jours oĂč aucune fĂȘte dâAkitu nâest cĂ©lĂ©brĂ©e[34],[16].
Cette Ă©poque marque aussi les premiĂšres tentatives de rĂ©cupĂ©ration royale de fĂȘtes calendaires : certains rois dâIsin et de Larsa apparaissent dans les inscriptions comme restaurateurs de temples ou commanditaires de cĂ©lĂ©brations religieuses, inaugurant un processus qui, plusieurs siĂšcles plus tard, conduira Ă la crĂ©ation du rituel nĂ©o-babylonien du Nouvel An[35].
Attestations locales au IIe millénaire
[modifier | modifier le code]Les sources administratives du dĂ©but du IIe millĂ©naire av. J.-C. confirment la grande diversitĂ© des cĂ©lĂ©brations appelĂ©es akiti/Akitum. Ă Ur, oĂč la tradition sumĂ©rienne se maintient le plus explicitement, lâAkitu reste une fĂȘte semi-annuelle liĂ©e Ă Nanna, toujours cĂ©lĂ©brĂ©e selon un rythme agricole traditionnel. Cohen souligne que les textes issus dâUr Ă lâĂ©poque dâIsin-Larsa ne manifestent aucune innovation rituelle majeure par rapport Ă Ur III ; lâAkitu demeure une fĂȘte locale centrĂ©e sur les offrandes, les approvisionnements et la participation des temples[36].
Ă Isin, les inscriptions royales montrent une Ă©volution : certaines fĂȘtes dâInanna sont restaurĂ©es ou soutenues par des rois, ce qui indique un engagement politique nouveau dans le cycle cultuel. Bien que Cohen nâidentifie pas dâAkitu propre Ă Isin comparable Ă celui de Babylone, les textes rĂ©vĂšlent que la dynastie dâIsin utilise les fĂȘtes religieuses pour renforcer sa lĂ©gitimitĂ©[37].
Ă Larsa, des tablettes administratives attestent les premiĂšres mentions indiscutables dâun Akitu cĂ©lĂ©brĂ© pour Dumuzi de Bad-Tibira, distinct de lâAkitu de Nanna Ă Ur. Deux tablettes administratives du septiĂšme mois mentionnent des offrandes dâhuile destinĂ©es au « jour de lâa-ki-ti » de Dumuzi, parfois associĂ© Ă la fĂȘte pastorale d'Elulu. Il sâagit des plus anciennes rĂ©fĂ©rences Ă un Akitu dĂ©diĂ© Ă une divinitĂ© autre que Nanna. Elles confirment la pluralitĂ© des pratiques en MĂ©sopotamie du Sud. Les inscriptions de Warad-SĂźn Ă©voquent Ă©galement des dons pour un Akitu, probablement celui dâUr, montrant une certaine forme de patronage royal[38].
En Babylonie palĂ©obabylonienne, les lettres dâAmmisaduqa contiennent plusieurs mentions dâun bÄ«t akiti, utilisĂ© notamment pour la tonte des moutons. Ce « temple extĂ©rieur » â qui deviendra lâun des Ă©lĂ©ments majeurs de la liturgie nĂ©o-babylonienne â est dĂ©jĂ attestĂ© comme lieu rituel spĂ©cialisĂ©, mais sans lien avec un Nouvel An ou une mythologie cosmogonique. Pour Cohen, cela illustre la maniĂšre dont certaines structures cultuelles Ă©voluent indĂ©pendamment du rituel royal tardif[30].
Le Nouvel An babylonien
[modifier | modifier le code]Contexte politique et religieux
[modifier | modifier le code]Au Ier millĂ©naire av. J.-C., le dĂ©veloppement du Nouvel An babylonien sâinscrit dans un contexte politique et religieux complexe. Ă la diffĂ©rence des anciens Akitu sumĂ©riens â fĂȘtes locales, saisonniĂšres et essentiellement agricoles â lâAkitu babylonien devient une cĂ©lĂ©bration centrale de lâidentitĂ© de la ville. Il est dĂ©diĂ© Ă Marduk et indissociable du temple dâEsagil et de la fonction royale[39],[40]. Lâhistorienne Julye Bidmead insiste sur lâabsence de continuitĂ© de lâAkitu : le prestigieux Akitu babylonien de Marduk est une rĂ©invention tardive et non lâaboutissement organique des Akitu prĂ©cĂ©dents, qui nâintĂšgrent pas encore les dimensions thĂ©ologiques et politiques caractĂ©ristiques de la fĂȘte babylonienne du Ier millĂ©naire av. J.-C.[35],[20].
Babylone détruite
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Cette spĂ©cificitĂ© apparaĂźt explicitement lors des crises que connaĂźt Babylone sous domination de l'Empire assyrien. Au VIIe siĂšcle av. J.-C., plusieurs insurrections majeures compromettent la cĂ©lĂ©bration du rituel. En , SennachĂ©rib ordonne la destruction de Babylone ; lâEsagil est rasĂ© et la statue de Marduk transfĂ©rĂ©e Ă Assur. Les textes assyriens montrent que la cour tente alors de relocaliser certains aspects du rituel dans la ville dâAssur, intĂ©grant des Ă©lĂ©ments de lâidĂ©ologie mardukite Ă la royautĂ© nĂ©o-assyrienne[41],[42],[43]. Cependant, comme le rappellent les sources babyloniennes, lâAkitu ne peut ĂȘtre accompli correctement que dans Babylone elle-mĂȘme, en prĂ©sence de la statue de Marduk[44].
AprĂšs la destruction de la ville, lâAkitu cesse dâĂȘtre cĂ©lĂ©bré : il nâest attestĂ© ni Ă Babylone ni Ă Assur. Les rois nĂ©o-assyriens, perçus dans les sources locales comme des « rois Ă©trangers », ont pourtant besoin de ce rituel pour affirmer leur lĂ©gitimitĂ© en Babylonie. Câest dans ce contexte quâAssarhaddon adopte une politique de conciliation : il entreprend la reconstruction de Babylone, restaure lâEsagil et rapatrie la statue de Marduk. Les rois nĂ©o-assyriens adaptent par la suite les formes traditionnelles de lâAkitu afin dâobtenir le soutien du clergĂ© et de la population et dâancrer leur domination dans un cadre rituel reconnu[45]. Ces souverains sâappuient de plus en plus sur la compĂ©tence du clergĂ© babylonien, qui devient lâacteur indispensable de la mise en scĂšne rituelle de la lĂ©gitimitĂ© royale[46],[20].
Les larmes du roi
[modifier | modifier le code]Les textes tardifs du Nouvel An babylonien inversent lâimage traditionnelle dâun roi glorieux : le souverain y apparaĂźt humiliĂ©, dĂ©pendant de Marduk et soumis au clergĂ©. Le « Grand FrĂšre », prĂȘtre principal dâEsagil, est le vĂ©ritable maĂźtre du rituel : dĂ©tenteur du savoir liturgique, intermĂ©diaire privilĂ©giĂ© du dieu et seul autorisĂ© Ă frapper symboliquement la joue du roi. Comme lâa montrĂ© CĂ©line Debourse, ces compositions tardives reflĂštent un contexte de domination Ă©trangĂšre oĂč les rois, absents ou peu impliquĂ©s dans le culte, ne remplissaient plus spontanĂ©ment leurs devoirs rituels, incitant les prĂȘtres Ă affirmer leur propre rĂŽle comme garants de lâordre divin et de la tradition babylonienne[47].
Lors du cinquiĂšme jour du Nouvel An, le rituel de la « confession nĂ©gative »[Note 2] place le roi dans une position de dĂ©pendance totale envers Marduk. Sous la conduite du grand prĂȘtre, il doit publiquement dĂ©clarer quâil nâa commis aucun tort envers le dieu ni envers son clergĂ©. Ce moment du rituel signifie que la royautĂ© nâest valable que si le souverain demeure pieux et respecte l'Esagil[49].
Le roi devient vulnĂ©rable, tandis que le grand prĂȘtre occupe la position dâautoritĂ©. AprĂšs la dĂ©claration, le prĂȘtre le gifle : ce geste rituel montre que lâautoritĂ© sacerdotale peut juger et corriger le souverain. Si le roi pleure, câest un bon prĂ©sage, signe que Marduk a acceptĂ© sa sincĂ©ritĂ©. Cette scĂšne reflĂšte un contexte dans lequel les rois sont souvent Ă©trangers (Perses ou MacĂ©doniens) : le rituel rappelle alors au souverain quâil nâest lĂ©gitime Ă Babylone que sâil honore Marduk et respecte le clergĂ© local[49].
Le chercheur Sam Mirelman nuance lâinterprĂ©tation traditionnelle du rituel dit du « coupable » lors de lâAkitu babylonien. La « confession nĂ©gative » prononcĂ©e par le roi au cinquiĂšme jour du festival ne doit pas ĂȘtre comprise comme une pĂ©nitence morale ou une reconnaissance de faute personnelle, mais comme un rituel de lamentation et de purification inscrit dans une logique liturgique bien attestĂ©e. Lâhumiliation du roi et ses larmes rituellement versĂ©es font partie dâun rite destinĂ© Ă apaiser le dieu Marduk et Ă rĂ©tablir lâordre religieux. Ce moment ne vise pas Ă accuser le roi, mais Ă confirmer de nouveau sa lĂ©gitimitĂ© Ă gouverner[50].
L'Enuma Elish au centre de l'Akitu
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Par ailleurs, lâassociation directe entre lâAkitu babylonien et lâEnuma Elish est bien attestĂ©e dans les sources du Ier millĂ©naire av. J.-C. : celle-ci Ă©tait rĂ©citĂ©e durant la fĂȘte. Pour l'historien Benjamin Sommer, le rituel associe effectivement un schĂ©ma destruction/recrĂ©ation propre aux mythologies de Sumer. Cependant, ce schĂ©ma est pensĂ© dans un cadre thĂ©ologique et politique propre au Ier millĂ©naire av. J.-C. et reflĂšte une thĂ©ologie tardive typiquement babylonienne qui ne doit pas ĂȘtre projetĂ©e sur les formes plus anciennes de lâAkitu[52].
Ainsi, au Ier millĂ©naire av. J.-C., la dimension politique du Nouvel An babylonien domine son aspect religieux. LâAkitu est pensĂ© comme un rite de « rectification », destinĂ© Ă affirmer la lĂ©gitimitĂ© de souverains Ă©trangers et Ă prĂ©senter leur pouvoir comme conforme Ă lâordre babylonien, plutĂŽt quâĂ recrĂ©er le cosmos[53]. Pour Sommer, malgrĂ© la critique de Smith, le rituel reste fondĂ© sur un schĂ©ma de destruction et de renouvellement cosmique, dont lâexaltation de Babylone et dâEsagil rĂ©vĂšle une dimension politique intrinsĂšque[54].
Structure du rituel
[modifier | modifier le code]Câest sous les SĂ©leucides que les descriptions du rituel sont fixĂ©es dans les textes liturgiques qui sont encore lisibles aujourd'hui. Ces tablettes, rĂ©digĂ©es par le clergĂ© babylonien, offrent la seule sĂ©quence continue du dĂ©roulement de lâAkitu. Leur caractĂšre tardif explique pourquoi il est impossible de projeter leur structure sur les formes plus anciennes de la fĂȘte, qui restaient locales et moins centralisĂ©es. LâAkitu babylonien apparaĂźt ainsi comme une synthĂšse du Ier millĂ©naire av. J.-C., marquĂ©e par la thĂ©ologie tardive de Marduk et par les enjeux politiques des empires successifs[55].
Pendant la pĂ©riode achĂ©mĂ©nide, les rois perses maintiennent largement la structure du rituel. Darius et XerxĂšs laissent le clergĂ© de lâEsagil administrer lâAkitu, et plusieurs documents indiquent que la fĂȘte joue un rĂŽle dans la relation diplomatique entre le pouvoir impĂ©rial et Babylone[45]. Toutefois, aprĂšs les rĂ©voltes babyloniennes du dĂ©but du Ve siĂšcle av. J.-C., XerxĂšs rĂ©duit certains aspects du culte, montrant que lâAkitu pouvait Ă©galement devenir un enjeu politique et mĂȘme Ă©conomique[56].
Selon les tablettes nĂ©o-babyloniennes et sĂ©leucides, le rituel classique de l'Akitu babylonien se dĂ©roule sur douze jours. Il sâarticule autour du temple de lâEsagil Ă Babylone et met en scĂšne la statue de Marduk, le souverain divin de la ville[56],[57].
Jours 1 à 3 : purification et préparation
[modifier | modifier le code]Durant cette premiĂšre phase, la statue de Marduk reste dans son sanctuaire, le temple dâEsagil est soigneusement purifié : les prĂȘtres procĂšdent Ă des ablutions, au nettoyage des objets sacrĂ©s et Ă la vĂ©rification des statues divines. Lâobjectif est de rĂ©tablir la puretĂ© rituelle avant la fĂȘte[58],[59]. Les statues des dieux des autres villes (Borsippa et Ur principalement) sont prĂ©parĂ©es pour leur voyage vers Babylone. Les artisans comment la confection de figurines rituelles[60].
Jour 4Â : lecture de lâEnuma Elish
[modifier | modifier le code]Le quatriĂšme jour marque traditionnellement lâouverture proprement dite du Nouvel An rituel. LâAĂźnĂ© (Aáž«u-rabĂ») se lĂšve trĂšs tĂŽt, entre une et deux tiers de double heure avant lâaube, puis il accomplit les ablutions et la priĂšre habituelle devant Marduk. AprĂšs ce rite, il sort dans la Grande Cour pour procĂ©der Ă une bĂ©nĂ©diction spĂ©ciale qui associe symboliquement lâEsagil Ă lâĂ©toile IkĂ», la constellation de PĂ©gase, renforçant ainsi le lien entre le temple et lâordre cosmique[61].
Plus tard dans la matinĂ©e, aprĂšs le second repas rituel, le grand prĂȘtre rĂ©cite devant Marduk lâintĂ©gralitĂ© de lâEnuma Elish, lâĂ©popĂ©e babylonienne de la CrĂ©ation. Durant cette rĂ©citation, la tiare dâAnu et le trĂŽne dâEnlil doivent rester recouverts, signe du caractĂšre solennel et cosmique du texte. De son cĂŽtĂ©, le roi se rend au sanctuaire appelĂ© E-niggidri-kalamma-summa, la « Maison qui confĂšre le sceptre du pays », oĂč il reçoit rituellement le sceptre royal, prĂ©parant ainsi les sĂ©quences de lĂ©gitimation du pouvoir qui culmineront les jours suivants[62],[63],[61].
Jour 5Â : humiliation et restauration du roi
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Le cinquiĂšme jour est dominĂ© par les rites de purification du temple, lâarrivĂ©e de NabĂ» et la dramatique cĂ©rĂ©monie dâhumiliation du roi. LâAĂźnĂ© (le prĂȘtre officiant) se lĂšve Ă deux double heures de la nuit et commence la journĂ©e par la prĂ©paration rituelle habituelle. Un exorciste procĂšde ensuite Ă la purification de lâEsagil et du cella de Nabû : il asperge les lieux avec de lâeau provenant de puits du Tigre et de lâEuphrate, enduit les portes dâhuile de cĂšdre, transmet un encensoir et une torche, et frappe un instrument en bronze (nigkalagĂ»). Un mouton est ensuite sacrifié : aprĂšs dĂ©capitation par un boucher, sa carcasse sert Ă nettoyer le temple avant dâĂȘtre jetĂ©e dans lâEuphrate. Ă la suite de ce rite, lâexorciste et le boucher doivent quitter Babylone et ne pas y revenir avant le douziĂšme jour[65].
Pendant ce temps, NabĂ» arrive de Borsippa. LâAĂźnĂ© et les artisans dĂ©corent son temple dâun « ciel dâor ». Le roi est alors conduit Ă lâEsagil, oĂč le grand prĂȘtre lui retire ses insignes royaux devant le temple de BÄl. Le souverain doit sâagenouiller et rĂ©citer une « confession nĂ©gative » : il n'a jamais ravagĂ© Babylone, blessĂ© ses habitants, ni dĂ©truit ses temples ni insultĂ© Marduk. AprĂšs cette dĂ©claration, le grand prĂȘtre lui rend ses insignes et le gifle ; si le roi pleure, câest un signe favorable tĂ©moignant de la bienveillance de Bel. En fin de journĂ©e, le grand prĂȘtre et le roi sacrifient ensemble un taureau dans la Grande Cour de lâEsagil[66],[67],[65].
Jour 6 : destruction des figurines et début des grandes offrandes
[modifier | modifier le code]Le sixiĂšme jour suit la routine quotidienne : lever rituel de lâAĂźnĂ©, ablutions et priĂšres Ă BÄl et BÄltÄ«ya. Le moment central est la destruction symbolique des deux figurines prĂ©parĂ©es au troisiĂšme jour : elles ont Ă©tĂ© nourries pendant plusieurs jours avec les restes des offrandes et, Ă son arrivĂ©e, NabĂ» les frappe et les tue rituellement dans le temple de Ninurta. Ce geste marque la dissipation des forces nĂ©gatives avant la grande assemblĂ©e divine[68],[69].
Ce jour inaugure aussi une sĂ©rie dâoffrandes solennelles, qui se poursuivront jusquâau douziĂšme jour. Des rites particuliers sont cĂ©lĂ©brĂ©s pour d'autres dieux aprĂšs leur arrivĂ©e de Borsippa[68],[69].
Jour 7 : prĂ©paratifs en vue de lâAssemblĂ©e divine
[modifier | modifier le code]Les textes sont lacunaires pour cette journĂ©e, mais lâon sait que des cĂ©rĂ©monies dâhabillement ont lieu pour les dieux extĂ©rieurs. Il est probable que des rites similaires se dĂ©roulent Ă Babylone, afin de prĂ©parer les dieux Ă la grande procession et Ă lâAssemblĂ©e du lendemain. Le septiĂšme jour apparaĂźt ainsi comme un jour de transition, consacrĂ© Ă lâhabillage et Ă la mise en ordre des statues divines[68],[69].
Jour 8 : assemblée des dieux et grande procession
[modifier | modifier le code]Le huitiĂšme jour constitue lâun des points culminants du festival. Les dieux rassemblĂ©s Ă Babylone se rĂ©unissent au Dais des DestinĂ©es, oĂč ils dĂ©crĂštent les destinĂ©es pour lâannĂ©e Ă venir[68],[69].
Tous les dieux, les dieux de Borsippa, de Cuthah et de Kish,
et les dieux de tous les centres cultuels,
viennent Ă Babylone
pour prendre la main du grand seigneur Marduk.
Ils lâaccompagnent ensuite jusquâĂ la Maison de lâAkitu (bÄ«t akÄ«tu).
Le roi verse une libation devant eux
et récite une priÚre.
Anu et Enlil viennent dâUruk et de Nippur Ă Babylone
pour prendre la main de BÄl.
Ils marchent avec lui en procession jusquâĂ Esiskur.
Avec eux, tous les grands dieux
arrivent Ă Babylone.
â Texte rituel akkadien tardif (pĂ©riode sĂ©leucide), associĂ© Ă la liturgie de lâAkÄ«tu[70].
Ensuite commence la procession solennelle vers la maison de lâAkitu, situĂ©e hors des murs de la ville : le roi prend rituellement la main de Marduk et le conduit hors de Babylone. Sur le chemin, des chants et des priĂšres sont exĂ©cutĂ©s par les assinnu et kurgarru[Note 3]. Le jour inclut Ă©galement un rituel dramatique, probablement une reprĂ©sentation symbolique de combat, et des offrandes royales de viande Ă BÄl et BÄltÄ«ya. Ce jour incarne la proclamation de la suprĂ©matie de Marduk et la cohĂ©sion des dieux autour de Babylone[68],[69].
Jour 9 : sĂ©jour des dieux Ă la maison de lâAkitu
[modifier | modifier le code]Aucun texte dĂ©taillĂ© ne subsiste pour cette Ă©tape. Les sources mentionnent simplement que les dieux sĂ©journent dans la maison de lâAkitu. La journĂ©e est probablement consacrĂ©e Ă une cĂ©lĂ©bration de pleine nature, centrĂ©e sur la prĂ©sence des dieux dans ce lieu rituel extĂ©rieur[68],[69].
Jour 10Â : offrandes continues
[modifier | modifier le code]Le dixiĂšme jour est largement dĂ©diĂ© Ă la remise de cadeaux et d'offrandes, un prolongement des pratiques initiĂ©es au sixiĂšme jour. Cela confirme lâimportance de la dimension Ă©conomique et votive du festival dans sa seconde moitiĂ©[68],[69].
Jours 11 Ă 12Â : retour et restauration de lâordre
[modifier | modifier le code]La statue revient Ă Esagil, marquant la fin de la fĂȘte et la rĂ©affirmation de lâordre cosmique et politique. Le roi et les prĂȘtres cĂ©lĂšbrent la nouvelle annĂ©e, les offrandes sont achevĂ©es et la polis retrouve son Ă©quilibre[72],[69]. Le texte ci-dessous, â un fragment rituel tardif de la pĂ©riode sĂ©leucide â dĂ©crit lâarrivĂ©e du dieu (probablement Marduk) Ă la Maison de lâAkitu, lâapaisement de sa colĂšre et son installation dans lâEsiskur, entourĂ© des Igigu et des Anunnaki, marquant la restauration de lâordre cosmique et la fin du rituel d'Akitu[73].
Il le mit en route vers la Maison de lâAkitu, le cĆur farouche, le visage menaçant.
Quand la lumiÚre éclatante de ses yeux se leva, les mauvais et les impies se dissipÚrent comme la glace.
Les dĂ©mons et les esprits malfaisants expirĂšrent dâeux-mĂȘmes.
Lorsque sa colĂšre fut apaisĂ©e et son cĆur calmĂ©, son visage resplendit.
Il le conduisit dans lâEsiskur, la Maison de la BĂ©nĂ©diction, et lâinstalla sur le siĂšge du repos.
Les Igigu et les Anunnaki, dieux et déesses, il les plaça à droite et à gauche.
En sa présence, paix et silence furent imposés ; la crainte sacrée tomba.
« [âŠ] Jâai accompli [âŠ], jâai terminĂ© [âŠ], jâai menĂ© les rites Ă leur terme. »
â Texte rituel akkadien tardif (pĂ©riode sĂ©leucide), associĂ© Ă la liturgie de lâAkÄ«tu[74].
Plusieurs chercheurs du XXe siĂšcle ont proposĂ© que lâAkitu ait comportĂ© une hiĂ©rogamie entre Marduk et Sarpanitu, en analogie avec les unions rituelles sumĂ©riennes entre Dumuzi et Inanna. Cependant, les analyses modernes montrent que rien dans les textes nĂ©o-babyloniens et sĂ©leucides ne dĂ©crit une telle union sacrĂ©e lors du Nouvel An. L'historienne Julye Bidmead souligne que cette hypothĂšse repose sur une projection injustifiĂ©e de traditions sumĂ©riennes sur un rituel tardif de structure diffĂ©rente[75].
Signification cosmologique
[modifier | modifier le code]Les textes nĂ©o-babyloniens et sĂ©leucides associent le rituel du Nouvel An Ă un ensemble dâactions symboliques qui mettent en scĂšne une destruction temporaire de lâordre suivie de sa restauration. La purification du temple, lâhumiliation du roi, la sortie de Marduk hors dâEsagil puis son retour marquent un passage par un moment de dĂ©sĂ©quilibre rituel, avant la rĂ©affirmation de la souverainetĂ© divine et de lâordre civique. Benjamin Sommer souligne que cette dynamique sâinscrit dans un schĂ©ma de renouvellement cosmique, oĂč le chaos est briĂšvement rĂ©introduit pour mieux ĂȘtre vaincu lors du retour du dieu[76].
Dans ce cadre, la rĂ©citation de lâEnĆ«ma EliĆĄ durant la fĂȘte ne sert pas Ă rĂ©actualiser littĂ©ralement la crĂ©ation du monde, mais Ă rappeler la victoire fondatrice de Marduk sur les forces du chaos[77]. Cette lecture confĂšre au rituel une fonction de rĂ©affirmation annuelle de lâordre cosmique, qui sâarticule en mĂȘme temps Ă lâordre politique, puisque Babylone et la royautĂ© sont prĂ©sentĂ©es comme les garants de lâĂ©quilibre instaurĂ© par le dieu[78].
Dans le rituel de lâAkitu, lâespace urbain matĂ©rialise la cosmologie mĂ©sopotamienne, articulĂ©e autour de lâopposition entre ordre et chaos[77]. La ville de Babylone reprĂ©sente le centre ordonnĂ©, structurĂ© par les temples de Marduk et de NabĂ», et identifiĂ© symboliquement Ă l'Ătoile du Champ, dont lâEsagil est la rĂ©plique terrestre. Les premiers jours du festival â rites purificatoires, priĂšres, dĂ©termination des destins â avaient lieu Ă lâintĂ©rieur de la ville, dans lâespace du pouvoir et de la stabilitĂ©[79].
Le moment culminant du rituel est constituĂ© par la procession vers la maison de lâAkitu, situĂ©e hors les murs, dans une zone dĂ©signĂ©e comme la « steppe ». Cet espace incarne le chaos et constitue le seul cadre appropriĂ© Ă la mise en scĂšne rituelle de la victoire de Marduk sur Tiamat. Le combat mythologique nâest pas jouĂ©, mais Ă©voquĂ© par des allusions visuelles et orales : ordre hiĂ©rarchique des dieux dans la procession, insignes et emblĂšmes divins, chants et rĂ©citations associĂ©s au mythe. La sortie hors de la ville reflĂšte ainsi la transition symbolique vers un espace chaotique oĂč lâordre devait ĂȘtre rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©[79].
Le dĂ©roulement de la procession traduit aussi la structure politique de la MĂ©sopotamie : dans lâidĂ©ologie babylonienne, les dieux des autres citĂ©s sont censĂ©s se rendre Ă Babylone pour accompagner Marduk, ce qui crĂ©e une cohĂ©sion cultuelle radiale centrĂ©e sur la capitale. MĂȘme si seules les citĂ©s voisines envoient rĂ©ellement une dĂ©lĂ©gation, cette reprĂ©sentation renforce lâidĂ©e dâun espace impĂ©rial organisĂ© autour dâun centre sacrĂ©[79].
En Assyrie, le modĂšle centre/pĂ©riphĂ©rie est repris et adaptĂ©. AprĂšs la destruction de Babylone, SennachĂ©rib transfĂšre des Ă©lĂ©ments de la thĂ©ologie de Marduk au dieu national Assur, et restructure le festival Ă Assur autour dâune procession comparable. Dans dâautres villes assyriennes, lâAkitu se concentre moins sur le combat mythologique que sur la figure du roi, reprĂ©sentĂ© comme le vainqueur des forces du chaos incarnĂ©es par les ennemis de lâempire[79].
Les Akitu dans dâautres citĂ©s du Ier millĂ©naire av. J.-C.
[modifier | modifier le code]Le terme Akitu a Ă©galement Ă©tĂ© employĂ© pour dĂ©signer diverses cĂ©lĂ©brations urbaines dans plusieurs citĂ©s de MĂ©sopotamie et dâAssyrie au Ier millĂ©naire av. J.-C., dont lâorganisation et les fonctions varient selon les traditions locales. Ces fĂȘtes ne correspondent pas au modĂšle babylonien du Nouvel An centrĂ© sur Marduk et ne doivent pas ĂȘtre interprĂ©tĂ©es comme des dĂ©clinaisons ou des versions secondaires de celui-ci â certaines Ă©tant notamment consacrĂ©es au dieu Assur â. Cohen mentionne Ă©galement des attestations Ă Sippar, Kish et dans certaines citĂ©s secondaires, oĂč le terme Akitu dĂ©signe des rites saisonniers ou des fĂȘtes locales dont le dĂ©tail nâest pas conservĂ©[80]. Cependant, se sont des rituels indĂ©pendants partageant un vocabulaire commun plutĂŽt quâun contenu cultuel uniforme[81],[82].
Assyrie : Assur et ArbÚles
[modifier | modifier le code]Dans les citĂ©s assyriennes, lâAkitu Ă©tait cĂ©lĂ©brĂ© durant le second mois, sans lien avec le Nouvel An et sans structure comparable au rituel babylonien. Ă Assur et Ă ArbĂšles, la fĂȘte Ă©tait dĂ©diĂ©e au culte local â respectivement Assur et Ishtar â et consistait en processions, offrandes et dĂ©placements de statues divines[22]. Bidmead souligne que ces rituels reflĂštent la tradition assyrienne propre, qui nâintĂšgre lâidĂ©ologie « mardukite » quâĂ lâĂ©poque des rois nĂ©o-assyriens[83].
Borsippa : lâAkitu de NabĂ»
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Ă Borsippa, lâAkitu est cĂ©lĂ©brĂ© au profit de NabĂ», dont la statue rejoint celle de Marduk Ă Babylone lors de certaines fĂȘtes, mais possĂšde Ă©galement une liturgie propre dans la ville mĂȘme. Les textes indiquent des processions vers le temple Ezida et un rituel distinct de celui de Babylone[84].
Uruk : Anu et Iƥtar
[modifier | modifier le code]Uruk connaĂźt Ă©galement un Akitu consacrĂ© Ă Anu et probablement Ă Ishtar. Les textes du Ier millĂ©naire av. J.-C. Ă©voquent des processions destinĂ©es Ă conduire les statues divines vers un sanctuaire extĂ©rieur, selon un schĂ©ma analogue aux fĂȘtes de sortie[85]. Il est, par ailleurs, attestĂ© sous deux formes annuelles distinctes, lâune cĂ©lĂ©brĂ©e au printemps (mois de Nisannu), marquant le dĂ©but de lâannĂ©e civile, et lâautre Ă lâautomne (mois de TaĆĄritu), correspondant au dĂ©but de lâannĂ©e cultuelle. Ces festivitĂ©s sont principalement dĂ©diĂ©es aux divinitĂ©s tutĂ©laires de la ville, Anu et son Ă©pouse Antu, avec lâimplication dâIĆĄtar et de Nanaya. Le festival comprend Ă©galement des processions vers des temples dâAkitu situĂ©s hors les murs. Les rituels majeurs incluent des prĂ©paratifs cultuels, des cĂ©rĂ©monies de renouvellement du temple, des processions divines conduisant Anu vers le temple dâAkitu, puis son retour solennel au sanctuaire principal, moment associĂ© Ă la confirmation de lâordre cosmique et Ă la dĂ©termination des destins pour lâannĂ©e Ă venir. LâAkitu dâUruk illustre ainsi une tradition locale autonome, distincte du modĂšle babylonien centrĂ© sur Marduk, et tĂ©moigne de la continuitĂ© des pratiques religieuses mĂ©sopotamiennes jusque dans la pĂ©riode hellĂ©nistique[86].
Célébrations d'automne
[modifier | modifier le code]Ă Babylone, un Akitu semble exister Ă l'entrĂ©e de l'automne (mois de TaĆĄrÄ«tu) pendant l'Ă©poque hellĂ©nistique. Cependant les sources cunĂ©iformes rapportent tout au plus une pĂ©riode de forte activitĂ© religieuse, avec des offrandes collectives. Mais, rien ne prouve que cette activitĂ© se rapporte directement Ă un festival de lâAkitu. Selon l'historien Linssen, aucune description rituelle complĂšte nâa Ă©tĂ© conservĂ©e et les sources se rĂ©duisent Ă quelques mentions isolĂ©es : une possible cĂ©rĂ©monie dâhabillement de BÄl et la prĂ©paration d'un tambour cĂ©rĂ©moniel, peut-ĂȘtre en vue dâune procession vers le temple de lâAkitu. Cette pauvretĂ© documentaire sâexplique par la raretĂ© des textes cultuels de lâĂ©poque et par le fait que ce festival marquait le dĂ©but de lâannĂ©e cultuelle, et non civile, ce qui limitait sa mention dans les chroniques et les journaux astronomiques[87].
Le chercheur Claus Ambos parle Ă©galement d'un rituel de renversement temporaire du statut royal qui a lieu Ă l'Ă©quinoxe d'automne. Pendant le festival de TaĆĄrÄ«tu, le roi babylonien est conduit hors de la ville, dans un espace rituel amĂ©nagĂ© dans la steppe : un petit complexe entourĂ© dâune palissade, comprenant notamment une sorte de « prison » Ă cĂŽtĂ© d'une hutte, le tout construit en roseaux. Le roi, sans insignes royaux, passe la nuit dans la « prison » ; il se prĂ©sente comme un ĂȘtre misĂ©rable et « coupable », rĂ©cite des priĂšres Ă des corps cĂ©lestes et Ă des dieux liĂ©s Ă la royautĂ© (notamment ceux associĂ©s Ă Nippur et Babylone) pour obtenir leur intercession et restaurer lâharmonie avec le monde divin. Au matin, il quitte la « prison », entre dans la hutte voisine oĂč sont rassemblĂ©es des divinitĂ©s (reprĂ©sentĂ©s par des images ou des insignes), accomplit priĂšres et sacrifices ; il subit ensuite une ablution/purification, revĂȘt de nouveau le vĂȘtement royal et est rĂ©investi de ses insignes face au soleil levant, avant de retourner en ville pour reprendre sa place dans la suite des cĂ©rĂ©monies du Nouvel An[88],[89].
DerniÚres célébrations de l'Akitu
[modifier | modifier le code]Le festival Akitu, attesté en Mésopotamie depuis le milieu du IIIe millénaire av. J.-C., a perduré pendant plus de deux mille ans avant de disparaßtre progressivement comme institution centralisée[20].
Une lente extinction
[modifier | modifier le code]Une premiĂšre phase de dĂ©clin intervient sous lâEmpire achĂ©mĂ©nide : Ă la suite des rĂ©voltes babyloniennes contre XerxĂšs en , la documentation devient extrĂȘmement rare. Les sanctions imposĂ©es aux temples â notamment la diminution de leurs privilĂšges et lâaffaiblissement de leur rĂŽle administratif â rendent improbable la cĂ©lĂ©bration rĂ©guliĂšre dâun rituel de grande ampleur comme lâAkitu entre le Ve siĂšcle av. J.-C. et le milieu de la pĂ©riode sĂ©leucide. MalgrĂ© un renouveau partiel des traditions cultuelles Ă Babylone et Ă Uruk aprĂšs la conquĂȘte dâAlexandre le Grand, les sources cunĂ©iformes se tarissent dĂ©finitivement durant le Ier siĂšcle de notre Ăšre, entraĂźnant la disparition de tout tĂ©moignage direct sur la cĂ©lĂ©bration du festival[20].
AprĂšs la fin des archives cunĂ©iformes, des traces de traditions apparentĂ©es subsistent encore dans certaines rĂ©gions du Proche-Orient : les sources Ă©voquent des survivances Ă Palmyre au Ier siĂšcle, Ă Ădesse au Ve siĂšcle, dans l'Harran de lâAntiquitĂ© tardive et au dĂ©but de lâĂšre islamique[20],[90].
Survivances culturelles modernes
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Une fĂȘte moderne de lâAkitu, rebaptisĂ©e « Kha b-Nisan » ou Nouvel An assyrien, est cĂ©lĂ©brĂ©e par les communautĂ©s assyriennes, chaldĂ©ennes et syriaques dans de nombreux pays. En Irak (province du Kurdistan), les autoritĂ©s rĂ©gionales adressent chaque annĂ©e des messages officiels Ă lâoccasion dâAkitu, saluant la tradition et la diversitĂ© culturelle de la communautĂ© chrĂ©tienne assyrienne-chaldĂ©enne[91],[92]. Ă Dohuk, plus dâun millier de participants se rassemblent le pour des dĂ©filĂ©s, chants et danses traditionnelles, soulignant simultanĂ©ment « la renaissance de la nature » et leur identitĂ© collective[93]. Un article de lâanthropologue Alex Shams explique comment la diaspora assyrienne, notamment en Australie, a adoptĂ© Akitu comme « cĂ©lĂ©bration de lâidentitĂ© assyrienne », en combinant Ă©lĂ©ments printaniers anciens et festivitĂ©s communautaires modernes. Bien que ces pratiques contemporaines diffĂšrent en structure et en portĂ©e du rituel mĂ©sopotamien antique, elles illustrent une survivance culturelle vivante de la fĂȘte saisonniĂšre[94].
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- â La fĂȘte d'Elulu apparaĂźt dans deux documents de Larsa associĂ©s Ă lâakiti de Dumuzi de Badtibira (YOS 14 194 et 265). Cohen prĂ©cise quâil sâagit dâun festival distinct, cĂ©lĂ©brĂ© au septiĂšme mois, bien quâil tombe dans la mĂȘme pĂ©riode que lâakiti de Dumuzi. Lâelulu est explicitement dĂ©fini comme le « festival de la tonte des moutons », une cĂ©lĂ©bration pastorale marquĂ©e par des offrandes dâhuile destinĂ©es au temple. Ce rituel reflĂšte le cycle pastoral et la fonction de Dumuzi comme divinitĂ© liĂ©e au troupeau et Ă la vigueur animale, complĂ©mentaire des aspects agricoles prĂ©sents dans dâautres fĂȘtes qui lui sont consacrĂ©es[30].
- â La « confession nĂ©gative » dĂ©signe une dĂ©claration rituelle par laquelle le roi affirme nâavoir commis aucune faute envers la divinitĂ© et la citĂ©. Il ne sâagit pas dâune pĂ©nitence morale au sens moderne, mais dâun rite de lamentation et de purification visant Ă apaiser le dieu et Ă confirmer la lĂ©gitimitĂ© royale[48].
- â Les galatura et kurgara â créés par le dieu Enki dans les mythes sumĂ©riens â sont des ĂȘtres rituels dont le genre est volontairement indĂ©terminĂ©. Dans les versions akkadiennes, leur Ă©quivalent le plus connu est lâassinnu, parfois reprĂ©sentĂ© par la figure dâÄsu-su-namir (« Sa splendeur-apparition est Ă©clatante »), un ĂȘtre Ă©galement liminal, notamment en intervenant seul dans le rĂ©cit de la Descente d'Inanna aux Enfers. Les chercheurs Ă©tablissent un lien entre ces personnages mythiques, ni pleinement masculins ni fĂ©minins, et certains membres du clergĂ© dâInanna, souvent dĂ©crits comme des hommes effĂ©minĂ©s, aux pratiques vestimentaires, sociales ou sexuelles diffĂ©rentes de la norme. Rien ne prouve quâils subissaient une castration physique. Ils Ă©taient cependant perçus comme des individus dotĂ©s de capacitĂ©s magico-rituelles particuliĂšres, en mĂȘme temps respectĂ©s et craints dans la sociĂ©tĂ© mĂ©sopotamienne[71].
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Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :