Aller au contenu

Akitu

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Tablette dĂ©crivant le dĂ©roulement de la fĂȘte-Akitu de Babylone, copie de la fin du Ier millĂ©naire av. J.-C. MusĂ©e du Louvre.

L’Akitu (sumĂ©rien : Á.KI.TI, akkadien : akÄ«tu(m)) dĂ©signe un ensemble de fĂȘtes saisonniĂšres du Proche-Orient ancien, dont les formes les plus anciennes apparaissent en MĂ©sopotamie dĂšs le IIIe millĂ©naire av. J.-C. À l’époque sumĂ©rienne, les akiti sont des cĂ©lĂ©brations locales liĂ©es aux cycles agricoles — semailles, rĂ©coltes, renouvellement de la vĂ©gĂ©tation — et associĂ©es Ă  diverses divinitĂ©s selon les citĂ©s (Nanna Ă  Ur, Inanna, Dumuzi, Enlil ou Utu ailleurs). Ces fĂȘtes ne sont ni unifiĂ©es ni liĂ©es au Nouvel An : elles reflĂštent la diversitĂ© des traditions cultuelles des citĂ©s-États du sud mĂ©sopotamien.

À partir du IIe millĂ©naire av. J.-C., le terme Ă©volue et se diffuse dans plusieurs royaumes mĂ©sopotamiens, oĂč de nouvelles formes apparaissent, parfois dotĂ©es d’un rĂŽle politique plus marquĂ©. Cette Ă©volution aboutit au Ier millĂ©naire av. J.-C. Ă  la mise en place, Ă  Babylone, de l’Akitu du Nouvel An, devenu la version la plus connue du rituel. CĂ©lĂ©brĂ©e dans le cadre du temple d’Esagil (temple du dieu Marduk), cette fĂȘte associait processions, liturgies solennelles, rĂ©citation de l’Enuma Elish— épopĂ©e commĂ©morant la victoire de Marduk et l’établissement de l’ordre cosmique —, sortie de la statue de Marduk vers le bÄ«t akÄ«ti, humiliation rituelle puis restauration du roi, et rĂ©affirmation symbolique de l’ordre du monde et de la lĂ©gitimitĂ© royale.

Au-delĂ  de Babylone, des formes propres d’Akitu continuent d’ĂȘtre cĂ©lĂ©brĂ©es dans d’autres centres du Ier millĂ©naire av. J.-C., notamment en Assyrie (Assur, ArbĂšles, Ninive), Ă  Borsippa ou Ă  Uruk, chacune adaptĂ©e Ă  ses divinitĂ©s locales. Le terme a ensuite connu des rĂ©interprĂ©tations liturgiques ou culturelles, et certaines communautĂ©s de tradition assyrienne en cĂ©lĂšbrent encore aujourd’hui des hĂ©ritages modernes, principalement comme festivitĂ©s du Nouvel An.

Sources et étymologie

[modifier | modifier le code]

Les plus anciennes attestations du mot Akitu (Á.KI.TI) proviennent de documents administratifs du IIIe millĂ©naire av. J.-C., en particulier d’une liste de rations d’orge de Shuruppak (Fara), gĂ©nĂ©ralement considĂ©rĂ©e comme la premiĂšre mention du terme [1]. Durant les Dynasties ArchaĂŻques et l'Ă©poque d’Ur III, le mot apparaĂźt dans plusieurs villes sous la forme de noms de mois, de chemins processionnels ou de comptes d’offrandes. Cela qui indique l’existence de fĂȘtes locales bien Ă©tablies[2],[3].

Au IIe millĂ©naire av. J.-C., le terme akiti/Akitu apparaĂźt surtout dans les archives royales d’Isin et de Larsa, oĂč il dĂ©signe des cĂ©lĂ©brations locales dĂ©diĂ©es Ă  Inanna, Utu ou Dumuzi. Plusieurs tablettes administratives de Larsa mentionnent ainsi un Akitu en l’honneur de Dumuzi de Bad-Tibira, tandis que les lettres palĂ©o-babyloniennes d’Ammisaduqa Ă©voquent un bÄ«t akiti (« maison de l’Akitu ») Ă  Babylone[4]. Ces documents montrent que le mot renvoie alors Ă  des fĂȘtes urbaines variĂ©es, souvent liĂ©es Ă  des processions ou Ă  des cĂ©lĂ©brations saisonniĂšres[5],[6].

Les sources les plus dĂ©taillĂ©es sur le dĂ©roulement du rituel proviennent toutefois de l’époque nĂ©o-babylonienne (premiĂšre moitiĂ© du Ier millĂ©naire av. J.-C.) et surtout de l’époque sĂ©leucide (IIe et Ier siĂšcles av. J.-C.). Ces tablettes liturgiques, rĂ©digĂ©es par les prĂȘtres de l’Esagil, fixent la sĂ©quence du Nouvel An babylonien et l’associent explicitement au dieu Marduk ainsi qu’à la rĂ©citation de l’épopĂ©e de l’Enuma Elish[7]. Il est Ă  noter que, selon l’hypothĂšse — encore discutĂ©e dans la recherche — avancĂ©e par l’historienne CĂ©line Debourse (), ces tablettes rituelles tardives sĂ©leucides pourraient constituer des compositions originales de leur Ă©poque et qui pourraient uniquement reflĂ©ter la thĂ©ologie de Marduk et les prĂ©occupations sacerdotales propres Ă  l’époque hellĂ©nistique, plutĂŽt qu'un dĂ©roulement historique du rituel au dĂ©but du Ier millĂ©naire av. J.-C.[8],[9].

Contrairement Ă  l’ancienne approche « myth-and-ritual », l’Enuma Elish ne permet pas de reconstituer l’Akitu des pĂ©riodes antĂ©rieures : il tĂ©moigne seulement de la conception tardive du culte de Marduk et de la centralitĂ© de Babylone dans les siĂšcles prĂ©cĂ©dant la disparition de l'Ă©criture cunĂ©iforme[10],[11],[12].

Étymologie et attestations du mot

[modifier | modifier le code]

L'Ă©tymologie du terme « Akitu » du IIIe millĂ©naire av. J.-C. Á.KI.TI reste dĂ©battue : si la graphie suggĂšre une origine sumĂ©rienne. Cependant aucune interprĂ©tation ne fait aujourd’hui consensus et le mot — qui semble fĂ©minin et dont l'origine rĂ©elle est Ă©nigmatique — n'est plus considĂ©rĂ© comme empruntĂ© au sumĂ©rien[1],[13].

La plus ancienne attestation connue provient d’une liste de rations d’orge de Shuruppak (Fara), datĂ©e du milieu du IIIe millĂ©naire. Ce document, souvent citĂ© comme le premier tĂ©moignage du mot, est rĂ©sumĂ© par Bidmead comme Ă©tant « la premiĂšre rĂ©fĂ©rence se trouvant dans une liste de rations d'orge datant du troisiĂšme millĂ©naire Ă  Shuruppak »[1],[14]. L’usage du terme dans les textes administratifs indique qu’il renvoie dĂ©jĂ  Ă  un Ă©vĂ©nement cultuel bien identifiĂ©[1].

Durant la pĂ©riode des dynasties archaĂŻques et d’Ur III, le mot Á.KI.TI apparaĂźt dans plusieurs calendriers locaux, notamment Ă  Ur, Adab, Nippur et Uruk. Au cours de l'Empire d'Akkad et d'Ur III, l'Akitu Ă©tait cĂ©lĂ©brĂ© Ă  Ur, Nippur, Adab, Uruk et probablement Bad-Tibira. L’existence de mois nommĂ©s « à-ki-ti » dans certains calendriers urbains montre que la fĂȘte, ou plutĂŽt la catĂ©gorie de fĂȘte, possĂ©dait dĂ©jĂ  une certaine importance institutionnelle[15],[16].

À partir du dĂ©but du IIe millĂ©naire av. J.-C., le terme Ă©volue linguistiquement : la forme sumĂ©rienne a-ki-ti continue d’ĂȘtre employĂ©e dans des milieux conservateurs comme ceux d'Ur, tandis que les textes du nord adoptent l’akkadien Akitu / Akitum. L'historien Mark E. Cohen souligne cette situation de bilinguisme cultuel : « Pendant la pĂ©riode babylonienne antique, la forme sumĂ©rienne Ă©tait encore utilisĂ©e Ă  Ur, mais les villes du nord employaient l'akkadien Akitum »[17]. Les deux formes coexistent longtemps sans changement clair de sens[1].

Des fĂȘtes locales aux fĂȘtes politiques

[modifier | modifier le code]

L’Akitu dĂ©signe, dans le Proche-Orient ancien, un ensemble de fĂȘtes saisonniĂšres dĂšs le IIIe millĂ©naire av. J.-C. et cĂ©lĂ©brĂ©es dans de nombreuses citĂ©s de MĂ©sopotamie[15]. L’histoire de l’Akitu tĂ©moigne d’un processus long et non linĂ©aire : de l'Ă©poque de Sumer durant laquelle cette fĂȘte est cĂ©lĂ©brĂ©e dans des communautĂ©s locales, agricoles et variĂ©es, Ă  Babylone et dans les empires du Ier millĂ©naire av. J.-C., oĂč elle devient un rituel centralisĂ©, thĂ©ologique et politique. MalgrĂ© la continuitĂ© de son appellation, les pratiques de l'Akitu, les fonctions et les significations de celui-ci changent radicalement au fil du temps[18].

Les premiĂšres mentions apparaissent au milieu du IIIe millĂ©naire av. J.-C., ce qui en fait « l’un des festivals les plus anciens attestĂ©s en MĂ©sopotamie »[15]. À cette Ă©poque, l’Akitu est dĂ©nuĂ© de fonction calendaire spĂ©cifique : il s’agit avant tout d’un ensemble de rites agricoles liĂ©s au rythme des rĂ©coltes et des semailles cĂ©lĂ©brĂ©s « selon le cycle vĂ©gĂ©tatif, aux saisons du semis et de la moisson »[19],[20].

Dans les citĂ©s sumĂ©riennes du IIIe millĂ©naire av. J.-C. (Ur, Nippur, Adab, Uruk, Bad-Tibira), l’Akitu prĂ©sente une grande diversitĂ© locale. Chaque ville rend hommage Ă  sa ou ses divinitĂ©s tutĂ©laires — Nanna Ă  Ur, Enlil Ă  Nippur, Inanna Ă  Uruk, Dumuzi Ă  Bad-Tibira — et fixe la fĂȘte Ă  des moments diffĂ©rents du calendrier mĂ©sopotamien. Cette variation interne a conduit les chercheurs Ă  souligner qu'« aucun rituel unifiĂ© de l’akitu sumĂ©rien ne peut ĂȘtre reconstruit » et que la fĂȘte dĂ©signe plutĂŽt un type de cĂ©rĂ©monie qu’un rituel standardisĂ©[1]. ⁣⁣Semestrielles⁣⁣, « ces cĂ©lĂ©brations n’étaient pas des fĂȘtes du Nouvel An », mais des moments forts du cycle agricole[21],[16],[20].

À partir du IIe millĂ©naire av. J.-C., certaines citĂ©s continuent de cĂ©lĂ©brer l’Akitu dans un cadre agricole qu’on peut qualifier de traditionnel. Mais, d’autres commencent Ă  lui donner un rĂŽle politique, liĂ© Ă  la prĂ©sence royale ou aux dĂ©placements cultuels (Isin, Larsa). Le mot Akitu apparaĂźt alors dans des contextes variĂ©s selon les villes, et sa signification se transforme : « le terme survit Ă  la chute des citĂ©s sumĂ©riennes, mais son sens change profondĂ©ment »[1].

Cette Ă©volution aboutit, au Ier millĂ©naire av. J.-C., Ă  une réélaboration complĂšte de l'Akitu Ă  Babylone, oĂč ce rite devient la grande fĂȘte du Nouvel An. Les sources tardives (surtout sĂ©leucides) dĂ©crivent un rituel structurĂ©, centrĂ© sur Marduk, intĂ©grant la rĂ©citation de l’Enuma Elish et des sĂ©quences politico-religieuses complexes (humiliation et restauration du roi, processions, sortie au bit akiti). Selon l'historien Benjamin Sommer, ce rituel babylonien « ne doit pas ĂȘtre projetĂ© en arriĂšre sur les fĂȘtes sumĂ©riennes », car il constitue une transformation tardive d’un ensemble de cĂ©lĂ©brations anciennes[7]. Sous les Assyriens, les Perses et les SĂ©leucides, l’Akitu devient un instrument de lĂ©gitimation impĂ©riale, cĂ©lĂ©brĂ© aussi dans des centres comme Assur, ArbĂšles ou Uruk, parfois sans lien calendaire avec le Nouvel An[22],[23],[20].

Les Akitu sumériens

[modifier | modifier le code]

Festivals saisonniers, agricoles

[modifier | modifier le code]

L'historien Thorkild Jacobsen dĂ©crit la religion sumĂ©rienne comme une « religion d’immĂ©diateté », centrĂ©e sur la relation directe entre l’ĂȘtre humain et les forces vitales de la nature : croissance, fertilitĂ©, alternance des saisons, prĂ©sence et retrait de la vie. Dans cette perspective, les fĂȘtes sumĂ©riennes expriment avant tout les cycles naturels, et non des reconstructions thĂ©ologiques ou politiques comme celles que l’on trouve plus tard Ă  Babylone[24].

Les premiĂšres cĂ©lĂ©brations dĂ©signĂ©es par le terme sumĂ©rien Akitu correspondent Ă  des rites saisonniers, liĂ©s au rythme agricole et au cycle vĂ©gĂ©tatif. Elles Ă©taient observĂ©es deux fois par an, au moment des semailles et de la rĂ©colte, et non comme fĂȘtes du Nouvel An. Les textes administratifs de l’époque archaĂŻque, puis de la pĂ©riode d’Ur III, indiquent que ces Akitu marquaient des points clĂ©s du calendrier rural[25],[26].

Chaque citĂ© semble avoir cĂ©lĂ©brĂ© ces fĂȘtes selon des usages propres, souvent associĂ©s aux divinitĂ©s locales et Ă  leur rĂŽle dans la fertilitĂ© ou la rĂ©gulation des saisons. Le caractĂšre bisannuel de l’Akitu, attestĂ© notamment Ă  Ur, montre qu’il s’agissait avant tout d’un rituel de transition saisonniĂšre, liĂ© aux Ă©quinoxes et au cycle des cultures, plutĂŽt que d’une cĂ©rĂ©monie cosmique ou royale[26],[16],[20].

Dans ce cadre, l’Akitu apparaĂźt comme une fĂȘte enracinĂ©e dans l’économie agricole sumĂ©rienne et dans l’organisation des citĂ©s du sud mĂ©sopotamien. Les formes qu’il prendra plus tard en Babylonie — particuliĂšrement comme rituel du Nouvel An — ne reflĂštent pas cette phase ancienne, qui dĂ©pendait essentiellement des cycles naturels et des activitĂ©s de production[25],[21].

Des dieux et des villes

[modifier | modifier le code]

À Ur, l’Akitu est solidement attestĂ© et explicitement dĂ©diĂ© Ă  Nanna, divinitĂ© tutĂ©laire de la citĂ©. Cohen indique : « À Ur, la fĂȘte akitu Ă©tait dĂ©diĂ©e Ă  Nanna ». Les textes montrent que ce festival Ă©tait cĂ©lĂ©brĂ© deux fois par an, lors des semis (a-ki-ti ĆĄu-numun*) et de la rĂ©colte, ce que Cohen dĂ©crit comme « cĂ©lĂ©brations semestrielles » au 1er et au 7e mois du calendrier local [27].

Plusieurs documents des pĂ©riodes d’Ur III et palĂ©obabylonienne enregistrent la fourniture d’huile et d’autres produits destinĂ©s Ă  ce rituel, provenant parfois de Larsa. Ce qui confirme l’existence d’un systĂšme organisĂ© d’approvisionnement pour la cĂ©lĂ©bration, avec offrandes, repas cultuels et processions. Cohen note aussi que l’Akitu d’Ur est reliĂ© Ă  la fĂȘte de la barque de la Lune, partie intĂ©grante du cycle rituel de Nanna[28].

Pour Inanna, les sources ne dĂ©crivent pas un « Akitu » spĂ©cifique, mais elles documentent un ensemble de fĂȘtes saisonniĂšres et de cĂ©lĂ©brations locales qui Ă©clairent le contexte des rituels sumĂ©riens au IIIe millĂ©naire av. J.-C. L'historien Cohen rappelle que certaines des premiĂšres occurrences du terme Akitu proviennent de Shuruppak, un corpus oĂč Inanna est trĂšs prĂ©sente, notamment dans des listes d’offrandes et de rituels mensuels destinĂ©s Ă  son culte[29].

Les plus anciennes rĂ©fĂ©rences sĂ»res Ă  un Akitu dĂ©diĂ© Ă  une autre divinitĂ© que Nanna concernent Dumuzi de Bad-Tibira. Deux documents palĂ©obabyloniens provenant de Larsa enregistrent la livraison d’huile destinĂ©e au jour de l’Akitu de Dumuzi, parfois associĂ© Ă  la fĂȘte Elulu[Note 1], une cĂ©lĂ©bration du cycle pastoral[17].

Cohen ajoute que Dumuzi est aussi prĂ©sent dans plusieurs fĂȘtes agricoles sumĂ©riennes, notamment Ă  Umma, oĂč des textes d’Ur III mentionnent l’envoi d’animaux « pour Dumuzi allant vers la prĂȘtresse », tĂ©moignage d’un rituel saisonnier impliquant offrandes, dĂ©placements et personnel du sanctuaire[17].

Évolutions au IIe millĂ©naire

[modifier | modifier le code]
Grande structure murale en briques bleu foncĂ©, dĂ©corĂ©e de reliefs d’animaux alignĂ©s en rangĂ©es horizontales. Une large porte voĂ»tĂ©e occupe le centre, encadrĂ©e de motifs gĂ©omĂ©triques jaunes et bleus. De hauts murs crĂ©nelĂ©s montent de chaque cĂŽtĂ© sous un plafond vitrĂ©. Une personne est assise sur un banc au premier plan, dans un vaste espace intĂ©rieur clair..
La rue la plus importante de Babylone Ă©tait la Voie processionnelle, qui menait depuis la ville intĂ©rieure, en traversant la porte d’Ishtar, jusqu’au BÄ«t Akitu, ou “Maison du festival du Nouvel An”. La porte d’Ishtar est construite par Nabuchodonosor II (vers )[31],[32]. MusĂ©e de Pergame — Berlin.

Au dĂ©but du IIe millĂ©naire av. J.-C., le terme akiti/Akitum connaĂźt une Ă©volution nette. La tradition sumĂ©rienne d’une fĂȘte saisonniĂšre, locale et agricole se maintient encore dans certaines citĂ©s du sud, mais le vocabulaire et les usages se diversifient progressivement. Cependant, dans les rĂ©gions oĂč l’akkadien devient dominant, la forme « Akitum » s’impose et peut dĂ©signer des cĂ©lĂ©brations de nature variĂ©e, sans unitĂ© fonctionnelle d’une ville Ă  l’autre[33]. Cette pĂ©riode voit Ă©galement l’apparition ou la consolidation de structures rituelles spĂ©cialisĂ©es, comme le bÄ«t akÄ«ti — ou « maison de l'akiti » —, un bĂątiment extra-urbain associĂ© Ă  certaines cĂ©rĂ©monies, parfois utilisĂ© pour la tonte des moutons les jours oĂč aucune fĂȘte d’Akitu n’est cĂ©lĂ©brĂ©e[34],[16].

Cette Ă©poque marque aussi les premiĂšres tentatives de rĂ©cupĂ©ration royale de fĂȘtes calendaires : certains rois d’Isin et de Larsa apparaissent dans les inscriptions comme restaurateurs de temples ou commanditaires de cĂ©lĂ©brations religieuses, inaugurant un processus qui, plusieurs siĂšcles plus tard, conduira Ă  la crĂ©ation du rituel nĂ©o-babylonien du Nouvel An[35].

Attestations locales au IIe millénaire

[modifier | modifier le code]

Les sources administratives du dĂ©but du IIe millĂ©naire av. J.-C. confirment la grande diversitĂ© des cĂ©lĂ©brations appelĂ©es akiti/Akitum. À Ur, oĂč la tradition sumĂ©rienne se maintient le plus explicitement, l’Akitu reste une fĂȘte semi-annuelle liĂ©e Ă  Nanna, toujours cĂ©lĂ©brĂ©e selon un rythme agricole traditionnel. Cohen souligne que les textes issus d’Ur Ă  l’époque d’Isin-Larsa ne manifestent aucune innovation rituelle majeure par rapport Ă  Ur III ; l’Akitu demeure une fĂȘte locale centrĂ©e sur les offrandes, les approvisionnements et la participation des temples[36].

À Isin, les inscriptions royales montrent une Ă©volution : certaines fĂȘtes d’Inanna sont restaurĂ©es ou soutenues par des rois, ce qui indique un engagement politique nouveau dans le cycle cultuel. Bien que Cohen n’identifie pas d’Akitu propre Ă  Isin comparable Ă  celui de Babylone, les textes rĂ©vĂšlent que la dynastie d’Isin utilise les fĂȘtes religieuses pour renforcer sa lĂ©gitimitĂ©[37].

À Larsa, des tablettes administratives attestent les premiĂšres mentions indiscutables d’un Akitu cĂ©lĂ©brĂ© pour Dumuzi de Bad-Tibira, distinct de l’Akitu de Nanna Ă  Ur. Deux tablettes administratives du septiĂšme mois mentionnent des offrandes d’huile destinĂ©es au « jour de l’a-ki-ti » de Dumuzi, parfois associĂ© Ă  la fĂȘte pastorale d'Elulu. Il s’agit des plus anciennes rĂ©fĂ©rences Ă  un Akitu dĂ©diĂ© Ă  une divinitĂ© autre que Nanna. Elles confirment la pluralitĂ© des pratiques en MĂ©sopotamie du Sud. Les inscriptions de Warad-SĂźn Ă©voquent Ă©galement des dons pour un Akitu, probablement celui d’Ur, montrant une certaine forme de patronage royal[38].

En Babylonie palĂ©obabylonienne, les lettres d’Ammisaduqa contiennent plusieurs mentions d’un bÄ«t akiti, utilisĂ© notamment pour la tonte des moutons. Ce « temple extĂ©rieur » — qui deviendra l’un des Ă©lĂ©ments majeurs de la liturgie nĂ©o-babylonienne — est dĂ©jĂ  attestĂ© comme lieu rituel spĂ©cialisĂ©, mais sans lien avec un Nouvel An ou une mythologie cosmogonique. Pour Cohen, cela illustre la maniĂšre dont certaines structures cultuelles Ă©voluent indĂ©pendamment du rituel royal tardif[30].

Le Nouvel An babylonien

[modifier | modifier le code]

Contexte politique et religieux

[modifier | modifier le code]

Au Ier millĂ©naire av. J.-C., le dĂ©veloppement du Nouvel An babylonien s’inscrit dans un contexte politique et religieux complexe. À la diffĂ©rence des anciens Akitu sumĂ©riens — fĂȘtes locales, saisonniĂšres et essentiellement agricoles — l’Akitu babylonien devient une cĂ©lĂ©bration centrale de l’identitĂ© de la ville. Il est dĂ©diĂ© Ă  Marduk et indissociable du temple d’Esagil et de la fonction royale[39],[40]. L’historienne Julye Bidmead insiste sur l’absence de continuitĂ© de l’Akitu : le prestigieux Akitu babylonien de Marduk est une rĂ©invention tardive et non l’aboutissement organique des Akitu prĂ©cĂ©dents, qui n’intĂšgrent pas encore les dimensions thĂ©ologiques et politiques caractĂ©ristiques de la fĂȘte babylonienne du Ier millĂ©naire av. J.-C.[35],[20].

Babylone détruite

[modifier | modifier le code]
Bas-relief assyrien montrant deux rois se serrant la main sous un dais, entourĂ©s de gardes, scĂšne de cĂ©rĂ©monie associĂ©e au pouvoir royal et aux rituels politiques liĂ©s Ă  l’Akitu.
Cylindre en terre cuite de Nabuchodonosor II, couvert d’inscriptions cunĂ©iformes mentionnant ses travaux de construction de temples Ă  Borsippa, Larsa et Sippar et de murailles Ă  Babylone (VIe siĂšcle av. J.-C.). MusĂ©e d'IsraĂ«l — JĂ©rusalem.

Cette spĂ©cificitĂ© apparaĂźt explicitement lors des crises que connaĂźt Babylone sous domination de l'Empire assyrien. Au VIIe siĂšcle av. J.-C., plusieurs insurrections majeures compromettent la cĂ©lĂ©bration du rituel. En , SennachĂ©rib ordonne la destruction de Babylone ; l’Esagil est rasĂ© et la statue de Marduk transfĂ©rĂ©e Ă  Assur. Les textes assyriens montrent que la cour tente alors de relocaliser certains aspects du rituel dans la ville d’Assur, intĂ©grant des Ă©lĂ©ments de l’idĂ©ologie mardukite Ă  la royautĂ© nĂ©o-assyrienne[41],[42],[43]. Cependant, comme le rappellent les sources babyloniennes, l’Akitu ne peut ĂȘtre accompli correctement que dans Babylone elle-mĂȘme, en prĂ©sence de la statue de Marduk[44].

AprĂšs la destruction de la ville, l’Akitu cesse d’ĂȘtre cĂ©lĂ©bré : il n’est attestĂ© ni Ă  Babylone ni Ă  Assur. Les rois nĂ©o-assyriens, perçus dans les sources locales comme des « rois Ă©trangers », ont pourtant besoin de ce rituel pour affirmer leur lĂ©gitimitĂ© en Babylonie. C’est dans ce contexte qu’Assarhaddon adopte une politique de conciliation : il entreprend la reconstruction de Babylone, restaure l’Esagil et rapatrie la statue de Marduk. Les rois nĂ©o-assyriens adaptent par la suite les formes traditionnelles de l’Akitu afin d’obtenir le soutien du clergĂ© et de la population et d’ancrer leur domination dans un cadre rituel reconnu[45]. Ces souverains s’appuient de plus en plus sur la compĂ©tence du clergĂ© babylonien, qui devient l’acteur indispensable de la mise en scĂšne rituelle de la lĂ©gitimitĂ© royale[46],[20].

Les larmes du roi

[modifier | modifier le code]

Les textes tardifs du Nouvel An babylonien inversent l’image traditionnelle d’un roi glorieux : le souverain y apparaĂźt humiliĂ©, dĂ©pendant de Marduk et soumis au clergĂ©. Le « Grand FrĂšre », prĂȘtre principal d’Esagil, est le vĂ©ritable maĂźtre du rituel : dĂ©tenteur du savoir liturgique, intermĂ©diaire privilĂ©giĂ© du dieu et seul autorisĂ© Ă  frapper symboliquement la joue du roi. Comme l’a montrĂ© CĂ©line Debourse, ces compositions tardives reflĂštent un contexte de domination Ă©trangĂšre oĂč les rois, absents ou peu impliquĂ©s dans le culte, ne remplissaient plus spontanĂ©ment leurs devoirs rituels, incitant les prĂȘtres Ă  affirmer leur propre rĂŽle comme garants de l’ordre divin et de la tradition babylonienne[47].

Lors du cinquiĂšme jour du Nouvel An, le rituel de la « confession nĂ©gative »[Note 2] place le roi dans une position de dĂ©pendance totale envers Marduk. Sous la conduite du grand prĂȘtre, il doit publiquement dĂ©clarer qu’il n’a commis aucun tort envers le dieu ni envers son clergĂ©. Ce moment du rituel signifie que la royautĂ© n’est valable que si le souverain demeure pieux et respecte l'Esagil[49].

Le roi devient vulnĂ©rable, tandis que le grand prĂȘtre occupe la position d’autoritĂ©. AprĂšs la dĂ©claration, le prĂȘtre le gifle : ce geste rituel montre que l’autoritĂ© sacerdotale peut juger et corriger le souverain. Si le roi pleure, c’est un bon prĂ©sage, signe que Marduk a acceptĂ© sa sincĂ©ritĂ©. Cette scĂšne reflĂšte un contexte dans lequel les rois sont souvent Ă©trangers (Perses ou MacĂ©doniens) : le rituel rappelle alors au souverain qu’il n’est lĂ©gitime Ă  Babylone que s’il honore Marduk et respecte le clergĂ© local[49].

Le chercheur Sam Mirelman nuance l’interprĂ©tation traditionnelle du rituel dit du « coupable » lors de l’Akitu babylonien. La « confession nĂ©gative » prononcĂ©e par le roi au cinquiĂšme jour du festival ne doit pas ĂȘtre comprise comme une pĂ©nitence morale ou une reconnaissance de faute personnelle, mais comme un rituel de lamentation et de purification inscrit dans une logique liturgique bien attestĂ©e. L’humiliation du roi et ses larmes rituellement versĂ©es font partie d’un rite destinĂ© Ă  apaiser le dieu Marduk et Ă  rĂ©tablir l’ordre religieux. Ce moment ne vise pas Ă  accuser le roi, mais Ă  confirmer de nouveau sa lĂ©gitimitĂ© Ă  gouverner[50].

L'Enuma Elish au centre de l'Akitu

[modifier | modifier le code]
Empreinte en noir et blanc d'un sceau cylindre illustrant un personnage qui se bat avec un oiseau géant pourvu de bras. Sur la gauche et la droite de la scÚne, il y a des symboles.
Sceau néo-babylonien représentant Marduk combattant le monstre du chaos Tiamat dans l'Enuma Elish (VIIe siÚcle av. J.-C.)[51].

Par ailleurs, l’association directe entre l’Akitu babylonien et l’Enuma Elish est bien attestĂ©e dans les sources du Ier millĂ©naire av. J.-C. : celle-ci Ă©tait rĂ©citĂ©e durant la fĂȘte. Pour l'historien Benjamin Sommer, le rituel associe effectivement un schĂ©ma destruction/recrĂ©ation propre aux mythologies de Sumer. Cependant, ce schĂ©ma est pensĂ© dans un cadre thĂ©ologique et politique propre au Ier millĂ©naire av. J.-C. et reflĂšte une thĂ©ologie tardive typiquement babylonienne qui ne doit pas ĂȘtre projetĂ©e sur les formes plus anciennes de l’Akitu[52].

Ainsi, au Ier millĂ©naire av. J.-C., la dimension politique du Nouvel An babylonien domine son aspect religieux. L’Akitu est pensĂ© comme un rite de « rectification », destinĂ© Ă  affirmer la lĂ©gitimitĂ© de souverains Ă©trangers et Ă  prĂ©senter leur pouvoir comme conforme Ă  l’ordre babylonien, plutĂŽt qu’à recrĂ©er le cosmos[53]. Pour Sommer, malgrĂ© la critique de Smith, le rituel reste fondĂ© sur un schĂ©ma de destruction et de renouvellement cosmique, dont l’exaltation de Babylone et d’Esagil rĂ©vĂšle une dimension politique intrinsĂšque[54].

Structure du rituel

[modifier | modifier le code]

C’est sous les SĂ©leucides que les descriptions du rituel sont fixĂ©es dans les textes liturgiques qui sont encore lisibles aujourd'hui. Ces tablettes, rĂ©digĂ©es par le clergĂ© babylonien, offrent la seule sĂ©quence continue du dĂ©roulement de l’Akitu. Leur caractĂšre tardif explique pourquoi il est impossible de projeter leur structure sur les formes plus anciennes de la fĂȘte, qui restaient locales et moins centralisĂ©es. L’Akitu babylonien apparaĂźt ainsi comme une synthĂšse du Ier millĂ©naire av. J.-C., marquĂ©e par la thĂ©ologie tardive de Marduk et par les enjeux politiques des empires successifs[55].

Pendant la pĂ©riode achĂ©mĂ©nide, les rois perses maintiennent largement la structure du rituel. Darius et XerxĂšs laissent le clergĂ© de l’Esagil administrer l’Akitu, et plusieurs documents indiquent que la fĂȘte joue un rĂŽle dans la relation diplomatique entre le pouvoir impĂ©rial et Babylone[45]. Toutefois, aprĂšs les rĂ©voltes babyloniennes du dĂ©but du Ve siĂšcle av. J.-C., XerxĂšs rĂ©duit certains aspects du culte, montrant que l’Akitu pouvait Ă©galement devenir un enjeu politique et mĂȘme Ă©conomique[56].

Selon les tablettes nĂ©o-babyloniennes et sĂ©leucides, le rituel classique de l'Akitu babylonien se dĂ©roule sur douze jours. Il s’articule autour du temple de l’Esagil Ă  Babylone et met en scĂšne la statue de Marduk, le souverain divin de la ville[56],[57].

Jours 1 à 3 : purification et préparation

[modifier | modifier le code]

Durant cette premiĂšre phase, la statue de Marduk reste dans son sanctuaire, le temple d’Esagil est soigneusement purifié : les prĂȘtres procĂšdent Ă  des ablutions, au nettoyage des objets sacrĂ©s et Ă  la vĂ©rification des statues divines. L’objectif est de rĂ©tablir la puretĂ© rituelle avant la fĂȘte[58],[59]. Les statues des dieux des autres villes (Borsippa et Ur principalement) sont prĂ©parĂ©es pour leur voyage vers Babylone. Les artisans comment la confection de figurines rituelles[60].

Jour 4 : lecture de l’Enuma Elish

[modifier | modifier le code]

Le quatriĂšme jour marque traditionnellement l’ouverture proprement dite du Nouvel An rituel. L’AĂźnĂ© (Aáž«u-rabĂ») se lĂšve trĂšs tĂŽt, entre une et deux tiers de double heure avant l’aube, puis il accomplit les ablutions et la priĂšre habituelle devant Marduk. AprĂšs ce rite, il sort dans la Grande Cour pour procĂ©der Ă  une bĂ©nĂ©diction spĂ©ciale qui associe symboliquement l’Esagil Ă  l’étoile IkĂ», la constellation de PĂ©gase, renforçant ainsi le lien entre le temple et l’ordre cosmique[61].

Plus tard dans la matinĂ©e, aprĂšs le second repas rituel, le grand prĂȘtre rĂ©cite devant Marduk l’intĂ©gralitĂ© de l’Enuma Elish, l’épopĂ©e babylonienne de la CrĂ©ation. Durant cette rĂ©citation, la tiare d’Anu et le trĂŽne d’Enlil doivent rester recouverts, signe du caractĂšre solennel et cosmique du texte. De son cĂŽtĂ©, le roi se rend au sanctuaire appelĂ© E-niggidri-kalamma-summa, la « Maison qui confĂšre le sceptre du pays », oĂč il reçoit rituellement le sceptre royal, prĂ©parant ainsi les sĂ©quences de lĂ©gitimation du pouvoir qui culmineront les jours suivants[62],[63],[61].

Jour 5 : humiliation et restauration du roi

[modifier | modifier le code]
photo de deux pierres sculptées, une à droite en beige représentant deux personnages debout dont l'un d'eux sur un quadrupÚde et une autre à gauche en noir plus petite et cylindrique
Sceau-cylindre en calcédoine et son impression moderne : culte rendu aux dieux babyloniens Marduk et Nabû. Période néo-assyrienne (-)[64]. Musée du Louvres - Paris

Le cinquiĂšme jour est dominĂ© par les rites de purification du temple, l’arrivĂ©e de NabĂ» et la dramatique cĂ©rĂ©monie d’humiliation du roi. L’AĂźnĂ© (le prĂȘtre officiant) se lĂšve Ă  deux double heures de la nuit et commence la journĂ©e par la prĂ©paration rituelle habituelle. Un exorciste procĂšde ensuite Ă  la purification de l’Esagil et du cella de Nabû : il asperge les lieux avec de l’eau provenant de puits du Tigre et de l’Euphrate, enduit les portes d’huile de cĂšdre, transmet un encensoir et une torche, et frappe un instrument en bronze (nigkalagĂ»). Un mouton est ensuite sacrifié : aprĂšs dĂ©capitation par un boucher, sa carcasse sert Ă  nettoyer le temple avant d’ĂȘtre jetĂ©e dans l’Euphrate. À la suite de ce rite, l’exorciste et le boucher doivent quitter Babylone et ne pas y revenir avant le douziĂšme jour[65].

Pendant ce temps, NabĂ» arrive de Borsippa. L’AĂźnĂ© et les artisans dĂ©corent son temple d’un « ciel d’or ». Le roi est alors conduit Ă  l’Esagil, oĂč le grand prĂȘtre lui retire ses insignes royaux devant le temple de Bēl. Le souverain doit s’agenouiller et rĂ©citer une « confession nĂ©gative » : il n'a jamais ravagĂ© Babylone, blessĂ© ses habitants, ni dĂ©truit ses temples ni insultĂ© Marduk. AprĂšs cette dĂ©claration, le grand prĂȘtre lui rend ses insignes et le gifle ; si le roi pleure, c’est un signe favorable tĂ©moignant de la bienveillance de Bel. En fin de journĂ©e, le grand prĂȘtre et le roi sacrifient ensemble un taureau dans la Grande Cour de l’Esagil[66],[67],[65].

Jour 6 : destruction des figurines et début des grandes offrandes

[modifier | modifier le code]

Le sixiĂšme jour suit la routine quotidienne : lever rituel de l’AĂźnĂ©, ablutions et priĂšres Ă  Bēl et BēltÄ«ya. Le moment central est la destruction symbolique des deux figurines prĂ©parĂ©es au troisiĂšme jour : elles ont Ă©tĂ© nourries pendant plusieurs jours avec les restes des offrandes et, Ă  son arrivĂ©e, NabĂ» les frappe et les tue rituellement dans le temple de Ninurta. Ce geste marque la dissipation des forces nĂ©gatives avant la grande assemblĂ©e divine[68],[69].

Ce jour inaugure aussi une sĂ©rie d’offrandes solennelles, qui se poursuivront jusqu’au douziĂšme jour. Des rites particuliers sont cĂ©lĂ©brĂ©s pour d'autres dieux aprĂšs leur arrivĂ©e de Borsippa[68],[69].

Jour 7 : prĂ©paratifs en vue de l’AssemblĂ©e divine

[modifier | modifier le code]

Les textes sont lacunaires pour cette journĂ©e, mais l’on sait que des cĂ©rĂ©monies d’habillement ont lieu pour les dieux extĂ©rieurs. Il est probable que des rites similaires se dĂ©roulent Ă  Babylone, afin de prĂ©parer les dieux Ă  la grande procession et Ă  l’AssemblĂ©e du lendemain. Le septiĂšme jour apparaĂźt ainsi comme un jour de transition, consacrĂ© Ă  l’habillage et Ă  la mise en ordre des statues divines[68],[69].

Jour 8 : assemblée des dieux et grande procession

[modifier | modifier le code]

Le huitiĂšme jour constitue l’un des points culminants du festival. Les dieux rassemblĂ©s Ă  Babylone se rĂ©unissent au Dais des DestinĂ©es, oĂč ils dĂ©crĂštent les destinĂ©es pour l’annĂ©e Ă  venir[68],[69].

Tous les dieux, les dieux de Borsippa, de Cuthah et de Kish,
et les dieux de tous les centres cultuels,
viennent Ă  Babylone
pour prendre la main du grand seigneur Marduk.
Ils l’accompagnent ensuite jusqu’à la Maison de l’Akitu (bÄ«t akÄ«tu).
Le roi verse une libation devant eux
et récite une priÚre.
Anu et Enlil viennent d’Uruk et de Nippur à Babylone
pour prendre la main de Bēl.
Ils marchent avec lui en procession jusqu’à Esiskur.
Avec eux, tous les grands dieux
arrivent Ă  Babylone.

— Texte rituel akkadien tardif (pĂ©riode sĂ©leucide), associĂ© Ă  la liturgie de l’AkÄ«tu[70].

Ensuite commence la procession solennelle vers la maison de l’Akitu, situĂ©e hors des murs de la ville : le roi prend rituellement la main de Marduk et le conduit hors de Babylone. Sur le chemin, des chants et des priĂšres sont exĂ©cutĂ©s par les assinnu et kurgarru[Note 3]. Le jour inclut Ă©galement un rituel dramatique, probablement une reprĂ©sentation symbolique de combat, et des offrandes royales de viande Ă  Bēl et BēltÄ«ya. Ce jour incarne la proclamation de la suprĂ©matie de Marduk et la cohĂ©sion des dieux autour de Babylone[68],[69].

Jour 9 : sĂ©jour des dieux Ă  la maison de l’Akitu

[modifier | modifier le code]

Aucun texte dĂ©taillĂ© ne subsiste pour cette Ă©tape. Les sources mentionnent simplement que les dieux sĂ©journent dans la maison de l’Akitu. La journĂ©e est probablement consacrĂ©e Ă  une cĂ©lĂ©bration de pleine nature, centrĂ©e sur la prĂ©sence des dieux dans ce lieu rituel extĂ©rieur[68],[69].

Jour 10 : offrandes continues

[modifier | modifier le code]

Le dixiĂšme jour est largement dĂ©diĂ© Ă  la remise de cadeaux et d'offrandes, un prolongement des pratiques initiĂ©es au sixiĂšme jour. Cela confirme l’importance de la dimension Ă©conomique et votive du festival dans sa seconde moitiĂ©[68],[69].

Jours 11 à 12 : retour et restauration de l’ordre

[modifier | modifier le code]

La statue revient Ă  Esagil, marquant la fin de la fĂȘte et la rĂ©affirmation de l’ordre cosmique et politique. Le roi et les prĂȘtres cĂ©lĂšbrent la nouvelle annĂ©e, les offrandes sont achevĂ©es et la polis retrouve son Ă©quilibre[72],[69]. Le texte ci-dessous, — un fragment rituel tardif de la pĂ©riode sĂ©leucide — dĂ©crit l’arrivĂ©e du dieu (probablement Marduk) Ă  la Maison de l’Akitu, l’apaisement de sa colĂšre et son installation dans l’Esiskur, entourĂ© des Igigu et des Anunnaki, marquant la restauration de l’ordre cosmique et la fin du rituel d'Akitu[73].

Il le mit en route vers la Maison de l’Akitu, le cƓur farouche, le visage menaçant.
Quand la lumiÚre éclatante de ses yeux se leva, les mauvais et les impies se dissipÚrent comme la glace.
Les dĂ©mons et les esprits malfaisants expirĂšrent d’eux-mĂȘmes.
Lorsque sa colĂšre fut apaisĂ©e et son cƓur calmĂ©, son visage resplendit.
Il le conduisit dans l’Esiskur, la Maison de la BĂ©nĂ©diction, et l’installa sur le siĂšge du repos.
Les Igigu et les Anunnaki, dieux et déesses, il les plaça à droite et à gauche.
En sa présence, paix et silence furent imposés ; la crainte sacrée tomba.
« [
] J’ai accompli [
], j’ai terminĂ© [
], j’ai menĂ© les rites Ă  leur terme. »

— Texte rituel akkadien tardif (pĂ©riode sĂ©leucide), associĂ© Ă  la liturgie de l’AkÄ«tu[74].

Plusieurs chercheurs du XXe siĂšcle ont proposĂ© que l’Akitu ait comportĂ© une hiĂ©rogamie entre Marduk et Sarpanitu, en analogie avec les unions rituelles sumĂ©riennes entre Dumuzi et Inanna. Cependant, les analyses modernes montrent que rien dans les textes nĂ©o-babyloniens et sĂ©leucides ne dĂ©crit une telle union sacrĂ©e lors du Nouvel An. L'historienne Julye Bidmead souligne que cette hypothĂšse repose sur une projection injustifiĂ©e de traditions sumĂ©riennes sur un rituel tardif de structure diffĂ©rente[75].

Signification cosmologique

[modifier | modifier le code]

Les textes nĂ©o-babyloniens et sĂ©leucides associent le rituel du Nouvel An Ă  un ensemble d’actions symboliques qui mettent en scĂšne une destruction temporaire de l’ordre suivie de sa restauration. La purification du temple, l’humiliation du roi, la sortie de Marduk hors d’Esagil puis son retour marquent un passage par un moment de dĂ©sĂ©quilibre rituel, avant la rĂ©affirmation de la souverainetĂ© divine et de l’ordre civique. Benjamin Sommer souligne que cette dynamique s’inscrit dans un schĂ©ma de renouvellement cosmique, oĂč le chaos est briĂšvement rĂ©introduit pour mieux ĂȘtre vaincu lors du retour du dieu[76].

Dans ce cadre, la rĂ©citation de l’EnĆ«ma EliĆĄ durant la fĂȘte ne sert pas Ă  rĂ©actualiser littĂ©ralement la crĂ©ation du monde, mais Ă  rappeler la victoire fondatrice de Marduk sur les forces du chaos[77]. Cette lecture confĂšre au rituel une fonction de rĂ©affirmation annuelle de l’ordre cosmique, qui s’articule en mĂȘme temps Ă  l’ordre politique, puisque Babylone et la royautĂ© sont prĂ©sentĂ©es comme les garants de l’équilibre instaurĂ© par le dieu[78].

Dans le rituel de l’Akitu, l’espace urbain matĂ©rialise la cosmologie mĂ©sopotamienne, articulĂ©e autour de l’opposition entre ordre et chaos[77]. La ville de Babylone reprĂ©sente le centre ordonnĂ©, structurĂ© par les temples de Marduk et de NabĂ», et identifiĂ© symboliquement Ă  l'Étoile du Champ, dont l’Esagil est la rĂ©plique terrestre. Les premiers jours du festival — rites purificatoires, priĂšres, dĂ©termination des destins — avaient lieu Ă  l’intĂ©rieur de la ville, dans l’espace du pouvoir et de la stabilitĂ©[79].

Le moment culminant du rituel est constituĂ© par la procession vers la maison de l’Akitu, situĂ©e hors les murs, dans une zone dĂ©signĂ©e comme la « steppe ». Cet espace incarne le chaos et constitue le seul cadre appropriĂ© Ă  la mise en scĂšne rituelle de la victoire de Marduk sur Tiamat. Le combat mythologique n’est pas jouĂ©, mais Ă©voquĂ© par des allusions visuelles et orales : ordre hiĂ©rarchique des dieux dans la procession, insignes et emblĂšmes divins, chants et rĂ©citations associĂ©s au mythe. La sortie hors de la ville reflĂšte ainsi la transition symbolique vers un espace chaotique oĂč l’ordre devait ĂȘtre rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©[79].

Le dĂ©roulement de la procession traduit aussi la structure politique de la MĂ©sopotamie : dans l’idĂ©ologie babylonienne, les dieux des autres citĂ©s sont censĂ©s se rendre Ă  Babylone pour accompagner Marduk, ce qui crĂ©e une cohĂ©sion cultuelle radiale centrĂ©e sur la capitale. MĂȘme si seules les citĂ©s voisines envoient rĂ©ellement une dĂ©lĂ©gation, cette reprĂ©sentation renforce l’idĂ©e d’un espace impĂ©rial organisĂ© autour d’un centre sacrĂ©[79].

En Assyrie, le modĂšle centre/pĂ©riphĂ©rie est repris et adaptĂ©. AprĂšs la destruction de Babylone, SennachĂ©rib transfĂšre des Ă©lĂ©ments de la thĂ©ologie de Marduk au dieu national Assur, et restructure le festival Ă  Assur autour d’une procession comparable. Dans d’autres villes assyriennes, l’Akitu se concentre moins sur le combat mythologique que sur la figure du roi, reprĂ©sentĂ© comme le vainqueur des forces du chaos incarnĂ©es par les ennemis de l’empire[79].

Les Akitu dans d’autres citĂ©s du Ier millĂ©naire av. J.-C.

[modifier | modifier le code]

Le terme Akitu a Ă©galement Ă©tĂ© employĂ© pour dĂ©signer diverses cĂ©lĂ©brations urbaines dans plusieurs citĂ©s de MĂ©sopotamie et d’Assyrie au Ier millĂ©naire av. J.-C., dont l’organisation et les fonctions varient selon les traditions locales. Ces fĂȘtes ne correspondent pas au modĂšle babylonien du Nouvel An centrĂ© sur Marduk et ne doivent pas ĂȘtre interprĂ©tĂ©es comme des dĂ©clinaisons ou des versions secondaires de celui-ci — certaines Ă©tant notamment consacrĂ©es au dieu Assur —. Cohen mentionne Ă©galement des attestations Ă  Sippar, Kish et dans certaines citĂ©s secondaires, oĂč le terme Akitu dĂ©signe des rites saisonniers ou des fĂȘtes locales dont le dĂ©tail n’est pas conservĂ©[80]. Cependant, se sont des rituels indĂ©pendants partageant un vocabulaire commun plutĂŽt qu’un contenu cultuel uniforme[81],[82].

Assyrie : Assur et ArbÚles

[modifier | modifier le code]

Dans les citĂ©s assyriennes, l’Akitu Ă©tait cĂ©lĂ©brĂ© durant le second mois, sans lien avec le Nouvel An et sans structure comparable au rituel babylonien. À Assur et Ă  ArbĂšles, la fĂȘte Ă©tait dĂ©diĂ©e au culte local — respectivement Assur et Ishtar — et consistait en processions, offrandes et dĂ©placements de statues divines[22]. Bidmead souligne que ces rituels reflĂštent la tradition assyrienne propre, qui n’intĂšgre l’idĂ©ologie « mardukite » qu’à l’époque des rois nĂ©o-assyriens[83].

Borsippa : l’Akitu de NabĂ»

[modifier | modifier le code]
Ruines de bñtiments en briques se trouvant sur un monticule de pierres et de sable. Le tout de couleur beige de couleur beige. À l'arriùre plan on distingue un autre monticuke plus abrupt. Le ciel est bleu, il y a beaucoup de soleil et peu d'ombres.
Ruines de la ziggourat et du temple dédiés au dieu Nabû à Borsippa. Gouvernorat de Babel, Irak.

À Borsippa, l’Akitu est cĂ©lĂ©brĂ© au profit de NabĂ», dont la statue rejoint celle de Marduk Ă  Babylone lors de certaines fĂȘtes, mais possĂšde Ă©galement une liturgie propre dans la ville mĂȘme. Les textes indiquent des processions vers le temple Ezida et un rituel distinct de celui de Babylone[84].

Uruk : Anu et Iƥtar

[modifier | modifier le code]

Uruk connaĂźt Ă©galement un Akitu consacrĂ© Ă  Anu et probablement Ă  Ishtar. Les textes du Ier millĂ©naire av. J.-C. Ă©voquent des processions destinĂ©es Ă  conduire les statues divines vers un sanctuaire extĂ©rieur, selon un schĂ©ma analogue aux fĂȘtes de sortie[85]. Il est, par ailleurs, attestĂ© sous deux formes annuelles distinctes, l’une cĂ©lĂ©brĂ©e au printemps (mois de Nisannu), marquant le dĂ©but de l’annĂ©e civile, et l’autre Ă  l’automne (mois de TaĆĄritu), correspondant au dĂ©but de l’annĂ©e cultuelle. Ces festivitĂ©s sont principalement dĂ©diĂ©es aux divinitĂ©s tutĂ©laires de la ville, Anu et son Ă©pouse Antu, avec l’implication d’IĆĄtar et de Nanaya. Le festival comprend Ă©galement des processions vers des temples d’Akitu situĂ©s hors les murs. Les rituels majeurs incluent des prĂ©paratifs cultuels, des cĂ©rĂ©monies de renouvellement du temple, des processions divines conduisant Anu vers le temple d’Akitu, puis son retour solennel au sanctuaire principal, moment associĂ© Ă  la confirmation de l’ordre cosmique et Ă  la dĂ©termination des destins pour l’annĂ©e Ă  venir. L’Akitu d’Uruk illustre ainsi une tradition locale autonome, distincte du modĂšle babylonien centrĂ© sur Marduk, et tĂ©moigne de la continuitĂ© des pratiques religieuses mĂ©sopotamiennes jusque dans la pĂ©riode hellĂ©nistique[86].

Célébrations d'automne

[modifier | modifier le code]

À Babylone, un Akitu semble exister Ă  l'entrĂ©e de l'automne (mois de TaĆĄrÄ«tu) pendant l'Ă©poque hellĂ©nistique. Cependant les sources cunĂ©iformes rapportent tout au plus une pĂ©riode de forte activitĂ© religieuse, avec des offrandes collectives. Mais, rien ne prouve que cette activitĂ© se rapporte directement Ă  un festival de l’Akitu. Selon l'historien Linssen, aucune description rituelle complĂšte n’a Ă©tĂ© conservĂ©e et les sources se rĂ©duisent Ă  quelques mentions isolĂ©es : une possible cĂ©rĂ©monie d’habillement de Bēl et la prĂ©paration d'un tambour cĂ©rĂ©moniel, peut-ĂȘtre en vue d’une procession vers le temple de l’Akitu. Cette pauvretĂ© documentaire s’explique par la raretĂ© des textes cultuels de l’époque et par le fait que ce festival marquait le dĂ©but de l’annĂ©e cultuelle, et non civile, ce qui limitait sa mention dans les chroniques et les journaux astronomiques[87].

Le chercheur Claus Ambos parle Ă©galement d'un rituel de renversement temporaire du statut royal qui a lieu Ă  l'Ă©quinoxe d'automne. Pendant le festival de TaĆĄrÄ«tu, le roi babylonien est conduit hors de la ville, dans un espace rituel amĂ©nagĂ© dans la steppe : un petit complexe entourĂ© d’une palissade, comprenant notamment une sorte de « prison » Ă  cĂŽtĂ© d'une hutte, le tout construit en roseaux. Le roi, sans insignes royaux, passe la nuit dans la « prison » ; il se prĂ©sente comme un ĂȘtre misĂ©rable et « coupable », rĂ©cite des priĂšres Ă  des corps cĂ©lestes et Ă  des dieux liĂ©s Ă  la royautĂ© (notamment ceux associĂ©s Ă  Nippur et Babylone) pour obtenir leur intercession et restaurer l’harmonie avec le monde divin. Au matin, il quitte la « prison », entre dans la hutte voisine oĂč sont rassemblĂ©es des divinitĂ©s (reprĂ©sentĂ©s par des images ou des insignes), accomplit priĂšres et sacrifices ; il subit ensuite une ablution/purification, revĂȘt de nouveau le vĂȘtement royal et est rĂ©investi de ses insignes face au soleil levant, avant de retourner en ville pour reprendre sa place dans la suite des cĂ©rĂ©monies du Nouvel An[88],[89].

DerniÚres célébrations de l'Akitu

[modifier | modifier le code]

Le festival Akitu, attesté en Mésopotamie depuis le milieu du IIIe millénaire av. J.-C., a perduré pendant plus de deux mille ans avant de disparaßtre progressivement comme institution centralisée[20].

Une lente extinction

[modifier | modifier le code]

Une premiĂšre phase de dĂ©clin intervient sous l’Empire achĂ©mĂ©nide : Ă  la suite des rĂ©voltes babyloniennes contre XerxĂšs en , la documentation devient extrĂȘmement rare. Les sanctions imposĂ©es aux temples — notamment la diminution de leurs privilĂšges et l’affaiblissement de leur rĂŽle administratif — rendent improbable la cĂ©lĂ©bration rĂ©guliĂšre d’un rituel de grande ampleur comme l’Akitu entre le Ve siĂšcle av. J.-C. et le milieu de la pĂ©riode sĂ©leucide. MalgrĂ© un renouveau partiel des traditions cultuelles Ă  Babylone et Ă  Uruk aprĂšs la conquĂȘte d’Alexandre le Grand, les sources cunĂ©iformes se tarissent dĂ©finitivement durant le Ier siĂšcle de notre Ăšre, entraĂźnant la disparition de tout tĂ©moignage direct sur la cĂ©lĂ©bration du festival[20].

AprĂšs la fin des archives cunĂ©iformes, des traces de traditions apparentĂ©es subsistent encore dans certaines rĂ©gions du Proche-Orient : les sources Ă©voquent des survivances Ă  Palmyre au Ier siĂšcle, Ă  Édesse au Ve siĂšcle, dans l'Harran de l’AntiquitĂ© tardive et au dĂ©but de l’ùre islamique[20],[90].

Survivances culturelles modernes

[modifier | modifier le code]
Des adultes en habits traditionnels assyriens dĂ©filent dans une rue dĂ©corĂ©e, certains brandissant des drapeaux assyriens, sans enfant au premier plan visible. En arriĂšre-plan, on voit d’autres participants et des dĂ©corations printaniĂšres dans la rue.
Assyriens célébrant le Nouvel An assyrien (Akitu) année () à Nohadra (Dohuk - Irak).

Une fĂȘte moderne de l’Akitu, rebaptisĂ©e « Kha b-Nisan » ou Nouvel An assyrien, est cĂ©lĂ©brĂ©e par les communautĂ©s assyriennes, chaldĂ©ennes et syriaques dans de nombreux pays. En Irak (province du Kurdistan), les autoritĂ©s rĂ©gionales adressent chaque annĂ©e des messages officiels Ă  l’occasion d’Akitu, saluant la tradition et la diversitĂ© culturelle de la communautĂ© chrĂ©tienne assyrienne-chaldĂ©enne[91],[92]. À Dohuk, plus d’un millier de participants se rassemblent le pour des dĂ©filĂ©s, chants et danses traditionnelles, soulignant simultanĂ©ment « la renaissance de la nature » et leur identitĂ© collective[93]. Un article de l’anthropologue Alex Shams explique comment la diaspora assyrienne, notamment en Australie, a adoptĂ© Akitu comme « cĂ©lĂ©bration de l’identitĂ© assyrienne », en combinant Ă©lĂ©ments printaniers anciens et festivitĂ©s communautaires modernes. Bien que ces pratiques contemporaines diffĂšrent en structure et en portĂ©e du rituel mĂ©sopotamien antique, elles illustrent une survivance culturelle vivante de la fĂȘte saisonniĂšre[94].

Notes et références

[modifier | modifier le code]
  1. ↑ La fĂȘte d'Elulu apparaĂźt dans deux documents de Larsa associĂ©s Ă  l’akiti de Dumuzi de Badtibira (YOS 14 194 et 265). Cohen prĂ©cise qu’il s’agit d’un festival distinct, cĂ©lĂ©brĂ© au septiĂšme mois, bien qu’il tombe dans la mĂȘme pĂ©riode que l’akiti de Dumuzi. L’elulu est explicitement dĂ©fini comme le « festival de la tonte des moutons », une cĂ©lĂ©bration pastorale marquĂ©e par des offrandes d’huile destinĂ©es au temple. Ce rituel reflĂšte le cycle pastoral et la fonction de Dumuzi comme divinitĂ© liĂ©e au troupeau et Ă  la vigueur animale, complĂ©mentaire des aspects agricoles prĂ©sents dans d’autres fĂȘtes qui lui sont consacrĂ©es[30].
  2. ↑ La « confession nĂ©gative » dĂ©signe une dĂ©claration rituelle par laquelle le roi affirme n’avoir commis aucune faute envers la divinitĂ© et la citĂ©. Il ne s’agit pas d’une pĂ©nitence morale au sens moderne, mais d’un rite de lamentation et de purification visant Ă  apaiser le dieu et Ă  confirmer la lĂ©gitimitĂ© royale[48].
  3. ↑ Les galatura et kurgara — créés par le dieu Enki dans les mythes sumĂ©riens — sont des ĂȘtres rituels dont le genre est volontairement indĂ©terminĂ©. Dans les versions akkadiennes, leur Ă©quivalent le plus connu est l’assinnu, parfois reprĂ©sentĂ© par la figure d’Āsu-su-namir (« Sa splendeur-apparition est Ă©clatante »), un ĂȘtre Ă©galement liminal, notamment en intervenant seul dans le rĂ©cit de la Descente d'Inanna aux Enfers. Les chercheurs Ă©tablissent un lien entre ces personnages mythiques, ni pleinement masculins ni fĂ©minins, et certains membres du clergĂ© d’Inanna, souvent dĂ©crits comme des hommes effĂ©minĂ©s, aux pratiques vestimentaires, sociales ou sexuelles diffĂ©rentes de la norme. Rien ne prouve qu’ils subissaient une castration physique. Ils Ă©taient cependant perçus comme des individus dotĂ©s de capacitĂ©s magico-rituelles particuliĂšres, en mĂȘme temps respectĂ©s et craints dans la sociĂ©tĂ© mĂ©sopotamienne[71].

Références

[modifier | modifier le code]
  1. 1 2 3 4 5 6 7 Bidmead 2014, p. 42.
  2. ↑ Cohen 1993, p. 266-268.
  3. ↑ Pierre Villard, « Akitu », dans Francis Joannes, Dictionnaire de la civilisation mĂ©sopotamienne, Paris, Robert Laffont, , 971 p. (ISBN 9782221092071), p. 20
  4. ↑ Cohen 1993, p. 416, 417.
  5. ↑ Bidmead 2014, p. 4.
  6. ↑ (en) Sommer, « The Babylonian Akitu Festival : Rectifying the King or Renewing the Cosmos », Journal of the Ancient Near Eastern Society, vol. 1, no 27,‎ , p. 15 (lire en ligne AccĂšs libre [PDF])
  7. 1 2 Sommer 2000, p. 81-82.
  8. ↑ Debourse 2022, p. 332, 427.
  9. ↑ Louise Quillien, « CĂ©line Debourse. Of Priests and Kings: The Babylonian New Year Festival in the Last Age of Cuneiform Culture », Abstracta Iranica. Revue bibliographique pour le domaine irano-aryen, no Volume 45,‎ (ISSN 0240-8910, DOI 10.4000/abstractairanica.56668 AccĂšs libre, lire en ligne, consultĂ© le )
  10. ↑ Bidmead 2014, p. 25-27.
  11. ↑ Sommer 2000, p. 3.
  12. ↑ Lambert 2013, p. XI - XV.
  13. ↑ Debourse 2022, p. 14,15.
  14. ↑ Cohen 1993, p. 201.
  15. 1 2 3 Cohen 1993, p. 266.
  16. 1 2 3 4 Villard 2001, p. 21.
  17. 1 2 3 Cohen 1993, p. 415.
  18. ↑ Bidmead 2014, p. 1-3.
  19. ↑ Bidmead 2014, p. 41.
  20. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Debourse 2023, col. 362-363.
  21. 1 2 Cohen 1993, p. 266, 267.
  22. 1 2 Cohen 1993, p. 274.
  23. ↑ Debourse 2022, p. 363–368.
  24. ↑ Thorkild Jacobsen, « Toward the Image of Tammuz », History of Religions, vol. 1, no 2,‎ , p. 189–213 (ISSN 0018-2710, lire en ligne, consultĂ© le )
  25. 1 2 Bidmead 2014, p. 41-42.
  26. 1 2 Cohen 1993, p. 401.
  27. ↑ Cohen 1993, p. 411.
  28. ↑ Cohen 1993, p. 266-267.
  29. ↑ Cohen 1993, p. 411-413.
  30. 1 2 Cohen 1993, p. 416.
  31. ↑ (en) Owen Jarus last updated, « Ishtar Gate: Grand Entrance to Babylon », sur Live Science, (consultĂ© le )
  32. ↑ « La Porte d’Ishtar et la Voie Processionnelle. Babylone », sur archeologie.culture.gouv.fr (consultĂ© le )
  33. ↑ Bidmead 2014, p. 39-43.
  34. ↑ Bidmead 2014, p. 44-45.
  35. 1 2 Bidmead 2014, p. 45-50.
  36. ↑ Cohen 1993, p. 403.
  37. ↑ Cohen 1993, p. 453.
  38. ↑ Cohen 1993, p. 415-417.
  39. ↑ Bidmead 2014, p. 1-3, 6, 11.
  40. ↑ Debourse 2022, p. 9,10.
  41. ↑ Bidmead 2014, p. 149, 172-175.
  42. ↑ (en) Beate Pongratz-Leisten, « Akitu », dans Roger S. Bagnall, Kai Brodersen, Craige B. Champion, Andrew Erskine, and Sabine R. Huebner, The Encyclopedia of Ancient History, Blackwell Publishing Ltd., , 266 p., p. 1
  43. ↑ Debourse 2022, p. 45.
  44. ↑ Debourse 2022, p. 72.
  45. 1 2 Bidmead 2014, p. 172-174.
  46. ↑ Debourse 2022, p. 27, 385.
  47. ↑ Debourse 2022, p. 332,333.
  48. ↑ (en) Sam Mirelman, « Lament and Ritual Weeping in the “Negative Confession” of the Babylonian AkÄ«tu Festiva », Journal of Ancient Near Eastern Religions,‎ , p. 42-74 (lire en ligne AccĂšs payant [PDF])
  49. 1 2 Debourse 2022, p. 331–334.
  50. ↑ Mirelman 2021, p. 58.
  51. ↑ (en) Richard Arthur Martin, Ancient seals of the Near East, Chicago, Field Museum Press, (lire en ligne), p. 43
  52. ↑ Sommer 2000, p. 82-83, 91-92.
  53. ↑ Jonathan Z. Smith, « A Pearl of Great Price and a Cargo of Yams: A Study in Situational Incongruity », History of Religions, vol. 16, no 1,‎ , p. 1–19 (ISSN 0018-2710, lire en ligne, consultĂ© le )
  54. ↑ Sommer 2000, p. 84-95.
  55. ↑ Sommer 2000, p. 4-5.
  56. 1 2 Bidmead 2014, p. 166-167.
  57. ↑ Sommer 2000, p. 20-40.
  58. ↑ Sommer 2000, p. 20.
  59. ↑ Bidmead 2014, p. 46-59.
  60. ↑ Debourse 2022, p. 22-24.
  61. 1 2 Debourse 2022, p. 22, 23.
  62. ↑ Bidmead 2014, p. 59-69.
  63. ↑ Sommer 2000, p. 82.
  64. ↑ MusĂ©e du Louvre, « Sceau cylindre » [html], sur Louvre site des collections
  65. 1 2 Debourse 2022, p. 23, 24.
  66. ↑ Sommer 2000, p. 25.
  67. ↑ Bidmead 2014, p. 70-87.
  68. 1 2 3 4 5 6 7 Debourse 2022, p. 24,25.
  69. 1 2 3 4 5 6 7 8 Bidmead 2014, p. 86-101.
  70. ↑ Lambert 2013, p. 297, 298.
  71. ↑ VĂ©ronique Grandpierre, Sexe et amour de Sumer Ă  Babylone, Paris, Gallimard, coll. « Folio », (ISBN 978-2-07-044618-6), p. 87-97
  72. ↑ Sommer 2000, p. 27.
  73. ↑ Lambert 2013, p. 348, 349.
  74. ↑ Lambert 2013, p. 349.
  75. ↑ Bidmead 2014, p. 102-106.
  76. ↑ Sommer 2000, p. 86-92.
  77. 1 2 Sommer 2000, p. 82-83.
  78. ↑ Sommer 2000, p. 95.
  79. 1 2 3 4 Pongratz-Leisten 2009, p. 38.
  80. ↑ Cohen 1993, p. 280.
  81. ↑ Bidmead 2014, p. 172-176.
  82. ↑ Cohen 1993, p. 274-280.
  83. ↑ Bidmead 2014, p. 172.
  84. ↑ Cohen 1993, p. 276-277.
  85. ↑ Cohen 1993, p. 278-279.
  86. ↑ Marc J. H. Linssen, The Cults of Uruk and Babylon: The Temple Ritual Texts as Evidence for Hellenistic Cult Practice, BRILL, coll. « Cuneiform Monographs », , 361 p. (ISBN 978-90-04-12402-8 et 978-90-474-1233-5), p. 73-76
  87. ↑ Linssen 2004, p. 79.
  88. ↑ (en) Claus Ambos, « Calendars », dans Society and the Individual in Ancient Mesopotamia, De Gruyter, , 179–208 p. (ISBN 978-1-5015-1765-5, DOI 10.1515/9781501517655-005 AccĂšs payant, lire en ligne), p. 195
  89. ↑ (en) Claus Ambos, « Ritual Healing and the Investiture of the Babylonian King », dans William Sax, Johannes Quack et Jan Weinhold (dir.), The Problem of Ritual Efficacy, New York, Oxford University Press, (lire en ligne), p. 17-44
  90. ↑ Bidmead 2014, p. 35.
  91. ↑ (en) Julian Bechocha, « Top Kurdish officials send celebratory Akitu messages » [html], sur www.rudaw, (consultĂ© le )
  92. ↑ Bidmead 2014, p. 38.
  93. ↑ (en) Kurdistan24, « Assyrians in Duhok have a cheerful Akitu celebration », sur Assyrians in Duhok have a cheerful Akitu celebration, (consultĂ© le )
  94. ↑ (en-US) Alex Shams, « The Joys of Akitu, the Assyrian New Year », sur Ajam Media Collective, (consultĂ© le )

Bibliographie

[modifier | modifier le code]
  • (en) Julye Bidmead, The AkÄ«tu Festival: Religious Continuity and Royal Legitimation in Mesopotamia, Gorgias Press, coll. « Gorgias Near Eastern Studies », (ISBN 978-1-4632-0265-1 et 978-1-4632-3600-7) ;
  • (en) Mark E. Cohen, The cultic calendars of the ancient Near East, CDL Press, (ISBN 978-1-883053-00-0) ;
  • (en) CĂ©line Debourse, « New Year Festival », dans Brennan Breed, Constance M. Furey, Peter Gemeinhardt, Joel Marcus LeMon, Thomas Römer, Jens Schröter, Yvonne Sherwood, Barry Dov Walfish, Encyclopedia of the Bible and Its Reception (EBR), vol. 21, Berlin, Walter de Gruyter, (ISBN 978-3-11-019904-8)
  • (en) CĂ©line Debourse, Of Priests and Kings : The Babylonian New Year Festival in the Last Age of Cuneiform Culture, Leyde et Boston, Brill,
  • (en) Wilfred George Lambert, Babylonian creation myths, Eisenbrauns, coll. « Mesopotamian civilizations », (ISBN 978-1-57506-247-1) ;
  • (en) Beate Pongratz-Leisten, « Akitu », dans Brennan Breed, Constance M. Furey, Peter Gemeinhardt, Joel Marcus LeMon, Thomas Römer, Jens Schröter, Yvonne Sherwood, Barry Dov Walfish, Encyclopedia of the Bible and Its Reception (EBR), vol. 1, Berlin, Walter de Gruyter, (ISBN 978-3-11-019904-8).

Articles connexes

[modifier | modifier le code]

Liens externes

[modifier | modifier le code]