Banque Arnaud-Gaidan & Cie
| Banque Arnaud-Gaidan & Cie | |
| Création | 1848 |
|---|---|
| Disparition | 1913 (Comptoir commercial d'escompte du Midi) ; 1992 (Banque Arnaud Gaidan SA) |
| Fondateurs | Jean Gaïdan (1848) ; Philippe Arnaud (direction à partir de 1863) |
| Forme juridique | Société en nom collectif, puis société anonyme |
| Directeurs | Jean Gaïdan (fondateur, 1848) · Philippe Arnaud (1863-1897) · Georges Arnaud (président, 1912) · Jean-Pierre Hanne (PDG, 1992) |
| Produits | Escompte, opérations de bourse, coffres-forts |
| Société mère | Société marseillaise de crédit (à partir de 1913), puis Crédit du Nord (groupe Société générale) |
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La Banque Arnaud-Gaidan & Cie, également connue sous les dénominations successives de Comptoir commercial d'escompte de Nîmes, Comptoir national d'escompte de Nîmes et enfin Comptoir commercial d'escompte du Midi, est un établissement bancaire fondé à Nîmes en 1848.
Active pendant près d'un siècle et demi dans le Midi de la France, elle est l'une des plus importantes maisons de banque régionales de la seconde moitié du XIXe siècle et du début du XXe siècle, avec un réseau de succursales couvrant le Languedoc et la Provence. Par son absorption en 1913 par la Société marseillaise de crédit, puis celle de la Banque Arnaud Gaidan SA par le Crédit du Nord en 1992, elle s'inscrit dans la généalogie de SG SMC, marque régionale du groupe Société générale dans le Sud-Est de la France, dont le réseau s'étend aujourd'hui de Béziers à Menton[1].
Fondation
[modifier | modifier le code]La maison de banque Gaïdan est fondée à Nîmes en 1848, à l'initiative du commerce nîmois, dans un contexte de crise politique. Jean Gaïdan (1800-1883), banquier et homme de lettres nîmois, en prend la tête comme l'un des principaux initiateurs. Il dirige ce « puissant et utile instrument de crédit » pendant quinze ans[2].
Jean Gaïdan est le fils de Georges Gaïdan (1775-1855) et Jeanne Laurent (1771-1860), et le frère de Françoise Gaïdan (1803-1887), qui avait épousé Jacques Arnaud (1799-1834), commis marchand puis négociant à Nîmes. C'est de cette union entre les deux familles que naît la raison sociale Arnaud-Gaïdan[3].
En 1863, Jean Gaïdan, dont les forces diminuent et qui souhaite se consacrer aux lettres sous le pseudonyme de Jean de la Tour-Magne, se retire des affaires et transmet la direction du comptoir d'escompte à son neveu Philippe Arnaud (Louis Philippe Arnaud, 1830-1897), fils de Jacques Arnaud et de Françoise Gaïdan. Sous ce nouveau chef, l'établissement devient, selon le témoignage contemporain de Marcellin Clavel, « une des banques particulières les plus importantes et les plus honorables de France »[2].
Le réseau de succursales s'étend progressivement sous la direction de Philippe Arnaud : Alais en 1866, Béziers en 1876, puis Avignon, Cavaillon, Carpentras, Orange, Narbonne, Bédarieux, Pézenas et L'Isle-sur-Sorgue[3]. La Semaine mondaine souligne en 1912 que la maison a «traversé avec honneur, avec la plus scrupuleuse intégrité et à guichets ouverts les différentes tribulations nationales ou régionales, politiques ou autres de trois quarts de siècle »[4].
Histoire
[modifier | modifier le code]Constitution en société (1893)
[modifier | modifier le code]Le 25 mars 1893, par acte reçu par Me Renouard, notaire à Nîmes, une société en nom collectif est constituée entre Louis Philippe Arnaud, Georges Arnaud et Ernest Arnaud, tous trois banquiers domiciliés à Nîmes, sous la dénomination sociale Arnaud Gaidan et Cie, pour l'exploitation d'une maison de banque sous le nom de Comptoir commercial d'escompte de Nîmes. Le capital est fixé à trois millions de francs. Le siège social est établi rue de l'Aspic n° 10 à Nîmes, avec des agences à Avignon, Béziers et Alais[5].
Un mandat de la banque daté du 15 juillet 1896, conservé dans les collections de Varagnes de l'université de Nantes, atteste de son activité comme intermédiaire financier pour des établissements religieux de la région, notamment l'abbaye Saint-Michel de Frigolet dans les Bouches-du-Rhône[6].
Restructuration après le décès de Philippe Arnaud (1897)
[modifier | modifier le code]Philippe Arnaud décède à Nîmes le 4 avril 1897. Par acte du 10 juillet 1897, Georges Arnaud et Ernest Arnaud deviennent les deux seuls gérants responsables de la société, et le capital est réduit de moitié, passant de trois millions à 1 500 000 francs[5].
Apogée et modernisation (1905)
[modifier | modifier le code]En octobre 1905, le journal avignonnais Le Mistral consacre un long reportage à la succursale d'Avignon, installée rue Viala, à deux pas de la préfecture de Vaucluse. L'article décrit un établissement modèle : guichets modernes exécutés par la maison Fichet, salle de lecture avec cours de bourse câblés matin et soir par les agences Fournier et Havas, journaux financiers anglais, américains et allemands, sous-sols équipés d'une double muraille en ciment armé et de deux coffres Fichet du modèle le plus récent. Les directeurs de la succursale sont MM. Cazalet et Teychené. Le journal conclut que « la grande maison Arnaud Gaidan et Cie, tout en étant la plus ancienne de la région, était devenue, grâce à son installation, l'une des plus modernes »[7].
Transformation en Comptoir commercial d'escompte du Midi (1912)
[modifier | modifier le code]En janvier 1912, la banque se transforme en Comptoir commercial d'escompte du Midi, absorbant les succursales et agences du Comptoir Commercial d'Escompte de Nîmes Arnaud Gaidan et Cie ainsi que la Caisse intermédiaire des banques régionales à Paris. Le capital est porté à 10 000 000 de francs, entièrement souscrit par les anciens commanditaires et administrateurs sans émission publique. Le siège social est établi au 49, rue de Provence à Paris. Le conseil d'administration est composé de : G. Arnaud, président ; E. Cazalet, vice-président ; E. Arnaud, E. de Boyve et R. Arnaud, administrateurs[8].
À cette date, le réseau couvre l'ensemble du Languedoc et de la vallée du Rhône : Béziers, Bédarieux, Pézenas, Clermont-l'Hérault, Narbonne, Avignon, Carpentras, Orange, Bagnols, Pont-Saint-Esprit, Vaison et Paris[4].
Absorption par la Société Marseillaise de Crédit (1913)
[modifier | modifier le code]En 1913, sous l'impulsion de son président Jules Charles-Roux, la Société Marseillaise de Crédit absorbe le Comptoir Commercial d'Escompte du Midi en même temps que la Banque du Sud-Est, prenant ainsi le contrôle d'un réseau de vingt-neuf agences situées entre les frontières espagnole et italienne[9].
Georges Arnaud, qui présidait le Comptoir Commercial d'Escompte du Midi depuis sa création en 1912, siégeait par ailleurs au conseil d'administration de la Société Marseillaise de Crédit, ce qui suggère qu'il joua un rôle dans ce rapprochement. Il continua de siéger au conseil de la SMC jusqu'à sa mort le 20 octobre 1920[10].
La Société marseillaise de crédit connaît par la suite une longue trajectoire : nationalisée puis privatisée en 1998, rachetée par le CCF-HSBC France, puis cédée en 2008 au Groupe Banque populaire avant d'être rachetée en 2010 par le Crédit du Nord (groupe Société générale). Depuis le 1er janvier 2023, elle opère sous la marque SG SMC, marque régionale de SG dans le Sud-Est de la France, avec un réseau s'étendant de Béziers à Menton[1].
Après 1920
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Georges Arnaud décède le 20 octobre 1920. Un bordereau de coupons daté du 15 novembre 1920 atteste que la banque continue ses activités sous la raison sociale Arnaud-Gaidan Frères, Banquiers, Nîmes, avec notamment une succursale à Alais[11].
La correspondance conservée aux Archives nationales du monde du travail sous la cote 132 AQ 8075 confirme que la maison Arnaud-Gaidan Frères maintient des relations d'affaires régulières avec la banque Rothschild Frères de 1915 à 1942, témoignant de la pérennité de l'établissement nîmois bien au-delà de son intégration dans le groupe de la Société marseillaise de crédit[12].
Constituée entretemps en société anonyme au capital de 15 124 400 francs, avec son siège toujours établi au 10, rue de l'Aspic à Nîmes et immatriculée au Registre du Commerce et des Sociétés de Nîmes sous le numéro B 540 200 219, la Banque Arnaud Gaidan est encore active comme établissement de crédit en 1990, année où elle consent un prêt immobilier à une société civile immobilière nîmoise[13]. À cette date, le Crédit du Nord en détient l'intégralité du capital.
La dissolution intervient en 1992 : aux termes d'un traité de fusion/absorption signé à Paris le 1er octobre 1992 entre Jean-Pierre Hanne, président-directeur général de la Banque Arnaud Gaidan, et Bruno de Maulde, président-directeur général du Crédit du Nord, la banque apporte l'universalité de ses biens à la société absorbante. Le traité relève que l'établissement « rencontrait depuis quelques années des difficultés financières, conséquences d'une part de sa taille insuffisante pour mettre en œuvre une politique commerciale réellement efficace, et d'autre part d'un environnement économique défavorable ». L'actif net apporté ressort à 690 570 francs. La Banque Arnaud Gaidan est dissoute de plein droit à la réalisation définitive de la fusion, mettant fin à près de cent cinquante ans de présence bancaire ininterrompue à Nîmes[14].
Réseau de succursales
[modifier | modifier le code]À son apogée en 1912, la banque dispose d'un réseau étendu couvrant l'ensemble du Languedoc et de la Provence :

- Nîmes (siège historique, rue de l'Aspic)
- Alais (depuis 1866)
- Béziers (depuis 1876, place de la République)
- Avignon (rue Viala)
- Cavaillon
- Carpentras
- Orange
- Narbonne
- Bédarieux
- Pézenas
- Clermont-l'Hérault
- Pont-Saint-Esprit
- Vaison
- Bagnols
- L'Isle-sur-Sorgue
- Paris (49, rue de Provence — siège du Comptoir commercial d'escompte du Midi)
Personnalités associées
[modifier | modifier le code]- Jean Gaïdan (1800-1883), fondateur du comptoir d'escompte en 1848, banquier et homme de lettres, écrivant sous le pseudonyme de Jean de la Tour-Magne[2]
- Jacques Arnaud (1799-1834), commis marchand puis négociant à Nîmes, époux de Françoise Gaïdan, sœur de Jean Gaïdan
- Louis Philippe Arnaud (1830-1897), fils de Jacques Arnaud, gérant puis directeur à partir de 1863
- Georges Arnaud (1862-1920), gérant puis président, administrateur de la Société marseillaise de crédit et de la Société centrale des banques de province, propriétaire du Haras de Campagne
- Joannin Eugène Arnaud, frère de Georges, dirigeant de la Manufacture Arnaud-Gaïdan
- Ernest Arnaud (1863-1947), gérant puis administrateur
- R. Arnaud, administrateur (1912)
- E. Cazalet, directeur de la succursale d'Avignon (1905), vice-président (1912)
- E. de Boyve, administrateur (1912)
- Hélène Arnaud, épouse de Jean Pallier (1894-1982), X-Mines, président-directeur général de la Compagnie algérienne de crédit et de banque[15]
- Jean-Pierre Hanne, dernier président-directeur général de la Banque Arnaud Gaidan (1992)
Références
[modifier | modifier le code]- 1 2 « La Société marseillaise de crédit devient la première banque du Sud-Est », Les Échos, 19 octobre 2012 : .
- 1 2 3 Marcellin Clavel, « M. Jean Gaïdan, notice biographique », Mémoires de la Société d'études des sciences naturelles de Nîmes, VIIIe série, tome VIII, 1885, p. XLIX-LXVI.
- 1 2 Paul Marres, Nîmes au XIXe siècle, disponible sur nemausensis.com.
- 1 2 La Semaine mondaine, 17 janvier 1912, disponible sur RetroNews (BnF).
- 1 2 La Semaine mondaine, 4 août 1897, p. 3, disponible sur RetroNews (BnF) : .
- ↑ « Mandat de Arnaud Gaïdan et Cie, abbaye de Saint-Michel de Frigolet », sur Collections de Varagnes, université de Nantes (consulté le ).
- ↑ « Une visite à la Banque Arnaud Gaïdan & Cie », Le Mistral, 4 octobre 1905, p. 1, disponible sur RetroNews (BnF) : .
- ↑ « Comptoir Commercial d'Escompte du Midi », La Côte de la Bourse et de la Banque, 10 janvier 1912, p. 2, disponible sur RetroNews (BnF) : .
- ↑ Nicolas Stoskopf, Dictionnaire historique des banques du groupe CIC, Éditions La Branche, 2009, p. 26, disponible sur HAL : .
- ↑ Le Jockey, 23 octobre 1920, disponible sur RetroNews (BnF) : .
- ↑ Bordereau de coupons, Arnaud-Gaïdan Frères, Nîmes, 15 novembre 1920 (document d'archives privées).
- ↑ Archives nationales du monde du travail, fonds Rothschild Frères, cote 132 AQ 8075, correspondance avec Arnaud-Gaïdan Frères (Nîmes), 1915-1942.
- ↑ Acte notarié de cession de parts sociales reçu par Me Jean Paul Arnaud, notaire associé à Saint-Chaptes, le 2 mai 1996, enregistré à Uzès le 13 mai 1996, folio 72 n° 143/7 — mention d'un prêt consenti par la Banque Arnaud Gaidan le 27 décembre 1990.
- ↑ Traité de fusion/absorption de la Banque Arnaud Gaidan par le Crédit du Nord, signé à Paris le 1er octobre 1992, enregistré au greffe du Tribunal de Commerce de Nîmes (actes n° B 540 200 219).
- ↑ Annuaire Desfossés, 1956, p. 203, notice Jean Pallier.