Devil's Disciples
Les Devil's Disciples étaient un club de motards criminalisé actif principalement au Québec dans les années 1960 et 1970. Connu pour sa radicalité, son implication dans le trafic de drogues et une guerre interne sanglante, ce groupe est considéré comme l'un des plus violents de son époque.
Origines
[modifier | modifier le code]Formé dans les années 1960 à Montréal, le groupe adopte le modÚle des Hells Angels californiens, en se réclamant du mouvement des « 1% », c'est-à -dire des motards se plaçant en marge des lois et des normes sociales. Ils refusÚrent notamment de se joindre à l'association provinciale des clubs de motards fondée à l'initiative des Popeyes, jugeant incompatible leur idéologie suprémaciste avec une quelconque collaboration[1].
Les Devil's Disciples se distinguaient aussi par une posture intellectuelle atypique dans le milieu : ils auraient eu une affinitĂ© particuliĂšre pour des lectures comme L'Homme rĂ©voltĂ© d'Albert Camus, ce qui accentuait leur marginalitĂ© mĂȘme au sein des groupes de motards[2].
Conflits et rivalités
[modifier | modifier le code]DÚs la fin des années 1960, les Devil's Disciples sont engagés dans une rivalité violente avec les Popeyes, un club qui deviendra le premier chapitre canadien des Hells Angels à Sorel le [3]. Cette rivalité atteint un sommet en lorsque deux membres des Popeyes sont abattus dans un restaurant de la rue Mentana[2].
Les affrontements entre les deux groupes sont marquĂ©s par des batailles Ă lâarme blanche, des fusillades et des actions de reprĂ©sailles dans les quartiers de MontrĂ©al et aux abords du port, oĂč certains membres sont aussi impliquĂ©s dans des affaires de vols et de contrebande[1].
Guerre intestinale et effondrement
[modifier | modifier le code]Le groupe atteint son apogĂ©e au dĂ©but des annĂ©es 1970, contrĂŽlant le marchĂ© des amphĂ©tamines, notamment via des laboratoires clandestins opĂ©rant au QuĂ©bec et destinĂ©s aussi Ă lâexportation vers l'Ontario et les Ătats-Unis. Le chef prĂ©sumĂ© de l'Ă©poque, surnommĂ© « Johnny Halliday », aurait dirigĂ© ces opĂ©rations avec une discipline stricte[4].
En 1975, une violente scission interne Ă©clate lorsque Guy Filion, membre influent, quitte lâorganisation aprĂšs un diffĂ©rend avec Halliday, emportant avec lui une partie des membres et des fonds. Cette rupture dĂ©clenche une guerre fratricide qui fera au moins 25 morts sur prĂšs d'une dĂ©cennie[4],[5].
Les hostilitĂ©s culminent avec une sĂ©rie dâassassinats, dâattentats Ă la bombe et de disparitions mystĂ©rieuses, dont celle de cinq jeunes sympathisants de Halliday enlevĂ©s Ă la Brasserie DâIberville et jamais retrouvĂ©s. La guerre se termine progressivement Ă la fin des annĂ©es 1970. En 1976, Halliday est arrĂȘtĂ© dans un laboratoire clandestin de Pointe-Calumet contenant 22 livres dâamphĂ©tamines. Il est condamnĂ© Ă six ans de prison[4].
Résurgence et déclin
[modifier | modifier le code]Bien que dissous officiellement en 1977, des tentatives de rĂ©surgence ont Ă©tĂ© observĂ©es dans les annĂ©es 1990. Gilles Frenette, prĂ©sumĂ© chef du groupe Ă cette Ă©poque, est arrĂȘtĂ© en 1997 Ă Mascouche dans le cadre dâune enquĂȘte de lâescouade Carcajou concernant un attentat Ă la bombe contre la discothĂšque Bubble Ă Terrebonne[6].
Les Devil's Disciples auraient alors Ă©tĂ© rĂ©activĂ©s par des membres de Rock Machine comme solution de repli aprĂšs lâĂ©chec du groupe Dark Circle[5]. MalgrĂ© ces tentatives, la structure du groupe semble nâavoir jamais retrouvĂ© son influence dâantan.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- 1 2 (fr-CA) GĂ©rald Robitaille, « TrĂšve provisoire entre les bandes de motards », La Patrie : l'hebdo des canadiens-français, vol. 90, no 12,â , p. 2 (lire en ligne
) - 1 2 (fr-CA) « Pour âCocoâ Mercier c'est le procĂšs de la derniĂšre chance », Le Petit Journal, vol. 48, no 21,â 31 mars au 6 avril 1974, p. 10 (lire en ligne
) - â Julian Sher et William Marsden (trad. Serge Dubuc), La route des Hells : comment les motards ont bĂąti leur empire [« The road to hell »], Les Ăditions de l'Homme, (ISBN 2-7619-1843-6), p. 441
- 1 2 3 (fr-CA) Daniel Proulx, « Rien ne va plus chez les Devil's Disciples », La Presse, vol. 109, no 13,â , A 8 (lire en ligne
) - 1 2 (fr-CA) Jean-Paul Charbonneau, « ĂbranlĂ©s par Carcajou, les Rock Machine ressusciteraient les redoutables Devils Disciples », La Presse, vol. 112, no 23,â , A 4 (lire en ligne
) - â (fr-CA) Jean-Paul Charbonneau, « Le chef des Devils Disciples arrĂȘté », La Presse, vol. 112, no 36,â , A 6 (lire en ligne
)