Dévaluation fiscale
Une dévaluation fiscale est une politique économique visant à réduire les coûts des biens et services exportés par le biais d'une baisse des prélÚvements obligatoires sur les entreprises pratiquée dans le pays exportateur. L'objectif est de calibrer la fiscalité nationale (et les cotisations sociales patronales) pour que le coût total de production des entreprises domestiques devienne moindre que celui des entreprises étrangÚres.
Cette politique vise les mĂȘmes effets qu'une dĂ©valuation Ă travers l'instrument de la fiscalitĂ©[1]. Il s'agit Ă ce titre d'une option pour les pays qui ne disposent plus du levier de la dĂ©valuation monĂ©taire, par exemple les Ătats membres de la zone euro.
Concept
[modifier | modifier le code]La dĂ©valuation fiscale (baisse d'impĂŽts et/ou cotisations sociales Ă la charge des employeurs) fait partie des politiques fiscales qu'une puissance publique peut mener. Afin d'accroĂźtre la compĂ©titivitĂ© des exportations de son pays, l'autoritĂ© peut choisir une dĂ©valuation monĂ©taire ; dans le cas oĂč cette dĂ©valuation est rendue impossible (par un accord international, une monnaie unique, etc.), le pays peut pratiquer une dĂ©valuation interne (par une baisse des revenus du travail et des prix si rĂ©percutĂ©s) ou une dĂ©valuation fiscale, en rĂ©duisant la fiscalitĂ© des entreprises pour qu'elles rĂ©percutent cette rĂ©duction sur le prix des biens et exportent plus[2].
La dévaluation fiscale est ainsi discutée lorsqu'une économie considÚre subir un niveau trop élevé de ses prix lui faisant perdre des parts de marché à l'export. Dans une telle situation, sa balance commerciale se dégrade, ce qui pÚse sur la croissance, d'autant plus que cela peut mener à des délocalisations[3].
Selon Xerfi, « si les entreprises reportent alors cette baisse de coĂ»t sur leurs prix de production, la baisse dâimpĂŽt induit un avantage de prix relatif pour les produits assemblĂ©s sur le territoire. Mais mĂȘme si le report sur les prix nâa pas lieu, cette politique accroĂźt la profitabilitĂ©, notamment des activitĂ©s exportatrices »[2].
Si la dĂ©valuation fiscale au bĂ©nĂ©fice des entreprises n'est pas compensĂ©e par des recettes venant de tout ou partie de la population, elle pĂ©nalise, soit les recettes budgĂ©taires d'une administration publique, soit d'organismes de sĂ©curitĂ© sociale. Les consĂ©quences peuvent ĂȘtre, soit une augmentation du dĂ©ficit public pouvant se traduire par une augmentation de la dette publique, soit ĂȘtre Ă l'origine d'une baisse de prestations de service public ou de protection sociale (santĂ©, chĂŽmage, retraite).
La baisse dâimpĂŽt ou des cotisations sociales Ă la charge des employeurs pour les entreprises peut ĂȘtre compensĂ©e par« une hausse des impĂŽts Ă la consommation ». Pour la TVA. « On parle alors de «TVA sociale» lorsque le choc combine une baisse des cotisations sociales associĂ©e Ă une hausse de TVA ». « La dĂ©valuation [fiscale] est rĂ©alisĂ©e Ă taux de prĂ©lĂšvement global constant »[2].
Histoire
[modifier | modifier le code]En France en 2012, les économistes Philippe Aghion, Emmanuel Farhi, Gilbert Cette et Elie Cohen recommandent de pratiquer une telle politique en transférant la part des entreprises dans le financement de la protection sociale vers d'autres prélÚvements comme la contribution sociale généralisée (CSG) ou la taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Selon eux, cette politique a pour conséquence de diminuer le coût du travail et donc potentiellement de diminuer les prix et d'améliorer la compétitivité des entreprises situées en France par rapport à la concurrence étrangÚre[4].
Critiques
[modifier | modifier le code]La dĂ©valuation fiscale est souvent critiquĂ©e pour le caractĂšre auto-entretenu qu'il gĂ©nĂšre dans le cadre d'une concurrence fiscale. Si tous les Ătats pratiquent la dĂ©valuation fiscale, aucun n'en bĂ©nĂ©ficie car les mesures s'annulent, tout en gĂ©nĂ©rant un manque Ă gagner pour les finances publiques. Ainsi, suivant tour Ă tour une politique de dĂ©valuation fiscale « chaque pays conquiert dans la douleur un avantage provisoire et participe Ă la dĂ©flation fiscale et sociale europĂ©enne »[5].
Le SĂ©nat souligne, dans un rapport de 2007, la « compĂ©tition fiscale gĂ©nĂ©ralisĂ©e » dĂ©jĂ Ă lâĆuvre au sein de l'Union europĂ©enne. On observe ainsi « la dĂ©formation des structures fiscales en Europe vers plus d'impĂŽts indirects et moins de prĂ©lĂšvements directs sur les revenus du travail en est la manifestation la plus globale. Par certaines de ses dimensions - la hausse de la TVA compensĂ©e par les baisses de cotisation -, elle conduit Ă restaurer les dĂ©valuations compĂ©titives entre Nations europĂ©ennes d'avant l'euro »[6].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- â Sarah Guillou, « La dĂ©valuation fiscale française ou quand lâAchille français sâĂ©vertue Ă rattraper la tortue allemande », sur Blog de l'OFCE, (consultĂ© le )
- 1 2 3 Olivier Passet, « Les devaluations fiscales en Europe », sur xerfi.com, (consulté le )
- â GĂ©rard Lafay, « DĂ©valuation interne ou dĂ©valuation externe  ? », 58Ăšme CongrĂšs de lâAssociation Internationale des Economistes de Langue Française, Valladolid, (consultĂ© le )
- â Philippe Aghion, Gilbert Cette, Emmanuel Farhi et Elie Cohen, « Pour une dĂ©valuation fiscale », Le Monde,
- â Olivier Passet, « Concurrence fiscale en Europe : la relance des hostilitĂ©s », sur xerfi.com, (consultĂ© le )
- â « La coordination des politiques Ă©conomiques en Europe : le malaise avant la crise ? », sur senat.fr (consultĂ© le )