Emilio Praga
| Naissance |
Gorla (Milan) |
|---|---|
| Décès |
(à 36 ans) Milan |
| Activité principale |
| Langue d’écriture | Italien |
|---|---|
| Mouvement | Scapigliatura |
| Genres |
Poésie Livret d’opéra Théâtre |
Œuvres principales
Tavolozza (1862)
Penombre (1864)
Fiabe e leggende (1867)
Trasparenze (1878)
Memorie del presbiterio (1881)
Emilio Praga, né le 18 décembre 1839 à Gorla, près de Milan, et mort le 26 décembre 1875 à Milan, est un poète, peintre, dramaturge et librettiste italien. Il appartient à la Scapigliatura, mouvement littéraire et artistique né à Milan dans les années 1860.
Fils d’un propriétaire de tannerie, il voyage en Europe de 1857 à 1859 et découvre à Paris l’œuvre de Charles Baudelaire. De retour à Milan, il expose ses tableaux à Brera tout en publiant ses premiers vers ; Penombre (1864), son deuxième recueil, s’ouvre sur le poème Preludio. Avec Arrigo Boito, il fonde le journal Figaro. Il écrit aussi des livrets d’opéra pour Franco Faccio, Amilcare Ponchielli et Antônio Carlos Gomes. La mort de son père le ruine en 1864 et l’alcool altère sa santé. Il meurt à trente-six ans ; son roman Memorie del presbiterio et son dernier recueil, Trasparenze, paraissent après sa mort.
Biographie
[modifier | modifier le code]Origines et formation
[modifier | modifier le code]Emilio Praga naît le à Gorla, près de Milan, dans une famille aisée[1],[n 1]. Son père, Giuseppe, possède une tannerie et s’intéresse aux lettres ; il compte parmi les amis du poète Carlo Porta. Sa mère, Annetta, fréquente les salons de Clara Maffei et d’Ermellina Maselli Dandolo[1].
Encore jeune, Praga connaît plusieurs futurs membres de la Scapigliatura : Cletto Arrighi, Giuseppe Rovani, Arrigo Boito, Iginio Ugo Tarchetti, Antonio Ghislanzoni, ainsi que les peintres Tranquillo Cremona, Carlo Mancini et Luigi Steffani. Son parrain, le médecin et écrivain Giovanni Rajberti, l’encourage dans ses études ; il prend des leçons de peinture auprès de Luigi Riccardi[1].
Voyages en Europe (1857-1859)
[modifier | modifier le code]En juillet 1857, il séjourne à Interlaken. L’année suivante, il gagne Avignon et Nîmes par la Riviera ligure, puis remonte la France jusqu’à la Normandie et la Bretagne. Il voyage aussi longuement dans les Flandres, jusqu’à Dunkerque, et aux Pays-Bas[1],[2].
Pendant un séjour à Paris, il lit Les Fleurs du mal de Baudelaire et les œuvres de Théophile Gautier, Victor Hugo, Henri Murger, Alfred de Musset, Gérard de Nerval et Louis Bouilhet. Les expositions lui font connaître les toiles d’Eugène Delacroix, de Jean-Baptiste Camille Corot, de Gustave Courbet et de Jules Breton[1]. En avril 1859, il rentre en Italie par le Jura suisse et passe l’été dans le val Strona, au-dessus d’Omegna[1].
Peintre et critique d’art
[modifier | modifier le code]Praga peint pendant une dizaine d’années, dans la lignée d’Antonio Fontanesi. Il expose aux salons annuels des beaux-arts de Brera de 1859 à 1866, puis en 1870 ; en 1859, il y présente quatre huiles[1]. Parmi les titres exposés figurent Dintorni di Bordighera (1860), Casolari in riva al mare (1861), Convento in Liguria (1865) et A Porto Maurizio (1870). Porto olandese (1863), inspiré par son séjour aux Pays-Bas, est conservé à la Galerie d’art moderne de Milan, qui possède trois autres de ses huiles[1].
Il publie aussi des articles de critique d’art dans Il Sole et Il Pungolo. En 1865, il y défend la peinture en plein air de Luigi Steffani, qui l’avait accompagné dans plusieurs de ses voyages. La même année, la Rivista minima publie ses Schizzi a penna, tirés de l’album où il notait ses impressions de voyage[1].
Débuts littéraires et Scapigliatura (1862-1864)
[modifier | modifier le code]À Milan, Praga fréquente les salons de la duchesse Eugenia Litta, de la comtesse Maffei et surtout de la comtesse Dandolo[1]. En 1862, il fait paraître à ses frais, chez l’éditeur milanais Gaetano Brigola, son premier recueil, Tavolozza, qui réunit cinquante poèmes[1],[n 2]. Il épouse la même année Annetta Benfereri, dont il a un fils unique, Marco Praga, futur auteur de comédies[1].
En 1863, Le madri galanti, comédie écrite avec Boito, est un échec au théâtre Carignano de Turin. Praga s’y lie toutefois avec Giuseppe Giacosa, Giovanni Faldella, Giovanni Camerana et Giuseppe Cesare Molineri[1]. Il écrit cette année-là le livret d’I profughi fiamminghi, premier opéra de Franco Faccio, créé à La Scala[3],[4]. Avec Boito, il fonde et dirige le Figaro, publié du 7 janvier au [1],[n 3].
Ruine familiale et Penombre (1864)
[modifier | modifier le code]La mort soudaine de son père entraîne la ruine de la famille. Praga ne peut publier son deuxième recueil, Penombre (1864), qu’avec l’aide d’Arrighi et d’autres amis[1]. Les cinquante-cinq poèmes du volume sont répartis en trois sections, Meriggi, Vespri et Mezzenotti, que précède le Preludio[1],[2].
Conservatoire et volontariat garibaldien (1865-1866)
[modifier | modifier le code]En 1865, sur la suggestion de la comtesse Maffei, il obtient la chaire de littérature poétique et dramatique du conservatoire de Milan. Il y prononce sa leçon inaugurale le [1]. Selon Gianfranca Lavezzi, il enseigne de façon irrégulière et s’absente souvent, mais écrit volontiers des textes que ses élèves mettent en musique. En 1866, quand éclate la troisième guerre d’indépendance italienne, il s’engage avec Boito et Faccio parmi les volontaires garibaldiens[1],[3].
Dernières années (1867-1875)
[modifier | modifier le code]Son troisième recueil, Fiabe e leggende, paraît en 1867[1],[n 4]. En mars 1868, Praga provoque en duel Achille Bizzoni, directeur du Gazzettino Rosa, qui avait publié un entrefilet hostile à son égard. Bizzoni refuse de se battre avec un « demi-homme » : l’abus d’alcool avait progressivement ruiné la santé de Praga, de constitution fragile[1].
Pour gagner sa vie, il écrit des récits pour le feuilleton du Pungolo et des livrets d’opéra[1]. En 1872, il remanie en profondeur le livret des Promessi sposi d’Amilcare Ponchielli, rédigé à l’origine par six auteurs. La nouvelle version, créée au théâtre Dal Verme de Milan le , est bien accueillie par le public et la critique[1],[5].
En 1872-1873, il se sépare de sa femme et de son fils. Son frère Eugenio l’accueille alors dans une maison voisine de son usine d’asphalte, près de la porta Genova[1]. Emilio Praga meurt à Milan le et il est inhumé au cimetière de la porta Magenta[1].
Publications posthumes
[modifier | modifier le code]Son ami Roberto Sacchetti achève le roman Memorie del presbiterio, publié en feuilleton dans Il Pungolo de juin à novembre 1877, puis en volume à Turin en 1881[1],[6]. Le recueil Trasparenze paraît à Turin en 1878, édité par Giuseppe Cesare Molineri[1]. Le livret de Maria Tudor, mis en musique par Gomes, est imprimé à Milan par Ricordi en 1879[1],[7],[n 5].
Œuvre
[modifier | modifier le code]Poésie
[modifier | modifier le code]Pour Jiří Pelán, Tavolozza (1862) relève surtout d’une poésie réaliste, liée au débat sur le réalisme qui animait alors la vie littéraire. Il y voit l’influence de Carlo Porta et celle de Baudelaire. Les titres des poèmes, tels I pescatori notturni, All’osteria ou Il professore di greco, renvoient à des scènes de la vie ordinaire[2]. Dans la série de sonnets Pittori sul vero, Praga transcrit les remarques de paysans qui regardent un peintre au travail. Plus rarement, le recueil fait entendre une protestation sociale, notamment dans Orgia[2].
Penombre (1864) donne plus de place à la révolte de la bohème. Daté de novembre 1864, le Preludio oppose l’idéal à l’ennui baudelairien et commence par le vers « Noi siamo i figli dei padri ammalati »[2],[8]. Le poème interpelle Alessandro Manzoni, présenté comme le survivant d’une époque révolue. Le recueil comprend aussi des poèmes plus paisibles sur la campagne ou la vie domestique, dont le cycle Canzoniere del bimbo[2].
Fiabe e leggende (1867) se rapproche de la nouvelle en vers romantique ; le recueil est réédité à Turin en 1884 avec des illustrations d’Edoardo Calandra et de M. Michela. Le recueil posthume Trasparenze (1878) adopte un ton plus mesuré et renonce le plus souvent aux outrances de langage des recueils précédents[1],[8].
Prose
[modifier | modifier le code]Les Schizzi a penna (1865) rassemblent des notes de voyage. Due destini paraît en feuilleton dans Il Pungolo de décembre 1867 à février 1869[1]. Le roman inachevé Memorie del presbiterio. Scene di provincia a pour cadre le val Strona. Au chapitre XX, le narrateur évoque ses lectures de jeunesse et définit Les Fleurs du mal comme « un’imprecazione, cesellata nel diamante »[1],[2].
Théâtre et livrets
[modifier | modifier le code]Outre Le madri galanti, Praga écrit les pièces Il capolavoro d’Orlando (1867) et Altri tempi (1875) ; l’Enciclopedia Treccani note le peu de succès de ses essais dans le théâtre en prose[1],[6],[n 6]. En 1871, il compose Democrit, comédie en vers milanais sur un sujet grec[1].
Avec I profughi fiamminghi (1863), Faccio cherche à s’écarter des conventions du théâtre musical, conformément à l’esthétique de la Scapigliatura ; l’opéra provoque de vives discussions[3]. Le livret d’Il viandante (1872), mis en musique par G. Litta, est une libre traduction du Passant de François Coppée[1],[8]. Ponchielli compose aussi des romances sur des vers de Praga[5]. La Bibliothèque nationale de France le recense comme librettiste des Promessi sposi de Ponchielli et de Maria Tudor de Gomes[9].
Réception critique
[modifier | modifier le code]Le Dizionario Biografico degli Italiani voit en Praga l’écrivain le plus représentatif de la Scapigliatura[1]. L’Encyclopædia Britannica le range avec Giuseppe Rovani parmi les principaux porte-parole du mouvement et le décrit comme un poète tourmenté par ses contradictions[10],[11]. Dans l’Encyclopædia Universalis, Mario Fusco le compte parmi les premiers poètes du groupe, avec Boito et Giovanni Camerana, mais trouve plus d’originalité chez les prosateurs du mouvement[12]. Le Larousse le cite parmi les écrivains de ce mouvement d’avant-garde, ouvert aux influences symbolistes[13].
Ses contemporains lui reprochent déjà sa dépendance envers les modèles français. Jiří Pelán rapporte qu’une lettre de Bernardino Zendrini l’accuse de suivre Musset, Baudelaire et Hugo. En 1904, Benedetto Croce écarte son maledettismo d’inspiration baudelairienne et ne retient que le versant réaliste et intimiste de son œuvre[2]. Guido Mazzoni, en 1935, rapproche sa manière de celle de Giovanni Prati, avec moins d’originalité, et considère Il professore di greco comme peut-être son meilleur poème ; il juge sa peinture moins réussie que ses vers[8].
Jiří Pelán estime pour sa part que ces emprunts ne se réduisent pas à de l’imitation. Il tient Penombre pour le meilleur recueil de Praga et y voit une préfiguration de la poésie décadente et symboliste de Gabriele D'Annunzio comme de la poésie crépusculaire de Guido Gozzano et de Sergio Corazzini[2]. Gianfranca Lavezzi qualifie de hâtifs et négligés les livrets de ses dernières années[1].
Œuvres
[modifier | modifier le code]| Année | Titre | Genre | Notes |
|---|---|---|---|
| 1862 | Tavolozza | Poésie | Milan, Brigola ; cinquante poèmes[1] |
| 1863 | Le madri galanti | Comédie | Avec Arrigo Boito ; Turin, théâtre Carignano[1] |
| 1863 | I profughi fiamminghi | Livret | Musique de Franco Faccio ; Milan, La Scala[1],[3] |
| 1864 | Penombre | Poésie | Cinquante-cinq poèmes et le Preludio[1] |
| 1865 | Schizzi a penna | Prose | Rivista minima[1] |
| 1867 | Fiabe e leggende | Poésie | Milan ; rééd. Turin, 1884[1],[8] |
| 1867 | Il capolavoro d’Orlando | Théâtre | Milan[1] |
| 1867-1869 | Due destini | Récit | Il Pungolo[1] |
| 1869 | Il giudizio d’Oreste | Théâtre en vers | Milan[1] |
| 1870 | Fantasma | Livret | Musique d’A. Ferretto[1] |
| 1871 | Democrit | Comédie en vers milanais | Milan[1] |
| 1871 | L’avvocato Patelin | Livret | Musique d’A. Montuoro[1] |
| 1872 | I promessi sposi | Livret (révision) | Musique d’Amilcare Ponchielli ; Milan, théâtre Dal Verme[1],[5] |
| 1872 | Il viandante | Livret | D’après François Coppée ; musique de G. Litta[1] |
| 1875 | Altri tempi | Théâtre | Milan[1] |
| 1876 | Atala | Livret | Posthume ; musique de G. Gallignani[1] |
| 1876 | Il Conte di Montecristo | Livret | Posthume ; musique de R. Dell’Aquila[1] |
| 1878 | Trasparenze | Poésie | Posthume ; Turin, éd. G. C. Molineri[1] |
| 1879 | Maria Tudor | Livret | Posthume ; musique d’Antônio Carlos Gomes[1],[7] |
| 1881 | Memorie del presbiterio. Scene di provincia | Roman | Posthume ; achevé par Roberto Sacchetti ; Turin[1] |
| 1883 | Paolo | Théâtre en vers | Posthume ; Milan[1] |
Peintures conservées
[modifier | modifier le code]| Titre | Date | Lieu de conservation |
|---|---|---|
| Porto olandese | 1863 | Galerie d’art moderne de Milan[1] |
| Rive del Ticino | Galerie d’art moderne de Milan[1] | |
| Tramonto | Galerie d’art moderne de Milan[1] | |
| Le sorelline | Galerie d’art moderne de Milan[1] |
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- ↑ Le Dizionario Biografico degli Italiani donne le ; l’Enciclopedia Italiana de 1935 et les notices de la Bibliothèque nationale de France et d’IdRef donnent le [1],[8],[9],[14].
- ↑ Le Dizionario Biografico degli Italiani et l’Enciclopedia Treccani datent Tavolozza de 1862 ; l’Enciclopedia Italiana de 1935 indique 1861[1],[6],[8].
- ↑ Garry Wills date la fondation du Figaro de 1865[4].
- ↑ Le Dizionario Biografico degli Italiani donne 1867 dans la biographie et 1869 dans la liste des œuvres ; l’Enciclopedia Italiana et l’Enciclopedia Treccani indiquent 1867[1],[8],[6].
- ↑ Selon Garry Wills, Arrigo Boito acheva le livret laissé inachevé par Praga[4].
- ↑ L’Enciclopedia Treccani range Altri tempi dans le théâtre en prose ; le Dizionario Biografico degli Italiani le classe parmi les pièces en vers[6],[1].
Références
[modifier | modifier le code]- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 51 52 53 54 55 56 57 58 59 60 (it) Gianfranca Lavezzi, « Praga, Emilio », Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 85, (lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 (it) Jiří Pelán, « Alle soglie del modernismo: Emilio Praga e Arrigo Boito », Acta Universitatis Carolinae. Philologica. Romanistica Pragensia, vol. XX, no 1, , p. 81-103 (lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 3 4 (it) « Faccio, Franco », sur Treccani, L’Unificazione, (consulté le ).
- ↑ (en) Garry Wills, « Verdi & Boito: The Great Collaboration », The New York Review of Books, (lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 3 (it) Pietro Zappalà, « Ponchielli, Amilcare Giuseppe », Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 84, (lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 (it) « Praga, Emilio », sur Enciclopedia Treccani (consulté le ).
- 1 2 (it) « Maria Tudor : dramma lirico in quattro atti », sur Internet Archive, Ricordi, (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 (it) Guido Mazzoni, « Praga, Emilio », Enciclopedia Italiana, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Praga, Emilio (1839-1875) », sur Bibliothèque nationale de France, catalogue général (consulté le ).
- ↑ (en) « Emilio Praga », sur Encyclopædia Britannica (consulté le ).
- ↑ (en) « Scapigliatura », sur Encyclopædia Britannica (consulté le ).
- ↑ Mario Fusco, « Scapigliatura », sur Encyclopædia Universalis (consulté le ).
- ↑ « Italie : littérature italienne », sur Encyclopédie Larousse (consulté le ).
- « Praga, Emilio (1839-1875) », sur IdRef (consulté le ).
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- (it) Mario Petrucciani, Emilio Praga, Turin, Einaudi, .
- (it) A. Marinari, Emilio Praga poeta di una crisi, Naples, .
- (it) Emilio Praga et Mario Petrucciani (dir.), Poesie, Bari, , édition critique.
Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]- Ressources relatives à la musique :
- Ressources relatives aux beaux-arts :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :