Insularité
L'insularité est l'ensemble des caractéristiques qui donnent à un territoire et à sa population tout ou partie des traits typiques d'une ßle en ce qu'elle est relativement isolée.
Domaines d'étude
[modifier | modifier le code]Développée dÚs le XIXe siÚcle, cette notion est devenue un concept utilisé principalement en géographie, mais également en démographie, biologie, anthropologie, histoire, économie, littérature ou encore histoire.
En gĂ©ographie, lâinsularitĂ© est perçue soit comme un objet disciplinaire (au mĂȘme titre que la montagne par exemple), soit comme lâĂ©lĂ©ment clĂ© de la problĂ©matique propre et commune aux Ăźles[1]. Les limites spatiales naturelles ont l'intĂ©rĂȘt d'Ă©viter au chercheur l'arbitraire d'un dĂ©coupage de son objet d'Ă©tude, et facilitent les collaborations sur cette base plus consensuelle. La dimension dâinsularitĂ© offre ainsi, notamment aux gĂ©ographes, un laboratoire dâĂ©tude. Dans cette thĂ©matique, la notion de frontiĂšre dĂ©termine les configurations gĂ©opolitiques, et joue le rĂŽle de « marqueur diffĂ©renciant de lâidentitĂ© insulaire »[2].
Les historiens étudient également l'insularité et son rÎle dans des sociétés du passé, par exemple dans l'Antiquité[3] ou dans le monde romain[4]. L'insularité est également abordée par la science politique[5]. De maniÚre générale, ce concept est de plus en plus étudié par les sciences sociales dans une approche multidisciplinaire.
En biologie, les Ăźles ont reprĂ©sentĂ© un laboratoire dâĂ©tude important. La faune et la flore qui y rĂ©sident ont notamment Ă©tĂ© l'objet d'Ă©tudes de nombreux scientifiques, comme Charles Darwin[6]. L'insularitĂ© prĂ©sente en effet une altĂ©ration des phĂ©nomĂšnes biologiques continentaux. Les Ăźles ont par exemple des caractĂ©ristiques dâĂ©volution, comme l'accĂ©lĂ©ration de certains mĂ©canismes ou des modes de reproductions diffĂ©rents, chez les insectes notamment[7]. Les espĂšces vivant sur une Ăźle sont en gĂ©nĂ©ral moins diversifiĂ©es gĂ©nĂ©tiquement du fait de l'isolement et la densitĂ© est plus Ă©levĂ©e car les prĂ©dateurs sont souvent moins nombreux[8].
Définition
[modifier | modifier le code]
Le Dictionnaire de l'AcadĂ©mie française dĂ©finit lâinsularitĂ© comme Ă©tant la « configuration dâun territoire constituĂ© dâune ou de plusieurs Ăźles ; ensemble de caractĂšres propres Ă un tel territoire, Ă sa population »[9]. De maniĂšre simplifiĂ©e, une Ăźle dĂ©signe une terre Ă©mergĂ©e entourĂ©e dâeau qui se diffĂ©rencie du continent principalement par sa petite taille.
Insularité, ßléité, insularisme
[modifier | modifier le code]En gĂ©ographie, lâinsularitĂ© est le caractĂšre isolĂ© dâun espace ou dâun territoire incarnĂ© par la notion d'« ßle ». Cet isolement peut ĂȘtre une cause ou un effet selon que lâobjet en question est isolĂ© (forme passive de lâisolement) ou s'il sâest isolĂ© (forme active de lâisolement)[10].
Cette notion ne doit pas ĂȘtre confondue avec « ßlĂ©ité » (le systĂšme de reprĂ©sentation centrĂ© autour dâune Ăźle, dĂ©terminant lâespace perçu et vĂ©cu dâun individu[11]) et « insularisme » (la tendance dâun peuple insulaire Ă se renfermer sur lui-mĂȘme[12],[13]).
Ă dĂ©faut de parler dâ« ßle », notion difficile Ă dĂ©finir, les chercheurs parlent en gĂ©nĂ©ral dâinsularitĂ©. Ce concept est complexe et sa dĂ©finition est souvent donnĂ©e par lâĂ©laboration de ses limites[1]. MĂȘme si elles sont trĂšs diffĂ©rentes, les Ăźles ont des particularitĂ©s gĂ©ographiques communes, notamment une situation gĂ©ographique de discontinuitĂ© entre la terre et la mer[1]. Lorsque lâon parle dâinsularitĂ©, il faut prendre en compte les notions dâenclavement, de pĂ©riphĂ©ries, de contiguĂŻtĂ©, de connexitĂ© et d'isolement. Ce sont ces particularitĂ©s, en comparaison aux territoires continentaux, qui font des Ăźles des objets d'Ă©tude spĂ©cifiques.
Définitions d'une ßle
[modifier | modifier le code]Il existe de nombreuses approches de l'ßle et de l'insularité, variant selon les acteurs et les enjeux :
- DĂ©finition de l'ONU : une Ăźle est « une Ă©tendue naturelle de terre entourĂ©e dâeau qui reste dĂ©couverte Ă marĂ©e haute »[14].
- DĂ©finition selon la ConfĂ©rence des Nations unies sur le commerce et le dĂ©veloppement : « les Ătats en dĂ©veloppement prĂ©sentant une population de moins de 400 000 habitants et parfois moins d'un million ainsi quâune superficie de moins de 700 km2 et parfois supĂ©rieure Ă 4 000 km2 ». Ces donnĂ©es sont basĂ©es sur le concept de viabilitĂ© Ă©conomique[15], câest-Ă -dire sur la capacitĂ© dâun Ătat Ă ĂȘtre fonctionnel dâun point de vue Ă©conomique.
- DĂ©finition d'Eurostat : « une Ăźle est une terre dâau moins 1 km2 de superficie, habitĂ©e en permanence par une population statistiquement significative (supĂ©rieure Ă 50 habitants), non reliĂ©e au continent par des dispositifs permanents, sĂ©parĂ©e du continent europĂ©en par une Ă©tendue dâeau dâau moins 1 km2, ne comprenant pas une des capitales dâun Ătat membre »[16].
De nombreuses dĂ©finitions ont tentĂ© de cadrer les termes d'Ăźle et d'insularitĂ© dans des limites (superficies, nombre d'habitants, etc.), mais la diversitĂ© de ces approches donnent un caractĂšre flou Ă la dĂ©finition[17]. La difficultĂ© d'Ă©tablir des critĂšres gĂ©nĂ©raux de lâinsularitĂ© constitue un obstacle Ă l'Ă©laboration d'une dĂ©finition universelle.
Caractéristiques géomorphologiques et perception des ßles
[modifier | modifier le code]Il existe de nombreux phĂ©nomĂšnes naturels propres aux Ăźles. Cependant, on ne saurait prĂ©tendre Ă une quelconque influence des caractĂ©ristiques des Ăźles sur lâĂȘtre humain, sans tomber dans le dĂ©terminisme[11]. StĂ©phane Gombaud le rĂ©sume ainsi : « lâinsularitĂ© nâest pas quelque chose qui vient des lieux et marque les hommes, mais quelque chose qui vient des hommes et marque les lieux ! Et ce qui vient des hommes, câest dâabord la perception des Ăźles comme Ă©troites, limitĂ©es, pauvres en ressources. »[18]. Ainsi, l'insularitĂ© est un « concept consubstantiel Ă l'occupation humaine » d'une Ăźle[17].
De mĂȘme, certaines Ăźles isolĂ©es « nous apparaissent comme des prisons »[19] ou bien semblent « perdues » au milieu de l'ocĂ©an. « En rĂ©alitĂ©, chaque Ăźle apparaĂźt comme close ou ouverte en fonction de la civilisation qui la domine »[19], explique StĂ©phane Gombaud.
Françoise PĂ©ron se base en 1993 sur le sentiment que ressent la population d'habiter un territoire clos, comme Ă©lĂ©ment caractĂ©risant lâinsularitĂ©[20]. Les revendications identitaires liĂ©es au sentiment d'appartenance au territoire sont en effet courantes sur les Ăźles. Pour elle, lâinsularitĂ© serait Ă concevoir comme un systĂšme plutĂŽt quâune caractĂ©ristique territoriale. Cependant, les facteurs influençant ce systĂšme restent difficiles Ă dĂ©finir, Ă commencer par celui de la taille et du niveau dâisolement significatif. Pour Philippe Pelletier, qui a notamment travaillĂ© sur la situation insulaire du Japon[21], l'insularitĂ© est « la relation dynamique qui se construit entre un espace insulaire et la sociĂ©tĂ© qui y vit »[1].
Le terme insularitĂ© caractĂ©rise Ă©galement les populations habitant les Ăźles. Jean Pierre Castelain Ă©voque diffĂ©rents complexes d'opposition auxquels les Ăźles auraient tendance Ă ĂȘtre soumises. Parmi ceux-ci, les querelles sous-jacentes qui demeurent entre les « nĂ©o-insulaires » et les « authentiques ». Les premiers habitants seraient des « authentiques » insulaires car vivant sur le territoire avant la Seconde Guerre mondiale, alors que les seconds sont appelĂ©s « nĂ©o-insulaires » du fait de leur arrivĂ©e plus tardive dans les Ăźles, en lien notamment avec la croissance Ă©conomique de ces derniĂšres[22].
Histoire du concept
[modifier | modifier le code]PremiÚres études (XIXe siÚcle)
[modifier | modifier le code]Les ßles sont d'abord étudiées par les naturalistes du XIXe siÚcle, comme Alfred Russel Wallace ou Charles Darwin qui élabore la théorie de l'évolution à partir de l'étude de la flore et la faune endémique des Galåpagos : il s'agit de mettre en évidence les caractéristiques propres aux espÚces animales et végétales qui vivent sur une ßle[17]. Par la suite, un glissement s'opÚre vers l'étude des populations humaines insulaires, qui partageraient des caractéristiques communes du fait de vivre sur une ßle[17].
Pendant longtemps, l'Ăźle a Ă©tĂ© considĂ©rĂ©e comme un espace « ânaturellementâ [restĂ©] sauvage »[23], Ă l'abri des influences extĂ©rieures. Dans cette vision, l'insularitĂ© a donc des consĂ©quences directes sur le mode de vie des habitants et leur supposĂ©e authenticitĂ© (ou bien, dans la perspective inverse, leur retard)[23]. Pour les gĂ©ographes occidentaux du XIXe siĂšcle, l'insularitĂ© est alors un facteur explicatif de l'archaĂŻsme supposĂ© des populations (par exemple, chez Emmanuel de Martonne dans ses Principes de GĂ©ographie humaine, 1921)[24].
Pour ĂlisĂ©e Reclus (1830-1905), au contraire, l'insularitĂ© a une influence sur la vie des habitants, mais ce n'est pas un facteur monolithique : « Lâinsulaire nâest pas dĂ©terminĂ© Ă devenir marin, ni pĂȘcheur, ni aventurier, Ă moins que dâautres facteurs, culturels comme naturels ne lây poussent »[25].
Par la suite, sous l'influence de la colonisation européenne, la géographie reconsidÚre les ßles en potentiels territoires à coloniser et à mettre en valeur économiquement. Les contraintes insulaires sont vues comme des obstacles dont il est possible de s'affranchir à travers de grands travaux d'aménagement[26]. La colonisation des ßles permettrait ainsi aux autochtones de les libérer des conditions naturelles insulaires pour s'ouvrir à la civilisation[27].
La critique du déterminisme insulaire
[modifier | modifier le code]En 1922, Lucien Febvre critique le dĂ©terminisme gĂ©ographique Ă propos des Ăźles. Suivant une dĂ©marche possibiliste, il affirme : « Ici encore, on chercherait une nĂ©cessitĂ©, une âloi des Ăźlesâ pesant sur les hommes, sur les sociĂ©tĂ©s humaines : on ne trouverait que variĂ©tĂ© et que diversitĂ©. QuâĂ©volution aussi, que changement dans le temps »[28]. L'insularitĂ© ne peut donc pas dĂ©terminer la psychologie des individus qui y rĂ©sident. L'insularitĂ© est un cadre, mais qui est modelĂ© par l'action humaine. Les Ăźles sont Ă©galement dĂ©terminĂ©es, pour Febvre, par les frontiĂšres politiques.
En 1936, Jules Blache poursuit la critique du dĂ©terminisme sur l'insularitĂ©, en soulignant la grande diversitĂ© des situations insulaires[29]. NĂ©anmoins, il souligne deux Ă©lĂ©ments caractĂ©ristiques de l'insularitĂ©. D'un cĂŽtĂ©, l'isolement entraĂźne l'apparition de caractĂ©ristiques uniques sur une Ăźle : langue, traditions, dĂ©mographie (Ăźle trĂšs peuplĂ©e ou au contraire vide) : « la mer tend Ă retrancher ses indigĂšnes du reste du monde »[29]. Cela rapproche l'insularitĂ© humaine de l'insularitĂ© biologique (endĂ©misme des espĂšces). De l'autre cĂŽtĂ©, la mer est une route qui favorise les passages et les Ă©changes (culturels, commerciaux, guerriers) : les Ăźles peuvent devenir des carrefours stratĂ©giques, ĂȘtre envahies par des ennemis ou prisĂ©es des touristes. Pour Jules Blache, ces contacts maritimes favorisent la civilisation et les transformations Ă©conomiques rapides. L'insularitĂ© est donc caractĂ©risĂ©e par la combinaison de ces deux tendances : la mer isole autant qu'elle relie. Blache conclut ainsi : « Les Ăźles paraissent, Ă cĂŽtĂ© des continents lents Ă Ă©mouvoir, des organismes Ă sang chaud, plus vivants, susceptibles de briller rapidement d'un Ă©clat extraordinaire, mais plus fragiles. PlantĂ©es en avant-garde, souvent disputĂ©es, théùtre d'expĂ©riences Ă©conomiques prĂ©coces qui les absorbent toutes entiĂšres, elles peuvent faire figure de laboratoires du progrĂšs »[29].
Réactualisation de la notion
[modifier | modifier le code]La notion dâinsularitĂ© a Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©e par les sciences sociales dans les annĂ©es 1960 Ă la suite des particularitĂ©s qui ressortaient de l'Ă©tude de ces lieux. Cette notion est Ă lâĂ©poque basĂ©e sur lâidĂ©e qu'une Ăźle Ă©tait une terre isolĂ©e par rapport au continent. Cette idĂ©e est Ă prĂ©sent rĂ©actualisĂ©e Ă la suite du dĂ©veloppement des NTIC (nouvelles technologies de l'information et de la communication)[30]. En effet, les rĂ©seaux de communication, de transports et d'Ă©changes marchands s'Ă©tant considĂ©rablement dĂ©veloppĂ©s, la distance gĂ©ographique ne constitue plus un obstacle significatif au bon fonctionnement des Ăźles.
Avant la gĂ©nĂ©ralisation des transports et des communications, les Ăźles Ă©taient des espaces de fermeture et de contrainte oĂč la population vivait en autarcie et Ă©tait de ce fait souvent pauvre car dĂ©pendante des rĂ©coltes annuelles. Les Ăźles Ă©taient de petits territoires organisĂ©s Ă l'Ă©chelle locale. Les amĂ©nagements territoriaux Ă©taient complexes afin dâexploiter au mieux chaque ressource dont notamment l'eau, le sol et la lumiĂšre. Ces Ăźles ont cependant toujours Ă©tĂ© intĂ©grĂ©es dans les systĂšmes Ă©conomiques, principalement en raison de leur utilitĂ© dans les secteurs de la production et des transports[31].
Typologie
[modifier | modifier le code]Divers indices basĂ©s sur la taille de la population, la longueur des cĂŽtes par rapport Ă la surface du territoire ou encore la distance de lâĂźle au territoire continental le plus proche ont Ă©tĂ© Ă©laborĂ©s pour mesurer le degrĂ© dâinsularitĂ©[32].
La dĂ©finition des petits espaces insulaires par François Taglioni est donnĂ©e comme suit : « des terres entourĂ©es dâeau de tous cĂŽtĂ©s, dâun seul tenant, dont la superficie est infĂ©rieure Ă 11 000 km2 et la population infĂ©rieure Ă 1,5 million dâhabitants »[15].
Il existe de par le monde une grande quantitĂ© de terres susceptibles d'ĂȘtre inscrites dans cette dĂ©finition. Il existerait[Pour qui ?] 33 Ătats indĂ©pendants de type « petits espaces insulaires » ainsi que plusieurs dizaines de terres de ce type associĂ©es Ă des Ătats continentaux ou Ă un archipel. Ceux-ci sont principalement situĂ©s dans le bassin CaraĂŻbe, la MĂ©diterranĂ©e, le sud-ouest de lâocĂ©an Indien et lâOcĂ©anie.
Typologie du PNUD
[modifier | modifier le code]Le PNUD (Programme des Nations unies pour le dĂ©veloppement) a Ă©laborĂ© une typologie des Ătats insulaires en fonction de plusieurs paramĂštres : le statut institutionnel, l'architecture gĂ©ographique et l'IDH (indicateur de dĂ©veloppement humain). Cet exercice a Ă©tĂ© effectuĂ© Ă titre indicatif dans le but d'observer le niveau de dĂ©veloppement et d'intĂ©gration de ces territoires isolĂ©s. Le PNUD distingue cinq types d'insularité :
- monoinsulaire : désigne un territoire constitué d'une seule ßle ;
- multiinsulaire : désigne une ßle principale entourée d'ßles satellites ;
- hypo-insularité : exprime le phénomÚne de continentalisation du phénomÚne insulaire ;
- simple insularité : exprime la situation d'une ßle à mi-chemin entre isolement et continentalisation ;
- surinsularité : désigne un territoire totalement isolé.

Les statuts politiques de ces espaces peuvent varier entre souverainetĂ© (un « micro Ătat ») et dĂ©pendance institutionnelle (un « micro territoire »). Le caractĂšre insulaire de ces Ăźles ne dĂ©termine donc pas un statut politique particulier. Par exemple, certains territoires sont reconnus par lâONU alors que dâautres ne le sont pas. Ainsi, sur les 192 pays reconnus par l'ONU, 46 sont considĂ©rĂ©s comme insulaires (liste des Ătats insulaires).
Les systĂšmes insulaires (Sanguin)
[modifier | modifier le code]D'autres typologies concernant les territoires insulaires ont été établies. André-Louis Sanguin distingue par exemple plusieurs « systÚmes insulaires »[33] :
- le systĂšme insulaire Ă Ătat ou territoire administratif unique ;
- le systÚme insulaire à deux ou plusieurs unités politiques ;
- les espaces insulaires à réseaux.
Hypo-insularité, insularité et surinsularité (Taglioni)
[modifier | modifier le code]François Taglioni distingue trois types dâinsularitĂ©, dĂ©veloppĂ©s en sous-catĂ©gories selon leur niveau de dĂ©veloppement et leur intĂ©gration politique et Ă©conomique[34].
Hypo-insularité :
- (1) Ăźles-Ătats dĂ©veloppĂ©es ou Ăźles-territoires intĂ©grĂ©es Ă une ville industrialisĂ©e. Exemples : BahreĂŻn, Barbade, La Martinique, La RĂ©union.
- (2) ßles principales d'un archipel indépendant développé ou ßles principales d'un archipel intégré à une métropole industrialisée. Exemples : Malte, Bahamas, La Guadeloupe, Tenerife, Tahiti, Nouvelle-Calédonie.
Insularité :
- (3) Ăles-Ătats en dĂ©veloppement. Exemples : Sainte-Lucie, Dominique, Nauru.
- (4) Ăles principales d'un archipel indĂ©pendant en dĂ©veloppement. Exemples : Trinidad, Saint-Kitts, Maurice.
- (5) Ăles secondaires d'un archipel intĂ©grĂ© Ă une mĂ©tropole industrialisĂ©e. Exemple : Saint-BarthĂ©lĂ©my, Ăles LoyautĂ©, Minorque, Moorea.
Surinsularité :
- (6) Ăles secondaires d'un archipel indĂ©pendant en dĂ©veloppement. Exemple : Barbuda, Anjouan, Rodrigues, Praslin, Espiritu Santo.
- (7) Cas particuliers d'ßles non cÎtiÚres sans port ou aéroport. Exemple : Pitcairn, certaines ßles éloignées de la Japonésie.
Selon Taglioni, les Ăźles en situation dâhypo-insularitĂ© semblent mieux intĂ©grĂ©es Ă lâĂ©conomie mondiale au contraire de la surinsularitĂ©, mais lâenvironnement politique Ă©conomique et rĂ©gional ont un impact Ă©galement.
Hypo-insularité
[modifier | modifier le code]
Lâapparition de multiples flux humains, informationnels, productifs mais aussi dâidĂ©es dues au dĂ©veloppement des transports a changĂ© la donne des lieux dits insulaires caractĂ©risĂ©s par l'isolement. Lâhypo-insularitĂ© concerne les Ăźles dont la discontinuitĂ© avec le continent est beaucoup moins marquĂ©e grĂące au dĂ©veloppement significatif de la communication et des transports.
En 1985, François Doumenge a mis en place un « indice dâisolement ocĂ©anique » se fondant sur des donnĂ©es chiffrĂ©es et insistant essentiellement sur la rupture de la continuitĂ© terrestre[35]. Cet indice s'obtient en divisant la surface de la zone Ă©conomique exclusive (ZEE) par la surface Ă©mergĂ©e du territoire. Plus cet indice est fort, plus l'isolement est prononcĂ©. Doumenge dĂ©finit ainsi quatre catĂ©gories d'insularitĂ©[15] :
- les territoires archipélagiques structurés ;
- les territoires océaniques trÚs cohérents ;
- les territoires archipélagiques dispersés à ßles isolées ;
- les Ăźles extrĂȘmement isolĂ©es.
Lâhypo-insularitĂ© cherche Ă dĂ©passer ce type de critĂšres purement physiques en tentant de dĂ©finir le niveau d'isolement d'un territoire. Allant au-delĂ dâune mesure de discontinuitĂ©, cette approche se veut ĂȘtre une analyse du dĂ©senclavement ou non de ces territoires spĂ©cifiques. « Lâisolement nâest pas systĂ©matiquement plus fort dĂšs lors quâune Ăźle est petite et Ă©loignĂ©e des continents »[35].
Transports maritimes et aĂ©riens contribuent Ă diminuer lâĂ©loignement physique des Ăźles en rĂ©duisant le temps nĂ©cessaire pour les atteindre. En effet, depuis le milieu des annĂ©es 1990, les transports se sont considĂ©rablement amĂ©liorĂ©s. Ă titre d'illustration, le voyage des Antilles vers le continent[Lequel ?] en 1960 prenait prĂšs dâune semaine. Ce dĂ©veloppement a engendrĂ© des flux migratoires temporaires et dĂ©finitifs importants. Les dĂ©placements humains entre les Ăźles et les continents se sont banalisĂ©s. La communication Ă©galement a permis de rĂ©duire la distance entre insulaires et continentaux. La radio, la tĂ©lĂ©vision ainsi que les ordinateurs ont considĂ©rablement augmentĂ© les flux informationnels[35]. Les espaces insulaires sont partagĂ©s entre lâidĂ©e de proxĂ©mie et celle de tĂ©lĂ©prĂ©sence.
Françoise Péron note à propos des ßles du Ponant que le développement des transports vers le continent (bateaux, ponts...) a profondément modifié ces territoires : arrivée de nouveaux habitants (résidents secondaires), développement des échanges économiques, mobilité de la population insulaire. Ces ßles sont des marges revalorisées, tant d'un point de vue matériel qu'idéel (elles bénéficient de l'imaginaire associé à l'insularité, le désir d'ßle)[31].
Ainsi, la notion d'isolement ne fait plus vraiment sens. Le concept de distance mĂ©trique est dĂ©passĂ© par dâautres paramĂštres oĂč la communication virtuelle et la mise en rĂ©seau sont au cĆur des dynamiques. Pour Guy Mercier, lâĂ©volution dâune Ăźle est Ă observer en lien direct avec les relations quâelle dĂ©veloppe autour de la tĂ©lĂ©communication, le commerce, les investissements, l'endettement mais aussi les migrations[36]. Ainsi, lâintensitĂ© de ces interactions va dĂ©terminer le niveau dâintĂ©gration de lâĂźle Ă l'espace monde. Par consĂ©quent, le concept dâinsularitĂ© a Ă©voluĂ© pour devenir plus complexe et plus multidimensionnel que par le passĂ©[35].
Ăconomie
[modifier | modifier le code]La relation entre insularitĂ© et dĂ©veloppement Ă©conomique est lâobjet de nombreuses recherches depuis le dĂ©but des annĂ©es 1980[37]. Diverses Ă©tudes se sont penchĂ©es sur la situation dâinsularitĂ© comme atout ou handicap Ă©conomique[38],[39].
Pour certains, la situation dâinsularitĂ© prĂ©sente des handicaps : exiguĂŻtĂ© du territoire, faible peuplement, surcoĂ»ts, etc. Les Ăźles sont donc des espaces isolĂ©s par la mer et restreintes en termes dâespace, de ressources naturelles et humaines, etc.[12]. Les Ăźles font Ă©galement face Ă des surcoĂ»ts liĂ©s Ă la discontinuitĂ© physique et lâĂ©loignement[12]. Selon Taglioni, la fragmentation gĂ©ographique est une « entrave majeure Ă la diffusion de l'Ă©ducation, des soins de santĂ©, de l'approvisionnement alimentaire, de la technologie, des Ă©changes de biens et de personnes, mais aussi de l'information »[15]. L'insularitĂ© est un handicap encore plus important lorsqu'un Ătat insulaire est dispersĂ© sur plusieurs Ăźles (archipel) et qu'il est Ă©loignĂ© du continent. Par contre, le fait pour un pays de possĂ©der plusieurs Ăźles semble ĂȘtre un avantage Ă©conomique par rapport Ă ceux qui n'en ont pas[40].
Cependant, certains rĂ©futent cette thĂšse en relativisant les coĂ»ts liĂ©s Ă lâisolement et en avançant par exemple, l'argument selon lequel les coĂ»ts de transports maritimes ne sont pas plus Ă©levĂ©s que les coĂ»ts de transports terrestres[41].
De plus, certaines Ăźles particuliĂšrement ancrĂ©es dans lâinsularitĂ© et difficiles dâaccĂšs connaissent un succĂšs touristique important, comme l'Ăźle de PĂąques (Rapa Nui), malgrĂ© les 3 700 km qui la sĂ©pare du Chili et les 4 800 km qui la sĂ©pare de Tahiti[12]. Les caractĂ©ristiques dâisolement et dâĂ©loignement ont Ă©galement Ă©tĂ© des facteurs attractifs.

Si les Ă©changes Ă©conomiques des Ăźles au niveau mondial Ă©taient restreints en raison de leur insularitĂ©, elles ont dĂ» sâadapter aux marchĂ©s internationaux. Cependant, leur faible compĂ©titivitĂ© a eu pour consĂ©quence de les marginaliser peu Ă peu. En dĂ©coule un Ă©tat de dĂ©pendance, un exode de la jeunesse et donc de capital humain, ainsi qu'une augmentation du taux de chĂŽmage. La spĂ©cialisation des rĂ©gions est de plus en plus frĂ©quente, mais au vu des ressources relativement limitĂ©es quâelles possĂšdent, leurs principaux marchĂ©s se concentrent en gĂ©nĂ©ral autour du tourisme et de la main d'Ćuvre bon marchĂ© qu'elles peuvent constituer. Certaines Ăźles se sont notamment diffĂ©renciĂ©es au niveau du secteur bancaire, en devenant des centres bancaires offshore, paradis fiscaux « zero heaven » (paradis zĂ©ro-impĂŽts). De nombreuses Ăźles du Pacifique[42] ou des Antilles, comme les Bahamas par exemple, sont rĂ©putĂ©s pour ĂȘtre un paradis fiscal. Certaines Ăźles se sont mutĂ©es de maniĂšre progressive en paradis fiscaux pour attirer des capitaux Ă©trangers, notamment de continentaux voulant Ă©chapper aux impositions fiscales de leur pays[12]. Ainsi, selon la « liste grise » des paradis fiscaux dĂ©crĂ©tĂ©e par lâOCDE (Organisation de coopĂ©ration et de dĂ©veloppement Ă©conomiques), la plupart des Ătats y figurant sont des Ăźles[43].
Tourisme
[modifier | modifier le code]
Le tourisme insulaire attire de nombreux continentaux, ce qui reprĂ©sente un boom dans l'activitĂ© Ă©conomique de ce secteur. Pour L. et M. Briguglio, les petits Ătats insulaires sont dĂ©pendants du tourisme : le secteur touristique emploie une part importante de la population locale en termes de main dâĆuvre et gĂ©nĂšre des revenus significatifs. Le phĂ©nomĂšne touristique peut par ailleurs provoquer une crise sociale et Ă©cologique sĂ©vĂšre. En effet, le tourisme accroĂźt la dĂ©gradation de l'environnement. Face Ă cela, les rĂ©flexions se sont particuliĂšrement centrĂ©es ces derniĂšres annĂ©es sur la pratique du tourisme durable. Il semble ĂȘtre un des enjeux auxquels les Ătats insulaires doivent faire face[44]. Par exemple, l'Ăźle de la Dominique mise sur l'Ă©cotourisme pour attirer des visiteurs tout en sauvegardant son patrimoine naturel[45].
Politiques publiques
[modifier | modifier le code]
Les petits Ătats insulaires en dĂ©veloppement
[modifier | modifier le code]Les PEID (Petits Ătats insulaires en dĂ©veloppement, en anglais Small Island Developing States) est un concept insaturĂ© en 1994 par les Nations unies, regroupant les pays qui « ont en commun leur petite taille et l'insularitĂ© qui souvent, indiquent leur vulnĂ©rabilité »[46]. Lino Briguglio a construit un indicateur de vulnĂ©rabilitĂ© spĂ©cifique Ă ces Ătats, prenant en compte leurs fragilitĂ©s : petite taille, Ă©loignement, insularitĂ©, vulnĂ©rabilitĂ© face aux catastrophes naturelles et fragilitĂ© environnementale[47].
En 2009, ils Ă©taient 28[13] et 39 en 2014[48]. Ces Ătats insulaires en dĂ©veloppement ont, pour François Taglioni, « rĂ©ussi le tour de force, avec un poids dĂ©mographique, Ă©conomique, territorial et politique aussi faible sur le papier, Ă se distinguer auprĂšs des organisations internationales » et font preuve d'un activisme important, en mettant en avant les dangers que ces territoires courent Ă cause du rĂ©chauffement climatique (risque d'ĂȘtre submergĂ©s par les eaux et de disparaĂźtre)[13].
Cependant, François Taglioni montre que tous ces Ătats insulaires n'ont pas le mĂȘme niveau de dĂ©veloppement (IDH) (ainsi, en 2007 Chypre avait un IDH de 0,914 tandis que celui des Comores Ă©tait Ă 0,576)[13]. Selon lui, « les petits Ătats insulaires en dĂ©veloppement ont globalement atteint des stades de dĂ©veloppement satisfaisants » et ne sont pas dans une situation comparable aux Pays les moins avancĂ©s (PMA) d'Afrique ou d'Asie[13].
Politiques européennes de l'insularité
[modifier | modifier le code]Plusieurs centaines d'Ăźles ou sont associĂ©es Ă l'Union EuropĂ©enne, en particulier les rĂ©gions ultra-pĂ©riphĂ©riques (DROM français, Açores, MadĂšre et Ăźles Canaries). Elles ont bĂ©nĂ©ficiĂ© de programmes d'aide spĂ©cifique depuis les annĂ©es 1990 pour favoriser leur intĂ©gration. Les Ăźles d'Europe du Nord et de MĂ©diterranĂ©e « bĂ©nĂ©ficient des fonds structurels et d'un nombre de dispositions spĂ©cifiques pour pallier leur insularitĂ© qui une fois de plus fait figure de handicap au dĂ©veloppement »[13]. De mĂȘme, les Pays et territoires d'outre-mer reçoivent Ă©galement des aides europĂ©ennes (FEDER). Ainsi, en raison de leur insularitĂ©, ces territoires bĂ©nĂ©ficient de financements et de rĂ©gimes spĂ©cifique (dĂ©fiscalisation). Ces avantages sont le fruit d'une mobilisation politique des Ăźles, ainsi que d'un discours entretenu sur le « mal-dĂ©veloppement » auprĂšs des instances europĂ©ennes[13]. Certaines Ăźles se regroupent entre elles pour affirmer leur spĂ©cificité : Groupement des Ăźles de la MĂ©diterranĂ©e occidentale (Corse, Sardaigne, Sicile, BalĂ©ares), ou le B7, association des Ăźles de la mer Baltique (Bornholm, Gotland, Ăland, Hiiumaa, Saaremaa, RĂŒgen et Aland)[13].
Imaginaire de l'insularité
[modifier | modifier le code]
La fascination pour les Ăźles date de leur dĂ©couverte et est liĂ©e Ă lâimaginaire des continentaux. La barriĂšre de la mer ou de l'ocĂ©an reprĂ©sente le passage Ă un autre monde, une alternative Ă un continent stressant/oppressant[37]. « Pour les visiteurs continentaux notamment ceux des classes moyennes vivant dans les grandes villes, se rendre dans une Ăźle Ă©quivaut Ă accĂ©der Ă un monde premier plutĂŽt que primitif, indemne des maux de la civilisation urbaine »[37].
Permissif, anti-monde, facile Ă approprier, Ă lâabri des regards[49], sont le rĂ©sultat de l'imaginaire que renvoie les territoires insulaires. SublimĂ©e Ă travers le cinĂ©ma, le culturel, le politique, la littĂ©rature ou encore la peinture, l'Ăźle reprĂ©sente lâailleurs, lâaventure et la dĂ©couverte[36]. Entre-deux-guerres, l'insularitĂ© est un thĂšme rĂ©current de lâĆuvre de Pierre Benoit, que l'isolement soit maritime (Erromango), lacustre ou dĂ©sertique (L'Atlantide). De mĂȘme, L'Ăźle mystĂ©rieuse de Jules Verne met en scĂšne des naufragĂ©s qui reconstruisent la civilisation occidentale Ă partir de zĂ©ro sur une Ăźle dĂ©serte. Pour Lionel Dupuy, l'auteur y livre une mĂ©taphore de l'histoire de l'humanitĂ©[50].
L'idĂ©e selon laquelle le retard des Ăźles serait synonyme de rempart des systĂšmes capitalistes actuels et serait considĂ©rĂ© comme une richesse renforce l'imaginaire autour de l'Ăźle. Les espaces insulaires sont vus comme une Ă©chappatoire Ă la civilisation, un moyen de se retirer du monde, dâĂȘtre en retraite. Le dĂ©sir dâĂźle cultivĂ© par les mythes du bon sauvage, comme celui de Robinson CrusoĂ©, en illustre la portĂ©e. « LâĂźle impose des limites Ă la dĂ©mesure humaine »[51]. Elle permet de retrouver des sensations perdues, lâattente, la coupure, lâaustĂ©ritĂ©. L'Ăźle est perçue comme un territoire rĂ©sistant Ă la sociĂ©tĂ© de consommation. L'activitĂ© touristique n'est d'ailleurs que la rĂ©sultante de cette imaginaire cultivĂ©.
Les Ăźles sont donc perçues comme lâenvers du monde occidental alors quâelles sont de plus en plus intĂ©grĂ©es[31]. Ce paradoxe n'entache pas l'idĂ©e que l'on a de l'Ăźle diffĂ©rente du continent et exotique de ce fait. La recherche de l'exotisme, cette envie dâailleurs, est un moteur du tourisme insulaire[52]. Ces territoires sont souvent l'objet de rĂ©insularisation par le biais de la prĂ©servation du patrimoine (c.f Ăźle de la rĂ©union) ou encore par le maintien volontaire de son isolement[51].
Selon Nicolas Thierry, « les Ăźles exercent une rĂ©elle fascination sur les continentaux »[12]. Ce dĂ©sir dâĂźle serait, au sens de Françoise PĂ©ron, une rĂ©ponse Ă la nĂ©cessitĂ© de lâHomme de crĂ©er de nouvelles formes de relations, afin de se distinguer de la modernitĂ© et des technologies, produits des sociĂ©tĂ©s occidentales industrialisĂ©es[53].
Le caractĂšre insulaire
[modifier | modifier le code]On ne peut guĂšre prĂ©tendre que lâinsularitĂ© gĂ©nĂšre des situations identiques dans les territoires dĂ©finis comme tels. C'est pourquoi ce terme est parfois remis en question du fait de la gĂ©nĂ©ralitĂ© Ă laquelle il peut renvoyer. Par ailleurs, certains auteurs considĂšrent la notion dâinsularitĂ© comme obsolĂšte car comme l'Ă©voque le gĂ©ographe JoĂ«l Bonnemaison en 1997 : « le monde peut ĂȘtre regardĂ© non pas comme un seul espace, mais comme un archipel »[54].
Les Ăźles ne sont plus marginalisĂ©es en fonction de leur distance physique mais peuvent l'ĂȘtre de par leur manque d'intĂ©gration aux diffĂ©rents flux mondiaux. Les Ăźles dans leur diversitĂ© font face Ă des problĂ©matiques diffĂ©rentes. La vision de l'Ăźle n'est plus celle d'un simple territoire dĂ©tachĂ© du continent. Les territoires insulaires sont Ă prĂ©sent des entitĂ©s Ă part entiĂšre ayant leur propre fonctionnement[55].
Les Ăźles ne sont pas un objet scientifique Ă part entiĂšre, mais un domaine dâĂ©tude privilĂ©giĂ© et mĂ©thodique : on est plutĂŽt dans la vision de « lâĂźle laboratoire » exprimĂ©e par Jean-Pierre Lozato-Giotart[rĂ©f. souhaitĂ©e]. En effet, lâidentitĂ© insulaire n'est pas homogĂšne entre tous les territoires. Par contre, toutes les identitĂ©s insulaires semblent se construire en opposition par rapport Ă lâ« autre », le continent. Selon G. Mercier, l'insularitĂ© correspond alors Ă un projet politique et culturel de diffĂ©renciation[36].
Bien que les territoires insulaires soient difficiles Ă dĂ©finir thĂ©oriquement dans leur complexitĂ©, ils sont nĂ©anmoins de bons cas dâĂ©tude pour observer la sensibilitĂ© de certains phĂ©nomĂšnes[36]. Ils sont Ă apprĂ©hender comme des rĂ©gions dâexception tendant Ă la thĂ©orisation. Cependant, la diversitĂ© des Ăźles rend ce raisonnement hasardeux[36]. Il est difficile de tirer des consĂ©quences gĂ©nĂ©ralisĂ©es[36]. Pour reprendre les propos de Guy Mercier, on ne peut Ă©tablir une dĂ©finition « individuant » les Ăźles, car leurs caractĂ©ristiques sont trop diverses et variĂ©es[36].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- 1 2 3 4 Louis Brigand, « Insularité », sur www.hypergeo.eu (consulté le )
- â François Riou, « La frontiĂšre, marqueur diffĂ©renciant de lâidentitĂ© insulaire », Espaces, no 278,â , p. 6
- â (de) Frauke LĂ€tsch, InsularitĂ€t und Gesellschaft in der Antike : Untersuchungen zur Auswirkung der Insellage auf die Gesellschaftsentwicklung, Franz Steiner Verlag, , 298 p. (ISBN 978-3-515-08431-4, lire en ligne)
- â (en) Anna Kouremenos, Insularity and identity in the Roman Mediterranean, Oxbow Books, (ISBNÂ 978-1-78570-581-6, lire en ligne)
- â Albane Geslin et Paul Bacot, InsularitĂ© et sĂ©curité : lâĂźle entre sĂ©curitĂ© et conflictualitĂ©, Bruxelles, Bruylant, , 300 p. (ISBN 978-2-8027-4361-3, prĂ©sentation en ligne, lire en ligne)
- â (ca) Enric Gadea, « La insularitat i el poblament animal », ButlletĂ de la InstituciĂł Catalana d'HistĂČria Natural, no 42,â , p. 7-11 (lire en ligne)
- â Bourgoin Dutrillaux et al., « Origine, Structure et Ăvolution de la Biodiversité : InsularitĂ© et radiations »
- â (en) M. E. Hochberg et A. P. MĂžller, « Insularity and adaptation in coupled victimâenemy associations », Journal of Evolutionary Biology,â (lire en ligne)
- â « InsularitĂ© - Dictionnaire de l'AcadĂ©mie française », sur academie.atilf.fr (consultĂ© le )
- â Phillippe Gutton, LâinsularitĂ©. In: Revue Adolescence, p. 907.article disponible sur Cairn.info
- 1 2 François Taglioni, Recherches sur les petits espaces insulaires et sur leurs organisations régionales, vol. II. HDR Géographie, Paris, Université Paris-Sorbonne, Paris IV, UFR de Géographie, PRODIG - PÎle de recherche pour l'organisation et la diffusion de l'information géographique, , 164 p. (lire en ligne), p. 11
- 1 2 3 4 5 6 Thierry 2008, p. 2
- 1 2 3 4 5 6 7 8 François Taglioni, « Lâinsularisme : une rhĂ©torique bien huilĂ©e dans les petits espaces insulaires », dans Olivier Sevin (dir.), Comme un parfum d'Ăźle, Paris, Presses universitaires Paris-Sorbonne, (lire en ligne), p. 421-435
- â Convention sur la mer territoriale et la zone contigĂŒe, Organisation des Nations unies, (lire en ligne), Article 10
- 1 2 3 4 Taglioni 2006
- â Taglioni 2006, p. 667
- 1 2 3 4 Christian Fleury, Discontinuités et systÚmes spatiaux. La combinaison ßle/frontiÚre à travers les exemples de Jersey, deSaint-Pierre-et-Miquelon et de Trinidad (thÚse de doctorat en géographie, université de Caen), (lire en ligne), p. 48-54
- â Gombaud 2007, p. 351, 387
- 1 2 Gombaud 2007, p. 268
- â PĂ©ron 1993 (citĂ©e par Taglioni 2006, p. 3)
- â Philippe Pelletier, L'insularitĂ© dans la Mer IntĂ©rieure japonaise, Presses Univ de Bordeaux, , 282 p. (ISBN 978-2-905081-20-9, lire en ligne)
- â Jean Pierre Castelain, « InsularitĂ©s », Ethnologie française, no 34,â , p. 1-2
- 1 2 Gombaud 2007, p. 241
- â Gombaud 2007, p. 249-250
- â Gombaud 2007, p. 245
- â Gombaud 2007, p. 256-258
- â Gombaud 2007, p. 261
- â Gombaud 2007, p. 265
- 1 2 3 Jules Blache, « Aubert de la Rue (E.). â L'homme et les Ăźles. », Revue de GĂ©ographie Alpine, vol. 24, no 3,â (lire en ligne, consultĂ© le )
- â PĂ©ron 2005, p. 5
- 1 2 3 4 Françoise PĂ©ron, « Fonctions sociales et dimensions subjectives des espaces insulaires (Ă partir de l'exemple des Ăźles du Ponant) », Annales de gĂ©ographie, vol. 644, no 4,â , p. 422 (ISSN 0003-4010 et 1777-5884, DOI 10.3917/ag.644.0422, lire en ligne, consultĂ© le )
- â InsularitĂ© et isolement â Ăconomie des petites Ăźles : le cas des Antilles françaises sur le blog d'un IngĂ©nieur-Entrepreneur Antillais
- â AndrĂ©-Louis Sanguin, « Introduction », dans AndrĂ©-Louis Sanguin (dir.), Vivre dans une Ăźle, Paris, LâHarmattan, , 389 p.
- â Taglioni 2003, p. 24
- 1 2 3 4 5 Nicolas Thierry, « « LâHypo-insularité », une nouvelle condition insulaire: lâexemple des Antilles françaises », Espace gĂ©ographique, vol. 34, no 4,â , p. 329-341 (lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 6 7 Guy Mercier, « Ătude de lâinsularité », Ăles et sociĂ©tĂ©s insulaires, no 145,â , p. 9-14
- 1 2 3 Nicolas Thierry, « LâinsularitĂ© aujourdâhui : entre mythes et rĂ©alitĂ©s », Ătudes caribĂ©ennes,â (lire en ligne, consultĂ© le )
- â (pt) Aquiles Celestino Viera Almada e Santos, A insularidade e as suas condicionantes econĂłmicas : o caso dos pequenos estados insulares em desenvolvimento (thĂšse de doctorat en gĂ©ographie, universitĂ© de Lisbonne, Instituto de Geografia e Ordenamento do TerritĂłrio.), (lire en ligne)
- â (en) Manuela Deidda, « Insularity and Economic Development: a Survey », CRENOS Working papers, UniversitĂ di Cagliari - UniversitĂ di Sassari,â (lire en ligne)
- â (en) Vania Manuela Licio et Anna Maria Pinna, « Measuring insularity as a state of nature. Is there a case of bad geography? », CRENOS Working papers, UniversitĂ di Cagliari - UniversitĂ di Sassari,â (lire en ligne)
- â Sergi Mari, « CoĂ»ts et bĂ©nĂ©fices de lâinsularitĂ© du point de vue Ă©conomique, le cas de Minorque », dans AndrĂ©-Louis Sanguin (dir.), Vivre dans une Ăźle, Paris, LâHarmattan, , 389 p.
- â (en) Anthony Van Fossen, Tax Havens and Sovereignty in the Pacific Islands, Saint Lucia, University of Queensland ePress, , 411Â p. (ISBNÂ 978-1-921902-22-2, lire en ligne)
- â Ronen Palan et Christian Chavagneux, Les paradis fiscaux, La DĂ©couverte, , 128 p. (ISBN 978-2-7071-6284-7, lire en ligne)
- â Briguglio L. et M., « Le tourisme durable dans les petites Ăźles, lâexemple de Malte », dans AndrĂ©-Louis Sanguin (dir.), Vivre dans une Ăźle, Paris, LâHarmattan, , 389 p.
- â Sarrasin, Bruno et Tardif, Jonathan, « Ăcotourisme et ressources naturelles Ă la Dominique : la cogestion comme pratique novatrice », TĂ©oros. Revue de recherche en tourisme, nos 31, 3 (HS),â (ISSN 0712-8657, lire en ligne, consultĂ© le )
- â « Petits Ătats insulaires en dĂ©veloppement (PEID) », sur Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture
- â (en) Lino Briguglio, « Small Island Developing States and Their Economic Vulnerabilities », World Development, vol. 23, no 9,â , p. 1615-1632 (lire en ligne)
- â (en) « More on Small Island Developing States .:. SIDS Action Platform », sur www.sids2014.org (consultĂ© le )
- â F. Taglioni 1997, p. 22
- â Lionel Dupuy, « Une mĂ©taphore de la dĂ©marche gĂ©ographique et de lâhistoire du XIXe siĂšcle : LâĂle MystĂ©rieuse de Jules Verne (1874-75) », Cybergeo,â (ISSN 1278-3366, DOI 10.4000/cybergeo.24646, lire en ligne, consultĂ© le )
- 1 2 Péron 2005
- â Jean-Marie Furt et Caroline Tafani, Tourisme et insularité : La littoralitĂ© en question(s), Paris/Corte, KARTHALA Editions, , 285 p. (ISBN 978-2-8111-1136-6, lire en ligne)
- â PĂ©ron 1993, p. 12
- â JoĂ«l Bonnemaison, « La sagesse des Ăźles », dans Sanguin, A.-L. (dir.)., Vivre dans une Ăźle, Paris, L'Harmattan, , p. 121-129
- â PĂ©ron 1993, p. 13
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]Ouvrages généralistes
[modifier | modifier le code]- HervĂ© Fourtina, Britanniques, Nathalie JaĂ«ck et JoĂ«l Richard, InsularitĂ©s, Bordeaux, Presses Universitaires de Bordeaux - UniversitĂ© Michel de Montaigne Groupe d'Ătudes et de Recherches Britanniques., , 294 p. (ISBN 978-2-86781-416-7, lire en ligne)
Géographie
[modifier | modifier le code]- Stéphane Gombaud, Iles, insularité et ßléité : Le relativisme dans l'étude des espaces archipélagiques (thÚse de doctorat en géographie), Université de la Réunion, , 1101 p. (lire en ligne)
- Joseph Martinetti, Insularité et marginalité en Méditerranée occidentale, l'exemple corse, Ajaccio, Le Signet, , 215 p. (ISBN 978-2-907900-00-3)
- Françoise PĂ©ron, Des Ăźles et des Hommes, l'insularitĂ© aujourd'hui, Brest/Rennes, Ăditions de la CitĂ©, , 286 p. (ISBN 2-7373-1162-4)
- François Taglioni, LâĂźle est-elle un objet gĂ©ographique spĂ©cifique ? : Ătude conceptuelle et critique, (lire en ligne)
- François Taglioni, « Les petits espaces insulaires face Ă la variabilitĂ© de leur insularitĂ© et de leur statut politique », Annales de GĂ©ographie, vol. 115, no 652,â , p. 664-687
- François Taglioni, Recherches sur les petits espaces insulaires et sur leurs organisations régionales, Paris, HDR Géographie, Université Paris-Sorbonne, Paris IV, UFR de Géographie, PRODIG - PÎle de recherche pour l'organisation et la diffusion de l'information géographique, , 164 p. (lire en ligne)
- François Taglioni, InsularitĂ© et dĂ©veloppement durable, IRD Ăditions, , 551 p. (ISBN 978-2-7099-1810-7, lire en ligne)
- Godfrey Baldacchino et Olivier Dehoorne (dir), « Mondes insulaires : espaces, temporalitĂ©s, ressources », Ătudes caribĂ©ennes, nos 27-28,â (ISSN 1779-0980 et 1961-859X, DOI 10.4000/etudescaribeennes.6766, lire en ligne, consultĂ© le )
- Alain Saussol, « Des limites de l'insularitĂ©. Le cas de Wallis (PolynĂ©sie) », Bulletin de l'Association de gĂ©ographes français, vol. 65, no 3,â , p. 271â281 (ISSN 0004-5322, DOI 10.3406/bagf.1988.1439, lire en ligne, consultĂ© le )
Littérature
[modifier | modifier le code]- Mustapha Trabelsi, L'insularité, Presses Univ Blaise Pascal, , 508 p. (ISBN 978-2-84516-278-5, lire en ligne) (littérature)
- (ca) Armangué i Herrero, Joan, 1960-, Valriu, Caterina, 1960- et Arxiu de Tradicions de l'Alguer., Illes i insularitat en el folklore dels Països Catalans, Arxiu de Tradicions de l'Alguer, (ISBN 978-88-89978-86-3 et 8889978864, OCLC 804844139, lire en ligne)
- (ca) Margalida Pons et Caterina Sureda, (Des)aïllats : narrativa contemporà nia i insularitat a les Illes Balears, L'Abadia de Montserrat, , 357 p. (ISBN 978-84-8415-652-9, lire en ligne)
- (en) Maeve McCusker et Anthony Soares, Islanded Identities : Constructions of Postcolonial Cultural Insularity, Rodopi, , 243 p. (ISBN 978-94-012-0693-8 et 94-012-0693-7, lire en ligne)
Anthropologie
[modifier | modifier le code]- Philippe Bachimon, « L'insularitĂ© ocĂ©anienne dans la cosmogonie maohi », Espace gĂ©ographique, vol. 24, no 3,â , p. 227â235 (ISSN 0046-2497, DOI 10.3406/spgeo.1995.3393, lire en ligne, consultĂ© le )
- (de) Anna Lena Deeg, Die Insel in der nordgermanischen Mythologie, Herbert Utz Verlag, (ISBNÂ 978-3-8316-4507-7, lire en ligne)