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Insularité

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L'insularité est l'ensemble des caractéristiques qui donnent à un territoire et à sa population tout ou partie des traits typiques d'une ßle en ce qu'elle est relativement isolée.

Domaines d'étude

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Développée dÚs le XIXe siÚcle, cette notion est devenue un concept utilisé principalement en géographie, mais également en démographie, biologie, anthropologie, histoire, économie, littérature ou encore histoire.

En gĂ©ographie, l’insularitĂ© est perçue soit comme un objet disciplinaire (au mĂȘme titre que la montagne par exemple), soit comme l’élĂ©ment clĂ© de la problĂ©matique propre et commune aux Ăźles[1]. Les limites spatiales naturelles ont l'intĂ©rĂȘt d'Ă©viter au chercheur l'arbitraire d'un dĂ©coupage de son objet d'Ă©tude, et facilitent les collaborations sur cette base plus consensuelle. La dimension d’insularitĂ© offre ainsi, notamment aux gĂ©ographes, un laboratoire d’étude. Dans cette thĂ©matique, la notion de frontiĂšre dĂ©termine les configurations gĂ©opolitiques, et joue le rĂŽle de « marqueur diffĂ©renciant de l’identitĂ© insulaire »[2].

Les historiens étudient également l'insularité et son rÎle dans des sociétés du passé, par exemple dans l'Antiquité[3] ou dans le monde romain[4]. L'insularité est également abordée par la science politique[5]. De maniÚre générale, ce concept est de plus en plus étudié par les sciences sociales dans une approche multidisciplinaire.

En biologie, les Ăźles ont reprĂ©sentĂ© un laboratoire d’étude important. La faune et la flore qui y rĂ©sident ont notamment Ă©tĂ© l'objet d'Ă©tudes de nombreux scientifiques, comme Charles Darwin[6]. L'insularitĂ© prĂ©sente en effet une altĂ©ration des phĂ©nomĂšnes biologiques continentaux. Les Ăźles ont par exemple des caractĂ©ristiques d’évolution, comme l'accĂ©lĂ©ration de certains mĂ©canismes ou des modes de reproductions diffĂ©rents, chez les insectes notamment[7]. Les espĂšces vivant sur une Ăźle sont en gĂ©nĂ©ral moins diversifiĂ©es gĂ©nĂ©tiquement du fait de l'isolement et la densitĂ© est plus Ă©levĂ©e car les prĂ©dateurs sont souvent moins nombreux[8].

Définition

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L'insularité désigne les caractéristiques propres à une ßle et à sa population. Ce concept polysémique est travaillé aussi bien par la géographie, l'économie, la biologie ou la littérature.

Le Dictionnaire de l'AcadĂ©mie française dĂ©finit l’insularitĂ© comme Ă©tant la « configuration d’un territoire constituĂ© d’une ou de plusieurs Ăźles ; ensemble de caractĂšres propres Ă  un tel territoire, Ă  sa population »[9]. De maniĂšre simplifiĂ©e, une Ăźle dĂ©signe une terre Ă©mergĂ©e entourĂ©e d’eau qui se diffĂ©rencie du continent principalement par sa petite taille.

Insularité, ßléité, insularisme

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En gĂ©ographie, l’insularitĂ© est le caractĂšre isolĂ© d’un espace ou d’un territoire incarnĂ© par la notion d'« ßle ». Cet isolement peut ĂȘtre une cause ou un effet selon que l’objet en question est isolĂ© (forme passive de l’isolement) ou s'il s’est isolĂ© (forme active de l’isolement)[10].

Cette notion ne doit pas ĂȘtre confondue avec « ßlĂ©ité » (le systĂšme de reprĂ©sentation centrĂ© autour d’une Ăźle, dĂ©terminant l’espace perçu et vĂ©cu d’un individu[11]) et « insularisme » (la tendance d’un peuple insulaire Ă  se renfermer sur lui-mĂȘme[12],[13]).

À dĂ©faut de parler d’« ßle », notion difficile Ă  dĂ©finir, les chercheurs parlent en gĂ©nĂ©ral d’insularitĂ©. Ce concept est complexe et sa dĂ©finition est souvent donnĂ©e par l’élaboration de ses limites[1]. MĂȘme si elles sont trĂšs diffĂ©rentes, les Ăźles ont des particularitĂ©s gĂ©ographiques communes, notamment une situation gĂ©ographique de discontinuitĂ© entre la terre et la mer[1]. Lorsque l’on parle d’insularitĂ©, il faut prendre en compte les notions d’enclavement, de pĂ©riphĂ©ries, de contiguĂŻtĂ©, de connexitĂ© et d'isolement. Ce sont ces particularitĂ©s, en comparaison aux territoires continentaux, qui font des Ăźles des objets d'Ă©tude spĂ©cifiques.

Définitions d'une ßle

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Il existe de nombreuses approches de l'ßle et de l'insularité, variant selon les acteurs et les enjeux :

  • DĂ©finition de l'ONU : une Ăźle est « une Ă©tendue naturelle de terre entourĂ©e d’eau qui reste dĂ©couverte Ă  marĂ©e haute »[14].
  • DĂ©finition selon la ConfĂ©rence des Nations unies sur le commerce et le dĂ©veloppement : « les États en dĂ©veloppement prĂ©sentant une population de moins de 400 000 habitants et parfois moins d'un million ainsi qu’une superficie de moins de 700 km2 et parfois supĂ©rieure Ă  4 000 km2 ». Ces donnĂ©es sont basĂ©es sur le concept de viabilitĂ© Ă©conomique[15], c’est-Ă -dire sur la capacitĂ© d’un État Ă  ĂȘtre fonctionnel d’un point de vue Ă©conomique.
  • DĂ©finition d'Eurostat : « une Ăźle est une terre d’au moins 1 km2 de superficie, habitĂ©e en permanence par une population statistiquement significative (supĂ©rieure Ă  50 habitants), non reliĂ©e au continent par des dispositifs permanents, sĂ©parĂ©e du continent europĂ©en par une Ă©tendue d’eau d’au moins 1 km2, ne comprenant pas une des capitales d’un État membre »[16].

De nombreuses dĂ©finitions ont tentĂ© de cadrer les termes d'Ăźle et d'insularitĂ© dans des limites (superficies, nombre d'habitants, etc.), mais la diversitĂ© de ces approches donnent un caractĂšre flou Ă  la dĂ©finition[17]. La difficultĂ© d'Ă©tablir des critĂšres gĂ©nĂ©raux de l’insularitĂ© constitue un obstacle Ă  l'Ă©laboration d'une dĂ©finition universelle.

Caractéristiques géomorphologiques et perception des ßles

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Il existe de nombreux phĂ©nomĂšnes naturels propres aux Ăźles. Cependant, on ne saurait prĂ©tendre Ă  une quelconque influence des caractĂ©ristiques des Ăźles sur l’ĂȘtre humain, sans tomber dans le dĂ©terminisme[11]. StĂ©phane Gombaud le rĂ©sume ainsi : « l’insularitĂ© n’est pas quelque chose qui vient des lieux et marque les hommes, mais quelque chose qui vient des hommes et marque les lieux ! Et ce qui vient des hommes, c’est d’abord la perception des Ăźles comme Ă©troites, limitĂ©es, pauvres en ressources. »[18]. Ainsi, l'insularitĂ© est un « concept consubstantiel Ă  l'occupation humaine » d'une Ăźle[17].

De mĂȘme, certaines Ăźles isolĂ©es « nous apparaissent comme des prisons »[19] ou bien semblent « perdues » au milieu de l'ocĂ©an. « En rĂ©alitĂ©, chaque Ăźle apparaĂźt comme close ou ouverte en fonction de la civilisation qui la domine »[19], explique StĂ©phane Gombaud.

Françoise PĂ©ron se base en 1993 sur le sentiment que ressent la population d'habiter un territoire clos, comme Ă©lĂ©ment caractĂ©risant l’insularitĂ©[20]. Les revendications identitaires liĂ©es au sentiment d'appartenance au territoire sont en effet courantes sur les Ăźles. Pour elle, l’insularitĂ© serait Ă  concevoir comme un systĂšme plutĂŽt qu’une caractĂ©ristique territoriale. Cependant, les facteurs influençant ce systĂšme restent difficiles Ă  dĂ©finir, Ă  commencer par celui de la taille et du niveau d’isolement significatif. Pour Philippe Pelletier, qui a notamment travaillĂ© sur la situation insulaire du Japon[21], l'insularitĂ© est « la relation dynamique qui se construit entre un espace insulaire et la sociĂ©tĂ© qui y vit »[1].

Le terme insularitĂ© caractĂ©rise Ă©galement les populations habitant les Ăźles. Jean Pierre Castelain Ă©voque diffĂ©rents complexes d'opposition auxquels les Ăźles auraient tendance Ă  ĂȘtre soumises. Parmi ceux-ci, les querelles sous-jacentes qui demeurent entre les « nĂ©o-insulaires » et les « authentiques ». Les premiers habitants seraient des « authentiques » insulaires car vivant sur le territoire avant la Seconde Guerre mondiale, alors que les seconds sont appelĂ©s « nĂ©o-insulaires » du fait de leur arrivĂ©e plus tardive dans les Ăźles, en lien notamment avec la croissance Ă©conomique de ces derniĂšres[22].

Histoire du concept

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PremiÚres études (XIXe siÚcle)

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Les ßles sont d'abord étudiées par les naturalistes du XIXe siÚcle, comme Alfred Russel Wallace ou Charles Darwin qui élabore la théorie de l'évolution à partir de l'étude de la flore et la faune endémique des Galåpagos : il s'agit de mettre en évidence les caractéristiques propres aux espÚces animales et végétales qui vivent sur une ßle[17]. Par la suite, un glissement s'opÚre vers l'étude des populations humaines insulaires, qui partageraient des caractéristiques communes du fait de vivre sur une ßle[17].

Pendant longtemps, l'Ăźle a Ă©tĂ© considĂ©rĂ©e comme un espace « “naturellement” [restĂ©] sauvage »[23], Ă  l'abri des influences extĂ©rieures. Dans cette vision, l'insularitĂ© a donc des consĂ©quences directes sur le mode de vie des habitants et leur supposĂ©e authenticitĂ© (ou bien, dans la perspective inverse, leur retard)[23]. Pour les gĂ©ographes occidentaux du XIXe siĂšcle, l'insularitĂ© est alors un facteur explicatif de l'archaĂŻsme supposĂ© des populations (par exemple, chez Emmanuel de Martonne dans ses Principes de GĂ©ographie humaine, 1921)[24].

Pour ÉlisĂ©e Reclus (1830-1905), au contraire, l'insularitĂ© a une influence sur la vie des habitants, mais ce n'est pas un facteur monolithique : « L’insulaire n’est pas dĂ©terminĂ© Ă  devenir marin, ni pĂȘcheur, ni aventurier, Ă  moins que d’autres facteurs, culturels comme naturels ne l’y poussent »[25].

Par la suite, sous l'influence de la colonisation européenne, la géographie reconsidÚre les ßles en potentiels territoires à coloniser et à mettre en valeur économiquement. Les contraintes insulaires sont vues comme des obstacles dont il est possible de s'affranchir à travers de grands travaux d'aménagement[26]. La colonisation des ßles permettrait ainsi aux autochtones de les libérer des conditions naturelles insulaires pour s'ouvrir à la civilisation[27].

La critique du déterminisme insulaire

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En 1922, Lucien Febvre critique le dĂ©terminisme gĂ©ographique Ă  propos des Ăźles. Suivant une dĂ©marche possibiliste, il affirme : « Ici encore, on chercherait une nĂ©cessitĂ©, une “loi des Ăźles” pesant sur les hommes, sur les sociĂ©tĂ©s humaines : on ne trouverait que variĂ©tĂ© et que diversitĂ©. Qu’évolution aussi, que changement dans le temps »[28]. L'insularitĂ© ne peut donc pas dĂ©terminer la psychologie des individus qui y rĂ©sident. L'insularitĂ© est un cadre, mais qui est modelĂ© par l'action humaine. Les Ăźles sont Ă©galement dĂ©terminĂ©es, pour Febvre, par les frontiĂšres politiques.

En 1936, Jules Blache poursuit la critique du dĂ©terminisme sur l'insularitĂ©, en soulignant la grande diversitĂ© des situations insulaires[29]. NĂ©anmoins, il souligne deux Ă©lĂ©ments caractĂ©ristiques de l'insularitĂ©. D'un cĂŽtĂ©, l'isolement entraĂźne l'apparition de caractĂ©ristiques uniques sur une Ăźle : langue, traditions, dĂ©mographie (Ăźle trĂšs peuplĂ©e ou au contraire vide) : « la mer tend Ă  retrancher ses indigĂšnes du reste du monde »[29]. Cela rapproche l'insularitĂ© humaine de l'insularitĂ© biologique (endĂ©misme des espĂšces). De l'autre cĂŽtĂ©, la mer est une route qui favorise les passages et les Ă©changes (culturels, commerciaux, guerriers) : les Ăźles peuvent devenir des carrefours stratĂ©giques, ĂȘtre envahies par des ennemis ou prisĂ©es des touristes. Pour Jules Blache, ces contacts maritimes favorisent la civilisation et les transformations Ă©conomiques rapides. L'insularitĂ© est donc caractĂ©risĂ©e par la combinaison de ces deux tendances : la mer isole autant qu'elle relie. Blache conclut ainsi : « Les Ăźles paraissent, Ă  cĂŽtĂ© des continents lents Ă  Ă©mouvoir, des organismes Ă  sang chaud, plus vivants, susceptibles de briller rapidement d'un Ă©clat extraordinaire, mais plus fragiles. PlantĂ©es en avant-garde, souvent disputĂ©es, théùtre d'expĂ©riences Ă©conomiques prĂ©coces qui les absorbent toutes entiĂšres, elles peuvent faire figure de laboratoires du progrĂšs »[29].

Réactualisation de la notion

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La notion d’insularitĂ© a Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©e par les sciences sociales dans les annĂ©es 1960 Ă  la suite des particularitĂ©s qui ressortaient de l'Ă©tude de ces lieux. Cette notion est Ă  l’époque basĂ©e sur l’idĂ©e qu'une Ăźle Ă©tait une terre isolĂ©e par rapport au continent. Cette idĂ©e est Ă  prĂ©sent rĂ©actualisĂ©e Ă  la suite du dĂ©veloppement des NTIC (nouvelles technologies de l'information et de la communication)[30]. En effet, les rĂ©seaux de communication, de transports et d'Ă©changes marchands s'Ă©tant considĂ©rablement dĂ©veloppĂ©s, la distance gĂ©ographique ne constitue plus un obstacle significatif au bon fonctionnement des Ăźles.

Avant la gĂ©nĂ©ralisation des transports et des communications, les Ăźles Ă©taient des espaces de fermeture et de contrainte oĂč la population vivait en autarcie et Ă©tait de ce fait souvent pauvre car dĂ©pendante des rĂ©coltes annuelles. Les Ăźles Ă©taient de petits territoires organisĂ©s Ă  l'Ă©chelle locale. Les amĂ©nagements territoriaux Ă©taient complexes afin d’exploiter au mieux chaque ressource dont notamment l'eau, le sol et la lumiĂšre. Ces Ăźles ont cependant toujours Ă©tĂ© intĂ©grĂ©es dans les systĂšmes Ă©conomiques, principalement en raison de leur utilitĂ© dans les secteurs de la production et des transports[31].

Divers indices basĂ©s sur la taille de la population, la longueur des cĂŽtes par rapport Ă  la surface du territoire ou encore la distance de l’üle au territoire continental le plus proche ont Ă©tĂ© Ă©laborĂ©s pour mesurer le degrĂ© d’insularitĂ©[32].

La dĂ©finition des petits espaces insulaires par François Taglioni est donnĂ©e comme suit : « des terres entourĂ©es d’eau de tous cĂŽtĂ©s, d’un seul tenant, dont la superficie est infĂ©rieure Ă  11 000 km2 et la population infĂ©rieure Ă  1,5 million d’habitants »[15].

Il existe de par le monde une grande quantitĂ© de terres susceptibles d'ĂȘtre inscrites dans cette dĂ©finition. Il existerait[Pour qui ?] 33 États indĂ©pendants de type « petits espaces insulaires » ainsi que plusieurs dizaines de terres de ce type associĂ©es Ă  des États continentaux ou Ă  un archipel. Ceux-ci sont principalement situĂ©s dans le bassin CaraĂŻbe, la MĂ©diterranĂ©e, le sud-ouest de l’ocĂ©an Indien et l’OcĂ©anie.

Typologie du PNUD

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Le PNUD (Programme des Nations unies pour le dĂ©veloppement) a Ă©laborĂ© une typologie des États insulaires en fonction de plusieurs paramĂštres : le statut institutionnel, l'architecture gĂ©ographique et l'IDH (indicateur de dĂ©veloppement humain). Cet exercice a Ă©tĂ© effectuĂ© Ă  titre indicatif dans le but d'observer le niveau de dĂ©veloppement et d'intĂ©gration de ces territoires isolĂ©s. Le PNUD distingue cinq types d'insularité :

  1. monoinsulaire : désigne un territoire constitué d'une seule ßle ;
  2. multiinsulaire : désigne une ßle principale entourée d'ßles satellites ;
  3. hypo-insularité : exprime le phénomÚne de continentalisation du phénomÚne insulaire ;
  4. simple insularité : exprime la situation d'une ßle à mi-chemin entre isolement et continentalisation ;
  5. surinsularité : désigne un territoire totalement isolé.
L'atoll d'Atafu fait partie des Tokelau, un État insulaire.

Les statuts politiques de ces espaces peuvent varier entre souverainetĂ© (un « micro État ») et dĂ©pendance institutionnelle (un « micro territoire »). Le caractĂšre insulaire de ces Ăźles ne dĂ©termine donc pas un statut politique particulier. Par exemple, certains territoires sont reconnus par l’ONU alors que d’autres ne le sont pas. Ainsi, sur les 192 pays reconnus par l'ONU, 46 sont considĂ©rĂ©s comme insulaires (liste des États insulaires).

Les systĂšmes insulaires (Sanguin)

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D'autres typologies concernant les territoires insulaires ont été établies. André-Louis Sanguin distingue par exemple plusieurs « systÚmes insulaires »[33] :

  1. le systùme insulaire à État ou territoire administratif unique ;
  2. le systÚme insulaire à deux ou plusieurs unités politiques ;
  3. les espaces insulaires à réseaux.

Hypo-insularité, insularité et surinsularité (Taglioni)

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François Taglioni distingue trois types d’insularitĂ©, dĂ©veloppĂ©s en sous-catĂ©gories selon leur niveau de dĂ©veloppement et leur intĂ©gration politique et Ă©conomique[34].

Hypo-insularité :

Insularité :

Surinsularité :

Selon Taglioni, les Ăźles en situation d’hypo-insularitĂ© semblent mieux intĂ©grĂ©es Ă  l’économie mondiale au contraire de la surinsularitĂ©, mais l’environnement politique Ă©conomique et rĂ©gional ont un impact Ă©galement.

Hypo-insularité

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Les différentes zones économiques exclusives dans l'océan Pacifique. Pour François Doumenge, une ßle avec une grande ZEE mais une faible surface émergée est trÚs marquée par l'insularité[35].

L’apparition de multiples flux humains, informationnels, productifs mais aussi d’idĂ©es dues au dĂ©veloppement des transports a changĂ© la donne des lieux dits insulaires caractĂ©risĂ©s par l'isolement. L’hypo-insularitĂ© concerne les Ăźles dont la discontinuitĂ© avec le continent est beaucoup moins marquĂ©e grĂące au dĂ©veloppement significatif de la communication et des transports.

En 1985, François Doumenge a mis en place un « indice d’isolement ocĂ©anique » se fondant sur des donnĂ©es chiffrĂ©es et insistant essentiellement sur la rupture de la continuitĂ© terrestre[35]. Cet indice s'obtient en divisant la surface de la zone Ă©conomique exclusive (ZEE) par la surface Ă©mergĂ©e du territoire. Plus cet indice est fort, plus l'isolement est prononcĂ©. Doumenge dĂ©finit ainsi quatre catĂ©gories d'insularitĂ©[15] :

  • les territoires archipĂ©lagiques structurĂ©s ;
  • les territoires ocĂ©aniques trĂšs cohĂ©rents ;
  • les territoires archipĂ©lagiques dispersĂ©s Ă  Ăźles isolĂ©es ;
  • les Ăźles extrĂȘmement isolĂ©es.

L’hypo-insularitĂ© cherche Ă  dĂ©passer ce type de critĂšres purement physiques en tentant de dĂ©finir le niveau d'isolement d'un territoire. Allant au-delĂ  d’une mesure de discontinuitĂ©, cette approche se veut ĂȘtre une analyse du dĂ©senclavement ou non de ces territoires spĂ©cifiques. « L’isolement n’est pas systĂ©matiquement plus fort dĂšs lors qu’une Ăźle est petite et Ă©loignĂ©e des continents »[35].

Transports maritimes et aĂ©riens contribuent Ă  diminuer l’éloignement physique des Ăźles en rĂ©duisant le temps nĂ©cessaire pour les atteindre. En effet, depuis le milieu des annĂ©es 1990, les transports se sont considĂ©rablement amĂ©liorĂ©s. À titre d'illustration, le voyage des Antilles vers le continent[Lequel ?] en 1960 prenait prĂšs d’une semaine. Ce dĂ©veloppement a engendrĂ© des flux migratoires temporaires et dĂ©finitifs importants. Les dĂ©placements humains entre les Ăźles et les continents se sont banalisĂ©s. La communication Ă©galement a permis de rĂ©duire la distance entre insulaires et continentaux. La radio, la tĂ©lĂ©vision ainsi que les ordinateurs ont considĂ©rablement augmentĂ© les flux informationnels[35]. Les espaces insulaires sont partagĂ©s entre l’idĂ©e de proxĂ©mie et celle de tĂ©lĂ©prĂ©sence.

L'ßle de Ré, reliée au continent par un pont, s'est profondément transformée avec le tourisme et l'arrivée de résidents secondaires, à tel point que certains géographes se demandent si c'est toujours une ßle[31].

Françoise Péron note à propos des ßles du Ponant que le développement des transports vers le continent (bateaux, ponts...) a profondément modifié ces territoires : arrivée de nouveaux habitants (résidents secondaires), développement des échanges économiques, mobilité de la population insulaire. Ces ßles sont des marges revalorisées, tant d'un point de vue matériel qu'idéel (elles bénéficient de l'imaginaire associé à l'insularité, le désir d'ßle)[31].

Ainsi, la notion d'isolement ne fait plus vraiment sens. Le concept de distance mĂ©trique est dĂ©passĂ© par d’autres paramĂštres oĂč la communication virtuelle et la mise en rĂ©seau sont au cƓur des dynamiques. Pour Guy Mercier, l’évolution d’une Ăźle est Ă  observer en lien direct avec les relations qu’elle dĂ©veloppe autour de la tĂ©lĂ©communication, le commerce, les investissements, l'endettement mais aussi les migrations[36]. Ainsi, l’intensitĂ© de ces interactions va dĂ©terminer le niveau d’intĂ©gration de l’üle Ă  l'espace monde. Par consĂ©quent, le concept d’insularitĂ© a Ă©voluĂ© pour devenir plus complexe et plus multidimensionnel que par le passĂ©[35].

Économie

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La relation entre insularitĂ© et dĂ©veloppement Ă©conomique est l’objet de nombreuses recherches depuis le dĂ©but des annĂ©es 1980[37]. Diverses Ă©tudes se sont penchĂ©es sur la situation d’insularitĂ© comme atout ou handicap Ă©conomique[38],[39].

Pour certains, la situation d’insularitĂ© prĂ©sente des handicaps : exiguĂŻtĂ© du territoire, faible peuplement, surcoĂ»ts, etc. Les Ăźles sont donc des espaces isolĂ©s par la mer et restreintes en termes d’espace, de ressources naturelles et humaines, etc.[12]. Les Ăźles font Ă©galement face Ă  des surcoĂ»ts liĂ©s Ă  la discontinuitĂ© physique et l’éloignement[12]. Selon Taglioni, la fragmentation gĂ©ographique est une « entrave majeure Ă  la diffusion de l'Ă©ducation, des soins de santĂ©, de l'approvisionnement alimentaire, de la technologie, des Ă©changes de biens et de personnes, mais aussi de l'information »[15]. L'insularitĂ© est un handicap encore plus important lorsqu'un État insulaire est dispersĂ© sur plusieurs Ăźles (archipel) et qu'il est Ă©loignĂ© du continent. Par contre, le fait pour un pays de possĂ©der plusieurs Ăźles semble ĂȘtre un avantage Ă©conomique par rapport Ă  ceux qui n'en ont pas[40].

Cependant, certains rĂ©futent cette thĂšse en relativisant les coĂ»ts liĂ©s Ă  l’isolement et en avançant par exemple, l'argument selon lequel les coĂ»ts de transports maritimes ne sont pas plus Ă©levĂ©s que les coĂ»ts de transports terrestres[41].

De plus, certaines Ăźles particuliĂšrement ancrĂ©es dans l’insularitĂ© et difficiles d’accĂšs connaissent un succĂšs touristique important, comme l'Ăźle de PĂąques (Rapa Nui), malgrĂ© les 3 700 km qui la sĂ©pare du Chili et les 4 800 km qui la sĂ©pare de Tahiti[12]. Les caractĂ©ristiques d’isolement et d’éloignement ont Ă©galement Ă©tĂ© des facteurs attractifs.

La plupart des paradis fiscaux sont des Ăźles (carte de 2012).

Si les Ă©changes Ă©conomiques des Ăźles au niveau mondial Ă©taient restreints en raison de leur insularitĂ©, elles ont dĂ» s’adapter aux marchĂ©s internationaux. Cependant, leur faible compĂ©titivitĂ© a eu pour consĂ©quence de les marginaliser peu Ă  peu. En dĂ©coule un Ă©tat de dĂ©pendance, un exode de la jeunesse et donc de capital humain, ainsi qu'une augmentation du taux de chĂŽmage. La spĂ©cialisation des rĂ©gions est de plus en plus frĂ©quente, mais au vu des ressources relativement limitĂ©es qu’elles possĂšdent, leurs principaux marchĂ©s se concentrent en gĂ©nĂ©ral autour du tourisme et de la main d'Ɠuvre bon marchĂ© qu'elles peuvent constituer. Certaines Ăźles se sont notamment diffĂ©renciĂ©es au niveau du secteur bancaire, en devenant des centres bancaires offshore, paradis fiscaux « zero heaven » (paradis zĂ©ro-impĂŽts). De nombreuses Ăźles du Pacifique[42] ou des Antilles, comme les Bahamas par exemple, sont rĂ©putĂ©s pour ĂȘtre un paradis fiscal. Certaines Ăźles se sont mutĂ©es de maniĂšre progressive en paradis fiscaux pour attirer des capitaux Ă©trangers, notamment de continentaux voulant Ă©chapper aux impositions fiscales de leur pays[12]. Ainsi, selon la « liste grise » des paradis fiscaux dĂ©crĂ©tĂ©e par l’OCDE (Organisation de coopĂ©ration et de dĂ©veloppement Ă©conomiques), la plupart des États y figurant sont des Ăźles[43].

Le tourisme est source de revenus important pour les États insulaires, mais est un enjeu du dĂ©veloppement durable. Certaines Ăźles, comme la Dominique (photo), misent sur l'Ă©cotourisme.

Le tourisme insulaire attire de nombreux continentaux, ce qui reprĂ©sente un boom dans l'activitĂ© Ă©conomique de ce secteur. Pour L. et M. Briguglio, les petits États insulaires sont dĂ©pendants du tourisme : le secteur touristique emploie une part importante de la population locale en termes de main d’Ɠuvre et gĂ©nĂšre des revenus significatifs. Le phĂ©nomĂšne touristique peut par ailleurs provoquer une crise sociale et Ă©cologique sĂ©vĂšre. En effet, le tourisme accroĂźt la dĂ©gradation de l'environnement. Face Ă  cela, les rĂ©flexions se sont particuliĂšrement centrĂ©es ces derniĂšres annĂ©es sur la pratique du tourisme durable. Il semble ĂȘtre un des enjeux auxquels les États insulaires doivent faire face[44]. Par exemple, l'Ăźle de la Dominique mise sur l'Ă©cotourisme pour attirer des visiteurs tout en sauvegardant son patrimoine naturel[45].

Politiques publiques

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Rencontre des Petits États insulaires en dĂ©veloppement Ă  Apia, Samoa (2014).

Les petits États insulaires en dĂ©veloppement

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Les PEID (Petits États insulaires en dĂ©veloppement, en anglais Small Island Developing States) est un concept insaturĂ© en 1994 par les Nations unies, regroupant les pays qui « ont en commun leur petite taille et l'insularitĂ© qui souvent, indiquent leur vulnĂ©rabilité »[46]. Lino Briguglio a construit un indicateur de vulnĂ©rabilitĂ© spĂ©cifique Ă  ces États, prenant en compte leurs fragilitĂ©s : petite taille, Ă©loignement, insularitĂ©, vulnĂ©rabilitĂ© face aux catastrophes naturelles et fragilitĂ© environnementale[47].

En 2009, ils Ă©taient 28[13] et 39 en 2014[48]. Ces États insulaires en dĂ©veloppement ont, pour François Taglioni, « rĂ©ussi le tour de force, avec un poids dĂ©mographique, Ă©conomique, territorial et politique aussi faible sur le papier, Ă  se distinguer auprĂšs des organisations internationales » et font preuve d'un activisme important, en mettant en avant les dangers que ces territoires courent Ă  cause du rĂ©chauffement climatique (risque d'ĂȘtre submergĂ©s par les eaux et de disparaĂźtre)[13].

Cependant, François Taglioni montre que tous ces États insulaires n'ont pas le mĂȘme niveau de dĂ©veloppement (IDH) (ainsi, en 2007 Chypre avait un IDH de 0,914 tandis que celui des Comores Ă©tait Ă  0,576)[13]. Selon lui, « les petits États insulaires en dĂ©veloppement ont globalement atteint des stades de dĂ©veloppement satisfaisants » et ne sont pas dans une situation comparable aux Pays les moins avancĂ©s (PMA) d'Afrique ou d'Asie[13].

Politiques européennes de l'insularité

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Plusieurs centaines d'Ăźles ou sont associĂ©es Ă  l'Union EuropĂ©enne, en particulier les rĂ©gions ultra-pĂ©riphĂ©riques (DROM français, Açores, MadĂšre et Ăźles Canaries). Elles ont bĂ©nĂ©ficiĂ© de programmes d'aide spĂ©cifique depuis les annĂ©es 1990 pour favoriser leur intĂ©gration. Les Ăźles d'Europe du Nord et de MĂ©diterranĂ©e « bĂ©nĂ©ficient des fonds structurels et d'un nombre de dispositions spĂ©cifiques pour pallier leur insularitĂ© qui une fois de plus fait figure de handicap au dĂ©veloppement »[13]. De mĂȘme, les Pays et territoires d'outre-mer reçoivent Ă©galement des aides europĂ©ennes (FEDER). Ainsi, en raison de leur insularitĂ©, ces territoires bĂ©nĂ©ficient de financements et de rĂ©gimes spĂ©cifique (dĂ©fiscalisation). Ces avantages sont le fruit d'une mobilisation politique des Ăźles, ainsi que d'un discours entretenu sur le « mal-dĂ©veloppement » auprĂšs des instances europĂ©ennes[13]. Certaines Ăźles se regroupent entre elles pour affirmer leur spĂ©cificité : Groupement des Ăźles de la MĂ©diterranĂ©e occidentale (Corse, Sardaigne, Sicile, BalĂ©ares), ou le B7, association des Ăźles de la mer Baltique (Bornholm, Gotland, Öland, Hiiumaa, Saaremaa, RĂŒgen et Aland)[13].

Imaginaire de l'insularité

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L'insularité concerne également l'imaginaire. Des personnages de fiction comme Robinson Crusoë (image) ont contribué à diffuser le désir d'ßle et les mythes qui l'entourent.

La fascination pour les Ăźles date de leur dĂ©couverte et est liĂ©e Ă  l’imaginaire des continentaux. La barriĂšre de la mer ou de l'ocĂ©an reprĂ©sente le passage Ă  un autre monde, une alternative Ă  un continent stressant/oppressant[37]. « Pour les visiteurs continentaux notamment ceux des classes moyennes vivant dans les grandes villes, se rendre dans une Ăźle Ă©quivaut Ă  accĂ©der Ă  un monde premier plutĂŽt que primitif, indemne des maux de la civilisation urbaine »[37].

Permissif, anti-monde, facile Ă  approprier, Ă  l’abri des regards[49], sont le rĂ©sultat de l'imaginaire que renvoie les territoires insulaires. SublimĂ©e Ă  travers le cinĂ©ma, le culturel, le politique, la littĂ©rature ou encore la peinture, l'Ăźle reprĂ©sente l’ailleurs, l’aventure et la dĂ©couverte[36]. Entre-deux-guerres, l'insularitĂ© est un thĂšme rĂ©current de l’Ɠuvre de Pierre Benoit, que l'isolement soit maritime (Erromango), lacustre ou dĂ©sertique (L'Atlantide). De mĂȘme, L'Ăźle mystĂ©rieuse de Jules Verne met en scĂšne des naufragĂ©s qui reconstruisent la civilisation occidentale Ă  partir de zĂ©ro sur une Ăźle dĂ©serte. Pour Lionel Dupuy, l'auteur y livre une mĂ©taphore de l'histoire de l'humanitĂ©[50].

L'idĂ©e selon laquelle le retard des Ăźles serait synonyme de rempart des systĂšmes capitalistes actuels et serait considĂ©rĂ© comme une richesse renforce l'imaginaire autour de l'Ăźle. Les espaces insulaires sont vus comme une Ă©chappatoire Ă  la civilisation, un moyen de se retirer du monde, d’ĂȘtre en retraite. Le dĂ©sir d’üle cultivĂ© par les mythes du bon sauvage, comme celui de Robinson CrusoĂ©, en illustre la portĂ©e. « L’üle impose des limites Ă  la dĂ©mesure humaine »[51]. Elle permet de retrouver des sensations perdues, l’attente, la coupure, l’austĂ©ritĂ©. L'Ăźle est perçue comme un territoire rĂ©sistant Ă  la sociĂ©tĂ© de consommation. L'activitĂ© touristique n'est d'ailleurs que la rĂ©sultante de cette imaginaire cultivĂ©.

Les Ăźles sont donc perçues comme l’envers du monde occidental alors qu’elles sont de plus en plus intĂ©grĂ©es[31]. Ce paradoxe n'entache pas l'idĂ©e que l'on a de l'Ăźle diffĂ©rente du continent et exotique de ce fait. La recherche de l'exotisme, cette envie d’ailleurs, est un moteur du tourisme insulaire[52]. Ces territoires sont souvent l'objet de rĂ©insularisation par le biais de la prĂ©servation du patrimoine (c.f Ăźle de la rĂ©union) ou encore par le maintien volontaire de son isolement[51].

Selon Nicolas Thierry, « les Ăźles exercent une rĂ©elle fascination sur les continentaux »[12]. Ce dĂ©sir d’üle serait, au sens de Françoise PĂ©ron, une rĂ©ponse Ă  la nĂ©cessitĂ© de l’Homme de crĂ©er de nouvelles formes de relations, afin de se distinguer de la modernitĂ© et des technologies, produits des sociĂ©tĂ©s occidentales industrialisĂ©es[53].

Le caractĂšre insulaire

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On ne peut guĂšre prĂ©tendre que l’insularitĂ© gĂ©nĂšre des situations identiques dans les territoires dĂ©finis comme tels. C'est pourquoi ce terme est parfois remis en question du fait de la gĂ©nĂ©ralitĂ© Ă  laquelle il peut renvoyer. Par ailleurs, certains auteurs considĂšrent la notion d’insularitĂ© comme obsolĂšte car comme l'Ă©voque le gĂ©ographe JoĂ«l Bonnemaison en 1997 : « le monde peut ĂȘtre regardĂ© non pas comme un seul espace, mais comme un archipel »[54].

Les Ăźles ne sont plus marginalisĂ©es en fonction de leur distance physique mais peuvent l'ĂȘtre de par leur manque d'intĂ©gration aux diffĂ©rents flux mondiaux. Les Ăźles dans leur diversitĂ© font face Ă  des problĂ©matiques diffĂ©rentes. La vision de l'Ăźle n'est plus celle d'un simple territoire dĂ©tachĂ© du continent. Les territoires insulaires sont Ă  prĂ©sent des entitĂ©s Ă  part entiĂšre ayant leur propre fonctionnement[55].

Les Ăźles ne sont pas un objet scientifique Ă  part entiĂšre, mais un domaine d’étude privilĂ©giĂ© et mĂ©thodique : on est plutĂŽt dans la vision de « l’üle laboratoire » exprimĂ©e par Jean-Pierre Lozato-Giotart[rĂ©f. souhaitĂ©e]. En effet, l’identitĂ© insulaire n'est pas homogĂšne entre tous les territoires. Par contre, toutes les identitĂ©s insulaires semblent se construire en opposition par rapport Ă  l’« autre », le continent. Selon G. Mercier, l'insularitĂ© correspond alors Ă  un projet politique et culturel de diffĂ©renciation[36].

Bien que les territoires insulaires soient difficiles Ă  dĂ©finir thĂ©oriquement dans leur complexitĂ©, ils sont nĂ©anmoins de bons cas d’étude pour observer la sensibilitĂ© de certains phĂ©nomĂšnes[36]. Ils sont Ă  apprĂ©hender comme des rĂ©gions d’exception tendant Ă  la thĂ©orisation. Cependant, la diversitĂ© des Ăźles rend ce raisonnement hasardeux[36]. Il est difficile de tirer des consĂ©quences gĂ©nĂ©ralisĂ©es[36]. Pour reprendre les propos de Guy Mercier, on ne peut Ă©tablir une dĂ©finition « individuant » les Ăźles, car leurs caractĂ©ristiques sont trop diverses et variĂ©es[36].

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 Louis Brigand, « Insularité », sur www.hypergeo.eu (consulté le )
  2. ↑ François Riou, « La frontiĂšre, marqueur diffĂ©renciant de l’identitĂ© insulaire », Espaces, no 278,‎ , p. 6
  3. ↑ (de) Frauke LĂ€tsch, InsularitĂ€t und Gesellschaft in der Antike : Untersuchungen zur Auswirkung der Insellage auf die Gesellschaftsentwicklung, Franz Steiner Verlag, , 298 p. (ISBN 978-3-515-08431-4, lire en ligne)
  4. ↑ (en) Anna Kouremenos, Insularity and identity in the Roman Mediterranean, Oxbow Books, (ISBN 978-1-78570-581-6, lire en ligne)
  5. ↑ Albane Geslin et Paul Bacot, InsularitĂ© et sĂ©curité : l’üle entre sĂ©curitĂ© et conflictualitĂ©, Bruxelles, Bruylant, , 300 p. (ISBN 978-2-8027-4361-3, prĂ©sentation en ligne, lire en ligne)
  6. ↑ (ca) Enric Gadea, « La insularitat i el poblament animal », ButlletĂ­ de la InstituciĂł Catalana d'HistĂČria Natural, no 42,‎ , p. 7-11 (lire en ligne)
  7. ↑ Bourgoin Dutrillaux et al., « Origine, Structure et Évolution de la Biodiversité : InsularitĂ© et radiations »
  8. ↑ (en) M. E. Hochberg et A. P. MĂžller, « Insularity and adaptation in coupled victim–enemy associations », Journal of Evolutionary Biology,‎ (lire en ligne)
  9. ↑ « InsularitĂ© - Dictionnaire de l'AcadĂ©mie française », sur academie.atilf.fr (consultĂ© le )
  10. ↑ Phillippe Gutton, L’insularitĂ©. In: Revue Adolescence, p. 907.article disponible sur Cairn.info
  11. 1 2 François Taglioni, Recherches sur les petits espaces insulaires et sur leurs organisations régionales, vol. II. HDR Géographie, Paris, Université Paris-Sorbonne, Paris IV, UFR de Géographie, PRODIG - PÎle de recherche pour l'organisation et la diffusion de l'information géographique, , 164 p. (lire en ligne), p. 11
  12. 1 2 3 4 5 6 Thierry 2008, p. 2
  13. 1 2 3 4 5 6 7 8 François Taglioni, « L’insularisme : une rhĂ©torique bien huilĂ©e dans les petits espaces insulaires », dans Olivier Sevin (dir.), Comme un parfum d'Ăźle, Paris, Presses universitaires Paris-Sorbonne, (lire en ligne), p. 421-435
  14. ↑ Convention sur la mer territoriale et la zone contigĂŒe, Organisation des Nations unies, (lire en ligne), Article 10
  15. 1 2 3 4 Taglioni 2006
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  17. 1 2 3 4 Christian Fleury, Discontinuités et systÚmes spatiaux. La combinaison ßle/frontiÚre à travers les exemples de Jersey, deSaint-Pierre-et-Miquelon et de Trinidad (thÚse de doctorat en géographie, université de Caen), (lire en ligne), p. 48-54
  18. ↑ Gombaud 2007, p. 351, 387
  19. 1 2 Gombaud 2007, p. 268
  20. ↑ PĂ©ron 1993 (citĂ©e par Taglioni 2006, p. 3)
  21. ↑ Philippe Pelletier, L'insularitĂ© dans la Mer IntĂ©rieure japonaise, Presses Univ de Bordeaux, , 282 p. (ISBN 978-2-905081-20-9, lire en ligne)
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  26. ↑ Gombaud 2007, p. 256-258
  27. ↑ Gombaud 2007, p. 261
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  29. 1 2 3 Jules Blache, « Aubert de la Rue (E.). — L'homme et les Ăźles. », Revue de GĂ©ographie Alpine, vol. 24, no 3,‎ (lire en ligne, consultĂ© le )
  30. ↑ PĂ©ron 2005, p. 5
  31. 1 2 3 4 Françoise PĂ©ron, « Fonctions sociales et dimensions subjectives des espaces insulaires (Ă  partir de l'exemple des Ăźles du Ponant) », Annales de gĂ©ographie, vol. 644, no 4,‎ , p. 422 (ISSN 0003-4010 et 1777-5884, DOI 10.3917/ag.644.0422, lire en ligne, consultĂ© le )
  32. ↑ InsularitĂ© et isolement – Économie des petites Ăźles : le cas des Antilles françaises sur le blog d'un IngĂ©nieur-Entrepreneur Antillais
  33. ↑ AndrĂ©-Louis Sanguin, « Introduction », dans AndrĂ©-Louis Sanguin (dir.), Vivre dans une Ăźle, Paris, L’Harmattan, , 389 p.
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  35. 1 2 3 4 5 Nicolas Thierry, « « L’Hypo-insularité », une nouvelle condition insulaire: l’exemple des Antilles françaises », Espace gĂ©ographique, vol. 34, no 4,‎ , p. 329-341 (lire en ligne)
  36. 1 2 3 4 5 6 7 Guy Mercier, « Étude de l’insularité », Îles et sociĂ©tĂ©s insulaires, no 145,‎ , p. 9-14
  37. 1 2 3 Nicolas Thierry, « L’insularitĂ© aujourd’hui : entre mythes et rĂ©alitĂ©s », Études caribĂ©ennes,‎ (lire en ligne, consultĂ© le )
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  40. ↑ (en) Vania Manuela Licio et Anna Maria Pinna, « Measuring insularity as a state of nature. Is there a case of bad geography? », CRENOS Working papers, UniversitĂ  di Cagliari - UniversitĂ  di Sassari,‎ (lire en ligne)
  41. ↑ Sergi Mari, « CoĂ»ts et bĂ©nĂ©fices de l’insularitĂ© du point de vue Ă©conomique, le cas de Minorque », dans AndrĂ©-Louis Sanguin (dir.), Vivre dans une Ăźle, Paris, L’Harmattan, , 389 p.
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  43. ↑ Ronen Palan et Christian Chavagneux, Les paradis fiscaux, La DĂ©couverte, , 128 p. (ISBN 978-2-7071-6284-7, lire en ligne)
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  49. ↑ F. Taglioni 1997, p. 22
  50. ↑ Lionel Dupuy, « Une mĂ©taphore de la dĂ©marche gĂ©ographique et de l’histoire du XIXe siĂšcle : L’Île MystĂ©rieuse de Jules Verne (1874-75) », Cybergeo,‎ (ISSN 1278-3366, DOI 10.4000/cybergeo.24646, lire en ligne, consultĂ© le )
  51. 1 2 Péron 2005
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  53. ↑ PĂ©ron 1993, p. 12
  54. ↑ JoĂ«l Bonnemaison, « La sagesse des Ăźles », dans Sanguin, A.-L. (dir.)., Vivre dans une Ăźle, Paris, L'Harmattan, , p. 121-129
  55. ↑ PĂ©ron 1993, p. 13

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Bibliographie

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Ouvrages généralistes

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  • HervĂ© Fourtina, Britanniques, Nathalie JaĂ«ck et JoĂ«l Richard, InsularitĂ©s, Bordeaux, Presses Universitaires de Bordeaux - UniversitĂ© Michel de Montaigne Groupe d'Études et de Recherches Britanniques., , 294 p. (ISBN 978-2-86781-416-7, lire en ligne)

Géographie

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  • StĂ©phane Gombaud, Iles, insularitĂ© et ĂźlĂ©ité : Le relativisme dans l'Ă©tude des espaces archipĂ©lagiques (thĂšse de doctorat en gĂ©ographie), UniversitĂ© de la RĂ©union, , 1101 p. (lire en ligne)
  • Joseph Martinetti, InsularitĂ© et marginalitĂ© en MĂ©diterranĂ©e occidentale, l'exemple corse, Ajaccio, Le Signet, , 215 p. (ISBN 978-2-907900-00-3)
  • Françoise PĂ©ron, Des Ăźles et des Hommes, l'insularitĂ© aujourd'hui, Brest/Rennes, Éditions de la CitĂ©, , 286 p. (ISBN 2-7373-1162-4)
  • François Taglioni, L’üle est-elle un objet gĂ©ographique spĂ©cifique ? : Étude conceptuelle et critique, (lire en ligne)
  • François Taglioni, « Les petits espaces insulaires face Ă  la variabilitĂ© de leur insularitĂ© et de leur statut politique », Annales de GĂ©ographie, vol. 115, no 652,‎ , p. 664-687
  • François Taglioni, Recherches sur les petits espaces insulaires et sur leurs organisations rĂ©gionales, Paris, HDR GĂ©ographie, UniversitĂ© Paris-Sorbonne, Paris IV, UFR de GĂ©ographie, PRODIG - PĂŽle de recherche pour l'organisation et la diffusion de l'information gĂ©ographique, , 164 p. (lire en ligne)
  • François Taglioni, InsularitĂ© et dĂ©veloppement durable, IRD Éditions, , 551 p. (ISBN 978-2-7099-1810-7, lire en ligne)
  • Godfrey Baldacchino et Olivier Dehoorne (dir), « Mondes insulaires : espaces, temporalitĂ©s, ressources », Études caribĂ©ennes, nos 27-28,‎ (ISSN 1779-0980 et 1961-859X, DOI 10.4000/etudescaribeennes.6766, lire en ligne, consultĂ© le )
  • Alain Saussol, « Des limites de l'insularitĂ©. Le cas de Wallis (PolynĂ©sie) », Bulletin de l'Association de gĂ©ographes français, vol. 65, no 3,‎ , p. 271–281 (ISSN 0004-5322, DOI 10.3406/bagf.1988.1439, lire en ligne, consultĂ© le )

Littérature

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Anthropologie

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Articles connexes

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Liens externes

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