Mali Bero
Mali Bero («Mali le Grand» ou «Mali l'Aîné»), également appelé Zarmakoy Sombo, est une figure légendaire du peuple zarma de l'ouest du Niger. Selon la tradition orale, il aurait conduit les Zarmas depuis une région indéterminée de l'actuel Mali vers l'est, jusqu'à l'ouest du Niger actuel, il y a plusieurs siècles.
Récit légendaire
[modifier | modifier le code]L'histoire de Mali Bero apparaît sous diverses formes dans la société zarma, à travers des poèmes, des chants et des récits oraux transmis par les griots. Aucune version linéaire du récit dépassant quelques centaines de vers n'a cependant été publiée[1]. Mali Bero serait le fils d'une autre figure légendaire zarma, Zabarkane[1],[2],[3].
Pour les Zarmas, l'épisode le plus important de ce récit est leur migration vers l'est, conduite par Mali Bero à bord du «Barma Daba», un fond de grenier à mil volant (une plate-forme ronde et plate en paille de bois servant habituellement de base à un silo temporaire). L'incident déclencheur de cette migration aurait été une bagarre entre des enfants zarmas et des enfants nomades, identifiés selon les versions comme peuls ou touaregs[1].
Selon la tradition orale, Mali Bero décida un jour de quitter son village à la suite d'une bagarre survenue lors d'une baignade dans la mare de « Mallé », entre l'un de ses villageois et un enfant d'un village voisin peul ou touareg. Les enfants de ce village voisin avaient pour habitude de prendre les vêtements des enfants du village de Mali Bero pour s'essuyer après leur baignade. Un jour, les enfants du village de Mali Bero refusèrent que cela se reproduise ; lorsque l'acte fut répété, un enfant du village voisin fut tué par un enfant du village de Mali Bero. En apprenant qu'un enfant de sa communauté avait tué un enfant du village voisin, Mali Bero rassembla son village et leur proposa de partir en urgence, afin d'éviter que la situation ne dégénère en cas de représailles. Il leur ordonna de rassembler rapidement des tiges de mil pour fabriquer le «Barma Daba». Une fois celui-ci construit, ils s'y embarquèrent pour un vol à la recherche d'un nouveau territoire.

Après plusieurs étapes, ils finirent par se poser à Sargane, village de la commune urbaine de Ouallam[1].
Mali Bero est resté à Sargane jusqu'à sa mort et y fut enterré. Ce village se trouve dans le département de Ouallam. Sa tombe demeure aujourd'hui un lieu d'attraction pour les touristes, les élèves et les chercheurs[4],[5],[6].
Version rapportée par le griot Djeliba Badjé
[modifier | modifier le code]Une version détaillée du récit a été recueillie par l'anthropologue-linguiste Sandra Bornand (CNRS) auprès du griot panégyriste zarma Djalba Badjé, de Liboré[7]. Selon Bornand, les récits de Zabarkane et de Mali Bero forment un ensemble narratif cohérent : le premier relate l'histoire de Zabarkane et de ses descendants en mettant l'accent sur Mali Bero comme conducteur de la migration vers le Zarmaganda, tandis que le second détaille les événements ayant amené Mali Bero à quitter Mallé pour se rendre au Zarmaganda, avant de conclure sur la dispersion des différentes chefferies zarma dans le Zarmatarey (terre d'expansion des Zarma)[7],[8].
Dans cette version, rapportée par Badjé, le jeune Mali Bero aurait tué de jeunes Touaregs qui le harcelaient de moqueries incessantes, ce qui l'aurait contraint à organiser le départ des Zarma vers des régions moins hostiles. Il aurait alors fait construire un fond de grenier dans lequel une partie du peuple prit place, et par la magie, l'aurait fait s'élever dans les airs. Après huit étapes, et un épisode au cours duquel le frère cadet de Mali Bero se serait allié à l'ennemi pour fonder une lignée mi-zarma mi-touarègue, les Zarma seraient arrivés à Sargane, où Mali Bero serait mort après avoir donné une terre d'élection aux siens[7],[8].
Postérité dans la chanson moderne nigérienne
[modifier | modifier le code]La figure de Mali Bero a été reprise dans le répertoire de la musique dite «tradi-moderne» nigérienne. L'artiste niaméen Abdoulaye Boureima, dit Mali Yaro, lui a consacré une chanson éponyme avec son groupe le Goumbé Star, dans laquelle il évoque le combat de l'ancêtre pour l'émancipation de son peuple et ses pouvoirs mystiques, tout en le décrivant, par un procédé de grossissement épique, comme un guerrier d'une taille dépassant dix mètres[8].
Pour approfondir
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Abdoul Aziz Issa Daouda, Récits épiques du Niger, Muse,
- Sandra Bornand, Le discours du griot généalogiste chez les Zarma du Niger, Karthala, (ISBN 978-2-84586-654-6)
- Boubé Gado, Le Zarmatarey. Contribution à l'histoire des populations d'entre Niger et Dallol Mawri, Niamey/Paris, Institut de recherches en sciences humaines, , 356 p. (ISBN 2-85921-045-8)
Liens connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]Notes et références
[modifier | modifier le code]- 1 2 3 4 (en) Sir John Johnson, Oral Epics from Africa : Vibrant Voices from a Vast Continent, Indiana University Press, (ISBN 0253211107)
- ↑ (en) Abdourahmane Idrissa, Historical Dictionary of Niger : article « Zarmaganda », Lanham (Md.), Rowman & Littlefield, (ISBN 9781538120156), p. 506
- ↑ (en) Ralph A. Austen, In search of Sunjata : the Mande oral epic as history, literature and performance, Bloomington, Indiana University Press, , 349 p. (ISBN 0253334527), p. 114
- ↑ Daouda Hassane, « Sargane (Ouallam) : Sur la tombe de Mali Béro, l'ancêtre des Zarma », sur Le Sahel, (consulté le )
- ↑ (en) Dierk Lange, Ancient Kingdoms of West Africa : African-centred and Canaanite-Israelite, J.H. Röll Verlag, (ISBN 9783897541153), p. 473
- ↑ (en) Ralph A. Austen, In search of Sunjata : the Mande oral epic as history, literature and performance, Bloomington, Indiana University Press, , 349 p. (ISBN 0253334527), p. 124
- 1 2 3 Sandra Bornand, « « Entre ciel et terre ». De la construction de l'espace à la construction d'une identité collective dans deux récits d'origine des Zarma (Niger) », Journal des africanistes, vol. 79-2, , p. 13-42 (DOI 10.4000/africanistes.2848, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 Moussa Hamidou Idrissa, « Épopée et résistance des Héros songhaï-zarma dans la chanson dite moderne nigérienne », Mu Kara Sani, no 42, , p. 345-365 (lire en ligne, consulté le )