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Mes haines

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Mes haines
Auteur Émile Zola
Genre recueil de critiques littéraires
Éditeur Achille Faure
Date de parution 1866

Mes haines est un recueil de textes d’Émile Zola paru en 1866. Il regroupe des « causeries littĂ©raires et artistiques » parues dans les journaux, principalement Le Salut public de Lyon, en 1865 et 1866. Elles sont prĂ©cĂ©dĂ©es d'un texte liminaire dans lequel Zola expose les grands principes de son esthĂ©tique.

Texte liminaire

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« HaĂŻr c’est aimer, c’est sentir son Ăąme chaude et gĂ©nĂ©reuse et bĂȘte. » Zola proclame haĂŻr ce qui « blesse le juste et le vrai », les troupeaux, les claques assermentĂ©es, les coteries, les gens enterrĂ©s dans le passĂ©, ceux qui « nient toute vĂ©ritĂ© qui n’est pas leur erreur. » Il se dĂ©clare « pour les libres manifestations du gĂ©nie humain », espĂšre « une galerie sans fin de tableaux vivants. ». Il souhaite l’apparition de « ceux qui frapperont le plus fort et le plus juste, dont les poings seront assez puissants pour fermer la bouche des autres. »

Claude Bonnefoy fait remarquer qu'en fait Zola ne nomme personne et ne dĂ©signe avec prĂ©cision aucune Ă©cole littĂ©raire. Il s’en prend plutĂŽt Ă  des types d’attitude qu’à des doctrines particuliĂšres. « Tout cela ne va pas bien loin, sinon qu’on entend une voix et un rythme qui sont indubitablement d’un polĂ©miste. Que les destinataires sortent de l’anonymat, et les coups deviendront redoutables[1]. »

L'Abbé ***

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Zola critique le roman Le Moine, publiĂ© par un certain AbbĂ© *** que la critique a identifiĂ© comme Jean-Hippolyte Michon[1]. Il lui reproche d’utiliser un pseudonyme : « On signe hardiment quand on a des croyances hardies. ». Il pourfend une « prose lourde et pĂąteuse », une histoire incroyable « aussi lourde que mal contĂ©e » , « un entassement  ridicule de sottises et de puĂ©rilitĂ©s. » Tout ceci conduit ce « pamphlet contre les moines » Ă  manquer son but : « De pareils ouvrages gĂątent les meilleures causes. » Zola prĂ©cise bien qu’il n’entend pas dĂ©fendre le christianisme attaqué : son « cri d’indignation » n’est que le cri d’un artiste rĂ©voltĂ© devant cette « caricature du monde rĂ©el. »

Proudhon et Courbet

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Si Zola crĂ©dite Proudhon d’ĂȘtre « un esprit honnĂȘte, voulant le juste et le vrai, qui tend au bien-ĂȘtre de l’humanité », il envisage les consĂ©quences d’un systĂšme qui « voudrait nous forcer Ă  la paix » : les esprits sont enrĂ©gimentĂ©s, les facultĂ©s rĂ©glementĂ©es, chaque homme Ă©tiquetĂ©, n’étant plus « qu’un infime manƓuvre. »

Surtout, leurs conceptions de l’art sont antinomiques. Dans Du principe de l'art et de sa destination sociale, Proudhon dĂ©finit l’art comme « une reprĂ©sentation idĂ©aliste de la nature et de nous-mĂȘmes, en vue du perfectionnement physique et moral de notre espĂšce[a]. » Pour Zola, « une Ɠuvre d’art est un coin de la crĂ©ation vu Ă  travers un tempĂ©rament. L’art est la libre expression d’un cƓur et d’une intelligence, il est d’autant plus grand qu’il est personnel. » Proudhon, « qui juge l’art comme on juge la gymnastique et les racines grecques » met en avant l’art Ă©gyptien, l’art grec, l’art chrĂ©tien, « des Ɠuvres qui semblent ĂȘtre le produit de la foule. » Zola lui oppose les gĂ©nies de la Renaissance, Michel-Ange, Titien, VĂ©ronĂšse, Delacroix, « qui ont eu l’audace de penser pour eux et non pour leurs contemporains, de dire ce qu’ils ont dans leurs entrailles et non ce qu’ont dans les leurs les imbĂ©ciles de leur temps ».

En un mot, rĂ©sume Zola : « Proudhon veut que l’art soit le produit de la nation, j’exige qu’il soit le produit de l’individu. »

Et si Proudhon admire Courbet, c’est pour de mauvaises raisons. Il ne voit pas ses tableaux du point de vue de l’art, de la facture, mais au point de vue de la pure pensĂ©e, il reste philosophe, il ne veut pas sentir en artiste, « voir l’homme que je trouve dans l’Ɠuvre, cette individualitĂ© puissante qui a su crĂ©er un monde personnel que mes yeux ne pourront plus oublier et qu’ils reconnaĂźtront partout. »

Le Catholique hystérique

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L’article de Zola sur le roman de Barbey d’Aurevilly Un prĂȘtre mariĂ© marque le dĂ©but de plusieurs dĂ©cennies d’antipathie rĂ©ciproque et de polĂ©miques. Le livre, « sorte de cauchemar fiĂ©vreux, rĂȘve mystique et violent », produit d’un « tempĂ©rament excessif », l’a « exaspĂ©rĂ©. » Si le personnage principal, Sombreval, « est un excellent portrait de l’incrĂ©dule moderne »,  les autres ne sont que des « poupĂ©es hallucinĂ©es. » Avec pour consĂ©quence que « le grincement gĂ©nĂ©ral de l’Ɠuvre est d’autant moins agrĂ©able qu’il n’est pas naturel. » Quant Ă  l’aspect « dogmatique » – la violente dĂ©fense du cĂ©libat des prĂȘtres –, son aspect « maladroit » provient du fait que l’écrivain ne s’est pas placĂ© dans un milieu rĂ©el, et qu’à force « d’emportement fiĂ©vreux, de crĂ©ations monstrueuses », il en vient Ă  rĂ©futer ses propres thĂšses.

La Littérature et la Gymnastique

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« Le malaise gĂ©nĂ©ral qu’éprouvent nos sociĂ©tĂ©s aveugles en face d’un avenir incertain » provient de la rupture de l’équilibre entre le corps et l’esprit. Les Ɠuvres classiques naissaient lorsque sang et nerfs avaient une Ă©gale puissance. Quand le sang l’emporte, les crĂ©ateurs deviennent « de belles brutes florissantes ou des fous de l’esprit. » Mais leurs Ɠuvres, « accidents d’ hommes mis en face du monde » tuent vite leurs auteurs. Il faut donc exercer son corps pour rĂ©tablir un Ă©quilibre. C’est ce que recommande EugĂšne Paz dans La SantĂ© de l’esprit et du corps par la gymnastique. Mais si la gymnastique a Ă©tĂ© presque une religion pendant la pĂ©riode grecque et le Moyen Âge, un amusement et une passion honteuse sous l’empire romain, elle ne peut ĂȘtre au XIXe siĂšcle qu’une question purement mĂ©dicale. Les gymnases resteront donc longtemps vides, mĂȘme si les Ɠuvres produites entretemps conduisent sans doute Ă  la dĂ©mence.

Germinie Lacerteux, par MM. Edmond et Jules de Goncourt

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« ƒuvre fiĂ©vreuse et maladive au charme provocant, qui monte Ă  la tĂȘte comme un vin puissant »,  « ragoĂ»t littĂ©raire fortement Ă©picé » : Zola ne tarit pas d’éloges envers Germinie Lacerteux, des frĂšres Goncourt[b]. Cette Ɠuvre « excessive et fiĂ©vreuse »  reprĂ©sente une illustration parfaite de sa conception de la littĂ©rature : « une indomptable Ă©nergie, un mĂ©pris souverain du jugement des sots et des timides, une audace large et superbe, une vigueur extrĂȘme de coloris et de pensĂ©e, une franchise brutale. » À ceux qui se rĂ©crieront, il rĂ©pond Ă  l’avance qu’il ne saurait y avoir de limite Ă  l’étude de la vĂ©ritĂ©.

Gustave Doré

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Gustave Doré, Le Déluge
Gustave Doré, Le Déluge

Si Gustave DorĂ© est « le plus merveilleux improvisateur du crayon qui ait jamais existé », il n’a aucun souci de la rĂ©alitĂ© et ne voit que ses songes, ceux d’un pays idĂ©al. Son Ɠuvre n’est donc pas solide, car elle manque de la charpente de la rĂ©alitĂ©. Rester dans ses songes peut Ă©galement conduire Ă  reproduire toujours la mĂȘme vision, Ă  adopter des formes dont on ne peut plus se dĂ©barrasser.

Gustave DorĂ© publie sa Bible illustrĂ©e Ă  l’ñge de 33 ans. Pour Zola, c’est trop tĂŽt : « J’aurais aimĂ© qu’il gardĂąt cette Ɠuvre pour son dernier labeur, pour le travail grandiose qui eĂ»t conservĂ© sa gloire. OĂč trouvera-t-il maintenant un sujet plus vaste ? »  Il est restĂ© dans ses songes et a exagĂ©rĂ© son rĂȘve : « Il a voulu peindre de son crayon une Bible féérie, une suite de scĂšnes semblant faire partie d’un drame gigantesque qui s’est passĂ© on ne sait oĂč, dans quelque sphĂšre lointaine. »

Il l’a rĂ©alisĂ©e en deux ou trois ans, sans esquisses ou Ă©tudes prĂ©alables. C’est trop vite : « La gravure ne vit pas de notre vie, elle est trop blanche ou trop noire, elle semble le dessin d’un dĂ©cor de théùtre, en dehors de toute rĂ©alitĂ©. » Ce qui n’empĂȘche pas « une main habile, qui rend avec relief et puissance la pensĂ©e du dessinateur Ă  l’instant oĂč elle se formule. »

Les Chansons des rues et des bois

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Pour Zola, dont c’est le premier jugement publiĂ© sur Victor Hugo[2], Les Chansons des rues et des bois sont « le produit logique, inĂ©vitable, d’un certain tempĂ©rament mis en prĂ©sence d’un certain sujet. » Hugo a parcouru la route qu’il devait forcĂ©ment parcourir : « Je le comparerais volontiers Ă  un homme qui resterait pendant vingt annĂ©es les yeux fixĂ©s sur le mĂȘme horizon ; peu Ă  peu, il y a hallucination, les objets s’allongent, se dĂ©forment ; tout s’exagĂšre et prend de plus en plus l’aspect idĂ©al que rĂȘve l’esprit Ă©perdu. »

Ainsi, prophĂšte effarĂ©, les torchons qu’il voit sont toujours « radieux », il parle de la banlieue de Paris comme Dante a parlĂ© du ciel et de l’enfer, et le paysage dĂ©crit ne ressemble pas plus au paysage rĂ©el que le rĂȘve ne ressemble Ă  la vĂ©ritĂ©.

« Les Chansons des rues et des bois sont une des faces nĂ©cessaires et fatales de ce gĂ©nie tumultueux. Pour rien au monde je ne voudrais que le livre fĂ»t autre. L’étrange aurait Ă©tĂ© que le prophĂšte quittĂąt son large manteau biblique pour vĂȘtir la simple blouse moderne. »

La MĂšre, par M. EugĂšne Pelletan

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Zola s’appuie sur le livre d’EugĂšne Pelletan, La MĂšre, pour affirmer haut et fort ses convictions : la femme Ă©tant l’égale de l’homme, il faut inscrire cette Ă©galitĂ© dans la loi. La maniĂšre dont la femme a Ă©tĂ© considĂ©rĂ©e dans l’histoire – objet de premiĂšre nĂ©cessitĂ©, objet de plaisir ou de luxe, instrument de perdition –  l’a en fait aliĂ©nĂ©e. Il est donc nĂ©cessaire Ă  prĂ©sent de « libĂ©rer la femme, libĂ©rer son corps, libĂ©rer son cƓur, libĂ©rer son intelligence », Ă  l’instar de ce qu’ont fait pour elles-mĂȘmes la marquise de Rambouillet, Ninon de Lenclos ou Madame Roland.

L'Égypte d'il y a trois mille ans

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Comme Jeanne d’Arc qu’il ne peut comprendre, l’Égypte est une de ces Ă©nigmes du passĂ© dont Zola « cherche le mot avec dĂ©sespoir. »

Le livre de Ferdinand de Lanoye, RamsĂšs le Grand ou l’Égypte il y a trois mille trois cents ans, loin d’une histoire officielle relatĂ©e par les hiĂ©roglyphes, loin des conjectures et des romans, lui convient parce qu'il donne les hypothĂšses sans en crĂ©er de nouvelles.

Cependant, mĂȘme si les Ă©gyptiens ont eu, parmi les premiers, la notion d’un Dieu unique et de l’immortalitĂ© de l’ñme, mĂȘme si leur architecture et leur sculpture ont exprimĂ© leurs croyances et leurs mƓurs, « le ressort intĂ©rieur, le mĂ©canisme secret de ce peuple » n’a pas encore Ă©tĂ© trouvĂ©.

La Géologie et l'histoire

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L’Introduction gĂ©nĂ©rale Ă  l’histoire de France, de Victor Duruy, est pour Zola « saine et fortifiante » Non seulement parce qu’elle est « une glorification de la France », mais surtout par sa mĂ©thode. La gĂ©ologie permet de replacer l’histoire humaine Ă  sa place dans l’évolution et d’abaisser l’orgueil de l’homme, dont les religions font le centre et le but de la crĂ©ation. La gĂ©ographie physique permet d’établir les relations entre nature, disposition du sol et histoire.

Zola considĂšre par contre comme discutable le chapitre consacrĂ© Ă  une gĂ©ographie morale de la France, dans lequel Duruy avance que les caractĂšres et les mƓurs dĂ©pendent du type de milieu habitĂ©. Les provinces auraient ainsi chacune une culture spĂ©cifique, voire une constitution mĂ©dicale particuliĂšre.

Un livre de vers et trois livres de prose

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De La Lyre intime, poĂ©sies et dĂ©dicaces, recueil de poĂšmes d’AndrĂ© LefĂšvre, Zola critique la prĂ©face : « J’estime, en gĂ©nĂ©ral, que le vers doit se prĂ©senter seul, dans son ampleur ou sa grĂące, sans aucune annotation. » Ce qui ne l’empĂȘche pas de noter que ces poĂšmes l’ont rĂ©conciliĂ© avec les vers car, contrairement Ă  ceux de la jeune Ă©cole lyrique, ils n’ont pas le ridicule de faire l’ombre sans avoir la clartĂ©.

À propos de La Famille Marsal, d’Alexandre de Lavergne, « l’un de ceux qui ont créé le roman-feuilleton », il reconnaĂźt l’avoir lu d’une seule haleine, ayant hĂąte de le finir : « Mes croyances littĂ©raires se rĂ©voltaient, je lisais toujours, et, en dĂ©pit de moi-mĂȘme, je prenais plaisir Ă  cette lecture. »

À Adolphe Belot qui, dans L’Habitude et le souvenir, affirme que la premiĂšre est la fille du second, Zola oppose la notion de mĂ©moire.

Il conseille Les Duperies de l’amour, d’Ernest Daudet, aux « belles oisives », afin qu’elles se protĂšgent contre les passions d’un jour[c].

Les Moralistes français (M. Prévost-Paradol)

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Des études de Prévost-Paradol sur Les Moralistes français (Montaigne, La Boétie, Pascal, La Rochefoucauld, La BruyÚre, Vauvenargues), Zola retient les longues phrases, les horizons larges et « les échappées qui découvrent des coins de terre nouveaux. »

Le Supplice d'une femme, et Les Deux SƓurs

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Une querelle opposait Émile de Girardin et Alexandre Dumas fils Ă  propos de la piĂšce qu'ils avaient Ă©crite ensemble, Le Supplice d'une femme. Zola en tire une rĂ©flexion sur le théùtre, prĂ©fĂ©rant « la vĂ©ritĂ© brutale et implacable » Ă  « un monde de carton » prisonnier des conventions qui flattent le public.

Du mĂȘme Girardin, Zola dĂ©fend Les Deux SƓurs, piĂšce malmenĂ©e par la critique. Car c'est « l'Ă©tude franche du cƓur humain, le drame vivant qui naĂźt des fatalitĂ©s sociales, la moralisation indirecte par l'exposĂ© logique et puissant de la vĂ©rité ».

Erckmann-Chatrian

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Zola examine l'ensemble des Ɠuvres d'Erckmann-Chatrian, qu'il compare ou oppose parfois Ă  Balzac, mais dont « le monde est simple et naĂŻf, rĂ©el jusqu'Ă  la minutie, faux jusqu'Ă  l'optimisme. » Si leurs parties romanesques sont d'une grande faiblesse, leurs parties descriptives sont admirables.

M. Hippolyte Taine, artiste

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Zola est sĂ©duit par la mĂ©thode critique utilisĂ©e par Hippolyte Taine dans son Histoire de la littĂ©rature anglaise : expliquer la genĂšse des Ɠuvres au lieu de les jauger Ă  la mesure d'un canon idĂ©al[3].

Dans son article, il dĂ©finit d'abord le style de Taine : d'une sĂ©cheresse extrĂȘme dans le plan et dans toutes les parties de pur raisonnement ; poĂšte dans les exemples choisis pour l'application de sa thĂ©orie ; systĂ©matique qui obĂ©it Ă  une idĂ©e unique et qui emploie toute sa puissance Ă  rendre cette idĂ©e invincible.

Puis il rĂ©sume sa thĂ©orie : les faits intellectuels ne seraient que le produit de l'influence sur l'homme de la race, du milieu et du moment. Zola conteste ce « systĂšme », pour lui trop simple, dont les interprĂ©tations peuvent ĂȘtre trop diverses. Mais il reproche surtout Ă  Taine de ne pas prendre en compte la personnalitĂ© de l'artiste : « Que deviendrait l'art sans elle ? Les Ɠuvres sont des filles tendrement aimĂ©es, auxquelles on donne son sang et sa chair, elles sont le cri d'un corps et d'un cƓur, elles offrent le spectacle d'une crĂ©ature rare, montrant Ă  nu tout ce qu'il y a d'humain en elle. »

Histoire de Jules César

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AprĂšs s'ĂȘtre piquĂ© de qualifier NapolĂ©on III, auteur de l'Histoire de Jules CĂ©sar, de « confrĂšre », Zola critique l'ouvrage sur plusieurs aspects :

  • la neutralitĂ© de l'auteur, « dans la position fausse d'un homme qui fait par moments sa propre apologie. »
  • le point de vue adopté : « Les historiens qui embrassent d'un coup d’Ɠil l'horizon d'une Ă©poque cherchent Ă  simplifier les lignes du tableau. Ils se placent en dehors de l'humanitĂ©, jugeant les hommes sous la seule face historique, et non dans leur ĂȘtre entier, et arrivent ainsi Ă  formuler une vĂ©ritĂ© grave et solennelle qui ne saurait ĂȘtre toute la vĂ©ritĂ©. »
  • l'explication du rĂŽle de CĂ©sar dans l'histoire : « CĂ©sar est un homme de gĂ©nie, un grand capitaine et un grand administrateur. Mais toute ma foi, toutes mes croyances se refusent Ă  voir en lui un messie qui devait rĂ©gĂ©nĂ©rer Rome, un maĂźtre nĂ©cessaire Ă  la libertĂ© et Ă  la paix du monde. »
  • le style : « J'avoue ne pas goĂ»ter cette allure solennelle, un peu pesante, cette nuditĂ© de la phrase, cette grisaille effacĂ©e. La vie du CĂ©sar providentiel demandait Ă  ĂȘtre Ă©crite sur le ton de l'Ă©popĂ©e. »

Texte d'un ambitieux en quĂȘte d’une notoriĂ©tĂ© qui ne pouvait venir que par des coups d’éclat, profession de foi militante au lyrisme exaltĂ© et Ă  la partialitĂ© pleinement affirmĂ©e, Mes Haines est surtout Ă  entendre, par antiphrase, comme un brĂ©viaire des ferveurs de Zola et comme l’expression des impatiences dont se doublent ses enthousiasmes artistiques et littĂ©raires, pour Courbet, pour les frĂšres Goncourt, pour Balzac, pour Taine, pour Michelet[4].

Qui Zola peut-il bien haĂŻr ? Ceux prĂ©cisĂ©ment contre qui il dĂ©fend ses amis : les Ă©crivains et les peintres qui, refusant leur siĂšcle, s’obstinent Ă  parler une langue morte, les critiques qui rejettent toute nouveautĂ© au nom de rĂšgles arbitraires ou par simple paresse d’esprit. Zola est dĂ©jĂ  lĂ  tout entier, violent mais prĂ©cis, fiĂ©vreux mais raisonneur, avide de lutte et de vĂ©ritĂ©, portant en lui les contradictions d’un siĂšcle qu’il aime passionnĂ©ment, qu’il entend vivre, comprendre et reflĂ©ter[5]. Sa dĂ©marche indique plus une direction qu’un but. Mais il sait Ă  quoi il tourne le dos[6].

En mĂȘme temps, il s’interroge sur la critique et s’efforce de dĂ©finir une mĂ©thode. Presque tous ses articles comportent une partie thĂ©orique construite sur un double mouvement, de destruction d’abord, de reconstruction ensuite[5]. Mais Zola n’oublie pas qu’il veut d’abord ĂȘtre romancier. Ses thĂ©ories critiques tournent Ă  une thĂ©orie de l’art. À la question : comment aborder les Ɠuvres ? se substitue celle-ci : comment faire une Ɠuvre et que doit-elle ĂȘtre ?[7]

L’article d’idĂ©es, avant tout dialogue avec un lecteur et avec soi, convient au tempĂ©rament fougueux de Zola, Ă  sa volontĂ© de convaincre, Ă  son goĂ»t pour la rĂ©flexion et le dĂ©bat. Il est adaptĂ© Ă  une personnalitĂ© qui se cherche, dans une Ă©poque de remise en question et de luttes. La campagne du Salut public de Lyon marque donc une Ă©tape capitale dans son Ă©volution, moins par son contenu, que par le ton et les options prises. Des 24 articles publiĂ©s en 1864-1865, Zola en retiendra 14 pour le recueil Mes Haines. Sur le plan politique et social, il s’est rangĂ© du cĂŽtĂ© des opposants au rĂ©gime. S’il se laisse toujours emporter par quelques mots mobilisateurs, riches d’aspirations gĂ©nĂ©reuses et d’ambiguĂŻtĂ©s : « liberté », « fraternité », « rĂ©publique », il fait aussi appel Ă  celui de « vĂ©rité ». ImprĂ©gnĂ© de positivisme, il croit en la science : « L’humanitĂ© monte vers la citĂ© idĂ©ale. La science lui ouvre les voies », il a confiance en son Ă©poque, dont les mutations lui paraissent sources de maintes richesses Ă  explorer[8].

Sur le fond, le recueil Mes Haines exprime une pensée cohérente et ferme, et marque le point de départ du Naturalisme, au sens complexe dans lequel Zola entendra ce mot. Il ne le proncone pas encore, mais il en développe les principes essentiels[9].

Prépublications

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  • Texte liminaire : Le Figaro, . [lire en ligne]
  • L'AbbĂ© *** : Le Salut public, .
  • Proudhon et Courbet : Le Salut public, et .
  • Le Catholique hystĂ©rique : Le Salut public, , sous le titre Un prĂȘtre mariĂ©, par M. Barbey d'Aurevilly. Le texte paru dans Mes Haines comporte des additions importantes[10].
  • La LittĂ©rature et la Gymnastique : Le Salut public, .
  • Germinie Lacerteux, par MM. Edmond et Jules de Goncourt : Le Salut public, .
  • Gustave Doré : Le Salut public, .
  • Les Chansons des rues et des bois : pas de prĂ©publication[2].
  • La MĂšre, par M. EugĂšne Pelletan : Le Salut public, .
  • L'Égypte d'il y a trois mille ans : Le Salut public, .
  • La GĂ©ologie et l'histoire : Le Salut public, , sous le titre Introduction gĂ©nĂ©rale Ă  l'histoire de France par M. Victor Duruy.
  • Un livre de vers et trois livres de prose : Le Salut public, et . Non repris dans la réédition de 1879.
  • Les Moralistes français (M. PrĂ©vost-Paradol) : Le Salut public, .
  • Le Supplice d'une femme, et Les Deux sƓurs : Le Salut public, pour la critique du Supplice d'une femme. La critique des Deux SƓurs, datĂ©e du , fut refusĂ©e par le journal[11].
  • Erckmann-Chatrian : Le Salut public, et .
  • M. Hippolyte Taine, artiste : La Revue contemporaine, , sous le titre L'EsthĂ©tique professĂ©e Ă  l'École des Beaux-Arts.
  • Histoire de Jules CĂ©sar : pas de prĂ©publication. L'article a sans doute Ă©tĂ© refusĂ© par L’Écho du Nord[12].

Éditions

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Bibliographie

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  • Colette Becker, Gina Gourdin-ServeniĂšre et VĂ©ronique Lavielle, Dictionnaire d'Émile Zola, Robert Laffont, coll. « Bouquins », (ISBN 2-221-07612-5)
  • Colette Becker, Les Apprentissages de Zola. Du poĂšte romantique au romancier naturaliste,, Presses Universitaires de France, (lire en ligne AccĂšs payant)
  • Alain PagĂšs et Owen Morgan, Guide Émile Zola, Ellipses, (ISBN 2-7298-0885-X)
  • François-Marie Mourad, Logique de Mes Haines. L’entrĂ©e de Zola dans le journalisme, Cahiers naturalistes n° 87, 2013.

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Notes et références

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  1. ↑ CitĂ© par Zola.
  2. ↑ L'article de Zola contient un rĂ©sumĂ© dĂ©taillĂ© du roman et une Ă©tude des deux principaux caractĂšres : Germinie Lacerteux et Mlle de Varandeuil.
  3. ↑ Ce chapitre n'a pas Ă©tĂ© repris dans l'Ă©dition de 1879.

Références

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  1. 1 2 Zola 1968, p. 171.
  2. 1 2 Zola 1968, p. 175.
  3. ↑ Zola 1968, p. 177.
  4. ↑ Zola 2012, p. prĂ©face.
  5. 1 2 Zola 1968, p. 16.
  6. ↑ Zola 1968, p. 15.
  7. ↑ Zola 1968, p. 20.
  8. ↑ Becker 1993.
  9. ↑ Henri Mitterand, Le Regard et le signe, PUF, 1987, p. 27-35.
  10. ↑ Zola 1968, p. 172.
  11. ↑ Zola 1968, p. 176.
  12. ↑ Zola 1968, p. 179.