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Notice rouge

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Une notice rouge (communĂ©ment appelĂ©e abusivement « mandat d'arrĂȘt international »[1],[2],[3]) est un message de signalement international diffusĂ© par Interpol Ă  la demande d'un service de police pour demander Ă  ses homologues du monde entier la localisation et l’arrestation d’une personne recherchĂ©e par une juridiction nationale ou un tribunal international, et ce en vue d’obtenir son extradition[4]. Chaque pays membre dĂ©cide de la valeur qu’il accorde Ă  une notice rouge[5].

Présentation et principes généraux

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Les notices rouges permettent d'informer les pays membres qu’un mandat d’arrĂȘt a Ă©tĂ© dĂ©livrĂ© Ă  l’encontre d’un individu par une autoritĂ© judiciaire nationale et que cette derniĂšre demande son arrestation afin qu'il soit extradĂ©. Le pays requĂ©rant doit ĂȘtre le pays oĂč le crime a Ă©tĂ© commis[6].

Bien que l'expression « mandat d'arrĂȘt international » soit largement utilisĂ©e par la presse francophone, cette expression est obsolĂšte et surtout impropre. En effet, les notices rouges ne font que relayer des mandats d'arrĂȘt nationaux ou europĂ©ens Ă©mis par des juridictions nationales (ou Ă©ventuellement la Cour pĂ©nale internationale ou un Tribunal pĂ©nal international) contre certains individus pour obtenir leur arrestation Ă  des fins d'extradition[7], mais en aucun cas elles ne se substituent Ă  ces mandats. Interpol est ainsi incapable de contraindre un pays d'opĂ©rer l'arrestation, et encore moins d'envoyer directement des policiers le faire. Chaque pays membre conserve son entiĂšre indĂ©pendance et est libre d'arrĂȘter puis d'extrader (ou non) un individu selon ses propres modalitĂ©s. Il ne s'agit donc pas d'un organisme mondial d'application de la loi.

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, le nombre de notices rouges a explosĂ©. Ainsi, entre 2001 et 2016, le nombre de notices rouges a Ă©tĂ© multipliĂ© par dix pour atteindre le nombre de 13 000 en 2016[5].

Forme et modes de diffusion

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La diffusion d'une notice rouge est demandée par le Bureau central national (BCN) du pays requérant. Celui-ci doit fournir au secrétariat général d'Interpol une série d'informations de deux types[4] :

  • des Ă©lĂ©ments d'identification de l'individu recherchĂ© (signalement, photographie, empreintes digitales, numĂ©ros des piĂšces d'identitĂ©) ;
  • des Ă©lĂ©ments juridiques (qualification de l'infraction, rĂ©fĂ©rences des lois sur lesquelles se fonde l'accusation ou la condamnation, peine maximale encourue ou peine dĂ©jĂ  infligĂ©e, rĂ©fĂ©rences du mandat d'arrĂȘt ou de la dĂ©cision de justice, etc.).

Le secrĂ©tariat gĂ©nĂ©ral procĂšde Ă  la publication et Ă  la diffusion des notices rouges de sa propre initiative ou Ă  la demande de Bureaux centraux nationaux (BCN) ou d’entitĂ©s internationales autorisĂ©es. Seule une petite partie des notices rouges est publique ; lorsque c'est le cas, ces notices sont alors diffusĂ©es sur le site web d'Interpol. À la date , il existait 66 370 notices rouges en cours de validitĂ©, dont 7 669 Ă©taient rendues publiques[8]. Ces notices publiques sont rĂ©digĂ©es directement par l’un de ses 194 États membres[9].

Toutes les notices sont diffusĂ©es sur le site internet sĂ©curisĂ© d’Interpol[10]. Des extraits de notices peuvent Ă©galement ĂȘtre publiĂ©s sur le site public d'Interpol si l'État qui formule la demande y consent[10].

Les notices rouges sont Ă©mises dans les langues officielles d’Interpol : anglais, français, espagnol, et arabe.

Examen et recours

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L’article 2 du statut d'Interpol impose Ă  ce dernier d’agir dans l’esprit de la DĂ©claration universelle des droits de l’homme et l’article 3 lui interdit rigoureusement « toute activitĂ© ou intervention dans des questions ou affaires prĂ©sentant un caractĂšre politique, militaire, religieux ou racial »[4].

Or depuis les annĂ©es 2010, le systĂšme de notices rouges d’Interpol a Ă©tĂ© abusivement dĂ©tournĂ© par certains États membres pour persĂ©cuter des opposants politiques Ă  l’étranger[10] voire traquer leurs dissidents Ă  travers le monde[5]. Les États rĂ©putĂ©s abuser ainsi du systĂšme sont la Turquie, la Russie, la Chine, l'Iran et les dictatures d’Asie centrale[5].

Face aux critiques, Interpol a adoptĂ© un certain nombre de rĂ©formes lors de l’AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale d’Interpol Ă  Bali (IndonĂ©sie) en [10].

Examen a priori par Interpol et les autorités nationales

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Deux niveaux de contrÎle existent pour assurer le respect des normes générales du droit international et des droits fondamentaux.

  1. Les Bureaux centraux nationaux (BCN) de chaque pays sont chargĂ©s de veiller Ă  l’exactitude, Ă  la pertinence et Ă  la conformitĂ© avec la rĂ©glementation d’Interpol de toute information communiquĂ©e Ă  celle-ci pour intĂ©grĂ©e dans ses bases de donnĂ©es ou son systĂšme d’information. Ceci suppose naturellement que le BCN Ă©metteur soit de bonne foi. Ils sont aussi supposĂ©s exercer un contrĂŽle sur les informations transmises par les autres BCN.
  2. Depuis la rĂ©forme de 2017, toute nouvelle notice doit ĂȘtre validĂ©e par le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral avant d’ĂȘtre publiĂ©e[5] et celui-ci est supposĂ© exercer ce contrĂŽle en s'appuyant sur des Ă©quipes pluridisciplinaires de juristes, de fonctionnaires de police et d’analystes[10]. Ceux-ci pourront Ă©ventuellement la rejeter[4].

De plus, une personne ne peut plus faire l’objet d'une notice rouge si elle est rĂ©fugiĂ©e politique[5].

En ce qui concerne les services de police nationaux, ils sont supposĂ©s s’abstenir de procĂ©der Ă  des arrestations sur la base de notices rouges lorsqu’ils ont de sĂ©rieux motifs d’inquiĂ©tude qui laissent Ă  penser que la notice en question peut ĂȘtre abusive[4]. En France, c'est le bureau français d’Interpol, situĂ© Ă  la direction de la police judiciaire Ă  Nanterre, qui rĂ©ceptionne les notices, les analyse, les diffuse. Mais pour ĂȘtre intĂ©grĂ©es dans la base de donnĂ©es de recherches nationales, elles doivent avoir Ă©tĂ© validĂ©es par le ministĂšre de la Justice[5].

Il existe aussi des diffusions, qui demandent Ă©galement l'extradition aux États membres mais sont envoyĂ©es librement par les polices des pays membres d’Interpol sauf qu’elles ne sont, Ă  aucun moment, validĂ©es par l’organisation[5].

Recours a posteriori

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Depuis 2017, les individus faisant l'objet d'une notice rouge peuvent saisir la Commission de contrĂŽle des fichiers d’Interpol (CCF) (et seulement elle car les notices rouges ne peuvent ĂȘtre contestĂ©es devant aucune juridiction nationale ou internationale), constituĂ©e de sept membres[10]. Depuis 2017, la CCF est divisĂ©e en deux chambres, qui exercent chacune respectivement ses compĂ©tences consultatives et ses fonctions de recours. La Chambre de traitement des demandes individuelles compte cinq membres ; les deux autres membres exercent les fonctions de conseil et de contrĂŽle.

A posteriori, les notices rouges sont aussi supposĂ©es ĂȘtre supprimĂ©es par Interpol lorsqu’elles n’ont pas donnĂ© lieu de la part d'un ou de plusieurs États membres Ă  une rĂ©ponse favorable aux demandes d’extradition dans un dĂ©lai raisonnable[4].

Pour un certain nombre de pays membres d'Interpol, la notice rouge est considérée comme une demande légitime d'arrestation provisoire, notamment lorsque ces pays sont liés au pays requérant par un traité bilatéral d'extradition.

Exemples de notices Ă  connotation politique

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  • En 1990, La Chine a publiĂ© une notice rouge accusant de « terrorisme » le prĂ©sident du CongrĂšs mondial des OuĂŻghours, dĂ©fenseur des droits de l’homme, Dolkun Isa[5].
  • Le gouvernement iranien a demandĂ© une notice rouge contre le prĂ©sident des États-Unis Donald Trump, en . Cette notice a Ă©tĂ© publiĂ©e pour rĂ©clamer son extradition Ă  la suite du meurtre du gĂ©nĂ©ral iranien Qassem Soleimani[6].
  • Le gouvernement russe a demandĂ© une notice rouge contre le PDG d'Hermitage Holding Company, William Felix Browder.
  • Le gouvernement du BahreĂŻn a obtenu une notice rouge contre le footballeur Hakeem al-Araibi, condamnĂ© Ă  dix ans de prison pour avoir endommagĂ© un poste de police lors du Printemps arabe.
  • Le gouvernement du Japon a obtenu une notice rouge contre Paul Watson, militant contre la chasse Ă  la baleine, pour "conspiration d’abordage".

Restriction liée au cumul des poursuites

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La Cour de justice de l'Union europĂ©enne a jugĂ© que, s’il est Ă©tabli dans une dĂ©cision judiciaire dĂ©finitive prise dans un État partie Ă  cet accord ou dans un État membre que la personne objet d'une notice rouge a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© dĂ©finitivement jugĂ©e respectivement par un État partie audit accord ou par un État membre pour les mĂȘmes faits que ceux sur lesquels cette notice rouge est fondĂ©e, celle-ci ne pouvait ĂȘtre appliquĂ©e[11].

Les autres notices internationales d'Interpol

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Il existe sept autres types de notices ayant chacun un but différent[12]. La notice rouge est la plus sévÚre de toutes les notices[6].

Type de notice Signification
Notice bleue UtilisĂ©e pour recueillir des informations complĂ©mentaires sur des individus concernant leur identitĂ©, leur lieu de sĂ©jour ou leurs activitĂ©s illicites dans le cadre d'une enquĂȘte criminelle.
Notice verte Utilisée pour alerter et communiquer des informations de police sur des individus constituant une menace pour la sécurité publique et ayant commis des activités criminelles tout en étant susceptibles de récidiver dans d'autres pays.
Notice jaune Utilisée pour aider à retrouver des personnes disparues, en particulier des mineurs, ou à identifier des personnes qui ne peuvent le faire en raison de leur incapacité.
Notice noire Utilisée pour recueillir des informations sur des personnes décédées dont le corps n'a pas été identifié.
Notice spéciale INTERPOL-Conseil de sécurité des Nations unies Utilisée pour appeler l'attention des polices sur des individus ou groupes visés par les sanctions prises par le Conseil de sécurité de l'ONU[13].
Notice orange Utilisée pour alerter la police, les organismes publics et les autres organisations internationales sur les matiÚres dangereuses, les actes criminels ou les événements qui sont susceptibles de constituer une menace pour la sûreté publique.
Notice mauve Utilisée pour communiquer des informations à modi operandi, procédés, objets, appareils et cachettes utilisés pour perpétrer des actes criminels.

Chiffres clés

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Le nombre de notices rouges a considérablement augmenté entre 2005 et 2015[4],[14].

Année Rouge Bleue Verte Jaune Noire Interpol-ONU Orange Mauve Total
2005 2 343 241 332 271 70 4 7 / 3 268
2010 6 344 521 1 334 1803 85 19 29 / 10 106
2015 11 492 3 913 1 248 2 505 129 51 36 139 19 513

Au , 6 537 notices rouges sont publiques.

En date du , voici les dix principaux pays émetteurs, la Russie en émettant quasiment la moitié[15] :

Les dix principaux émetteurs de notices rouges au 4 août 2025
PaysNombres de notices rougepourcentage du total
Drapeau de la Russie Russie3 17748,6 %
Drapeau du Salvador Salvador84412,7 %
Drapeau de l'Argentine Argentine3575,7 %
Drapeau de l'Inde Inde2744,2 %
Drapeau des États-Unis États-Unis2353,6 %
Drapeau du Pakistan Pakistan1442,2 %
Drapeau du Guatemala Guatemala1392,1 %
Drapeau de la Bolivie Bolivie941,4 %
Drapeau du Brésil Brésil841,3 %
Drapeau de la France France821,2 %

Notes et références

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  1. ↑ « Mandat d'arrĂȘt international contre Poutine : la Russie ouvre une enquĂȘte contre le procureur et les juges de la CPI » AccĂšs libre, sur midilibre.fr, (consultĂ© le ).
  2. ↑ Sandrine Cassini et Julie Carriat, « Guerre en Ukraine : LFI doute de l'efficacitĂ© du mandat d'arrĂȘt international visant Vladimir Poutine » AccĂšs limitĂ©, sur lemonde.fr, (consultĂ© le ).
  3. ↑ Anne-Camille Beckelynck, « Mandat d'arrĂȘt international et nouvelle audience pour la sociologue Pinar Selek » AccĂšs libre, sur lalsace.fr, (consultĂ© le ).
  4. 1 2 3 4 5 6 7 AssemblĂ©e parlementaire, « Recours abusif au systĂšme d’Interpol : nĂ©cessitĂ© de garanties lĂ©gales plus strictes », sur juridique.defenseurdesdroits.fr, .
  5. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Marine Dumeurger, « Interpol : alerte rouge - Amnesty International France », sur Amnesty International, (consulté le ).
  6. 1 2 3 Salma Badawi, « Comment se défendre contre une notice rouge d'Interpol, une demande d'extradition à Dubaï », sur lawyersuae.com, Law Firms Dubai, (consulté le ).
  7. ↑ « Interpol.int/fr/Centre-des-mé  », sur interpol.int via Internet Archive.
  8. ↑ « A propos des Notices rouges », sur interpol.int (consultĂ© le ).
  9. ↑ Marine Dumeurger, « Interpol : alerte rouge - Amnesty International France », sur amnesty.fr, (consultĂ© le ).
  10. 1 2 3 4 5 6 AssemblĂ©e parlementaire du Conseil de l'Europe, « DĂ©tournement du systĂšme d’Interpol: nĂ©cessitĂ© de garanties lĂ©gales plus strictes », Rapport de la commission des questions juridiques et des droits de l'homme, no 14277,‎ (lire en ligne [PDF])
  11. ↑ « ARRÊT RELATIF AU FAIT QUE LE PRINCIPE INTERDISANT LE CUMUL DES POURSUITES PEUT S'OPPOSER À L'ARRESTATION, DANS L'ESPACE SCHENGEN ET DANS L'UE, D'UNE PERSONNE VISÉE PAR UN SIGNALEMENT INTERPOL :  : WS (ALLEMAGNE) », sur juridique.defenseurdesdroits.fr.
  12. ↑ « Notices », sur interpol.int.
  13. ↑ « Voir les notices spĂ©ciales INTERPOL-CSNU portant sur des personnes », sur le site d'Interpol (consultĂ© le ).
  14. ↑ https://www.interpol.int/content/download/33054/424949/version/11/file/Annual_Report_%202015_FR.pdf
  15. ↑ « Kamel Daoud, opposants chinois et affaire de corruption... A Interpol, les dĂ©rives des "notices rouges" », L'Express,‎ (lire en ligne).

Articles connexes

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Liens externes

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