Nouveau consensus de Washington
Le Nouveau Consensus de Washington est un paradigme économique qui a émergé aux États-Unis durant la Première présidence de Donald Trump mais qui a surtout été formalisée durant la Présidence de Joe Biden et la Seconde présidence de Donald Trump. Ce Nouveau Consensus est annoncé lors d'un discours du conseiller à la sécurité nationale américain, Jake Sullivan le jeudi [1].
Ce nouveau consensus s'inscrit en rupture avec le Consensus de Washington, qui a émergé en 1989 qui préconisait une politique économique néolibérale, structurée autour de la réduction des dépenses publiques, des privatisations, une dérégulation et une libéralisation du commerce extérieur et une ouverture aux capitaux extérieurs. Dans un contexte de montée en puissance économique de la Chine, de guerre en Ukraine et de crise de la Covid-19, ce nouveau paradigme émerge et promeut la souveraineté économique plutôt que la croissance économique ou la compétitivité. L'objectif visé est la relocalisation des industries stratégiques par la réhabilitation des politiques industrielles. Ce nouveau paradigme fait consensus entre les Républicains et les Démocrates[2]. Aujourd'hui, ce nouveau consensus influence la politique commerciale de l'Union Européenne.[3]
Contexte
[modifier | modifier le code]Le consensus de Washington apparait de plus en plus critiqué, jugé responsable de la crise économique de 2008 et de la désindustrialisation[4]. Le consensus de Washington est accusé d'avoir favorisé la montée en puissance de la Chine[5]. Ainsi, dans un contexte de Guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis apparaît la nécessité pour les États-Unis comme pour l'UE de se doter d'une politique industrielle.
La crise de la Covid-19 est également apparue pour les pays occidentaux, comme révélatrice d'une dépendance industrielle dans certains secteurs stratégiques[6]
Contenu
[modifier | modifier le code]Politiques industrielles
[modifier | modifier le code]L'élaboration de politiques industrielles est l'un des fondements du Nouveau Consensus de Washington. La présidence de Joe Biden, voit l'émergence de plusieurs législations favorisant l'émergence de politiques industrielles. Parmi elles: le Chips and Science act prévoyant un plan d'investissement de 280 milliards de dollars pour la recherche et la production de semi-conducteurs[7].L'inflation reduction act prévoyant des subventions massives pour les batteries, véhicules électriques, hydrogène et énergies renouvelables. Ces deux mesures apparaissent comme étant d'inspiration protectionnistes, puisque les subventions sont conditionnées à la production sur le sol américain[8].
Durant le Seconde Présidence de Donald Trump, est adopté le One Big Beautiful Bill Act. Ce texte réduit les subventions accordées aux industries vertes dans le cadre de l'Inflation Reduction Act. En revanche, l'administration maintient des subventions à destination des industries stratégiques et augmente les prises de participation de l'État dans des entreprises de ces secteurs[9].
Droits de douane
[modifier | modifier le code]Durant la Première puis la Seconde Présidence de Donald Trump, sont augmentés massivement les droits de douane, envers la Chine mais aussi la Corée du Sud, le Vietnam et l'Union Européenne dans une optique de relocalisation des industries stratégiques[10].
Restrictions technologiques
[modifier | modifier le code]Durant la Première Présidence de Donald Trump, plusieurs entreprises Chinoises sont placées sur l'Entity List dont Huawei[11]. Est aussi crée la Communist Chinese Military Companies, une liste recensant les entreprises travaillant directement avec l'armée chinoise.
Sous la Présidence de Joe Biden, le nombre d'entreprises inscrites sur l'Entity list est élargi[12]. La 'Uyghur Forced Labor Prevention Act, adoptée en 2021, interdit toute exportation vers les États-Unis de marchandises venant ou étant constituées de composants venant du Xinjiang.
En , les États-Unis mettent en œuvre des restrictions à l'exportation de semi-conducteurs vers la Chine[13]
Impact sur la politique commerciale de l'Union Européenne
[modifier | modifier le code]L'Union Européenne transforme également sa politique commerciale. En 2019, est adopté le règlement 2019/452, prévoyant un début d'européanisation du filtrage des IDE[14]. En 2020, émerge le concept d'autonomie stratégique ouverte, prévoyant d'inclure des clauses de réciprocité et incluant des normes sociales et environnementales dans les futurs accords commerciaux[15]. En 2017, naissent les mécanismes de défense commerciale, visant à lutter contre le dumping[16].
S'inspirant des États-Unis, l'Union Européenne a adopté plusieurs législations, bâtissant les débuts d'une politique industrielle européenne, parmi elles:
- Le Net Zero industry act, visant à relocaliser les greentech en Europe[17].
- l'European Chips act, directement inspiré du Chips and science act, visant à relocaliser la production de semi-conducteurs sur le sol européen[18]
- En 2024, est adopté le Critical Raw Materials act, visant à permettre à l'UE de diversifier ses sources d'importation, concernant les matériaux critiques[19].
Références
[modifier | modifier le code]- ↑ « L’Europe et le « nouveau consensus de Washington » », sur Groupe d'Etudes Géopolitiques (consulté le )
- ↑ Jérémie Gallon, « Jérémie Gallon: «Le “nouveau consensus de Washington”, cette idée sur laquelle Kamala Harris et Donald Trump s’accordent» », sur Le Figaro, (consulté le )
- ↑ Matheo Malik, « Un Green New Deal global depuis Washington : le monde de Jake Sullivan », sur Le Grand Continent, (consulté le )
- ↑ Thomas Vendryes, « Les échecs du « consensus de Washington » », La Vie des idées, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Jérémie Gallon, « Jérémie Gallon: «Le “nouveau consensus de Washington”, cette idée sur laquelle Kamala Harris et Donald Trump s’accordent» », le Figaro, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Comment la pandémie de Covid-19 a révélé les dépendances industrielles occidentales vis-à-vis de la Chine », sur Atlantico, (consulté le )
- ↑ « Semi-conducteurs : dopée par le Chips Act, la production accélère aux États-Unis », sur www.latribune.fr, (consulté le )
- ↑ « L’Inflation Reduction Act : Visage carboneutre du protectionnisme américain ou menace d’extinction de la compétitivité européenne ? - Centre d'études sur l'intégration et la mondialisation (CEIM) | UQAM », sur ceim.uqam.ca (consulté le )
- ↑ Olivier Pinaud, « « La nouvelle politique industrielle de Trump est celle d’un capitalisme d’Etat assumé qui vise à piloter les secteurs stratégiques » », Le Monde, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- ↑ « La hausse historique du protectionnisme aux États-Unis depuis janvier 2025 », sur Banque de France (consulté le )
- ↑ (en) « Addition of Entities to the Entity List », sur Federal Register, (consulté le )
- ↑ (en) « Biden to Blacklist 59 Chinese Companies in Amended Trump Order », Bloomberg.com, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- ↑ « Depuis le "Chips Act" de 2022, Washington ne cesse de limiter l'exportation de semi-conducteurs vers la Chine, au grand dam de Nvidia », sur BFM BUSINESS, (consulté le )
- ↑ « Règlement (UE) 2019/452 : Investissements directs étrangers, Filtrage, Sécurité nationale, Ordre public (eu) », sur la Grande Bibliothèque du Droit, (consulté le )
- ↑ « CEPII - L'Economie Mondiale - De quoi l’autonomie stratégique ouverte est-elle le nom ? », sur www.cepii.fr (consulté le )
- ↑ Rédaction Toute l'Europe, « Les instruments de défense commerciale de l'Union européenne », sur Touteleurope.eu, (consulté le )
- ↑ (en) « Net-Zero Industry Act - European Commission », sur commission.europa.eu (consulté le )
- ↑ « Règlement européen sur les semi-conducteurs | Bâtir l’avenir numérique de l’Europe », sur digital-strategy.ec.europa.eu, (consulté le )
- ↑ « Législation sur les matières premières critiques », sur Consilium (consulté le )