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Pierre Leguillon

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Pierre Leguillon
Biographie
Naissance
Nationalité
Activité

Pierre Leguillon (nĂ© le ) est un artiste conceptuel français vivant Ă  Bruxelles, en Belgique. Sa pratique pluridisciplinaire s’articule autour de la circulation, de la reproduction et de la mise en contexte des images, souvent au travers de formats peu conventionnels comme le diaporama, la confĂ©rences-performance, le livre d’artiste et la collection d’ephemera en papier.

D’abord critique et Ă©diteur, Leguillon a ensuite exposĂ© dans un contexte international. Il enseigne l’art Ă  la HEAD – GenĂšve. Il est notamment connu pour La promesse de l’écran, un dispositif de projections de films entamĂ© en 2007, et pour avoir fondĂ© le MusĂ©e des Erreurs, une institution indĂ©pendante et sans hiĂ©rarchies consacrĂ©e Ă  ce qui est nĂ©gligĂ© ou accessoire dans l’histoire de l’art. Ses livres d’artiste, tels que Ads. et Oracles, associent design, archives et expĂ©rimentation typographique. En 2021, il a reçu le Prix Bob Calle du livre d’artiste.

Pierre Leguillon est nĂ© le Ă  Nogent-sur-Marne (Val-de-Marne)[1]. Il Ă©tudie les Arts plastiques Ă  l’UniversitĂ© Paris 1 PanthĂ©on-Sorbonne de 1989 Ă  1992.[2] En 1991, encore Ă©tudiant, il crĂ©e Sommaire, un magazine d’une seule page.[3] Au dĂ©but des annĂ©es 1990, il entame une carriĂšre de critique et d’éditeur, Ă©crivant pour Art Press, Le Journal des Arts et Purple.[2]

En 1992, il organise l’exposition Des hauts et des bas Ă  Paris, dans une chambre de bonne. L’annĂ©e suivante, il photographie l’exposition HĂŽtel Carlton Palace Chambre 763 du curator Hans Ulrich Obrist.[2]

Son premier diaporama, en 1993, dĂ©crit ses expĂ©riences d’expositions Ă  partir de diapositives moyen format (4,5 × 6 cm), des photographies soigneusement cadrĂ©es associĂ©es Ă  des images empruntĂ©es Ă  des publications. En 1999, il supprime tout commentaire oral et se concentre uniquement sur la manipulation d’images et de sons, ajustant ses performances avec des accessoires, une voix off ou en fonction de la disposition de l’écran. Jusqu’en 2006, il se dĂ©finit comme « diaporamiste ».[2]

En 2001, il dirige la publication accompagnant la rĂ©trospective de Raymond Hains au Centre Pompidou. Le goĂ»t de Hains pour les associations libres inspira assez directement le MusĂ©e des Erreurs, que Leguillon fonde Ă  Bruxelles en 2013 : une collection mettant en doute les hiĂ©rarchies musĂ©ales et les structures qui rĂ©gissent la rĂ©ception de l’art. L’exposition inaugurale a eu lieu au centre d’art contemporain WIELS, Ă  Bruxelles, en , cultivant une approche ludique de l’art et de la prĂ©sentation musĂ©ale.[2]

En 2003, il est pensionnaire de l’AcadĂ©mie de France Ă  Rome (Villa MĂ©dicis). En 2010, il est engagĂ© comme enseignant Ă  la HEAD – GenĂšve.[2]

En 2021, il reçoit le Prix Bob Calle du livre d’artiste pour Ads., publiĂ© par Triangle Books Ă  Bruxelles, un recueil de 70 publicitĂ©s montrant des artistes posant pour des marques commerciales, des pages de magazines issues de la collection du MusĂ©e des Erreurs.[4]

Le travail de Leguillon est Ă©troitement liĂ© Ă  la photographie et Ă  l’accumulation des images. Il collecte, classe et agence celles-ci dans diverses configurations, remettant en question les notions traditionnelles de hiĂ©rarchie artistique et de linĂ©aritĂ© des discours.[5] Ses premiĂšres Ɠuvres figurent des photographies de vitrines, qu’il assimile Ă  des dispositifs de cadrage similaires Ă  celui de l’appareil photo. L’une des premiĂšres, en 1989, montre un vivarium abandonnĂ© du zoo de Prague, soulignant l’absence de son sujet.[5]

En 2008, son exposition Diane Arbus: A Printed Retrospective 1960–1971 Ă  la Kadist Art Foundation (Paris) examine la photographie de Diane Arbus dans un contexte Ă©ditorial en prĂ©sentant des pages originales de magazines sous verre, remettant en cause les notions d’authenticitĂ© et d’aura liĂ©es Ă  la photographie.[6] De mĂȘme, son projet Dubuffet typographe (2013) prĂ©sente des Ă©chantillons des multiples Ă©critures manuscrites de Jean Dubuffet comme des strates gĂ©ologiques, perturbant les modes de prĂ©sentation musĂ©aux classiques.[7]

Selon Jenelle Porter, Leguillon rejette le modĂšle traditionnel du « white cube » et prĂ©sente souvent ses Ɠuvres dans des formats inhabituels. Sa sĂ©rie Prelinger Drawings (2011/2015) prĂ©sente des frottages de couvertures de livres, encadrĂ©s et suspendus dans une structure en tissu fabriquĂ©e en patchwork, inspirĂ©e par la classification de la Prelinger Library Ă  San Francisco.[8] Une autre Ɠuvre significative, La grande Ă©vasion (2012), se dĂ©ploie sous la forme d’une performance multimĂ©dia qui mĂȘle, sur une scĂšne de théùtre, des images de danse et une chanson d’Amy Winehouse, produisant un dialogue dynamique entre image et mouvement.[9]

Pendant environ quinze ans, Leguillon a utilisĂ© le format de la confĂ©rence et du diaporama comme un moyen poĂ©tique et performatif d’exploration des images. InaugurĂ©e en 1993, cette sĂ©rie prĂ©sentait des diapositives d’expositions, d’Ɠuvres, de performances et de livres. Avec le temps, l’artiste a peu Ă  peu intĂ©grĂ© des sons, de la musique et des fragments d’interviews, transformant le format didactique du diaporama en une forme artistique autonome.[10] Une Ă©volution notable fut constituĂ©e par le Diaporama/Vestiaire (2006), projetĂ© notamment au Louvre en 2009[11], oĂč les manteaux des spectateurs Ă©taient intĂ©grĂ©s Ă  la performance, crĂ©ant un dialogue visuel et conceptuel entre le public, le vestiaire et l’écran.[10]

La promesse de l’écran

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En 2007, Leguillon inaugure La promesse de l’écran, au dĂ©part un bar clandestin parisien dotĂ© d’un Ă©cran escamotable qui dissimulait le comptoir d’un bar. Le projet est devenu une sĂ©rie de projections rĂ©guliĂšres de films parfois rares ou marginaux, souvent organisĂ©s en montages thĂ©matiques parfois confiĂ©s Ă  des invitĂ©s.[7] Cette sĂ©rie illustre aussi son intĂ©rĂȘt pour le « paratexte » qui encadre l’Ɠuvre d’art ou le film : invitations, affiches, caisses de transport, documents d’exposition ou gĂ©nĂ©rique.[10]

InspirĂ© par l’idĂ©e de Gilles Deleuze selon laquelle le cinĂ©ma « ne prĂ©sente pas seulement des images, il les entoure d'un monde », Leguillon manipule les formats de projection pour interroger l’influence du contexte sur la perception. Le projet circule principalement en Europe, souvent dans des lieux marginaux plutĂŽt qu’institutionnels. Parmi les versions marquantes : projection de Homage to the Square de Josef Albers aux cĂŽtĂ©s de pochettes de disques que le peintre a conçues ; avec Six Colourful Inside Jobs (1971) de John Baldessari ; ou encore des projections en vis-Ă -vis les toiles translucides de CĂ©cile Bart.[12] Quelques projections notables ont eu lieu au Centre Pompidou (2009)[13] et au Palais de Chaillot (2011) Ă  Paris, au CAPC MusĂ©e d’Art contemporain de Bordeaux (2009)[14] ou au CIVA Ă  Bruxelles (2021)[15].

Le Musée des Erreurs

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En 2013, Leguillon fonde Ă  Bruxelles le MusĂ©e des Erreurs, qui remet en question les normes de l’histoire de l’art et les modĂšles musĂ©aux.[16] Il rĂ©unit des ephemera hĂ©tĂ©roclites (cartes postales, affiches, magazines, objets du quotidien) conservĂ©s notamment dans les placards de sa cuisine.[17] Le musĂ©e dĂ©construit l’idĂ©e de progrĂšs moderniste et rĂ©adapte sans cesse son discours. Il propose aussi une boutique en ligne, renforçant une position qui n’est pas alignĂ©e sur le marchĂ© dominant.[16]

En 2019, son exposition Parler aux yeux Ă  la Fondation Pernod Ricard prĂ©sente Merida, une Ɠuvre créée en collaboration avec Kyozo Shimogawa, maĂźtre japonais du tissage de kasuri : une peinture vendue au mĂštre, utilisant des fibres et des pigments naturels, tissĂ©e sur des mĂ©tiers Jacquard motorisĂ©s par Toyota et adaptĂ©s Ă  la production de l’Ikat japonais.[18]

En 2025, il prĂ©sente Erratum Musical au Manoir de la Ville de Martigny, une exposition musĂ©ale autour de l’art et de la musique, explorĂ©e sous l’angle de l’erreur[19].

Livres d’artiste

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Pierre Leguillon considĂšre ses livres d’artiste comme des Ɠuvres Ă  part entiĂšre, maĂźtrisant leur conception et leur fabrication, souvent en collaboration avec des graphistes. Parmi ses ouvrages : The Museum of Mistakes (2020), conçu comme un musĂ©e portatif ; Ads. (Prix Bob Calle 2021) ; Dubuffet typographe (2013), un anti-manuel de typographie basĂ© sur les livres et les ephemeras de Dubuffet ; Oracles (2017), rĂ©unissant 123 cartes de visite d’artistes et de figures culturelles du XVIIIᔉ siĂšcle Ă  nos jours ; et La lĂ©gende punaisĂ©e dans le ciel (2021), des notes prises Ă  la Villa MĂ©dicis en 2003 qui visaient l’adaptation de la projection d’un diaporama au format du livre.[20]

Expositions

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Ses Ɠuvres ont Ă©tĂ© montrĂ©es au Louvre (2009), au MAMCO de GenĂšve (2010), au Moderna Museet de Malmö (2010), au WIELS de Bruxelles (2015) et au Frye Art Museum de Seattle (2019).[2]

Il a Ă©galement participĂ© Ă  la Biennale internationale d’art contemporain de Tirana[21], Ă  la Biennale de Taipei[22], et au Carnegie International 2013[23].

Conférences et performances

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Leguillon a prĂ©sentĂ© ses confĂ©rences-performances dans des institutions telles que Kadist (2011)[24], Raven Row (2011)[25], Dia Art Foundation (2015)[26], l’École nationale supĂ©rieure de la photographie d’Arles (2021)[27], et l’UniversitĂ© Columbia (2023)[28].

Notes et références

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  1. ↑ « Pierre LEGUILLON | Cnap », sur www.cnap.fr (consultĂ© le )
  2. 1 2 3 4 5 6 7 Porter 2022, p. 17.
  3. ↑ Besson 2017, p. 63–65.
  4. ↑ Beaux Arts Paris 2021.
  5. 1 2 Porter 2022, p. 9.
  6. ↑ Porter 2022, p. 13.
  7. 1 2 Porter 2022, p. 12.
  8. ↑ Porter 2022, p. 14.
  9. ↑ Porter 2022, p. 15.
  10. 1 2 3 Porter 2022, p. 11.
  11. ↑ « Pierre Leguillon : Diaporama/Vestiaire », sur CNAP
  12. ↑ Budd 2012.
  13. ↑ « La Promesse de l'Ă©cran », sur Centre Pompidou
  14. ↑ « Station expĂ©rimentale : La Promesse de l'Ă©cran | Cnap », sur www.cnap.fr (consultĂ© le )
  15. ↑ « La Promesse de l’écran prĂ©sente La Promesse de l’architecture (Pierre Leguillon) », sur C.I.II.III.IV.A
  16. 1 2 Porter 2022, p. 16.
  17. ↑ Romagny 2021.
  18. ↑ Cozzolino et Golsenne 2019.
  19. ↑ « Pierre Leguillon - Erratum Musical », sur Biennalle Son
  20. ↑ QuĂ©heillard 2022.
  21. ↑ « Tirana International Contemporary Art Biannual presents The Symbolic Efficiency of the Frame », sur e-flux
  22. ↑ « Taipei Biennial 2016 », sur TFAM
  23. ↑ « 2013 Carnegie International », sur Carnegie Museum of Art
  24. ↑ « Non Happening after Ad Reinhardt by Pierre Leguillon, in conversation with Peter Selz », sur Kadist
  25. ↑ « Pierre Leguillon, 22 to 25 November 2011 », sur Raven Row
  26. ↑ « Pierre Leguillon on Carl Andre », sur Dia Art Foundation
  27. ↑ « Pierre Leguillon, Quand j’étais photographe », sur ENSP Arles - École nationale supĂ©rieure de la photographie
  28. ↑ « Non-Happening after Ad Reinhardt by Pierre Leguillon », sur Columbia University Alliance Program

Références

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  • Beaux Arts Paris, « Prix Bob Calle 2021 du Livre d’artiste », sur Beaux Arts Paris,
  • Christian Besson, « Pierre Leguillon », Critique d'art. ActualitĂ© internationale de la littĂ©rature critique sur l'art contemporain, vol. 49,‎ , p. 63–65 (ISSN 1246-8258, DOI 10.4000/critiquedart.27186)
  • Amy Budd, « From Slide to Celluloid: Pierre Leguillon and La Promesse de l'Écran (The Promise of the Screen) », LUX,‎ (lire en ligne)
  • Francesca Cozzolino et Thomas Golsenne, « Pour une anthropologie de la crĂ©ation », Images Re-vues. Histoire, anthropologie et thĂ©orie de l'art, no Hors-sĂ©rie 7,‎ (ISSN 1778-3801, DOI 10.4000/imagesrevues.7208, lire en ligne)
  • Émeline Jaret, « Festival de l'incertitude. I. De l'intranquillité », Marges. Revue d'art contemporain, vol. 24,‎ , p. 154–155 (ISSN 1767-7114, DOI 10.4000/marges.1291)
  • Jenelle Porter, « Pierre Leguillon », Camera Austria, vol. 157,‎ , p. 9–18 (ISSN 1015-1915)
  • Jeanne QuĂ©heillard, « Les livres selon Pierre Leguillon », Étapes,‎ (ISSN 1774-5160)
  • Vincent Romagny, « Pierre Leguillon: The Museum of Mistakes », Critique d’art. ActualitĂ© internationale de la littĂ©rature critique sur l’art contemporain,‎ (ISSN 1246-8258, DOI 10.4000/critiquedart.68447, lire en ligne)

Liens externes

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