Faim
- Voir également les articles Malnutrition et Sous-alimentation.
La faim désigne la sensation, apparaissant après un certain temps sans manger, qui pousse un animal à rechercher de la nourriture.
Description
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Faim
[modifier | modifier le code]La faim est un instinct de survie, ancestral et produit de l'évolution, poussant les animaux à trouver de la nourriture. Cet instinct est régulé par les cinq sens[1],[2]
Historiquement, chez les humains chasseurs-cueilleurs, la régulation de la faim consiste principalement à maintenir un équilibre entre la prise de calories et la dépense énergétique. L'avènement de l'agriculture au néolithique accroit la disponibilité d'une nourriture acceptable, riche en énergie. D'un point de vue évolutionniste, la physiologie humaine de la faim, formatée depuis près de deux millions d'années, s'est profondément modifiée depuis une douzaine de milliers d'années[1].
Chez les humains, la faim ne répond pas qu'à des critères physiologiques (besoins énergétiques en calories). La prise de nourriture est devenue un acte complexe soumis à des facteurs socio-économiques, culturels, psychologiques et comportementaux[1],[2].
La faim (déclenchée par le manque de nourriture) se distingue de l'appétit ou « faim hédonique » (motivée par le plaisir). Dans les deux cas, se nourrir implique une étroite coordination entre le cerveau et le système digestif. Cette coordination complexe répond à deux grandes catégories de fonctions[1],[2] :
- fonction nutritionnelle (homéostasie énergétique) sous contrôle génétique et du microbiote ;
- fonction hédonique, symbolique et sociale.
Prise alimentaire
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La prise alimentaire comprend trois phases[3] :
- la phase pré-prandiale caractérisée par l'intensité de la faim, marqueur qui ne mesure pas le besoin quantitatif de la prise alimentaire mais son urgence plus ou moins grande ;
- la phase prandiale correspond à l'ingestion au cours de laquelle se met en place le processus de rassasiement (en anglais satiation), état du sujet lors de l'arrêt de la prise alimentaire ;
- la phase postprandiale caractérisée par l'état de satiété (en anglais satiety), état caractérisé par l'absence de faim jusqu'au repas suivant.
Chez l'humain et l'animal (les mammifères étant les plus étudiés), les mécanismes mis en jeu reposent sur un système complexe et redondant[4] :
- de récepteurs périphériques qui détectent les états énergétiques de l'organisme ;
- d'intégrateurs (au niveau du système nerveux central) qui reçoivent et traitent l'information énergétique ;
- d'effecteurs (en) qui réalisent les ajustements nécessaires ;
- des mécanismes de signalisation entre les différentes populations cellulaires impliquées.
Sur une période de 24 h, l'énergie de la nourriture ingérée correspond rarement à la dépense énergétique du jour. En revanche sur des périodes de longue durée, la balance énergétique reste neutre sur le long terme : la plupart des animaux maintiennent une masse corporelle relativement constante[4].
Cependant, il existe des différences selon les espèces et les individus, notamment en ce qui concerne la masse lipidique stockée (aux deux extrêmes les états « de maigreur » et « d'obésité »). Ces variations peuvent être liées à des influences environnementales, mais aussi à des points de consigne d'équilibre énergétique différents, représentant une adaptation évolutive à des environnements particuliers[4].
Par exemple, dans les habitats où la nourriture est abondante tout au long de l'année, les animaux maigres sont avantagés (plus agiles pour éviter les prédateurs ou pour saisir les proies). Dans cet environnement d'abondance, les animaux domestiques souffrent d'obésité. Dans les habitats où la nourriture n'est pas toujours disponible (saison hivernale par exemple), l'obésité ou la facilité à stocker de la graisse sont avantageux (cas des mammifères hibernants)[4].
Aspects biologiques de la faim
[modifier | modifier le code]Moyens d'études
[modifier | modifier le code]La plupart des connaissances biologiques sur la faim reposent sur des modèles animaux, cependant la transposition à l'humain de ces observations reste complexe et indirecte. Depuis les années 1980, les avancées en neurobiologie aboutissent à la découverte de nombreuses molécules (hormones, médiateurs, récepteurs…) intervenant dans la prise alimentaire et dans l'axe intestin-cerveau. Les études de génétique moléculaire sont susceptibles de retrouver un polymorphisme de gènes codant pour ces molécules ou leurs récepteurs[2],[5].
D'autre part, de nouveaux moyens (non-invasifs) d'imagerie cérébrale, non seulement anatomique mais aussi fonctionnelle et métabolique, permettent d'étudier la régulation de la prise alimentaire chez l'humain. Par exemple l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle permet d'examiner l'activité cérébrale (flux sanguin, oxygénation…) des sujets exposés à la nourriture comparativement à des sujets au repos, ou des sujets atteints de troubles du comportement alimentaire par rapport à des sujets sains[2].
Il apparait que la faim dépend de l'interaction d'un double mécanisme (ou modèle)[2],[5] :
- Un mécanisme central (régulation hypothalamique) ;
- un mécanisme périphérique déclenchant des signaux neuroendocriniens issus de tissus périphériques (appareil digestif, microbiote intestinal, tissu adipeux…).
Mécanismes centraux
[modifier | modifier le code]Faim homéostatique
[modifier | modifier le code]Ce système régule l'équilibre faim/satiété pour maintenir un poids constant, tout en répondant aux besoins énergétiques.
L'hypothalamus est la région cérébrale impliquée dans ce contrôle alimentaire, en particulier le noyau arqué dont les cellules détectent les signaux hormonaux et les niveaux de nutriments provenant de la périphérie. Le noyau arqué reçoit aussi des signaux provenant du tractus solitaire situé dans le bulbe rachidien[2].
La faim est généralement due à une diminution du taux de glucose dans le sang (diminution d’environ 5 %). Un mécanisme alternatif proposé est que lorsque l'organisme détecte la réduction des lipides dans les adipocytes, l'hypothalamus déclenche des sensations de faim (rappel ancestral de la tendance adaptative de l'homme, en temps de famine cyclique, à stocker de la matière grasse)[6].
Les neuromédiateurs centraux impliqués les plus connus sont la sérotonine qui diminue la sensation de faim et la dopamine qui la renforce[5].
Faim hédonique (appétit)
[modifier | modifier le code]Ici le désir de manger n'est pas la conséquence d'une privation ou de besoins énergétiques. Cette faim hédonique active le système de récompense, elle dépend du système corticolimbique (circuits entre le cortex cérébral et le système limbique) qui prend le pas sur l'hypothalamus[1],[2].
Les neuromédiateurs impliqués peuvent être le système endocannabinoïde, les endorphines et l'orexine[1].
La faim hédonique ou appétit est influencée par l'apprentissage, la mémoire, l'histoire personnelle ou les émotions (positives ou négatives), etc. du sujet. Par exemple, la colère, la peur, la tristesse s'accompagnent souvent d'un besoin de sucré. Cette faim est aussi modulée par des facteurs sociaux : socio-économiques (coût des aliments, publicité…), culturels (gastronomie, statut social de l'obésité ou de la maigreur…), religieux (jeûne, interdits alimentaires…)[1].
Contrairement à la faim homéostatique qui est un instinct ancestral de survie, la faim hédonique est un phénomène complexe et multifactoriel, très difficile à approcher par des études de populations, et qui s'étudie plutôt à l'échelle individuelle[1].
Mécanismes périphériques
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En 1929, Walter Cannon décrit un premier modèle où la faim est un processus passif auto-régulé par le niveau des nutriments (déclenché par un manque et interrompu par une absorption de nutriments) selon un mécanisme unique relativement simple[1].
De nombreuses approches historiques de contrôle de la prise alimentaire sont basées sur la recherche d'un médiateur interne principal : glucose (théorie glucostatique), métabolisme de base (théorie ischymétrique), épuisement du glycogène hépatique (théorie hépatostatique), distension gastrique, chimiorécepteurs intestinaux, etc. Chacune de ces approches ou théories, à elle seule, restait insuffisante pour expliquer les mécanismes de la faim[7].
Depuis, les études animales et humaines montrent que la faim est contrôlée par des circuits hypothalamiques, eux-mêmes régulés par des signaux provenant principalement de l'appareil digestif. La faim et l'absence de faim sont soumis à un ensemble complexe et redondant de mécanismes différents[1].
Estomac
[modifier | modifier le code]Un estomac, vide ou plein, stimule le nerf vague dont les fibres afférentes (de la périphérie vers le centre) détectent la pression intra-gastrique, la quantité et la composition chimique du contenu de l'estomac. Ces signaux sont transmis au tractus solitaire du bulbe rachidien[1].
D'autre part, un estomac vide secrète de la ghreline dite « hormone de la faim » (besoin de manger) qui stimule les voies hypothalamiques déclenchant la sensation de faim. La ghreline est aussi une « hormone de l'appétit » car elle active le système limbique intervenant dans le plaisir de manger[1],[2].
Intestin
[modifier | modifier le code]L'intestin est doté de chimiorécepteurs qui détectent les nutriments (acides aminés, monosaccharides, acides gras…) et déclenchent la libération d'hormones gastro-intestinales telles que la cholécystokinine, le peptide 1 de type glucagon et le peptide YY qui entrainent la suppression de la faim et la sensation de satiété au niveau du système nerveux central[2][8].
La composition et les fonctions du microbiote intestinal peuvent influencer les circuits de la faim, par exemple en activant ou en inhibant les hormones déjà citées, ou en produisant des métabolites (post-biotiques) d'effet similaire à ces hormones. Cependant, le rôle exact du microbiote dans le contrôle de la prise alimentaire reste à établir (recherches en cours en 2025)[1].
Tissu adipeux
[modifier | modifier le code]Les adipocytes peuvent secréter des hormones de la satiété comme la leptine qui réduit la prise alimentaire en agissant sur ses récepteurs spécifiques au niveau hypothalamique[9]. La leptine active les centres de la satiété et elle inhibe les circuits de récompense (système limbique) de la prise de nourriture[2].
Autres facteurs
[modifier | modifier le code]La faim ou l'appétit peuvent s’expliquer par des habitudes culturelles ou biologiques comme l’horloge biologique (l'heure à laquelle nous avons l’habitude de manger), des facteurs psychologiques (la vue ou l’odeur d’aliments, conditionnement ou renforcement-punition) et par l'environnement physique (une chute de température peut provoquer la faim car 60 % de l'énergie convertie lors de la transformation des nutriments est libérée sous forme de chaleur, ce qui permet d'augmenter la température corporelle)[9].
Aspects pathologiques de la faim
[modifier | modifier le code]Contrôle génétique
[modifier | modifier le code]Par rapport aux facteurs psychologiques, socio-économiques et socio-culturels du comportement alimentaire, la génétique joue un rôle très secondaire. Il existe toutefois de rares maladies génétiques qui se caractérisent par une faim pathologique menant à des formes sévères d'obésité infantile, comme le syndrome de Prader-Willi (délétion du chromosome 15), des mutations du gène de la leptine (sur le chromosome 7) ou du gène du recepteur de la leptine (sur le chromosome 1). Mais ces formes génétiques d'obésité infantile comptent pour moins de 7 % des cas d'obésité infantile[1].
Faim douloureuse
[modifier | modifier le code]Bien qu'un être humain puisse survivre plusieurs semaines sans manger[10], la sensation de faim commence en général après quelques heures sans consommer de nourriture.
Quand les contractions liées à la faim commencent dans l'estomac, le sujet éprouve parfois des douleurs dans l'antre de l'estomac, phénomène appelé « faim douloureuse »[11], qui ne commence pas avant 12 à 24 heures suivant la dernière absorption de nourriture. Une contraction due à la faim dure environ 30 secondes, et les douleurs continuent pendant 30 à 45 minutes, puis la faim persiste pendant 30 à 150 minutes[12]. Les contractions individuelles sont d'abord clairement séparées, mais deviennent quasiment continues après un certain temps[12]. L'état émotionnel de la personne peut faire varier ou prévenir les contractions[12]. L'intensité de la faim dépend aussi de la glycémie et devient plus élevée pour les diabétiques[12]. La faim atteint sa plus grande intensité après trois à quatre jours mais peut diminuer les jours suivants[13], sans disparaître cependant[14]. Les contractions sont plus intenses pour les sujets jeunes, en bonne santé et avec un fort taux de tonus gastrointestinal. Les intervalles entre les contractions augmentent avec l'âge[12].
Satiété précoce
[modifier | modifier le code]La satiété précoce est un trouble de la satiété dont la caractéristique est la sensation d'avoir le ventre plein alors que très peu de nourriture a été ingérée, ou avant de terminer un repas de taille normale. Plusieurs affections médicales peuvent causer une satiété précoce. L'existence de cicatrices ou la compression du duodénum peut ralentir ce processus d'évacuation des aliments de l'estomac. Parfois, les nerfs aboutissant à l'estomac sont dysfonctionnels, ce qui ralentit l'évacuation des aliments de l'estomac. Il peut s'agir également dans certains cas de cancers, d'ulcères et de cas de diabète[15].
Recherches pharmacologiques
[modifier | modifier le code]Les avancées en physiologie de la faim ouvrent des perspectives thérapeutiques pour les troubles des conduites alimentaires. Les plus importants en santé publique étant : l'anorexie mentale, la boulimie et l'hyperphagie, cette dernière menant à l'obésité et autres troubles métaboliques associés comme le diabète de type 2[1].
Les travaux pharmacologiques les plus marquants concernent la ghreline pour son utilisation potentielle de stimulation de l'appétit, et surtout les agonistes du récepteur du glucagon-like peptide-1 (GLP-1r) qui diminuent la sensation de faim, aident à perdre du poids en améliorant le contrôle de la glycémie[1],[2].
Le premier agoniste du GLP-1r a été approuvé aux États-Unis par la FDA en 2005 pour le traitement du diabète type 2. Cependant ces produits ont été détournés de leur usage médical pour être utilisés par des célébrités, des athlètes et des adolescents pour perdre du poids (sports de compétition en catégorie de poids, image sociale du corps…). Ce qui a conduit à des effets indésirables à long terme (fatigue, perte de plaisirs…) et chez les plus jeunes des troubles de la croissance[1].
Les études sur la faim et l'appétit laissent espérer une meilleure prise en charge individualisée, préventive et thérapeutique, des troubles des conduites alimentaires. Cependant, si beaucoup reste à faire pour comprendre les mécanismes biologiques de ces troubles[1],[2], le poids des facteurs environnementaux et psychopathologiques est déterminant. En 2024, les psychothérapies restent le traitement de choix, les médicaments jouant un rôle mineur et très limité[16].
Malnutrition, famine, inanition
[modifier | modifier le code]Lorsque la faim se prolonge, différentes situations surviennent :
- la malnutrition est une pathologie pouvant être causée par une carence dans certains nutriments, mais aussi par des troubles psychologiques ou un régime alimentaire inadapté. Les carences peuvent mener à de nombreux symptômes, dont notamment le kwashiorkor en cas de carences en protéines.
- la sous-alimentation relève davantage du domaine quantitatif et décrit un apport alimentaire insuffisant, de façon continue. La sous-alimentation peut mener à de graves conséquences tant physiologiques que psychologiques voire économiques.
- une famine décrit une situation où la sous-nutrition est étendue à la population d'une zone géographique donnée. Les famines peuvent être dues à des problèmes climatiques (catastrophes naturelles), à une guerre, ou à des problèmes conjoncturels et notamment économiques.
- Enfin, l’inanition décrit un « état d'épuisement de l'organisme causé par le manque de nourriture »[17] ; cet état peut précéder la mort.
- Enfant en état de sous-nutrition en Inde.
- Fillette souffrant du kwashiorkor au Nigeria.
Faim dans le monde
[modifier | modifier le code]La FAO estimait en 2006 que 854 millions de personnes souffraient de la faim dans le monde[18] et de 815 millions en 2017[19]. Par comparaison, ce chiffre était presque double en 1950[20].
Selon Jean Ziegler (rapporteur spécial pour le droit à l'alimentation du Conseil des droits de l’homme de l’Organisation des Nations unies de 2000 à ), la mortalité due à la sous-alimentation représentait 58 % de la mortalité totale en 2006 : « Dans le monde, environ 62 millions de personnes, toutes causes de décès confondues, meurent chaque année. En 2006, plus de 36 millions sont mortes de faim ou de maladies dues aux carences en micro-nutriments »[21].
ÉLa lutte contre la faim dans le monde est l'un des huit objectifs du millénaire pour le développement définis en 2000 par l'ONU. Il s'agit d'un objectif difficile à atteindre, en raison de la hausse du prix des matières premières et agricoles, des subventions aux agricultures des pays développés[réf. nécessaire], de l'utilisation des parcelles pour la production d'agrocarburants mais reste tout de même réalisable puisque chaque année l'homme produit en valeur calorique de quoi nourrir 12 milliards d'individus[22].
Le , la FAO publie son rapport annuel sur « l’État de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde 2023 »[23], qui constate qu'« à l’échelle mondiale, plus de 122 millions de personnes supplémentaires souffrent de la faim depuis 2019 en raison de la pandémie, des chocs météorologiques à répétition et des conflits, notamment de la guerre en Ukraine » et estime que « si la tendance perdure, l’objectif de développement durable qui consiste à éradiquer la faim d’ici à 2030 ne sera pas atteint ». Le rapport estime qu’entre 691 millions et 783 millions de personnes ont souffert de la faim en 2022. Sur la base de la moyenne, soit 735 millions, cela représente une augmentation de 122 millions par rapport à 2019[24].
Selon l'Institut international de recherche sur les politiques alimentaires, cent milliards de $ par an seraient nécessaires pour éliminer la faim dans le monde. Cette somme représente le huitième des dépenses annuelles liées à l'alimentation aux États-Unis soit 814,5 milliards de $ (800 milliards de produits alimentaires dont 30 % sont gaspillés, 14 milliards en annonces publicitaires, et 456 millions en santé et forme physique)[1].
Causes de la faim dans le monde
[modifier | modifier le code]Les causes de la faim dans le monde sont multiples et interdépendantes. De façon pragmatique, elles peuvent être regroupées en deux types d’inaccessibilité à l’alimentation : l’inaccessibilité économique, quand la nourriture est disponible mais trop chère pour que la population puisse l’acheter et l’inaccessibilité physique ou géographique, quand la nourriture n’est simplement pas disponible[25]. Ces deux types d’inaccessibilités trouvent leurs causes dans différents facteurs.
Inaccessibilité économique
[modifier | modifier le code]Dans un système de libre marché, les prix sont définis par l’offre et la demande. Quand les prix des denrées alimentaires flambent, les populations des pays les plus pauvres, qui dépensent près de 70 % de leur budget dans l'alimentation[26], perdent l'accès à la nourriture.
Demande alimentaire
[modifier | modifier le code]La croissance démographique et la croissance des niveaux de vie dans les pays en développement font inéluctablement pression sur la demande alimentaire. La croissance des niveaux de vie en Chine ou en Inde permet à ceux qui la vivent d’abord de manger à leur faim puis de passer à un régime plus carnivore et l’élevage est une activité très consommatrice de céréales[27]. Selon les sources, il faudrait jusqu’à 17 kg de céréales pour produire un kilogramme de viande de bœuf[28]. Deux facteurs supplémentaires participent à la pression sur la demande alimentaire : la demande en biocarburants et la spéculation. Avec l’augmentation des prix du pétrole, la production de biocarburants gagne en rentabilité et devient plus attractive pour les investisseurs. Pour se développer, elle a besoin de matières premières végétales qu’elle trouve également sur le marché alimentaire[29]. D’après Nicolas Sarkozy[30] mais aussi Jean Ziegler[31], la spéculation sur le marché des denrées alimentaires est la raison pouvant justifier la flambée des prix connue en 2008[25].
Enfin, le gaspillage n’entraîne pas une augmentation de la demande dans le temps, mais gonfler celle-ci et fait donc pression sur les prix. D'après le Programme des Nations unies pour l'environnement[32], la moitié de la production alimentaire mondiale n'est pas consommée[25].
Offre alimentaire
[modifier | modifier le code]L’évolution du prix du pétrole influence l’offre alimentaire. En effet, dans un système d’agriculture industrielle, cette augmentation entraîne celle des coûts de production à travers le coût des engrais et des pesticides. Enfin, dans un système mondialisé, elle a également un impact sur le coût du transport[33]. L’offre alimentaire et le libre marché sont également faussés par la concurrence déloyale que se livrent les différents États[34] : les subventions, comme celles octroyées dans le cadre de la politique agricole commune, permettent à des agriculteurs de pratiquer le dumping sur les marchés extérieurs. D’autres moyens existent pour fausser la concurrence : quota, droit de douane, règles sanitaires…
Inaccessibilité physique
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L’inaccessibilité physique (ou géographique) est due en partie au phénomène d’urbanisation vécu par les pays du Sud depuis quelques décennies. La FAO note d’ailleurs que les populations rurales souffrent globalement moins de la faim car elles ont encore accès à un terrain pour produire l’essentiel de leur alimentation[35]. Cette urbanisation est due à la pauvreté des campagnes, mais elle est aussi parfois entraînée par les politiques d’expropriation menées par certains États dans le but de revendre les terres à de grands groupes industriels ou à des fonds spéculatifs (hedge funds)[36]. L’inaccessibilité physique est également due au manque de rendement agricole et aux mauvaises infrastructures du Sud. Des capacités de stockage défaillantes entraînent une détérioration des récoltes. Les voies de transports insuffisantes rendent difficiles l’approvisionnement et le déploiement de l’aide d’urgence en cas de famine[37]. En outre, les retards d’irrigation dans les pays pauvres, gardent leurs productions agricoles dépendantes à 95 % des pluies[38]. L’outillage rudimentaire des populations rurales pèse sur leurs récoltes au niveau local mais a aussi un impact sur l’offre agricole mondiale[25].
Guerre et problèmes climatiques
[modifier | modifier le code]La guerre et les guerres civiles ainsi que les problèmes climatiques (sècheresses, inondations…) ont une influence sur la sous-alimentation à de nombreux niveaux.
Les conflits entraînent souvent la déportation des populations. Ils empêchent donc la culture des champs mais aussi l’utilisation des récoltes. S’ils ne détruisent pas les infrastructures, ils empêchent, en rendant dangereuse, leur utilisation. Il en va de même pour les problèmes climatiques[25].
Les accords de libre-échange sont également considérés comme une cause importante de la faim dans le monde. Le fait d'ouvrir les frontières, notamment avec l'Europe via les APE, déstabilisent énormément les agricultures dans les pays du sud, notamment en Afrique. En cause, l'ouverture du libre-échange sans les contreparties pour les pays pauvres, marginalisent encore plus ces régions[39].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Hunger » (voir la liste des auteurs).
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 (en) Alessio Fasano, « The Physiology of Hunger », The New England Journal of Medicine, vol. 392, no 4, , p. 372–381 (ISSN 1533-4406, PMID 39842012, DOI 10.1056/NEJMra2402679, lire en ligne
, consulté le ) - 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 (en) Georgia S. Clarke, Amanda J. Page et Sally Eldeghaidy, « The gut-brain axis in appetite, satiety, food intake, and eating behavior: Insights from animal models and human studies », Pharmacology Research & Perspectives, vol. 12, no 5, , e70027 (ISSN 2052-1707, PMID 39417406, PMCID 11483575, DOI 10.1002/prp2.70027, lire en ligne, consulté le )
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- ↑ Entre 1950 et 2000, la population mondiale a été multipliée par 2,4 tandis que la production agricole l’a été par 2,6. Voir aussi Révolution verte.
- ↑ Jean Ziegler, L'Empire de la honte, Fayard, 2005 (ISBN 2-213-62399-6) réédition poche (ISBN 978-2-253-12115-2) p. 130.
- ↑ rapport FAO de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, voir également le documentaire We feed the world
- ↑ Résumé du rapport, FAO, 12 juillet 2023.
- ↑ Selon un rapport des Nations Unies, 122 millions de personnes supplémentaires sont touchées par la faim depuis 2019, en raison de crises multiples, FAO, 12 juillet 2023.
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- ↑ "Price Volatility in agricultural Markets", Policy Brief, FAO, december 2010, disponible en ligne
- ↑ "Perspectives du marché de la viande en Chine 2011-2015", Ministère canadien de l'agriculture, Service d'exportation agroalimentaire, juillet 2010
- ↑ "Frères humains, devenez végétariens", Doan Bui, Le Nouvel Observateur, 05/2008
- ↑ "Production de biocarburants", Agricultural Outlook, OCDE, consulté le 01/09/2011
- ↑ "Présentation de la présidence française du G20 et du G8" (Conférence de presse), Nicolas Sarkozy, 24/01/2011
- ↑ "Ne parler que du climat est une hypocrisie totale", Jean Ziegler et Cathy Ceïbe, l’Humanité, 26/07/2011
- ↑ "Une révolution verte pour nourrir le monde", Programme des Nations Unies pour l'Environnement, 17/02/2009
- ↑ "La Hausse des Prix Alimentaires, Causes et conséquences", OCDE
- ↑ « Les causes de la faim : Examen des crises alimentaires qui secouent l’Afrique », Document d’information Oxfam, juillet 2006
- ↑ Site de la FAO, consulté le 01/09/2011
- ↑ "En pleine famine, l’Éthiopie vend ses terres fertiles à des multinationales", PIAB, RTBF, 31/07/2011
- ↑ (en-US) « Online Nutrition Diet », sur Online Nutrition Diet (consulté le )
- ↑ "L’eau pour l’alimentation. L’eau pour la vie.", International Water Management Institute, traduit par le Bureau Régional de la FAO pour l’Afrique.
- ↑ Jacques Berthelot, « L'agriculture africaine dans la tenaille libre-échangiste », Le Monde Diplomatique, , p. 18-19 (ISSN 0026-9395)
Annexes
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Malnutrition et sous-alimentation
- Famine
- Jeûne (grève de la faim)
- Soif
- Sécurité alimentaire
- Kwashiorkor
- Action contre la faim
Liens externes
[modifier | modifier le code]- site de l' Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) :
- "Des OGM pour nourrir le monde ? Une mauvaise réponse technique à un problème politique", brochure éditée par Inf'OGM / Rés'OGM info, http://www.infogm.org/spip.php?article4227
- Objectifs du millénaire- blog de suivi de l'actualité des Objectifs du millénaire
- L'Arme de la Faim - Émission TSR, 1975