Sabotier
Le sabotier est une personne qui est spécialisée dans la fabrication des sabots, principalement en Europe occidentale entre 1500 et 1900.
Historique
[modifier | modifier le code]L'utilisation de sabots dans les campagnes françaises a perdurĂ© jusqu'au milieu du XXe siĂšcle[1]. Leur fabrication s'effectuait par les paysans eux-mĂȘmes mais l'art des sabotiers permettait d'en sculpter en nombre, « de les garnir de cuir ou de les clouter »[1]. Au moins un stĂšre de bois Ă©tait nĂ©cessaire pour en rĂ©aliser une douzaine de paires[1].
Description d'une hutte de sabotiers
[modifier | modifier le code]« La hutte, d'aspect primitif, Ă©tait (...) Ă la fois lieu de vie et lieu de travail. Les sabotiers la construisirent dans la forĂȘt, Ă proximitĂ© d'une source. Elle Ă©tait formĂ©e d'une armature de poteaux enfoncĂ©s dans le sol. Sur cette armature, on montait les murs et le toit, gĂ©nĂ©ralement avec les matĂ©riaux offerts par la forĂȘt et les alentours : mottes de terre, branchages, genĂȘt, paille.. La porte, seule ouverture de la hutte, Ă©tait faite de planches, de rondins ou de genĂȘts. Au milieu du toit Ă©tait percĂ© un trou afin de laisser s'Ă©chapper la fumĂ©e : un bon feu Ă©tait entretenu jour et nuit dans le foyer au centre de la hutte. Il avait plusieurs fonctions : rĂ©chauffer la hutte, cuire la nourriture et faire sĂ©cher les piles de sabots neufs creusĂ©s dans le bois vert »[2].


Le travail des sabotiers
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Cette description des sabotiers bretons est probablement valable pour de nombreuses autres régions :
« Longtemps, les sabotiers s'Ă©taient bornĂ©s Ă Ă©difier des cabanons temporaires sur les cantons en cours de vidange[n 1], se dĂ©plaçant tous les deux ou trois ans, au rythme des ventes. Au XVIIIe siĂšcle (...) on observe chez ces artisans une tendance Ă la stabilisation, sans qu'ils se dĂ©partissent de leur esprit sauvage et volontiers particulariste. Le comte d'Essuiles[n 2] note (...) [en] 1785 que beaucoup d'entre eux ont Ă©difiĂ© des huttes au "plus Ă©pais des bois et Ă demeure", certaines de grandes dimensions. (...) Les hommes s'adonnaient Ă l'Ă©tronçage[n 3], au rabotage et au finissage des pieds de hĂȘtres dont ils s'Ă©taient portĂ©s sĂ©parĂ©ment adjudicataires ; les femmes Ćuvraient Ă l'apprĂȘt final des sabots (ciselures), nourrissant elles-mĂȘmes quelques volailles, voire quelques tĂȘtes de bĂ©tail (vaches, cochons) qu'elles laissaient vagabonder dans les landes environnantes. TrĂšs individualistes, les sabotiers ne travaillaient guĂšre en commun (...), frayant peu avec les paysans riverains, leurs principaux clients, qui les accusaient volontiers, Ă tort, de pratiques malĂ©fiques. »
â Michel Duval, ForĂȘts bretonnes en RĂ©volution. Mythes et rĂ©alitĂ©s[3]
à la fin du XVIIIe siÚcle une nouvelle technique de fabrication des sabots, façon dite d'Auvergne, permit de fabriquer des sabots d'une plus grande légÚreté, se démarquant des sabots rustiques traditionnels. On y apposait un vernis jaune et on incisait de fines entailles noires. « Moins résistants que leurs lourds sabots dont usaient habituellement les populations rurales, ces galoches[n 4] devaient à leur aspect séduisant de recevoir un meilleur accueil auprÚs de la clientÚle urbaine »[3].
Les sabotiers se répartissaient en deux catégories :
- les « planeurs » qui façonnaient l'extérieur du sabot ;
- les « creuseurs » qui réalisaient l'intérieur[4].
En France, leur saint patron est saint René. En Belgique, c'est saint Joseph qui est honoré à ce titre.
En 2010, il existe encore une dizaine d'artisans qui pratiquent ce métier en France, et seulement deux au Québec[5].
Le sabotier choisit le bois en fonction de l'utilisation future du sabot et des habitudes régionales (voir sabot). Chaque essence a ses défauts et ses qualités.
- Atelier de sabotier (reconstitution, écomusée de Plouigneau).
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- â C'est-Ă -dire d'abattage des arbres de la parcelle forestiĂšre concernĂ©e.
- â Jean-François de Barandier, comte d'Essuiles (dit aussi de BarandiĂ©ry-Montmayeur d'Essuile), nĂ© en 1718, mort aprĂšs 1790, fut capitaine dans l'armĂ©e royale ; chargĂ© de faire une Ă©tude sur les forĂȘts domaniales, il obtint une concession pour en exploiter une pour le roi, mais la RĂ©volution l'en priva.
- â Coupe et dĂ©coupe des troncs des arbres.
- â Une galoche Ă©tait un sabot Ă semelle de bois avec dessus en cuir.
Références
[modifier | modifier le code]- 1 2 3 Le Tour de France des mĂ©tiers d'autrefois, ouvrage collectif, Ăditions Sutton, Tours, 1er trimestre 2023 (2e édition), 176 p., p. 77 (ISBN 978-2-8138-1371-8)
- â Sylvie Le Menn-Pellada, Sabotiers des forĂȘts de Bretagne, Ă©ditions Le TĂ©lĂ©gramme, 1997, (ISBN 2909292231).
- 1 2 Michel Duval, ForĂȘts bretonnes en RĂ©volution. Mythes et rĂ©alitĂ©s., SpĂ©zet, Nature et Bretagne, , 237 p. (ISBN 2-85257-080-7).
- â R. Huysecom, En passant par l'Ardenne avec mes sabots, Porcheresse (Belgique), MusĂ©e du sabot.
- â « Des mĂ©tiers d'autrefois aux Forges », sur L'Hebdo du Saint-Maurice, .
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Raymond Humbert, Le sabotier (coll. « Métiers d'hier et d'aujourd'hui »), Paris, Berger-Levrault, 1979, 104 p., ill.
Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Révolte des sabotiers (vers 1650, France)
- Musée du Sabot à La Haye-de-Routot
- Liste des anciens métiers
- Sabots de Bethmale