« Banque Transatlantique » : différence entre les versions
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Section « Sous l'Occupation » reformulée et sourcée phrase par phrase (N. Stoskopf, Histoire du CIC, p. 91-98), selon la proposition faite en page de discussion le 20/09 (relance le 18/10), sans objection. Retrait de formulations absentes de la source (« prix dérisoire », « termes mêmes du CIC ») ; correction : c'est le CIC, non la banque, qui échappe à la nationalisation en 1945. Qualifications raciales de l'époque attribuées aux personnes retirées, faits inchangés. |
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=== La Banque Transatlantique sous l'Occupation (1940-1944) === |
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En {{date|septembre 1940}}, le président de la banque, Georges Despret, révoque les administrateurs juifs réfugiés en zone libre, une manœuvre que l'historien [[Jean-Marc Dreyfus]] qualifie de « putsch bancaire »<ref name="stoskopf-cic-91">{{Ouvrage |langue=fr |auteur1=Nicolas Stoskopf |titre=Histoire du Crédit industriel et commercial (1859-2009) |éditeur=La Branche |année=2009 |passage=91 |lire en ligne=https://hal.science/hal-00946846 |consulté le=2026-09-13}}</ref>. Elle n'empêche pas l'établissement d'être classé comme juif en application de l'ordonnance allemande du {{date|18 octobre 1940}}, qui vise notamment les sociétés dont le président ou plus du tiers des administrateurs étaient juifs au 23 mai 1940 et prévoit la nomination d'administrateurs provisoires chargés de « supprimer définitivement l'influence juive dans l'économie française » ; François de Flers, directeur de la [[Banque de l'Indochine]], est désigné à ce titre<ref name="stoskopf-cic-91" />. |
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Le [[régime de Vichy]] cible les banques fondées ou détenues par des personnes [[Juifs|juives]] et les soumet à sa législation raciste. Plusieurs banques se montrent intéressées pour prendre le contrôle de la Banque Transatlantique, dont la [[Dresdner Bank]]. C'est toutefois le [[Crédit industriel et commercial|CIC]] qui met la main sur la Banque Transatlantique<ref name="ref_auto_1">Nicolas Stoskopf, 150 ans du CIC, 1859-2009, Éd. la Branche, 2009</ref> ; il utilise [[Ordonnance pour l'élimination des Juifs de la vie économique de l'Allemagne|l’ordonnance allemande du 18 octobre 1940]], qui prévoyait la nomination d’administrateurs provisoires dans les banques afin de « supprimer définitivement l’influence juive dans l’économie ». Le {{date|10 janvier 1941}}, le CIC précisa ses intentions en indiquant que, pour que la Banque Transatlantique puisse être classée comme aryenne, il était disposé à racheter les 25 000 actions détenues par une de ses filiales, l’UFICO. |
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Huit groupes financiers s'intéressent au rachat de la banque, tandis qu'un consortium germano-néerlandais proche de la [[Dresdner Bank]] recueille des informations<ref name="stoskopf-cic-91" />. Le [[Crédit industriel et commercial|CIC]] vise surtout ses deux filiales nord-africaines, la Banque de Tunisie et la Banque commerciale du Maroc<ref name="stoskopf-cic-91" />. Dans une note interne du {{date|10 janvier 1941}}, il se déclare prêt, pour que la banque puisse être classée comme aryenne, à racheter les {{nombre|25000|actions}} détenues par sa filiale UFICO, et envisage de liquider la Banque Transatlantique<ref name="stoskopf-cic-91" />. |
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Mais le CIC acquit en outre 4 650 actions de l’épouse « aryenne » séparée de biens de Léon Cotnareanu, « Juif roumain », et 1 600 actions appartenant à Raymond Weill, « Juif, résidant en zone libre » pour niveler son compte débiteur à l’égard de la liquidation de la banque Weill, filiale de la Transatlantique. Au total, le CIC se procura 35 350 titres, soit 27 % du capital pour le prix dérisoire de 24,5 millions de francs. Il faut y ajouter les 5 332 titres (13% du capital) de la Banque de Tunisie et les 10 010 (12,5% du capital) de la BCM achetés à l’UFICO aux cours de 1 000 et 250 francs, soit un montant total de 7,8 millions. |
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Le CIC commence à acheter des actions en Bourse le {{date|9 avril 1941}}<ref name="stoskopf-cic-92">{{Ouvrage |langue=fr |auteur1=Nicolas Stoskopf |titre=Histoire du Crédit industriel et commercial (1859-2009) |éditeur=La Branche |année=2009 |passage=92 |lire en ligne=https://hal.science/hal-00946846 |consulté le=2026-09-13}}</ref>. Le {{date|6 mai 1941}}, l'Office allemand de surveillance des banques l'autorise à acquérir les titres de l'UFICO, mais lui interdit de liquider la banque<ref name="stoskopf-cic-92" />. La cession de ces titres est conclue le {{date|31 mai 1941}} : le CIC réunit alors {{nombre|35350|actions}}, soit 27 % du capital, pour un montant total de 24,5 millions de francs<ref name="stoskopf-cic-92" />. Il acquiert notamment {{nombre|4650|actions}} de l'épouse, séparée de biens, de Léon Cotnareanu, et {{nombre|1600|actions}} de Raymond Weill, cédées pour solder son compte débiteur envers la banque Weill, filiale de la Transatlantique alors en liquidation<ref name="stoskopf-cic-92" />. Il y ajoute, pour 7,8 millions de francs, les {{nombre|5332|titres}} de la Banque de Tunisie (13 % de son capital) et les {{nombre|10010|titres}} de la Banque commerciale du Maroc (12,5 %) détenus par l'UFICO<ref name="stoskopf-cic-92" />. Devenu le premier actionnaire, le CIC prend le contrôle de la banque : son directeur général, Charles Dangelzer, succède à Georges Despret à la présidence<ref name="stoskopf-cic-92" />. |
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Cette opération sous contrôle de l'occupant fut décrite comme une « aryanisation brutale » dans les termes mêmes du CIC. Devenu le principal actionnaire de la Banque transatlantique, le CIC y prit le pouvoir : Charles Dangelzer, directeur général du CIC, remplaça Georges Despret à la présidence. En {{date|octobre 1946}}, devant le Comité national interprofessionnel d’épuration (CNIE), Dangelzer affirma que le CIC avait voulu « écarter toute ingérence possible de l’ennemi dans les deux filiales nord-africaines dont la situation juridique du moment constituait une menace grave de conséquences ». |
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Dans son histoire du CIC, Nicolas Stoskopf écrit que celui-ci « participa incontestablement à une "aryanisation brutale" », selon l'expression de Jean-Marc Dreyfus<ref name="stoskopf-cic-93">{{Ouvrage |langue=fr |auteur1=Nicolas Stoskopf |titre=Histoire du Crédit industriel et commercial (1859-2009) |éditeur=La Branche |année=2009 |passage=93 |lire en ligne=https://hal.science/hal-00946846 |consulté le=2026-09-13}}</ref>. |
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Durant l'épuration, la banque échappa de peu à la nationalisation<ref name="ref_auto_1" />: son sort fut tranché au Palais Bourbon le dimanche {{date|2 décembre 1945}}, quand le [[Charles de Gaulle|général de Gaulle]] lui-même intervint auprès des députés pour que la Transatlantique et le CIC ne soient pas compris dans la liste votée pour expropriation. |
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Le {{date|27 octobre 1945}}, le CIC conclut avec Raymond Weill un protocole destiné à régler les difficultés nées de l'éviction des dirigeants juifs de la banque et de ses filiales<ref name="stoskopf-cic-93" />. Le {{date|2 décembre 1945}}, le CIC échappe de justesse à la [[Nationalisation|nationalisation]] des grandes banques de dépôt, après l'intervention en séance du général [[Charles de Gaulle|de Gaulle]] pour défendre le projet initial du gouvernement<ref name="stoskopf-cic-96-98">{{Ouvrage |langue=fr |auteur1=Nicolas Stoskopf |titre=Histoire du Crédit industriel et commercial (1859-2009) |éditeur=La Branche |année=2009 |passage=96-98 |lire en ligne=https://hal.science/hal-00946846 |consulté le=2026-09-13}}</ref>. En {{date|octobre 1946}}, devant le Comité national interprofessionnel d'épuration, Charles Dangelzer affirme que le CIC voulait « écarter toute ingérence possible de l'ennemi » dans les deux filiales nord-africaines<ref name="stoskopf-cic-93" />. |
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=== Au sein du groupe CIC (1946-1967) === |
=== Au sein du groupe CIC (1946-1967) === |
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Version du 25 octobre 2026 à 16:32
| Banque Transatlantique | |
| Création | |
|---|---|
| Fondateurs | Eugène Pereire |
| Forme juridique | SA à directoire (s.a.i.) (d)[1] |
| Slogan | Un pont vers de nouveaux horizons. |
| Siège social | Paris |
| Directeurs | Bruno Julien-Laferrière (d) |
| Activité | Autres intermédiations monétaires (d)[1] et activités de services financiers, à l’exception des assurances et des caisses de retraite (d)[2] |
| Société mère | Crédit industriel et commercial |
| Filiales | Banque Transatlantique Belgium, Banque Transatlantique Luxembourg, Dubly Transatlantique Gestion |
| Effectif | 470 |
| SIREN | 302695937 |
| TVA européenne | FR34542016381 |
| Site web | www.banquetransatlantique.com |
| Chiffre d'affaires | 206 millions d’euros (2023) |
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La Banque Transatlantique est une banque privée fondée en 1881 par Eugène Pereire. Son siège social, établi à Paris (8e) au no 26, avenue Franklin-D.-Roosevelt, pilote des filiales, succursales et bureaux de représentation à l'étranger, dont à Bruxelles, Luxembourg, Londres[3], Montréal, Singapour, New York, Hong Kong, San Francisco et Boston. Elle est spécialisée dans la gestion de l'épargne des hauts fonctionnaires.
La Banque Transatlantique est une filiale de Crédit Mutuel Alliance Fédérale[4]. Elle est organisée autour de 3 métiers principaux : la gestion privée ; la gestion des hauts fonctionnaires, diplomates & des expatriés ; et l'actionnariat managers (stock-options et attributions gratuites d'actions).
Histoire
Fondation et premières années (1881-1932)
La Banque Transatlantique est l'héritière de la Société franco-tunisienne de crédit industriel et commercial, fondée en 1879 par la Société marseillaise de crédit, puis de la Société des comptoirs maritimes de crédit industriel et commercial, créée en 1880 avec Eugène Pereire[5]. Elle est fondée à Paris le à l'initiative d'Eugène Pereire, président de la Compagnie générale transatlantique, qui en prend la présidence ; Henri Durangel et Albert Rey en sont les vice-présidents, Léonce Bloch l'administrateur délégué[5].
Les débuts sont difficiles, marqués par le krach de 1882 et deux réductions de capital en 1884 et 1886[5]. La banque s'implante au Maghreb en fondant en 1884 la Banque de Tunisie, à laquelle elle apporte son agence de Tunis[5]. Elle étend ensuite ses activités : elle participe en 1891 à la constitution de la Société des grands travaux de Marseille, qui réalise l'assainissement de la ville, s'associe en 1899 au Crédit algérien pour créer la Société des hauts fourneaux, forges et aciéries de Pompey et patronne en 1901, aux côtés de la Compagnie générale transatlantique, les chantiers navals de Saint-Nazaire ; elle s'intéresse aussi à la production de gaz et d'électricité, à la télégraphie et aux transports, en France comme en Amérique latine, en Europe centrale et en Russie[5]. En 1905, Eugène Pereire cède la présidence à Henri Durangel, auquel succède en 1909 Salomon Halfon[5]. En 1911, la banque participe avec la Banque de Tunisie à la fondation de la Banque commerciale du Maroc[5]. Dès avant l'éclatement de la Première Guerre mondiale, elle est l'une des grandes banques d'affaires françaises[6]. Elle croît toutefois moins vite que sa concurrente d'alors, la Banque de Paris et des Pays-Bas. Son actionnariat est en effet très dispersé[6].
Après la guerre, la banque prend une participation dans la Banque commerciale africaine et fonde en 1920 la Société immobilière du quartier de l'Opéra, qui construit son siège du no 17, boulevard Haussmann[5]. Auguste Thurneyssen succède en 1923 à Salomon Halfon à la présidence[5]. La banque crée en 1928 l'Union financière et coloniale (UFICO), chargée de financer les relations commerciales avec l'outre-mer, et reprend la clientèle de la Banque française et espagnole la même année, puis celle de la succursale parisienne de l'Anglo South American Bank en 1929[5]. Georges Despret prend la présidence en 1930[5].
Reprise de la clientèle de la banque Dosseur
À la suite de la crise de 1929, la banque Dosseur & Cie, spécialisée depuis près d'un siècle dans les services bancaires aux diplomates français, se trouve en cessation de paiements en 1933[7],[8],[5]. La Banque Transatlantique avait déjà organisé un service destiné aux fonctionnaires du Quai d'Orsay : le comité de défense des intérêts des agents du ministère des Affaires étrangères, qui réunit les anciens clients de la banque Dosseur, engage alors des pourparlers avec elle[8]. Les accords conclus, présentés aux actionnaires lors de l'assemblée générale de 1934, lui apportent cette clientèle d'agents diplomatiques et consulaires, à Paris comme à l'étranger[8]. Elle ouvre un bureau au Quai d'Orsay pour permettre aux diplomates de passage à Paris d'y réaliser leurs opérations[5]. Elle devient ainsi la « banque du Quai d'Orsay »[7] et disposait encore en 2016 d'une agence au sein du ministère, rue de la Convention[7].
Au début de l'année 1934, la banque participe avec De Beers et la Forminière à la constitution du Comptoir diamantaire anversois, créé sous les auspices de la Société belge de banque pour coordonner l'activité des producteurs, tailleurs et distributeurs de diamants[8].
Croissance (1933-1940)
La crise des années 1930 frappe durement certaines filiales : la Banque commerciale africaine doit fermer neuf agences entre 1931 et 1933[5]. Au début de 1936, le président Georges Despret et son vice-président René Fould appellent Raymond Weill à la direction générale ; celui-ci apporte sa banque privée, qui est mise en liquidation, et redresse l'établissement, fragilisé par les difficultés de sa filiale UFICO[5]. En 1936, la banque reprend aussi la clientèle de la Commercial Bank of Egypt[5]. Weill prend le contrôle du conseil d'administration[6] ; en quelques années, le volume de dépôts est multiplié par six[6]. En 1939, le conseil d'administration comprend René Fould, Philip Cortney et d'autres personnalités de premier plan[6].
La Banque Transatlantique sous l'Occupation (1940-1944)
En , le président de la banque, Georges Despret, révoque les administrateurs juifs réfugiés en zone libre, une manœuvre que l'historien Jean-Marc Dreyfus qualifie de « putsch bancaire »[9]. Elle n'empêche pas l'établissement d'être classé comme juif en application de l'ordonnance allemande du , qui vise notamment les sociétés dont le président ou plus du tiers des administrateurs étaient juifs au 23 mai 1940 et prévoit la nomination d'administrateurs provisoires chargés de « supprimer définitivement l'influence juive dans l'économie française » ; François de Flers, directeur de la Banque de l'Indochine, est désigné à ce titre[9].
Huit groupes financiers s'intéressent au rachat de la banque, tandis qu'un consortium germano-néerlandais proche de la Dresdner Bank recueille des informations[9]. Le CIC vise surtout ses deux filiales nord-africaines, la Banque de Tunisie et la Banque commerciale du Maroc[9]. Dans une note interne du , il se déclare prêt, pour que la banque puisse être classée comme aryenne, à racheter les 25 000 actions détenues par sa filiale UFICO, et envisage de liquider la Banque Transatlantique[9].
Le CIC commence à acheter des actions en Bourse le [10]. Le , l'Office allemand de surveillance des banques l'autorise à acquérir les titres de l'UFICO, mais lui interdit de liquider la banque[10]. La cession de ces titres est conclue le : le CIC réunit alors 35 350 actions, soit 27 % du capital, pour un montant total de 24,5 millions de francs[10]. Il acquiert notamment 4 650 actions de l'épouse, séparée de biens, de Léon Cotnareanu, et 1 600 actions de Raymond Weill, cédées pour solder son compte débiteur envers la banque Weill, filiale de la Transatlantique alors en liquidation[10]. Il y ajoute, pour 7,8 millions de francs, les 5 332 titres de la Banque de Tunisie (13 % de son capital) et les 10 010 titres de la Banque commerciale du Maroc (12,5 %) détenus par l'UFICO[10]. Devenu le premier actionnaire, le CIC prend le contrôle de la banque : son directeur général, Charles Dangelzer, succède à Georges Despret à la présidence[10].
Dans son histoire du CIC, Nicolas Stoskopf écrit que celui-ci « participa incontestablement à une "aryanisation brutale" », selon l'expression de Jean-Marc Dreyfus[11].
Le , le CIC conclut avec Raymond Weill un protocole destiné à régler les difficultés nées de l'éviction des dirigeants juifs de la banque et de ses filiales[11]. Le , le CIC échappe de justesse à la nationalisation des grandes banques de dépôt, après l'intervention en séance du général de Gaulle pour défendre le projet initial du gouvernement[12]. En , devant le Comité national interprofessionnel d'épuration, Charles Dangelzer affirme que le CIC voulait « écarter toute ingérence possible de l'ennemi » dans les deux filiales nord-africaines[11].
Au sein du groupe CIC (1946-1967)
L'intégration de la Banque Transatlantique au groupe CIC après la guerre ne se fait pas sans difficulté. En 1946, l'établissement cesse d'être une banque d'affaires : devenu banque de dépôt, il doit se défaire de ses participations industrielles[5]. Il apporte néanmoins au groupe sa connaissance de l'étranger et de l'outre-mer, ainsi que ses liens avec des entreprises de la construction navale, de l'électricité et des travaux publics[5].
Faute de pouvoir ouvrir des agences de quartier, qui feraient concurrence au réseau du CIC, la banque développe sa clientèle de particuliers en reprenant celle d'établissements qui cessent leur activité : la Banque italo-française de crédit en 1948, puis en 1954 la banque Flury-Hérard, qui servait presque uniquement des diplomates[5].
Le dirigisme et le protectionnisme des années 1950 desservent une banque tournée vers l'international. Son poids dans le groupe s'effondre : son bilan équivalait au tiers de celui du CIC en 1941 ; en 1965, il n'en vaut plus que 6 %. L'historien Nicolas Stoskopf évoque une banque « mise en sommeil »[5]. En 1963, Philippe Aymard, entré à la Banque Transatlantique en 1939, en devient le directeur général[5].
Ouverture du capital (1968-1989)
En 1970, Philippe Aymard, directeur général depuis 1963, succède à Charles Dangelzer à la présidence[13]. Il s'appuie sur l'ouverture internationale de l'économie française, à partir des années 1960, pour occuper des créneaux spécialisés. La banque s'affirme comme le partenaire des Français installés hors de France : elle élargit sa clientèle à des cadres d'entreprise, à des conseillers commerciaux et à des coopérants techniques, et leur propose des services adaptés, notamment pour gérer leur patrimoine mobilier ou immobilier.
Elle accueille aussi, au capital, des banques étrangères désireuses de s'implanter à Paris pour accompagner leurs propres clients. La Banque de Montréal entre au capital en 1968, à hauteur de 5 %. En 1969, la Göteborg Bank (Suède) et la Christiana Bank og Kreditkasse (Norvège) ouvrent une phase nordique, rejointes en 1970 par la Helsingfors Aktiebank (Finlande), puis en 1972 par la Privatbanken (Danemark). Réunies, les banques nordiques détiennent 10 % du capital et siègent par l'intermédiaire d'un administrateur tournant[13].
En 1974, le CIC cède au Credito Italiano une participation de 20 % dans la banque, qui crée alors un département italien en son sein. Dans le même temps, la Banque de Montréal relève sa part de 5 % à 10 %[13].
En 1982, ces participations étrangères la mettent à l'abri de la nationalisation. Philippe Aymard quitte la présidence en 1986, remplacé par François de Sieyès[13].
Elle diversifie aussi ses services : gestion de trésorerie, gestion des plans d'épargne salariale et des options d'achat d'actions, accompagnement de non-résidents souhaitant acquérir un bien immobilier en France. Elle développe enfin son réseau à l'international, avec des bureaux notamment à Londres, à Singapour et à Sydney[13].
Les années 1990
Au début des années 1990, le CIC est l'actionnaire principal de la Banque Transatlantique, aux côtés du Credito Italiano, d'une compagnie financière du groupe Elkann et de banques scandinaves[14]. La First Canadian Financial Corp, qui détenait 20 % du capital, s'en retire au début de l'année 1991[14]. En , le CIC franchit le seuil de la moitié du capital à la faveur du désengagement de la compagnie Elkann ; il en détient 61 % à l'été 1993[15].
En , le Credito Italiano annonce à son tour son intention de céder sa participation, proche de 20 %, la banque italienne s'implantant alors en France pour y accompagner ses propres clients ; elle déclare vouloir conserver au moins 5 % du capital[14]. À l'été 1993, les discussions n'ont pas abouti[15].
Engagée à partir de 1988 dans l'immobilier d'entreprise, la banque y accumule 600 millions de francs d'encours, dont plus de la moitié se révèlent improductifs. François Blanchard, qui prend la direction de l'établissement en , engage un redressement : après une dotation aux provisions de 100 millions de francs en 1992 puis de 50 millions en 1993, le taux de provisionnement des encours immobiliers atteint 25 %, et un plan social bouclé en ramène les effectifs de 364 à 280 personnes[15]. La banque recentre son activité sur ses deux clientèles traditionnelles, les Français expatriés et les filiales françaises de groupes étrangers, et ouvre à la rentrée 1993 un deuxième bureau à l'étranger, à Washington[15].
La Banque Transatlantique aujourd'hui
En , l'État annonce la cession au Crédit mutuel de 67 % du capital du CIC, alors filiale du Gan[16],[17]. En 2001, ce premier devient actionnaire à 100 % de la Banque Transatlantique, à la suite d'une offre publique d'achat (OPA) sur le solde du capital, suivi d'une OPR (opération de retrait de la cote).
Le Crédit Mutuel Alliance Fédérale mandate alors sa filiale pour apporter aux clients de son réseau ses compétences en gestion privée qu’elle réservait auparavant à sa clientèle propre. La banque ouvre un bureau à Hong Kong une dizaine d'années après son implantation à Singapour ; ce bureau célèbre ses quinze ans en 2026[18]. Elle crée en 2012 un fonds de dotation agissant comme fondation abritante, qui a levé plus de 23 millions d'euros depuis sa création[19]. Implantée à Londres depuis 1986[20], elle y ouvre en une filiale de gestion privée, Transatlantique Private Wealth, destinée aux résidents britanniques ayant des liens avec la France et aux expatriés français[3].
Activités
La Banque Transatlantique exerce trois métiers : la gestion de fortune, l'accompagnement d'une clientèle internationale et l'actionnariat des dirigeants et des salariés[20]. Elle dispose d'une filiale de gestion d'actifs à New York, agréée par la Securities and Exchange Commission[20].
En 2025, la banque publie avec le Centre d'étude et de recherche sur la philanthropie (CerPhi) une étude comparant les pratiques philanthropiques des ménages fortunés en France et aux États-Unis[21],[22],[23].
Implantations


Siège
En décembre 1999, la Banque Transatlantique vend son siège historique du 17, boulevard Haussmann[24]. Profondément restructuré, l'immeuble accueille à partir de 2002 le siège français du groupe Danone[25].
En septembre 2000, la banque s'installe au 26, avenue Franklin-D.-Roosevelt[5], dans un immeuble Art déco construit de 1926 à 1929 par l'architecte Joseph Marrast pour la banque Dupont[26][27]. La façade porte un bas-relief de Paul Silvestre ; les ferronneries, dont la grille d'entrée, la rampe d'escalier et la grille d'ascenseur, sont de Raymond Subes[26][28]. Les luminaires sont de la maison Perzel et la moquette a été tissée d'après Ivan da Silva-Bruhns[28]. L'immeuble est inscrit au titre des monuments historiques le , puis classé par arrêté du [26].
En France
La banque dispose d'implantations à Angers, Bordeaux, Lyon, Marseille, Mulhouse, Nantes, Orléans, Paris, Strasbourg et Toulouse ; sa filiale de gestion de portefeuille, Dubly Transatlantique Gestion, est présente à Lille, Nancy, Paris et Strasbourg[29].
Dans le monde
La Banque Transatlantique renforce sa présence en Europe en prenant en 2002 60 % du capital de la Mutuel Bank Luxembourg, puis en créant en 2005 une filiale en Belgique, Banque Transatlantique Belgium[5]. Elle est aujourd'hui présente au Luxembourg par Banque Transatlantique Luxembourg[29]. La filiale belge, présente à Bruxelles depuis 2005[30], est installée aux numéros 9 et 14 de la rue De Crayer[31] ; le numéro 9, à l'angle de la rue Jordaens, est un hôtel particulier de style Beaux-Arts construit en 1909 par l'architecte Pierre De Groef, inscrit à l'inventaire légal du patrimoine de la Région de Bruxelles-Capitale en 2024[32] ; elle a également une implantation à Courtrai[29].
À Londres, où elle est présente depuis 1986[20], la banque dispose d'une succursale et, depuis 2025, d'une filiale de gestion privée, Transatlantique Private Wealth (UK)[3][29]. Aux États-Unis, elle a des bureaux de représentation à New York, Boston et San Francisco, adossés à une société de conseil en investissement, Transatlantique Private Wealth[29]. En Asie, elle est représentée à Singapour et à Hong Kong[29][18].
Sources
- J. Autin et H. Clement, Les Frères Pereire, le bonheur d’entreprendre, 1984
- Banque Transatlantique Sa: International Competitive Benchmarks and Financial Gap Analysis, 2000
- Nicolas Stoskopf, Dictionnaire historique des banques du groupe CIC, 2009
- Nicolas Stoskopf, 150 ans du CIC, 1859-2009, Éd. la Branche, 2009, 560 p. (ISBN 978-2-35306-038-2), (OCLC 470617378), lire en ligne archive [PDF]).
Références
- 1 2 Sirene (registre national des sociétés).
- ↑ Pressearchiv 20. Jahrhundert (organisation), consulté le .
- 1 2 3 Mathilde Castagna, « La Banque Transatlantique ouvre une filiale gestion privée au Royaume-Uni »
, sur L’Agefi, (consulté le ) - ↑ « Les filiales de Crédit Mutuel Alliance Fédérale », sur Crédit Mutuel Alliance Fédérale
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 Nicolas Stoskopf, Dictionnaire historique des banques du groupe CIC, (lire en ligne), p. 123-129
- 1 2 3 4 5 Collectif, Banques, Banque de France et Seconde Guerre mondiale, ALBIN MICHEL, (ISBN 978-2-226-37826-2, lire en ligne)
- 1 2 3 · Aliénor Bierer, « Banque Transatlantique: des diplomates jusqu’aux Français de l’étranger », sur l'Opinion, (consulté le )
- 1 2 3 4 « Banque transatlantique », Le Temps, , p. 4 (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 4 5 Nicolas Stoskopf, Histoire du Crédit industriel et commercial (1859-2009), La Branche, (lire en ligne), p. 91
- 1 2 3 4 5 6 Nicolas Stoskopf, Histoire du Crédit industriel et commercial (1859-2009), La Branche, (lire en ligne), p. 92
- 1 2 3 Nicolas Stoskopf, Histoire du Crédit industriel et commercial (1859-2009), La Branche, (lire en ligne), p. 93
- ↑ Nicolas Stoskopf, Histoire du Crédit industriel et commercial (1859-2009), La Branche, (lire en ligne), p. 96-98
- 1 2 3 4 5 Nicolas Stoskopf, Dictionnaire historique des banques du groupe CIC, (lire en ligne), p. 127-128
- 1 2 3 « Banque Transatlantique : le Credito Italiano près de sortir », Les Échos, (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 4 Sylvie Ramadier, « La Banque Transatlantique espère le retour au profit en 1994 », Les Échos, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « 14 avril 1998 : privatisation du C.I.C. et de Thomson-C.S.F. », sur Encyclopædia Universalis (consulté le )
- ↑ Renaud Belleville, « Bercy choisit de vendre le groupe CIC au Crédit Mutuel et recale la Société Générale et ABN Amro », Les Échos, (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 « Odile Le Goc : « Célébrer 15 ans de la Banque Transatlantique à Hong Kong » », sur lepetitjournal.com, (consulté le )
- ↑ Jean-Philippe Mas, « Les banques privées placent la philanthropie au centre du jeu »
, sur L'Agefi, (consulté le ) - 1 2 3 4 Nessim Ben Gharbia et Jean-Philippe Mas, « Odile Le Goc (Banque Transatlantique) : « L'international est dans notre ADN » »
, sur L'Agefi, (consulté le ) - ↑ « Impôts : les riches philanthropes face aux nouvelles taxes sur la fortune »
, sur Les Échos, (consulté le ) - ↑ « En matière de philanthropie, le grand écart transatlantique », La Croix,
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Liens externes
- Site officiel
- Ressource relative aux organisations :
