L’HISTOIRE VÉRIDIQUE ET SURPRENANTE DE VAL-JALBERT

Le village a été créé en 1901 pour abriter le moulin à pùte et les personnes qui y travaillaient, ainsi que leurs familles.

On appelle ce type de village, un « village de compagnie » car c’était une compagnie qui Ă©tait propriĂ©taire du site et des bĂątiments. Lorsqu’elle ferma ses portes en 1927, ses habitants ont dĂ©sertĂ© les lieux.

La naissance d’un site au fort potentiel pour installer un moulin à pulpe ─ 1901-1903

À la fondation de la Compagnie de pulpe Ouiatchouan en 1901, le pùre du projet, Damase Jalbert, entreprend la construction d’une usine ─ un moulin ─ qui entrera en production un an et demi plus tard.

 

Moulin à pulpe ─ 1901-1903

À la fin du XIXe siĂšcle, le secteur des pĂątes et papier connaĂźt une croissance fulgurante notamment aux États-Unis et en Europe. C’est dans ce contexte de forte demande pour le papier que Damase Jalbert*1 entreprend la construction d’une pulperie situĂ©e sur la riviĂšre Ouiatchouan*2, au pied de la chute, prĂšs de Chambord dans le Canton Charlevoix au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Afin de rĂ©pondre Ă  la demande amĂ©ricaine et europĂ©enne et sentant l’immense potentiel forestier de la rĂ©gion, Damase Jalbert, aprĂšs avoir rĂ©uni la somme de 15 000$ auprĂšs d’investisseurs convaincus, achĂšte un terrain au nom des fiduciaires de la compagnie de pulpe de Ouiatchouan afin de rĂ©aliser le futur projet. La nouvelle compagnie est incorporĂ©e le 27 avril 1901.

Sur ce terrain, il y a dĂ©jĂ  une maison, un moulin Ă  farine et de la machinerie. DĂšs 1901, les travaux de construction de la nouvelle usine et du futur village sont mis en branle. Une cinquantaine d’ouvriers s’affairent au nivelage du terrain afin d’y implanter une usine de 200 pieds (66 mĂštres) sur 60 pieds (20 mĂštres). Une voie ferrĂ©e d’un mille de long est amĂ©nagĂ©e afin de relier la pulperie du pied de la chute vers le village de Chambord. Un barrage de 28 pieds (9 mĂštres) de haut, de mĂȘme qu’un mur de pierre de 370 pieds (120 mĂštres) de long sont Ă©rigĂ©s. Le complexe industriel comprend aussi l’installation d’une dynamo qui fournira plus tard l’Ă©lectricitĂ© au village de mĂȘme qu’une scierie. Dix-huit mois plus tard, l’usine dĂ©bute ses opĂ©rations et, durant le premier hiver (1902-1903), celle-ci fonctionne rondement. Les employĂ©s s’affairent Ă  la production de pĂąte de bois mĂ©canique*3.

 

Afin d’accommoder les employĂ©s, une premiĂšre zone d’habitations est construite sur la rue Saint-Georges dĂšs 1901. Le nouveau village porte le nom de Ouiatchouan. Quatre maisons doubles (trois pour les employĂ©s et une pour le contremaĂźtre), une maison de pension et un petit hĂŽtel constituent les premiers bĂątiments du nouveau village. La maison du contremaĂźtre et une maison double d’ouvriers existent encore aujourd’hui, de mĂȘme que les vestiges de la chapelle inaugurĂ©e en 1903. DĂ©cĂ©dĂ© le 31 mars 1904, Damase Jalbert est considĂ©rĂ© comme le pĂšre fondateur du village-usine qui portera plus tard son nom.

*1-Damase Jalbert : NĂ© en 1842, Damase Jalbert est originaire de Cap-Saint-Ignace dans le comtĂ© de Montmagny. C’est d’abord comme navigateur Ă  bord de vaisseaux qui transportent du bois qu’il commence sa carriĂšre. AprĂšs un court sĂ©jour aux États-Unis puis Ă  Kamouraska comme commerçant, il s’Ă©tablira au Lac-Saint-Jean Ă  St-JĂ©rome-de-MĂ©tabetchouan pour y exploiter une fromagerie. Il Ɠuvrera par la suite dans le domaine du bois en achetant une concession forestiĂšre au lac des Commissaires puis une petite scierie au lac Ouiatchouan , prĂšs du lac Bouchette. Le commerce du bois Ă©tant trĂšs prospĂšre Ă  cette Ă©poque, il entreprendra la construction d’une pulperie sur la riviĂšre Ouiatchouan au dĂ©but du 20e siĂšcle. Damase Jalbert aura 8 enfants.

*2-Ouiatchouan,signification :

En langue crie: WIAW (croche), DJIWAN (courant), WAWIYATJIWAN (courant tournant), WIADJIWAN (cours d’eau claire).

En langue montagnaise: UIATSHOUAN (flots, cascades, rapides Ă  bouillons blancs), OUIATCHOUAN (lĂ  oĂč l’on voit la chute).

Réf. : BUREAU PROVINCIAL DU TOURISME. « Sur les routes du Québec ». MinistÚre de la Voirie, novembre 1929, p. 508-510.

*3-PĂąte de bois mĂ©canique : ProcĂ©dĂ© de fabrication fait Ă  partir de bois et d’eau et nĂ©cessitant cinq Ă©tapes. En premier, l’Ă©corçage qui consiste Ă  retirer l’Ă©corce des billots Ă  l’aide d’Ă©corceurs. Ensuite, les billots sont broyĂ©s Ă  l’aide de meules de grĂšs et rĂ©duits en fibres. C’est le dĂ©fibrage. À cette Ă©tape, les fibres sont mĂ©langĂ©es avec de l’eau et constituent la pĂąte. Viennent ensuite le tamisage et la prĂ©cipitation oĂč la pĂąte est filtrĂ©e dans des rĂ©servoirs et entraĂźnĂ©e par de forts courants d’eau sur des couvertures de laine trĂšs tendues qui ne retiennent que la fine particule de bois. Cette particule sera alors enroulĂ©e autour d’un gros cylindre pour ensuite ĂȘtre coupĂ©e et  empilĂ©e en feuilles. Le procĂ©dĂ© se poursuit par le pressage. Les feuilles sont placĂ©es sur un treillis mĂ©tallique puis pressĂ©es pour enlever le plus d’eau possible. Finalement sĂ©chĂ©es, les feuilles sont emballĂ©es en paquets prĂȘts pour l’expĂ©dition. Il ne reste qu’à transporter les ballots par train vers Chicoutimi puis par bateau vers les grands centres.

 

Les premiĂšres embĂ»ches du moulin de Val-Jalbert ─ 1904-1909

AprĂšs le dĂ©cĂšs de Monsieur Jalbert en 1904, ce sont des intĂ©rĂȘts amĂ©ricains qui acquerront la compagnie qui portera le nom de « Ouiatchouan Falls Paper Company ». Les nouveaux propriĂ©taires voulant Ă©tendre leurs activitĂ©s vers la production de papier et dĂ©sirant poursuivre l’Ɠuvre du fondateur, agrandiront le village de « Ouiatchouan Falls » sur la rue Saint-Georges en y ajoutant cinq nouvelles maisons doubles. Mais, en 1907, la compagnie amĂ©ricaine commence aussi Ă  Ă©prouver de gros problĂšmes financiers. Ces derniers sont dus aux dettes accumulĂ©es pour maintenir la production mais aussi au coĂ»t des nouvelles constructions.  Ces problĂšmes menacent la compagnie de faillite. C’est alors qu’intervient Monsieur Julien-Édouard-Alfred Dubuc*1, directeur-gĂ©rant de la Compagnie de pulpe de Chicoutimi, surnommĂ© « le roi de la pulpe ». Il se porte acquĂ©reur, au nom de la Compagnie de pulpe de Chicoutimi, d’un premier groupe d’actions de la Ouiatchouan Falls Paper Company dont il est le gĂ©rant-gĂ©nĂ©ral et devient en 1907 le directeur gĂ©nĂ©ral de la pulperie de Ouiatchouan. En 1909, la Compagnie de pulpe de Chicoutimi acquiert la majoritĂ© des titres et l’acquisition du reste des actions se poursuivra jusqu’en 1914.

À son arrivĂ©e en 1907, Monsieur Dubuc veut doubler la capacitĂ© de production de la pulperie et dĂ©sire aussi entreprendre la construction d’un moulin Ă  papier de grande capacitĂ©, mais ce dernier projet ne verra pas le jour. De 1907 Ă  1909, il procĂšde Ă  une nouvelle expansion du village en y ajoutant un hĂŽtel (maison de pension) et deux autres maisons doubles, de mĂȘme que l’aqueduc et les Ă©gouts.

*1- Julien-Édouard-Alfred Dubuc :
Fils aĂźnĂ© de J.A. Dubuc, marchand sherbrookois, J.E.A Dubuc naĂźt le 21 janvier 1871 Ă  Saint-Hugues dans le comtĂ© de Bagot. Une fois ses Ă©tudes en commerce complĂ©tĂ©es Ă  Sherbrooke, il travaillera pour la Banque Canadienne Nationale de cette ville jusqu’en 1892, puis il organisera la premiĂšre succursale de la BCN Ă  Chicoutimi. En 1897, il joindra les rangs de la Compagnie de Pulpe de Chicoutimi comme directeur gĂ©nĂ©ral. Il Ɠuvrera 25 ans dans l’industrie de la pulpe au Saguenay. Il rĂ©alisera de nombreux projets comme la construction du chemin de fer Roberval-Saguenay, la crĂ©ation de la Ha! Ha! Sulphite Company de Port-Alfred, l’acquisition du moulin de Val-Jalbert par la Compagnie de Pulpe de Chicoutimi. Il se portera Ă©galement acquĂ©reur d’une usine de pulpe chimique Ă  Chandler. En 1923, il dĂ©missionne du comitĂ© exĂ©cutif de la Compagnie de Pulpe et de Pouvoirs d’eau du Saguenay et partira ensuite pour Londres en Angleterre agissant comme collaborateur pour la Becker and Compagny, associĂ©e avec lui dans la pulperie de Port-Alfred. La Compagnie Becker en faillite, entraĂźne avec elle les usines de Port-Alfred et l’usine de Chandler. AprĂšs son retour, il dĂ©butera une carriĂšre politique comme dĂ©putĂ© libĂ©ral-indĂ©pendant du ComtĂ© fĂ©dĂ©ral de Chicoutimi, puis deviendra maire de Chicoutimi. Il dĂ©cĂšdera Ă  l’Ăąge de 76 ans le 27 octobre 1947. Il aura 15 enfants dont 5 survivront. Il Ă©tait mariĂ© Ă  Anne-Marie Palardy.

 

L’ñge d’or du moulin et du village de Val-Jalbert ─ 1909-1924

L’agrandissement de la pulperie « Moulin Saint-Georges » : Afin d’accroĂźtre sa capacitĂ© de production, la Compagnie de Pulpe de Chicoutimi (CPC) procĂšde, Ă  partir de 1910, Ă  diffĂ©rents travaux d’agrandissements comprenant la construction d’une chambre des meules en pierre devant accueillir 3 grosses turbines. Ensuite, une annexe en pierre et ciment avec plancher de bĂ©ton armĂ© sera ajoutĂ©e afin d’y recevoir des mĂ©tiers, des presses hydrauliques, des pompes et des tamis. Quatre ans plus tard, du cĂŽtĂ© ouest de l’usine, une salle destinĂ©e aux Ă©corceurs manuels et Ă  la bouilloire est construite. Puis, en 1916 et 1917, on recouvre de pierre la partie initiale de l’usine qui Ă©tait Ă  l’origine en bois. Certains vestiges de ces piĂšces d’Ă©quipements et de machinerie existent encore de nos jours dans l’usine.

Le dĂ©veloppement urbain : ParallĂšlement aux travaux d’agrandissement de l’usine, le village*1, propriĂ©tĂ© de la CPC, se dotera d’un plan d’urbanisme pilotĂ© par Monsieur Dubuc, un modĂšle du genre pour les villages environnants. Sur le cĂŽtĂ© est de la rue Saint-Georges, de nouvelles maisons apparaissent et des baraquements sont construits le long de la riviĂšre afin d’y loger de nouveaux ouvriers. En 1910, la premiĂšre Ă©glise et le presbytĂšre sont Ă©rigĂ©s du cĂŽtĂ© ouest de la rue Saint-Georges. Elle sera bĂ©nie en 1911 avec l’arrivĂ©e du premier curĂ©, l’abbĂ© Joseph-Edmond Tremblay. La deuxiĂšme rue, la rue Saint-Joseph apparaĂźtra peu avant 1913 avec d’autres maisons doubles. Trois autres rues seront ouvertes en 1915 (Sainte-Anne, Dubuc et Tremblay). Dans cette mĂȘme annĂ©e, une commission scolaire sera créée, de mĂȘme qu’un couvent Ă©cole. Le dĂ©veloppement du quartier ouvrier du plateau s’amorce en 1917 pour y loger des ouvriers et se poursuivra jusqu’en 1919. Une autre rue (Labrecque) viendra s’ajouter au quartier avec dix maisons munies de fondations de bĂ©ton. Enfin, pour complĂ©ter le dĂ©veloppement rĂ©sidentiel de Val-Jalbert, dix autres maisons*2 doubles seront construites par la CPC en 1923-1924. En tout, 40 maisons habitĂ©es seront Ă©rigĂ©es sur le village de Val-Jalbert.

La vie quotidienne des rĂ©sidents du village :  Sous Monsieur Dubuc, le village est dotĂ© de bornes-fontaines et de trottoirs de bois. La rue principale, bordĂ©e d’arbres, est macadamisĂ©e. Chaque rue du village bĂ©nĂ©ficie d’Ă©clairage, ce qui fait du village un modĂšle de modernisme dans un milieu traditionnellement rural. Chaque famille bĂ©nĂ©ficie de l’eau courante, des Ă©gouts et de l’Ă©lectricitĂ© et se chauffe au poĂȘle Ă  bois avec les rĂ©sidus de bois de l’usine. La journĂ©e commence trĂšs tĂŽt par la traite des vaches par la femme de maison, puis le mari dĂ©bute son quart de travail Ă  7h00 et les enfants doivent ĂȘtre Ă  l’Ă©cole pour 8h00. Toutes les emplettes se font au magasin gĂ©nĂ©ral (Ă  l’hĂŽtel de Val-Jalbert) de la rue Saint-Georges.  La boucherie est situĂ©e juste Ă  cĂŽtĂ© de mĂȘme que le bureau de poste en face. Les femmes ont peu de contacts sociaux tandis que les hommes bĂ©nĂ©ficient de plus d’activitĂ©s de sport et de loisirs. Pour les soins mĂ©dicaux, il faut se rendre par train ou par voiture jusqu’Ă  Roberval. L’Ă©pidĂ©mie de grippe espagnole de 1918 fera 14 victimes, notamment des femmes enceintes et des enfants.

La vie Ă  l’usine : Les activitĂ©s de travail Ă  l’usine sont divisĂ©es en trois quarts de travail, six jours sur sept. L’usine est humide et bruyante. Des Ă©quipes d’employĂ©s se relaient Ă  tous les quarts de travail et ce, dans plusieurs secteurs: aux meules, aux tamis, aux mĂ©tiers, Ă  l’entretien, au graissage, au nettoyage, etc… Un contremaĂźtre supervise les employĂ©s. Certains d’entre eux travaillent dans les chantiers l’hiver Ă  prĂ©parer le bois qui, durant l’Ă©tĂ©, sera transformĂ© en pulpe. Les salaires des employĂ©s*3 comme les conditions de travail, sont considĂ©rĂ©s comme les meilleurs de la rĂ©gion. Les employĂ©s se syndiquent en 1913, en adhĂ©rant Ă  la FĂ©dĂ©ration OuvriĂšre Mutuelle du Nord (FOMN), un syndicat catholique.

*1-Le village : DĂ©butĂ© en mĂȘme temps que la pulperie en 1901, le village portera le nom de Ouiatchouan jusqu’en 1913, puis celui-ci est changĂ© en 1909 pour le nommer Val-Jalbert. Il deviendra paroisse en 1910 sous le patronage de Saint-Georges, comptant alors 40 maisons habitĂ©es. Il devient municipalitĂ© en 1915. Le premier maire de 1918 Ă  1921 fut Monsieur Wellie Fortin. En 1914, le village compte 550 Ăąmes, en 1920, 600 et en 1926, 950. Puis, en 1931, le village ne compte plus que 50 Ăąmes. Anecdote: En 1919, l’hĂŽtel de Val-Jalbert passe au feu, mais il est aussitĂŽt reconstruit. En dĂ©cembre 1923, un risque d’inondation majeure menace le village. L’abbĂ© Tremblay se promĂšne avec une statue de la vierge le long de la riviĂšre. L’eau cesse de monter.

*2-Les maisons de 1919 : Sur une carcasse de montants en Ă©pinette, on plaçait vers l’extĂ©rieur des planches embouvetĂ©es en oblique par rapport Ă  la verticale, puis une Ă©paisseur de papier asphaltĂ© et enfin du bardeau de cĂšdre. Dans les derniĂšres constructions, le bardeau de cĂšdre fut remplacĂ© par des planches Ă  clins communĂ©ment appelĂ©es « clapboard ». Vers l’intĂ©rieur, on trouve d’abord des planches embouvetĂ©es placĂ©es horizontalement puis une finition en carton cirĂ© Ă©pais ».

RĂ©f. :« Devis et description des ouvrages Ă  faire et de matĂ©riaux Ă  fournir pour la construction de dix maisons Ă  ĂȘtre bĂąties Ă  Val-Jalbert » (A.N.Q.C. Fonds Mgr Victor Tremblay dossier 756.5); PICARD, François. Val-Jalbert, musĂ©e Ă  ciel ouvert, Analyse du potentiel archĂ©ologique et ethnographique du site. 15 juin 1982, 29 pages (Centre de documentation de Val-Jalbert, dossier #172).

*3-Les salaires moyen des employés (entre 1915 et 1925) :

Pour une semaine de 60 heures:
Banc de scie: entre 17,00$ et 18,30$
Chambre Ă  bois: entre 17,70$ et 21,25$
Moulin: entre 16,40$ et 20,20 $
Réparation: entre 20,00$ et 21,85$
Atelier: entre 20,40$ et 23,00$

RĂ©f. : « Échelles des salaires payĂ©s Ă  l’usine de Saint-Georges, 1915-1925 » 7 novembre 1925 (A.N.Q.C. Fonds Mgr Victor Tremblay dossier 756.3)

BAnQ Québec 1
V J 1
SHS,P002,S7,SS1,P09622 01

L’effondrement de Val-Jalbert ─ 1923-1927

Depuis 1919, la Compagnie de Pulpe de Chicoutimi fait partie de la compagnie de Pulpe et de Pouvoirs d’Eau du Saguenay. La compagnie, dĂ©sirant augmenter ses actifs, Ă©met des actions dont la moitiĂ© seront achetĂ©es par la compagnie concurrente Price Brother’s qui peut ainsi accĂ©der Ă  son conseil d’administration en 1923. Suite Ă  la dĂ©mission de J.E.A. Dubuc et confrontĂ©e Ă  des difficultĂ©s financiĂšres dans un marchĂ© de plus en plus concurrentiel, la Compagnie de Pulpe de Chicoutimi est acculĂ©e Ă  la faillite. En mars 1924, la compagnie est liquidĂ©e, ce qui affecte la Compagnie de Pulpe et de Pouvoirs d’Eau du Saguenay qui perd son principal membre. C’est donc le syndic responsable de la faillite de la CPC qui gĂšre la pulperie de Val-Jalbert et celle de Chicoutimi. La demande pour la pulpe Ă©tant diminuĂ©e et aux prises avec un surplus de pulpe, l’usine de Val-Jalbert vivra sa premiĂšre fermeture du 16 mai 1924 au 9 dĂ©cembre 1925. Les ouvriers commencent Ă  quitter leurs maisons (une trentaine) afin de trouver du travail ailleurs.

En 1926, la Compagnie de Pulpe et de Pouvoirs d’Eau du Saguenay et ses filiales (y compris la CPC) passent sous le contrĂŽle de la QuĂ©bec Pulp and Paper Mills, un regroupement de papetiĂšres quĂ©bĂ©coises dont la Price Brother’s. La production reprend de plus belle et le village compte alors une population record de 950 habitants. Cette reprise sera cependant de courte durĂ©e puisque l’industrie de la pulpe est en dĂ©croissance et qu’il faudrait investir de trop gros capitaux pour transformer l’usine en moulin Ă  papier. La pulperie de Val-Jalbert ferme dĂ©finitivement le 13 aoĂ»t 1927. Le 30 novembre 1927, un nouveau groupe, la Quebec Pulp and Paper Corporation, devient propriĂ©taire de l’usine et des propriĂ©tĂ©s. Elle en assure la responsabilitĂ© jusqu’Ă  sa faillite, le 19 octobre 1942. De 1927 Ă  1929, 220 personnes quittent le village puis, un an plus tard, 450 autres partent. En 1930, il ne reste que 50 familles. Le 18 aoĂ»t 1949, le Gouvernement du QuĂ©bec se porte acquĂ©reur de toutes les installations de Val-Jalbert pour dĂ©faut de paiement de taxes. L’administration du site fermĂ© aux visiteurs est confiĂ©e au MinistĂšre des Richesses Hydrauliques devenu le MinistĂšre des Richesses Naturelles en 1961.

 

La seconde vie de Val-Jalbert ─ À partir de 1960

À partir de 1960, l’Office du Tourisme de la Province de QuĂ©bec (futur MinistĂšre du Loisir, de la Chasse et de la PĂȘche) assure la gestion du site. Les visiteurs sont dĂšs lors admis. Des travaux de restauration et d’amĂ©nagement comme des sentiers, des escaliers et la consolidation des rues sont amorcĂ©s. Entre 1960 et 1986, la rĂ©novation de plusieurs bĂątiments est entreprise dont le moulin, l’hĂŽtel, le couvent, l’Ă©glise, le presbytĂšre et quelques maisons. Le rĂ©seau d ‘aqueduc et d’Ă©gouts, de mĂȘme que l’Ă©lectricitĂ© sont remis en fonction Ă  l’intĂ©rieur du village et au moulin.

En 1987, le site est cĂ©dĂ© Ă  la SociĂ©tĂ© des Ă©tablissements de plein-air du QuĂ©bec (SÉPAQ) qui a comme mission d’assurer la gestion, l’exploitation et le dĂ©veloppement rĂ©crĂ©o-touristique du Village historique de Val-Jalbert. Depuis 1998, la MRC Domaine-du-Roy s’est jointe Ă  la SÉPAQ dans la gestion du site.

PrĂ©sentement, le site emploie annuellement une quarantaine d’employĂ©s, le double durant la saison estivale. Plus de 60 000 visiteurs s’y rendent chaque annĂ©e, profitant de diverses activitĂ©s d’animation, de visites guidĂ©es, de reconstitution théùtrale de la vie d’autrefois au village, d’hĂ©bergement Ă  l’hĂŽtel, des maisons rĂ©novĂ©es, dans des mini-chalets et au camping. Le chiffre d’affaires annuel est d’environ deux millions de dollars. Le Village historique de Val-Jalbert est maintenant considĂ©rĂ© comme l’un des plus beaux attraits de la rĂ©gion.

Val-Jalbert aujourd’hui

La Corporation du Parc RĂ©gional a obtenu en 2009 l’accord du ministĂšre de la Culture, des Communications et de la Condition fĂ©minine (MCCF), de DĂ©veloppement Ă©conomique Canada et de la municipalitĂ© rĂ©gionale de comtĂ© (M.R.C) du Domaine-du-Roy ─ propriĂ©taire actuel du site ─ pour financer un projet de 19, 7 M$ visant la revitalisation complĂšte du Village historique de Val-Jalbert, tant au niveau de ses infrastructures que de son interprĂ©tation et de l’expĂ©rience touristique sur le site.

Pour ce faire, plusieurs bĂątiments ont Ă©tĂ© restaurĂ©s, le cadre naturel du site a Ă©tĂ© mis en valeur et le programme d’interprĂ©tation a Ă©tĂ© amĂ©liorĂ©. L’innovation se dĂ©ploie dans toutes les facettes de l’expĂ©rience du visiteur, du site Internet jusqu’au retour Ă  la maison. Tout a Ă©tĂ© revu et modifiĂ© pour offrir un sĂ©jour mĂ©morable. Un pavillon d’accueil moderne a Ă©tĂ© construit. Des investissements majeurs ont permis de restaurer, protĂ©ger et mettre en valeur le moulin, oĂč un nouveau circuit d’interprĂ©tation est amĂ©nagĂ©. On peut dĂ©sormais admirer la magnifique chute Ouiatchouan sur une plate-forme en verre. En forfait hĂ©bergement, des chambres de grand confort et une restauration haut de gamme complĂštent une offre de qualitĂ© supĂ©rieure.

Ces améliorations ont permis au Village historique de se distinguer aux Grands prix du tourisme canadien, aux Grands prix du tourisme québécois et auprÚs de la Société des musées du Québec.

Val-Jalbert, une histoire passionnante à découvrir

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