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Définition du Trésor de la Langue Française (1960-1990)

FORÊT

substantif féminin
A. — Vaste Ă©tendue de terrain couverte d'arbres; ensemble des arbres qui couvrent cette Ă©tendue. Le sous-bois ressemblait Ă  la superposition d'une tornade dans un pays de sable, d'un incendie de forĂȘt, et d'une explosion de poudriĂšre (Romains, Hommes bonne vol., 1938, p. 22) :
1. Les forĂȘts ont Ă©tĂ© les premiers temples de la DivinitĂ©, et les hommes ont pris dans la forĂȘt la premiĂšre idĂ©e de l'architecture. (Chateaubr., GĂ©nie, t. 2, 1803, p. 24)
2. Il n'est pas un site de forĂȘt qui n'ait sa signifiance; pas une clairiĂšre, pas un fourrĂ© qui ne prĂ©sente des analogies avec le labyrinthe des pensĂ©es humaines. (Balzac, CurĂ© vill., 1839, p. 150)
Syntagmes : ForĂȘt dense, Ă©paisse, impraticable; forĂȘt vierge; forĂȘt amazonienne, borĂ©ale, Ă©quatoriale, tropicale; forĂȘt de bouleaux, de cĂšdres, de conifĂšres; les clairiĂšres, les laies, les sentiers d'une forĂȘt; abattre, couper une forĂȘt; exploitation, coupes d'une forĂȘt; forĂȘt exploitĂ©e en taillis, en futaie; Ă  la lisiĂšre, Ă  l'orĂ©e de la forĂȘt; forĂȘt domaniale, communale, particuliĂšre; l'Administration des Eaux et ForĂȘts; École nationale des Eaux et ForĂȘts de Nancy.
— Locutions
‱ Les arbres* cachent la forĂȘt.
‱ [P. allus. Ă  la forĂȘt de Bondy prĂšs de Paris, qui autrefois Ă©tait infestĂ©e de voleurs] Vous ĂȘtes tombĂ© dans une vraie forĂȘt de Bondy. « Vous ĂȘtes entourĂ© de malhonnĂȘtes gens Â» (Ac.). La sociĂ©tĂ© est une vraie forĂȘt de Bondy (Flaub., Corresp., 1859, p. 302).
B. —P. anal.
1. Grande quantitĂ© d'objets longs et serrĂ©s. Une forĂȘt de carabines, de banniĂšres, de drapeaux, de mĂąts. Voyez ces forĂȘts de colonnes, d'obĂ©lisques, de pyramides (Chateaubr., Fragm. GĂ©nie, 1800, p. 258). Cette forĂȘt de cheminĂ©es d'usines crachant leurs fumĂ©es rabattues (A. Daudet, N. Roumestan, 1881, p. 322) :
3. ... ils regardĂšrent les ex-voto. Des inscriptions sur plaques tĂ©moignent de la reconnaissance des fidĂšles. On admire deux Ă©pĂ©es en sautoir offertes, des bouquets de mariĂ©e, des mĂ©dailles militaires, des cƓurs d'argent, et dans l'angle, au niveau du sol, une forĂȘt de bĂ©quilles. (Flaub., Bouvard, t. 2, 1880, p. 119)
— [En parlant de l'ensemble des piĂšces de charpente formant le comble d'un Ă©difice] :
4. Enfin, le 4 juin 1836, un formidable incendie (...) Ă©clate. Il persiste pendant onze heures et ruine toute la charpente, la forĂȘt entiĂšre de la toiture... (Huysmans, CathĂ©dr., 1898, p. 76)
2.Au fig. Grande quantitĂ© de choses abstraites formant un ensemble complexe ou confus, inextricable. Chaque plaque correspondait Ă  une plaque de sa mĂ©moire, chaque nom faisait surgir une forĂȘt de sensations (L. Daudet, Astre noir, 1893, p. 101). La forĂȘt de chiffres oĂč avait vĂ©cu cette personne qui n'avait pas un sou vaillant (Montherl., CĂ©libataires, 1934, p. 912) :
5. Cent mille ardents soldats, hĂ©ros et non victimes, Morts dans un tourbillon d'Ă©vĂ©nements sublimes, (...) Sont un malheur moins grand pour la sociĂ©tĂ© (...) Qu'un juste assassinĂ© dans la forĂȘt des lois... (Hugo, Quatre vents, 1881, p. 84)
6. ... c'est une chasse magique que la chasse dialectique. Dans la forĂȘt enchantĂ©e du Langage, les poĂštes vont tout exprĂšs pour se perdre, et s'y enivrer d'Ă©garement, cherchant les carrefours de signification, les Ă©chos imprĂ©vus, les rencontres Ă©tranges... (ValĂ©ry, VariĂ©tĂ© IV, 1938, p. 245)
Prononciation et orthographe
[fɔʀΔ]. Enq. : /foʀe, D/. Ds Ac. 1694-1932. Homon. foret.
Étymologie et histoire
1. 1121-34 forest « vaste étendue de terrain peuplée d'arbres » (Ph. de Thaon, Bestiaire, 401 ds T.-L.);
2. xive s. « quantitĂ© considĂ©rable d'objets longs et serrĂ©s » (Hugues Capet, Ă©d. La Grange, 3466 : forest dez lanchez). Du b. lat. [silva] forestis (de forum « tribunal ») « forĂȘt relevant de la cour de justice du roi » puis « territoire soustrait Ă  l'usage gĂ©nĂ©ral et dont le roi se rĂ©serve la jouissance » (dep. 648 ds Nierm.); sens Ă©galement attestĂ© en a. fr. (xiie s. ds T.-L.). La valeur jur. du mot, qui apparaĂźt dĂšs les premiers textes, appuie l'hypothĂšse de l'Ă©tymon lat. forestis plutĂŽt que le frq. *forhist « futaie de sapins ».
Statistiques
Fréq. abs. littér. : 6 814. Fréq. rel. littér. : xixe s. : a) 11 900, b) 10 724; xxe s. : a) 8 736, b) 7 823.
Bibliographie
Söll (L.). Die Bezeichnungen fĂŒr den Wald in den romanischen Sprachen. MĂŒnchen, 1967, 460 p.; Forestis, forĂȘt, forest, Forst. Die Neueren Sprachen. 1962, t. 11, pp. 147-160. — Stefenelli (A.). Lexikalische Variatio in ChrĂ©tiens Yvain. Z. rom. Philol. 1965, t. 81, pp. 250-287; Der Synonymenreichtum der altfranzösischen Dichtersprache. Wien, 1967.