Carança
| La Carança | |
Gorges de la Carança. Sur la gauche, le sentier creusé dans la paroi. | |
Cours de la Carança. | |
| Caractéristiques | |
|---|---|
| Longueur | 15,3Â km [1] |
| Bassin | 43,2Â km2 [2] |
| Bassin collecteur | la TĂȘt |
| Débit moyen | 0,82 m3/s (gorges) [3] |
| Nombre de Strahler | 2 |
| Organisme gestionnaire | Syndicat mixte du bassin versant de La TĂȘt (SMBVT)[4] |
| Régime | nival |
| Cours | |
| Source | Estany Negre |
| · Localisation | Fontpédrouse |
| · Altitude | 2 505 m |
| · CoordonnĂ©es | 42° 25âČ 25âłÂ N, 2° 12âČ 12âłÂ E |
| Confluence | la TĂȘt |
| · Localisation | ThuÚs-Entre-Valls |
| · Altitude | 810 m |
| · CoordonnĂ©es | 42° 31âČ 27âłÂ N, 2° 13âČ 14âłÂ E |
| Géographie | |
| Principaux affluents | |
| · Rive droite | el Roig |
| Pays traversés | |
| Département | Pyrénées-Orientales |
| Arrondissement | Prades |
| Canton | Pyrénées catalanes |
| Régions traversées | Occitanie |
| Principales localités | ThuÚs-Entre-Valls |
| Sources : Sandre, « Y0410640 », Géoportail, Eaucéa[3] | |
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La Carança ou Carançà est une riviĂšre de montagne des PyrĂ©nĂ©es, dans le dĂ©partement français des PyrĂ©nĂ©es-Orientales. Affluent de la rive droite du fleuve TĂȘt, la Carança s'Ă©coule du sud vers le nord sur quinze kilomĂštres pour 1 700 m de dĂ©nivelĂ©. AprĂšs avoir recueilli l'eau de plusieurs cirques glaciaires, la Carança voit sa vallĂ©e se rĂ©trĂ©cir jusqu'Ă devenir un canyon appelĂ© gorges de la Carança.
La configuration de sa vallĂ©e, peu accessible sinon par les gorges et des cols d'altitude sans accĂšs routier, en fait un lieu sauvage prisĂ© des randonneurs et des pĂȘcheurs, ainsi qu'une rĂ©serve de faune protĂ©gĂ©e. Elle offre des habitats naturels variĂ©s (lacs et zones humides en altitude, Ă©boulis, forĂȘts, falaises, prairies, pelouses) prĂ©servĂ©s en raison de la raretĂ© des activitĂ©s humaines en ces endroits.
Mis à part le village de ThuÚs-Entre-Valls situé prÚs de la confluence, la vallée de la Carança dispose de trÚs peu d'infrastructures. Un refuge gardé l'été et ravitaillé par hélicoptÚre permet cependant aux marcheurs de visiter la vallée et héberge des gardiens de troupeaux.
Les bois de la partie basse de la vallĂ©e ont Ă©tĂ© exploitĂ©s au Moyen Ăge, dĂšs l'Ă©poque carolingienne. L'Ă©levage a longtemps Ă©tĂ© une activitĂ© humaine importante dans les hautes vallĂ©es. Mais la difficultĂ© d'accĂšs et les conditions mĂ©tĂ©orologiques difficiles ont freinĂ© le dĂ©veloppement, malgrĂ© plusieurs projets de mines ou de barrages. Selon les croyances des habitants des environs, la Carança Ă©tait peuplĂ©e de sorciĂšres, de truites ensorcelĂ©es, de dĂ©mons pouvant provoquer des orages cataclysmiques. Cette funeste rĂ©putation s'est amĂ©liorĂ©e au cours du XXe siĂšcle avec le dĂ©veloppement du tourisme et la disparition des anciennes croyances populaires. Les gorges de la riviĂšre sont un lieu touristique citĂ© par de nombreux guides.
Géographie
[modifier | modifier le code]Localisation
[modifier | modifier le code]La Carança traverse trois communes[1], de l'amont vers l'aval : FontpĂ©drouse (source), Nyer, ThuĂšs-Entre-Valls (confluence). Elle prend donc source et conflue dans le mĂȘme canton des PyrĂ©nĂ©es catalanes, au sein de l'arrondissement de Prades dans le dĂ©partement des PyrĂ©nĂ©es-Orientales.
Les bassins versants voisins sont ceux de la TĂȘt, au nord-ouest, nord et nord-est, de la riviĂšre de Mantet Ă l'est et de son affluent l'Alemany au sud-est, du Freser dans le bassin versant du Ter au sud, de la Riberola Ă l'ouest, du torrent de la Valleta au sud-ouest[5].
| la TĂȘt | la TĂȘt | la TĂȘt | ||
| la Riberola | N | la riviĂšre de Mantet | ||
| O   la Carança  E | ||||
| S | ||||
| le torrent de la Valleta | le Freser le Ter |
l'Alemany |
Description
[modifier | modifier le code]Issue de l'estany Negre, Ă 2 505 m d'altitude, la Carança recueille les eaux de larges cirques et vallĂ©es glaciaires avant de couler dans une vallĂ©e de plus en plus encaissĂ©e puis de se jeter, aprĂšs des gorges, dans la TĂȘt Ă ThuĂšs-Entre-Valls, Ă une altitude de 810 m. Sa longueur est de 15,3 km[1]. La superficie du bassin versant est d'environ 43,2 km2. Il a une forme d'entonnoir orientĂ© vers le nord.
La partie amont du bassin versant de la Carança est constituée de trois principales vallées glaciaires. D'est en ouest, on trouve la haute vallée de la Carança à proprement parler, doublée de la Coma d'Infern (parfois francisée en Coume d'Enfer) plus petite, puis la Coma Mitjana et la Coma dels Bacivers (ou Coume de BassibÚs). Ces hautes vallées sont entourées de sommets dépassant 2 700 m et parfois 2 800 m : les pic de Coma Mitjana (2 732 m) et pic de dalt de Coma Mitjana (2 753 m) entre la coma d'Infern et la coma Mitjana, pic dels Bacivers de Prats (2 845 m) et cap de Xauxes (2 649 m) entre la coma Mitjana et la coma dels Bacivers. Ces cirques et vallées sont parsemés de moraines et de plusieurs lacs[6].
- Haute vallĂ©e. Au premier plan, lâestany Blau.
- Vue de la fossa del Gegant depuis le pic du mĂȘme nom. Ă gauche, le pas dels porcs puis le pic de RacĂł Gros.
- Pic de Coma Mitjana et le refuge du Ras de la Carança.
Au sud la ligne de partage des eaux suit la frontiÚre entre l'Espagne et la France avec, d'ouest en est : le pic de la Fossa del Gegant (2 799 m) dominant le cirque appelé la fossa del Gegant, le coll de Nou Creus, le coll de la Vaca (ou coll de Carançà ), les pics de la Vaca (2 821 m), le pic de l'Infern (2 869 m) légÚrement à l'intérieur de la vallée, le coll de la Coma Mitjana (2 704 m), le pic del Gegant (2 881 m), le coll del Gegant (2 607 m) pour finir à proximité du pic de la Dona (2 702 m)[6].
Toute cette partie du bassin versant fait partie de la commune de FontpĂ©drouse, jusqu'au lieu-dit Pedra Dreta (altitude : 1 660 m) oĂč la Carança reçoit en rive droite le cĂČrrec dels Clots. Ce lieu forme un tripoint entre les communes de FontpĂ©drouse, Nyer et ThuĂšs-Entre-Valls. Ă partir de lĂ , le cours de la Carança marque la limite entre Nyer, rive droite, et ThuĂšs-Entre-Valls. La vallĂ©e devient de plus en plus Ă©troite et sinueuse. Administrativement, elle finit par appartenir uniquement Ă ThuĂšs-entre-Valls et entre dans des gorges particuliĂšrement Ă©troites et escarpĂ©es[2],[6]. Le cours de la Carança cesse d'ĂȘtre la limite entre ThuĂšs-Entre-Valls et Nyer au point de latitude 42°30'16", oĂč la limite trace un trait droit Ă cette latitude, vers l'est, jusqu'Ă la prochaine crĂȘte.
Depuis le pic de la Fossa del Gegant la ligne de partage des eaux descend jusqu'à un col appelé pas dels Porcs ou pas del Porc (2 565 m) et poursuit vers le nord par le pic de Racó Gros (2 779 m) qui domine un petit cirque appelé Racó Gros, puis le pic de Racó Petit (2 785 m) et pic de Monellet (2 727 m) délimitant le Racó Petit, atteint le puig Rodon (2 677 m) avant de descendre vers le coll Mitjà (2 367 m), principale voie d'accÚs rive gauche. Ensuite, seul le puig Gallinàs (2 624 m) dépasse les 2 600 m[6].
Rive droite, les sommets sont moins hauts et peu sont nommĂ©s. Le point le plus haut est Ă 2 685 m d'altitude Ă la frontiĂšre espagnole, puis la ligne de partage des eaux part vers le nord, suit la serra Gallinera, en forme d'arc de cercle, qui culmine Ă 2 683 m, atteint le pic de Sella Gallinera (2 663 m), descend progressivement jusqu'au coll del Pal (2 295 m), poursuit vers le nord en zigzaguant par le puig de Ribes Blanques (2 445 m), le puig de la Costa Llisa (2 326 m), le roc dels Cimbells (2 272 m), oĂč elle se dirige vers le nord-ouest pour rejoindre la confluence[6].
Géologie
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Les gĂ©ologues nomment massif du Canigou-Carança la zone comprenant le massif du Canigou et les versants nord des PyrĂ©nĂ©es jusqu'Ă Eyne ; il s'agit d'un massif (ou de deux massifs) palĂ©ozoĂŻque. Le Bureau de recherches gĂ©ologiques et miniĂšres (BRGM) regroupe ces deux massifs et celui du Puigmal dans un mĂȘme ensemble litho-tectonique[7].
Le sol de la vallĂ©e de la Carança est essentiellement constituĂ© de gneiss. Pour les hautes vallĂ©es glaciaires, il s'agit d'un gneiss G1 ĆillĂ© dit de type « Carança » avec un taux de SiO2 compris entre 70 et 77 %. Plus en aval jusqu'aux gorges, il laisse la place Ă un gneiss dont le taux est entre 66 % et 70 % qui provient d'un granite prĂ©cambrien[8].
Les larges vallĂ©es situĂ©es en amont sont des cirques glaciaires parsemĂ©s de moraines. Les gorges ont Ă©tĂ© percĂ©es aux NĂ©ogĂšne et Quaternaire dans des roches mĂ©tamorphiques du primaire par l'Ă©rosion due Ă la riviĂšre. Tout en aval, une importante terrasse de Riss est visible prĂšs du confluent[7]. Pour le BRGM, le site classĂ© des gorges de la Carança est de « fort intĂ©rĂȘt » des points de vue gĂ©omorphologique et tectonique[7].
Organisme gestionnaire
[modifier | modifier le code]La TĂȘt et son bassin versant sont gĂ©rĂ©s par le SMBVT ou Syndicat mixte du bassin versant de la TĂȘt, nĂ© en 2008, et sis Ă Perpignan[4].
Hydrographie
[modifier | modifier le code]La base de données du Service d'administration nationale des données et référentiels sur l'eau (SANDRE) référence un seul affluent de la Carança, le torrent el Roig (rive gauche), long de 2,2 km, sur la seule commune de ThuÚs-Entre-Valls[1]. Son rang de Strahler est donc de deux.

Cependant les cartes de l'Institut national de l'information gĂ©ographique et forestiĂšre (IGN) français et de lâInstitut CartogrĂ fic i GeolĂČgic de Catalunya (ICGC) catalan en font apparaĂźtre plusieurs. Pour ceux qui sont nommĂ©s, on trouve, d'amont en aval :
Sur la carte topographique ICGC[9]Â :
- Coma de l'Infern (rive droite â rd â, altitude du confluent : 2 249 m) ;
- RacĂł Gros (rive gauche â rg â, 2 245 m) ;
- RacĂł Petit (rg, 2Â 190Â m)Â ;
- Coma Mitjana (rd, 2Â 130Â m).
Puis plus en aval, sur celles de l'IGNÂ :
- CĂČrrec dels Clots (rd, 1Â 617Â m)Â ;
- CĂČrrec de Ribes Blanques (rd, 1Â 523Â m)Â ;
- CĂČrrec de les Torres ou CĂČrrec de la Balmera (rg, 1Â 385Â m)Â ;
- CĂČrrec dels Alabarders (rd, 1Â 315Â m)Â ;
- CĂČrrec de BorgunyĂ (rd, 1Â 175Â m)Â ;
- Torrent Roig (rg, 1Â 151Â m)Â ;
- CĂČrrec de la Guilla (rd, 1Â 022Â m)Â ;
- CĂČrec del Camp del Bosc (rd, 1Â 010Â m)Â ;
- CĂČrrec del Bosc d'en Roig (rd, 989Â m).
Les cirques glaciaires d'altitude sont parsemĂ©s de lacs, appelĂ©s estanys ou Ă©tangs : l'estany Blau (ou Ă©tang Bleu, Ă 2 583 m d'altitude), lâestany Negre (Ă©tang Noir, source de la Carança, 2 505 m), lâestany de Carançà ou estany de les Truites (2 264 m, 24 m de profondeur, le plus grand, 4,8 ha[10]) puis un autre estany Blau (2 250 m), la Basseta (2 241 m) ; les estanys de la Coma d'Infern (au-delĂ de 2 250 m), lâestanyol de la Coma Mitjana (2 500 m), lâestany dels Bacivers (2 610 m) situĂ©s respectivement dans les comes du mĂȘme nom[6].
Outre les lacs, les fonds des vallées glaciaires sont parsemés de nombreuses zones humides. La Carança, dans le bas de la coma principale, connait plusieurs cascades[6].
Hydrologie
[modifier | modifier le code]La pluviométrie annuelle moyenne sur le bassin versant est de 1 000 mm/an, avec une augmentation des précipitations moyennes avec l'altitude. Le module sur le bassin versant est de 820 l/s pour 19,8 l/s/km2 de débit spécifique au niveau du barrage des gorges[3]. Le débit réservé à la prise d'eau est de 82 l/s soit 10 % du module[11].
Le régime hydrologique de la riviÚre est nival[11] ; le débit maximal mensuel au niveau des gorges est atteint en juin avec prÚs de 2,2 m3/s de moyenne sur ce mois, suivi de mai (environ 1,9 m3/s) et, dans une moindre mesure, de juillet (environ 1,2 m3/s) lorsque la fonte des neiges alimente le cours d'eau. Les neuf autres mois ont des débits moyens trÚs proches les uns des autres, aux alentours de 0,5 m3/s[3].
Toponymie
[modifier | modifier le code]L'hydronyme Carança est empruntĂ© au catalan Carançà (prononcĂ© [kÉÉŸÉnËsa][12]), qui apparaĂźt dans des textes mĂ©diĂ©vaux (latin) dĂšs 961 sous la forme Karançano, puis Karançanum au XIe siĂšcle, et, du XIIIe au XIVe siĂšcle Ă©crit Cherançà , Querensa (catalan). On trouve encore Querensa mais aussi Carensa au XVIIe siĂšcle[13].
Si le mot dĂ©rive sans doute du mot roman Quer, issu d'une base prĂ©-latine Kar trĂšs rĂ©pandue pour dĂ©signer des rochers, la deuxiĂšme partie du nom est plus problĂ©matique, car unique dans la rĂ©gion. Le Karançano Ă©crit en 961 dĂ©signe une propriĂ©tĂ© agricole d'Ă©poque carolingienne dont le nom est calquĂ© sur le nom gallo-romain Carantius ou Carentius, mais elle dĂ©rive d'une forme plus ancienne dĂ©signant non pas la riviĂšre mais probablement un lieu-dit, peut-ĂȘtre les gorges[13].
Les noms anciens de la plupart des cours d'eau des PyrĂ©nĂ©es-Orientales ont Ă©tĂ© perdus puis ont Ă©tĂ© renommĂ©s d'aprĂšs un autre lieu, souvent sous la forme riu de... (riviĂšre de...)[14]. Ici, le domaine a donnĂ© son nom Ă l'estany (lac), au ras (lieu plat), Ă la vall (vallĂ©e), au coll (col), aux gorges de Carançà et Ă la riviĂšre[12]. Le genre grammatical d'un cours d'eau est dĂ©terminĂ© par le terme gĂ©nĂ©rique utilisĂ© pour le dĂ©signer. Par exemple el riu (la riviĂšre, nom masculin en catalan) a donnĂ© el riu de Querol puis el Querol (le Carol en français), nom Ă©galement masculin[14]. Pour Carança, le NomenclĂ tor toponĂmic de la Catalunya del Nord recommande, en français comme en catalan, torrent de Carançà (masculin)[12] alors que l'Enciclopedia catalana parle de riu de Carançà [15], en utilisant parfois la ribera[16]. L'ICGC catalan ne nomme pas la riviĂšre de Carançà sur sa carte, contrairement Ă ses voisines, mais uniquement la vall de Carançà [9]. La carte d'Ă©tat-major (1880) indique « Lac de Carança » et « Riv. de Carança »[17]. Le nom de la riviĂšre sans terme gĂ©nĂ©rique est fĂ©minin : on dit la Carançà [18], nom utilisĂ© en 2020 par les organismes français IGN et SANDRE[1].
Le haut de la vallĂ©e est peuplĂ© de noms hostiles ou lĂ©gendaires : la fossa del Gegant signifie la fosse du GĂ©ant en catalan. Coma d'Infern veut dire combe d'Enfer. Quant au mot Xauxes, il dĂ©signe de façon ironique un lieu isolĂ©, comme le français Cocagne[13]. MĂȘme le pic de la Dona, qui siginife littĂ©ralement « pic de la Dame », dĂ©signe plutĂŽt le pic d'une fĂ©e ou d'une sorciĂšre[19].
La pedra Dreta située au carrefour des sentiers désignait une pierre plantée, que ce soit un menhir disparu ou une pierre servant de borne[19].
PassĂ©es les peurs de l'altitude, les toponymes se font descriptifs : l'adjectif mitjĂ et son fĂ©minin mitjana signifient « du milieu », le puig Rodon est le sommet « rond », RacĂł signifie « coin » ou « recoin ». On trouve aussi de nombreux noms de lieux liĂ©s Ă l'Ă©levage, y compris en altitude : porc, vaca (vache), anyell (agneau) et baciver (troupeau de juments ou brebis stĂ©riles Ă©levĂ©es pour la fumure)[20]. Le terme jassa ou jaça, parfois francisĂ© en « jasse » dĂ©signe un lieu oĂč Ă©taient parquĂ©s les troupeaux[21]. On en trouve plusieurs dans la vallĂ©e de la Carança : jaça dels Burros (jasse des Ănes), jaça dels Clots, jaça de Ribes Blanques[6].
Voies d'accÚs et équipement
[modifier | modifier le code]Le village de ThuĂšs-Entre-Valls se trouve au confluent de la Carança et de la TĂȘt. Au-delĂ , en amont, les seuls Ă©quipements sont ceux dĂ©diĂ©s Ă la randonnĂ©e et Ă l'Ă©levage, Ă l'exception d'un petit barrage et d'une prise d'eau destinĂ©s Ă alimenter une centrale hydroĂ©lectrique.
Le confluent de la riviĂšre avec la TĂȘt se trouve tout proche de la route nationale 116. L'accĂšs aux gorges est facilitĂ© par une aire d'accueil composĂ©e d'un parking payant goudronnĂ© et d'une zone de pique-nique[22]. Le confluent est Ă©galement accessible en train via la ligne de Cerdagne (« train jaune ») et la gare de ThuĂšs-Carança.
Barrage et prise d'eau
[modifier | modifier le code]Un petit barrage retient l'eau de la Carança, dans les gorges, Ă l'altitude de 1 004 m. Il mesure 2,8 m de haut et est muni d'une prise d'eau qui permet d'alimenter la centrale hydroĂ©lectrique de ThuĂšs, situĂ©e au bord de la TĂȘt, lĂ©gĂšrement en amont du confluent entre la Carança et la TĂȘt[23].
Sentiers
[modifier | modifier le code]Au-delà du village ThuÚs-entre-Valls, aucun accÚs n'est possible en automobile mais quelques sentiers de randonnée sont balisés[2].
Deux sentiers balisĂ©s permettent, depuis le parking, de rejoindre Ă pied le lieu-dit Pedra Dreta. Le premier permet de traverser les gorges de la Carança et remonte la vallĂ©e en suivant de prĂšs la riviĂšre. Il est Ă©quipĂ© de passerelles, de ponts de singes et de chemins creusĂ©s Ă flanc de falaise. Un autre emprunte le chemin suivi par les troupeaux (CamĂ Ramader), rive gauche, en suivant les lignes de crĂȘte ou le flanc des montagnes. Ă la Pedra Dreta les sentiers se rejoignent et suivent le cours de la riviĂšre jusqu'Ă sa source.
- Entrée des gorges, derriÚre un pont ferroviaire.
- Sentier dans les gorges.
- Passerelle.
- Chemin creusé à flanc de falaise.
- Chemin creusé à flanc de falaise.
LégÚrement en amont de la Pedra Dreta la vallée connaßt des abords moins escarpés. C'est là qu'elle est traversée par le GR 10/GR 36, qui coupe le sentier précédemment cité au Ras de la Carançà . Ce sentier permet de rejoindre les vallées voisines dont celle de la Riberola, à l'ouest par le coll Mitjà (2 367 m) vers Fontpédrouse, à l'est par le coll del Pal (2 295 m) vers Nyer. Il est également possible de remonter toute la vallée de la Riberola pour rejoindre la haute vallée de la Carança, mais le passage entre les deux vallées, le pas del Porc, est encombré d'éboulis et plus difficile à franchir[24].
Les hauts sommets sĂ©parant la vallĂ©e de l'Espagne sont parcourus par un autre sentier balisĂ© passant par d'autres vallĂ©es : le camĂ de NĂșria, ancien chemin reliant Prats Balaguer au sanctuaire de NĂșria, en Catalogne espagnole. Sur les crĂȘtes ce chemin est balisĂ© par le GR 11 espagnol.
La remontĂ©e du cours de la Carança du confluent Ă la source demande environ une journĂ©e de marche[2]. Pour rejoindre le carrefour du Ras de la Carançà , il faut compter environ quatre heures et demie de marche depuis le confluent en passant par les gorges. Depuis le parking prĂšs de la retenue d'eau de FontpĂ©drouse en passant par le coll MitjĂ , le trajet fait trois heures et demie, de mĂȘme que depuis Mantet par le coll del Pal selon l'association Chemins de PyrĂšne[25]. Depuis Prats Balaguer, Georges VĂ©ron compte 2 h 45 de marche Ă pied pour arriver au coll MitjĂ et une heure supplĂ©mentaire pour la descente jusqu'au refuge du Ras[26]. Selon lui, la remontĂ©e de la vallĂ©e jusqu'au refuge prend 3 h 30[27]. Son Guide rando propose Ă©galement une boucle partant du refuge, remontant la coma de BassibĂšs jusqu'Ă la frontiĂšre avec redescente par la vallĂ©e de la Carança en 8 h de marche[28].
Refuges et cabanes
[modifier | modifier le code]Outre les sentiers balisés, les autres équipements de la vallée sont des refuges et abris bùtis pour les bergers et randonneurs.
Le CamĂ Ramader compte un refuge appelĂ© refuge de Dona Pa, sur une ligne de crĂȘte Ă 1 660 m d'altitude. Le sentier passant par les gorges est muni de l'abri de la Balmera (ou de la BalmĂšre) prĂšs de la riviĂšre Ă 1 450 m.
Au croisement des sentiers remontant la vallée et des GR est établi le principal refuge de la vallée, appelé refuge du Ras de la Carança, ou simplement refuge de la Carança (1 830 m). Il s'agit d'un refuge gardé de mai à septembre d'une capacité de 22 couchages dans un dortoir. En dehors de la période d'été, une partie du refuge reste ouverte pour les randonneurs. Il occupe les environs d'une ancienne cabane de berger, appelée cova del Ras[29]. Plus haut dans la vallée prÚs de la Basse on croise deux cabanes, appelées Cova de la Bassa et Cabane des Ingénieurs, puis deux autres cabanes à proximité de l'Estany de Carança, légÚrement au-delà de 2 300 m d'altitude[6].
à l'entrée de la Coma dels Bacivers se trouve également un abri, à une altitude de 1 970 m. Au centre de la coma Mitjana se trouve la cabane dite de Matutano[6].
Ăcologie et protection
[modifier | modifier le code]Flore et milieux
[modifier | modifier le code]La zone hydrographique dans laquelle le SANDRE inclut la Carança (« La TĂȘt du ravin de Torrens inclus Ă la riviĂšre de Mantet » (Y041)) est composĂ©e Ă 90,80 % de « forĂȘts et milieux semi-naturels », Ă 6,99 % de « territoires agricoles », Ă 0,76 % de « territoires artificialisĂ©s » Ă 0,70 % de « surfaces en eau », Ă 0,60 % de « zones humides »[1]. La vallĂ©e est Ă©galement incluse dans une zone Natura 2000 (« Puigmal-Carança ») qui est composĂ©e de 41 % de forĂȘts, 30 % de prairies et pelouses, 20 % de landes, broussailles et garrigues, 7 % de rochers et Ă©boulis, 1 % de marais et 1 % d'autres types de terrains, y compris les zones urbanisĂ©es[30]. Les gorges de la Carança marquent la limite entre deux forĂȘts domaniales : la forĂȘt de Campilles, rive gauche, et celle d'Entre-Valls[6].
Le Livre rouge de la flore menacée en France mentionne trois espÚces présentes dans la vallée de la Carança : l'Alysson à feuilles en coin (Alyssum cuneifolium) et la Xatardie rude (Xatardia scabra) dans la haute vallée, Pédiculaire fausse-asperge (Pedicularis asparagoides, également présent dans le Canigou et les AlbÚres)[31].
- Apiaceae famille de la Xatardie
- Joubarbe des montagnes vue en 2008 en Carença
Faune
[modifier | modifier le code]Les espÚces d'oiseaux citées au titre de Natura 2000 sont le GypaÚte barbu, l'Aigle royal, le Faucon pÚlerin, le grand Tétras, le Hibou grand-duc, la Nyctale de Tengmalm, le Pic noir, le Crave à bec rouge, le LagopÚde alpin (Lagopus mutus pyrenaicus) et la Perdrix grise (Perdix perdix hispaniensis), qui sont résidentes, ainsi que l'Alouette lulu, le Pipit rousseline, le Pie-griÚche écorcheur, le Bruant ortolan, le CircaÚte Jean-le-Blanc, l'Aigle botté, le Pluvier guignard, l'Engoulevent d'Europe, la Bondrée apivore, espÚces migratrices qui se reproduisent sur ce site[30].
- Bondrée apivore (Pernis apivorus)
- GypaĂšte barbu (Gypaetus barbatus)
- CircaĂšte Jean-le-Blanc (Circaetus gallicus)
- Aigle royal (Aquila chrysaetos)
- Aigle botté (Hieraaetus pennatus)
- Faucon pĂšlerin (Falco peregrinus)
- Grand Tétras (Tetrao urogallus)
- Pluvier guignard (Charadrius morinellus)
- Hibou grand-duc (Bubo bubo)
- Nyctale de Tengmalm (Aegolius funereus)
- Engoulevent d'Europe (Caprimulgus europaeus)
- Pic noir (Dryocopus martius)
- Alouette lulu (Lullula arborea)
- Pipit rousseline (Anthus campestris)
- Pie-griÚche écorcheur (Lanius collurio)
- Crave Ă bec rouge (Pyrrhocorax pyrrhocorax)
- Bruant ortolan (Emberiza hortulana)
- LagopĂšde alpin (photo de L. japonica, proche Lagopus mutus pyrenaicus)
- Perdrix grise (Perdix perdix hispaniensis)
Afin de protĂ©ger les frayĂšres des truites, un arrĂȘtĂ© prĂ©fectoral de protection de biotope rĂ©glemente des activitĂ©s sur la riviĂšre et une zone de cent mĂštres de large de chaque cĂŽtĂ©, entre les cascades du ras et l'estany Blau. Sont interdits, suivant ce texte prĂ©fectoral[32] :
- « circulation de véhicules ou engins » ;
- « exécution de travaux en riviÚre (prises d'eau, barrages ou installations diverses), exploitation de graviÚres et carriÚres » ;
- « abandon, jet de matériaux, résidus, détritus de quelque nature que ce soit, susceptibles de nuire à la qualité des eaux et du sol ou de porter atteinte à l'intégrité de la faune ou de la flore ou bien l'alimentation, la reproduction, l'habitat et la survie des espÚces présentes. En outre, toutes opérations de repeuplement dans ces secteurs seront soumises à l'avis préalable du Délégué Piscicole Régional ».
Ce texte vise Ă protĂ©ger une souche locale de truite fario appelĂ©e « Carança »[2]. Elle est utilisĂ©e pour repeupler les lacs du dĂ©partement. Les moyenne et haute vallĂ©es sont apprĂ©ciĂ©es des pĂȘcheurs Ă la ligne. En aval du Ras, les truites sont abondantes, plus farouches en amont. Dans le lac principal en haute vallĂ©e, les truites peuvent atteindre plusieurs kilogrammes, mais sont difficiles Ă leurrer[24].
La présences des espÚces Desman des Pyrénées, MinioptÚre de Schreibers (Miniopterus schreibersii) et Petit Rhinolophe (Rhinolophus hipposideros) est possible, bien que non attestée, dans les gorges de la Carançà qui constituent pour ces mammifÚres un habitat propice[33].
Protection
[modifier | modifier le code]L'ensemble du bassin versant constitue une zone naturelle d'intĂ©rĂȘt Ă©cologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) de type 1, une partie Ă©tant Ă©galement protĂ©gĂ©e au titre de la rĂ©serve naturelle rĂ©gionale de Nyer. Les difficultĂ©s d'accĂšs et l'isolement de la zone en font un refuge privilĂ©giĂ© pour de nombreuses espĂšces sauvages[2]. La vallĂ©e fait Ă©galement partie du parc naturel rĂ©gional des PyrĂ©nĂ©es catalanes ainsi que de la zone Natura 2000 « Puigmal-Carança » au nom de la directive oiseaux[30]. Enfin, les gorges sont classĂ©es au titre de la loi de 1930.
RepĂšres historiques
[modifier | modifier le code]En amont des gorges, lĂ oĂč la vallĂ©e s'Ă©largit, il pourrait y avoir eu un domaine agricole dĂšs l'Ă©poque carolingienne[13]. Les abords du confluent de la Carançà avec la TĂȘt sont peuplĂ©s d'une villa Tobese (ou Tovese) mentionnĂ©e dans un texte de 878. Le IXe siĂšcle connaĂźt Ă©galement un vilar de Tresvalos lĂ©gĂšrement plus haut au-dessus du confluent[34]. En 961, la comtesse de Conflent Ava lĂšgue Ă l'abbaye Saint-Michel de Cuxa un alleu comprenant la vallĂ©e de Prats Balaguer. La dĂ©limitation de ses terres indique qu'elle comprend notamment les villages de Llar, Fetges et ipsa serra qui est ultra Karançano (cette chaĂźne de montagne qui est au-delĂ de Karançano)[35].
Au milieu du XIVe siĂšcle, un moulin Ă eau faisant fonctionner une scierie est bĂąti dans les gorges de la Carançà . Le bois issu de la forĂȘt de la basse vallĂ©e est Ă cette Ă©poque l'une des principales sources de revenus de la viguerie de Conflent. Cette forĂȘt fait partie du domaine royal tout en Ă©tant infĂ©odĂ©e Ă l'abbaye Saint-Michel de Cuxa[36].
En 1814, un gisement de cuivre est dĂ©couvert prĂšs de l'estany de Carançà . Des recherches ponctuelles sont effectuĂ©es sur ce site jusqu'en 1823, puis de 1836 Ă 1840 avant d'ĂȘtre abandonnĂ©es faute de rĂ©sultats[37].
La vallée de la Carança est visitée par des naturalistes. En 1834, Joseph Farines la considÚre comme « une des plus riches localités de nos Pyrénées sous le rapport botanique ». Il y recense 150 espÚces de plantes[38].
DĂšs le dĂ©but du XIXe siĂšcle, les poĂšmes d'Antoni Jofre rapportent la dĂ©solation de la vallĂ©e, qui est dĂ©crite en 1900 comme « remarquable par l'absence de toute habitation et mĂȘme de toute culture »[39].

En 1886, Jacint Verdaguer publie son poĂšme Ă©pique en douze chants : CanigĂł, considĂ©rĂ© comme le chef-d'Ćuvre de la Renaixença catalane. Le huitiĂšme chant, le seul Ă prendre le nom d'un lieu, est intitulĂ© la Fossa del Gegant.
Avant que l'exode rural ne vide la rĂ©gion de la plupart de ses habitants, un bĂ©tail nombreux venu de FontpĂ©drouse et Prats Balaguer vient paĂźtre en Ă©tĂ© les hautes pelouses de la Carança et de la Riberola, sous la garde d'un vacher communal choisi par le conseil municipal[40]. Le nombre de bĂȘtes paissant sur l'ensemble de la commune de FontpĂ©drouse, Ă©tudiĂ© sur la pĂ©riode allant de 1876 Ă 1993 par Claude Cortale, connait sa pĂ©riode la plus faste avant la PremiĂšre Guerre mondiale. Il dĂ©nombre jusqu'Ă 4280 moutons en 1883, 475 vaches en 1912, le nombre de chevaux ne dĂ©passant jamais la trentaine. L'effectif total ne dĂ©passe plus guĂšre les 800 en 1992[41].
La cova del Ras est bĂątie en 1895. Les travaux sont entamĂ©s par un jeune homme de Prats Balaguer, qui doit ensuite partir effectuer son service militaire et voit la cabane finie Ă son retour. Ă la mĂȘme pĂ©riode est construite la cova de la Bassa pour remplacer une autre cabane, en bois, dĂ©truite par un incendie qui a causĂ© la mort du berger qui l'habitait[29]. Les cabanes de la coma Mitjana et de la coma dels Bacivers sont Ă©galement construites Ă la fin du XIXe siĂšcle, toutes deux par un dĂ©nommĂ© Jean Llagonne[42]. Toutes les quatre sont propriĂ©tĂ© de la commune de FontpĂ©drouse dĂšs l'origine[29],[42].
Les gorges deviennent un site classé le , pour leur aspect pittoresque[22].
Vers 1930, un barrage de 21 m de haut destinĂ© Ă relever lâestany de Carançà , voire l'estany Negre, est envisagĂ©, afin de profiter de la forte pente, pour approvisionner les mines de cuivre de Canaveilles et pour l'irrigation. Devant le coĂ»t des travaux, le projet est abandonnĂ©[43]. Les travaux de construction du barrage et de la prise d'eau sont entamĂ©s en 1943. C'est Ă cette occasion, pour transporter le matĂ©riel et les pierres, que le chemin en corniche des gorges et la galerie amenant les eaux Ă la centrale hydroĂ©lectrique sont percĂ©s[22]. L'usine hydroĂ©lectrique de ThuĂšs est mise en service en 1946[44].
En 1984 est lancée la ronda de la Carançà , une course à pied de montagne qui consiste en une boucle partant de Prats Balaguer et passant par le puig Rodon, le pic Gallinàs et coll Mitjà [45].
L'accÚs touristique aux gorges est amélioré dans les années 1990[22].

L'arrĂȘtĂ© prĂ©fectoral protĂ©geant la riviĂšre et ses truites est publiĂ© en 1991[32]. Le site Natura 2000 Puigmal-Carança est créé en 2006[46]. Au XXIe siĂšcle, la pression touristique croissante constitue une menace pour les milieux naturels[22],[2]. Depuis 2015, des populations de truites sauvages sont rĂ©introduites dans la riviĂšre pour lutter contre l'invasion de poissons de souche domestique[47]. De mai 2019 Ă mai 2020, des travaux sont entrepris dans les gorges par divers organismes : purge de la paroi, installation d'un nouveau pont par l'ONF et construction d'un bĂątiment par la SHEM. Cela entraĂźne la fermeture au public de l'accĂšs Ă la corniche pendant un an[48].
Littérature et légendes
[modifier | modifier le code]Légendes
[modifier | modifier le code]Dans les PyrĂ©nĂ©es, les toponymes Ă©voquant des gĂ©ants sont souvent liĂ©s Ă la lĂ©gende de Roland, lui-mĂȘme assimilĂ© Ă un gĂ©ant, et Ă des dolmens qui auraient Ă©tĂ© bĂątis par ce chevalier. Ainsi, Joan Amades attribue le toponyme de la fossa del Gegant Ă un dolmen qui aurait Ă©tĂ© dĂ©truit par des bergers s'attendant Ă y trouver un trĂ©sor. Pour Jean AbĂ©lanet, cette interprĂ©tation est une confusion avec un autre lieu ; les lĂ©gendes auxquelles se rĂ©fĂšrent ces toponymes gigantesques sont dĂ©finitivement perdues[49].
Une autre lĂ©gende appelle Ă se mĂ©fier de l'Ă©tang de la Carança, autrement nommĂ© estany de les Truites et bien connu pour abriter de trĂšs gros spĂ©cimens. Ces truites seraient en fait des sorciĂšres (bruixes) ou des poissons ensorcelĂ©s. On raconte qu'elles ont la capacitĂ© de s'Ă©chapper de la poĂȘle Ă frire dans laquelle on les a dĂ©posĂ©es pour les cuisiner. Elles bondissent alors et s'enfuient par la cheminĂ©e de la maison du pĂȘcheur[50].
Le promeneur dĂ©sĆuvrĂ©, craignant de pĂȘcher, ne devra pas davantage lancer des pierres dans ce lac pour tromper son ennui : cela dĂ©clencherait de terribles orages de grĂȘle. Comme l'indique le nom de la voisine coma de l'Infern, tout le haut de la vallĂ©e de la Carança est soumise au Diable et Ă ses suppĂŽts[50].

C'est ainsi que la Carança et la riviĂšre voisine et Ă©galement maudite de Cady apparaissent en second plan dans une lĂ©gende de fondation de l'ermitage Saint-Guillem de Combret, situĂ© de l'autre cĂŽtĂ© du massif du Canigou : vers l'an 600, les montagnes du Canigou Ă©taient peuplĂ©es dâencantades (fĂ©es) qui vivaient dans un palais situĂ© dans la vallĂ©e du Cady. Personne ne pouvait entrer dans cette vallĂ©e protĂ©gĂ©e par un dragon. Lorsque les fĂ©es lavaient leur linge, la montagne se couvrait de gros nuages noirs et des tempĂȘtes de grĂȘle s'abattaient sur toute la rĂ©gion et les rĂ©gions avoisinantes du Roussillon et de l'EmpordĂ . Aucun humain ne pouvait vivre dans ces contrĂ©es dĂ©solĂ©es. Ă cette Ă©poque, un saint homme nommĂ© Guillem, cherchant Ă se retirer du monde, gravit les montagnes afin de trouver un endroit oĂč s'installer. Cela provoqua la colĂšre des fĂ©es qui dĂ©clenchĂšrent des cataclysmes : tempĂȘtes, incendies, tremblement de terre. Saint Guillem poursuivit son chemin et parvint jusqu'aux abords de la vallĂ©e interdite, oĂč il fut attaquĂ© par le dragon. Le saint voulut d'abord s'enfuir, mais fut aidĂ© par un ange qui lui donna une Ă©pĂ©e. Saint Guillem affronta alors le dragon et le vainquit, le faisant tomber dans un prĂ©cipice, ce qui mit les fĂ©es en fuite. Elles se rĂ©fugiĂšrent dans les vallĂ©es reculĂ©es du Cady ou de la Carança, ce qui permit Ă Guillem de fonder son ermitage[51].
Littérature
[modifier | modifier le code]Ces légendes ont été reprises par des poÚtes et écrivains, souvent inspirés par la désolation ou la grandeur de ces lieux.
Selon les dires de l'Ă©crivain français du XIVe siĂšcle Jean d'Arras, l'estany de Carançà abriterait en son fond une mine d'or. Jean d'Arras tiendrait ses informations de Bernat de So, vicomte d'Ăvol. Il se dit Ă©galement que des gĂ©ologues sont venus fouiller les abords du lac au dĂ©but du XXe siĂšcle pour trouver de l'or, au lieu-dit roca endorada (« la roche dorĂ©e ») puis sont repartis sans que personne sache ce qu'ils ont trouvĂ©[52]. Il y a bien eu des prospections Ă cet endroit, mais durant la premiĂšre moitiĂ© du XIXe siĂšcle et la recherche concernait du cuivre selon les comptes rendus des ingĂ©nieurs[37].
Ămile Pouvillon (1840-1906), dans son ouvrage posthume Terre d'Oc paru en 1908, Ă©crit :
« Des croupes dĂ©solĂ©es, un chapelet d'Ă©tangs vaseux ; le lac de Carençà enfin ; Ă peine un lac, une cuvette d'eau sombre, au fond d'un entonnoir que ferme un hĂ©micycle de montagnes. C'est la fin de la vallĂ©e, la fin du monde. Pas un arbre, pas une broussaille en perspective, pas la plus lĂ©gĂšre trace de vie vĂ©gĂ©tale ou animale. L'herbe est morte, l'homme est absent, la montagne elle-mĂȘme n'est plus qu'un squelette en dĂ©composition, rongĂ© par les Ă©lĂ©ments. Le soleil a calcinĂ© l'herbe, exilĂ© les troupeaux ; il chauffe en incendie le cirque des rochers qui flambent avec le pĂ©tillement des micaschistes, comme du minerai en fusion. Et cet Ă©clat sur cette laideur, c'est plus de laideur encore. FouillĂ© jusqu'aux derniers plis, illuminĂ© jusqu'aux moindres reliefs, ce dĂ©sert de pierre prend une expression de nĂ©ant tragique[53]. »
En cela, il rejoint le poÚte arlésien de langue catalane Antoni Jofre (1801-1864) qui, dans son long poÚme Les bruixes de Carançà (les SorciÚres de Carançà ), narre les mésaventures qui lui sont supposément arrivées aprÚs qu'il a, malgré les avertissements de bergers, lancé des pierres dans l'étang de la Carançà . Il en donne une description tout aussi peu engageante[54] :
| Catalan.
L'estany de Carançù !⊠res al mon de mes trist ! |
Français[N 1].
L'étang de Carançà  !⊠Rien au monde de plus triste ! |
Le poÚme épique Canigó de Jacint Verdaguer (1886), censé se dérouler au XIe siÚcle, raconte notamment la lutte des comtes catalans Guiffré et Taillefer contre les Maures dans l'Est des Pyrénées. La Carança n'y apparait qu'une fois[55], mais à un moment crucial. Au chant VIII[56], alors que Taillefer est gravement blessé et que la lutte fait rage :
| Catalan.
Lo comte és de Cerdanya, los camins sap, |
Français[N 1].
Le comte [Guiffré] est de Cerdagne, il connait les chemins, |
Un combat singulier a lieu entre le comte Guiffré et le Maure géant nommé Gedhur. Guiffré est vainqueur. Le chant VIII s'achÚve ainsi :
| Catalan.
D'ençà que el moro hi queia, fa nou-cents anys, |
Français[N 1].
Depuis que le Maure est tombé, il y a neuf cents ans, |
Au XXe siĂšcle, la vallĂ©e se fait plus riante. Armand Lanoux, dans Le Berger des abeilles (1974), Ă©voque la RĂ©sistance dans les PyrĂ©nĂ©es-Orientales. Lorsqu'un personnage pĂ©nĂštre dans la vallĂ©e, « la dĂ©couverte est magnifique », c'est « un extraordinaire canon verdoyant semĂ© de blocs oĂč l'eau dĂ©vale »[57].
Notes et références
[modifier | modifier le code]Note
[modifier | modifier le code]Références
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- â ArrĂȘtĂ© du 7 mars 2006 portant dĂ©signation du site Natura 2000 Puigmal-Carança (zone de protection spĂ©ciale).
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- â Armand Lanoux, Le Berger des abeilles, Paris, Grasset, , 476 p. (ISBN 2-246-00088-2), p. 256.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Jean Abélanet, Lieux et légendes du Roussillon et des Pyrénées catalanes, Canet, Trabucaire, coll. « Mémoires de pierres, souvenirs d'hommes », , 189 p. (ISBN 9782849740798).
- LluĂs Basseda, Toponymie historique de Catalunya Nord, t. 1, Prades, Revista Terra Nostra, , 796 p..
- A. BaudiĂšre, « La Haute vallĂ©e de la Carança (PyrĂ©nĂ©es-Orientales) », Le Monde des Plantes, no 469,â , p. 12-20.
- Julien Calas, « Recherches sur les modifications anciennes et rĂ©centes du bassin moyen de la TĂȘt », Bulletin de la SociĂ©tĂ© agricole, scientifique et littĂ©raire des PyrĂ©nĂ©es-Orientales, vol. 41,â .
- Claude Cortale, Les « coves » ou la mémoire des bergers : évocation de la vie pastorale en ce début de siÚcle : Fontpédrouse, Saint-Thomas, Prats-Balaguer, Perpignan, Elne, B. Salvador, .
- (ca) Pierre Ponsich et Ramon Ordeig i Mata, Els comtats de Rosselló, Conflent, Vallespir i Fenollet : Diplomatari (docs. 329-649). Mapes. Index, Institut d'Estudis Catalans, .
- Flocel Sabaté, « La montagne dans la Catalogne médiévale. Perception et pouvoir », dans Actes des congrÚs de la Société des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur public, 34e congrÚs, Chambéry, (DOI 10.3406/shmes.2003.1854), p. 179- 218.
- (ca) Ălvar Valls, Pirineu de Verdaguer, L'Abadia de Montserrat, , 150Â p.
- Syndicat mixte du Parc naturel rĂ©gional des PyrĂ©nĂ©es catalanes, Document dâobjectifs pour le site Massif du Puigmal â Carança, relatif Ă la mise en Ćuvre de la directive Oiseaux (2009/147/CE) et de la directive Habitats-Faune-Flore (CEE 92/43), t. 1, (lire en ligne)
- Georges VĂ©ron, Le guide rando Canigou, Vallespir, Conflent, Rando Ăditions, (ISBN 2841820041)
Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]- Ressource relative à la géographie :
- « Gorges de la Carança », Inventaire national du patrimoine naturel.
- ZNIEFF 910010935 - VallĂ©e de la Carança sur le site de lâINPN et sa carte sur le site de la DIREN.
- PrĂ©fecture des PyrĂ©nĂ©es-Orientales, « ArrĂȘtĂ© prĂ©fectoral de protection de biotope no 2-91 du 3 janvier 1991 portant protection de biotopes sur certains cours d'eau ou section de cours d'eau du DĂ©partement des PyrĂ©nĂ©es-Orientales », sur inpn.mnhn.fr.
- Eaucéa, « Dossier de travaux - PE Carança » [PDF], sur developpement-durable.gouv.fr, .
- Site officiel du refuge de la Carança.
- « Les Gorges de la Carança », Office de Tourisme Intercommunal Conflent Canigó
- « Plan Départemental pour la Protection des milieux aquatiques et la Gestion des Ressources piscicoles des Pyrénées-Orientales - 2018-2023 »