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Diffusion d'Itō

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Dans le domaine des processus stochastiques la diffusion d'Itō est solution d'un type particulier d'équation différentielle stochastique. Cette équation est analogue à l'équation de Langevin, utilisée en physique pour décrire le mouvement brownien d'une particule soumise à un potentiel au sein d'un fluide visqueux. Le nom est celui du mathématicien japonais Kiyoshi Itō[1].

Présentation

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Ce processus de Wiener (mouvement brownien) dans un espace à trois dimensions (une trajectoire est représentée) constitue un exemple de diffusion d'Itō.

Une diffusion d'Itō (homogène dans le temps) dans un espace euclidien à n dimensions ℝn est un processus stochastique X : [0, +∞) × Ω → ℝn, défini sur un espace probabilisé (Ω, Σ, P) et satisfaisant une équation différentielle stochastique de la forme :

dXt=b(Xt)dt+σ(Xt)dBt

où B est un mouvement brownien à m dimensions, et où b : ℝn → ℝn ainsi que σ : ℝn → ℝn×m satisfont la condition habituelle de continuité lipschitzienne :

|b(x)−b(y)|+|σ(x)−σ(y)|≤C|x−y|

pour une certaine constante C et pour tout couple x, y ∈ ℝn ; cette condition garantit l'existence d'une unique solution forte X à l'équation différentielle stochastique donnée ci-dessus. Le champ de vecteurs b est appelé coefficient de dérive de X ; le champ matriciel σ est appelé coefficient de diffusion de X. Les fonctions b et σ ne dépendent pas du temps ; si tel était le cas, X serait qualifié simplement de « processus d'Itō », et non de diffusion. Les diffusions d'Itō possèdent un certain nombre de propriétés remarquables, notamment :

En particulier, une diffusion d'Itō est un processus continu et fortement markovien dont l'opérateur caractéristique est défini sur un domaine incluant toutes les fonctions deux fois continûment dérivables ; il s'agit donc d'une « diffusion » au sens défini par Eugene Dynkin (1965).

Continuité

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Continuité des trajectoires

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Une diffusion d'Itō X est un processus à trajectoires continues, c'est-à-dire que, pour presque toutes les réalisations Bt(ω) du bruit, Xt(ω) est une fonction continue du paramètre temporel t. Plus précisément, il existe une « version continue » de X, un processus continu Y tel que :

𝐏[Xt=Yt]=1 pour tout t.

Cela découle de la théorie classique de l'existence et de l'unicité des solutions fortes des équations différentielles stochastiques.

Continuité au sens de Feller

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En plus d'être continu (en termes de trajectoires), une diffusion d'Itō X satisfait à une exigence plus forte : celle d'être un processus de Feller.

Pour un point x ∈ Rn, notons Px la loi de X sachant la condition initiale X0 = x, et notons Ex l'espérance mathématique par rapport à Px.

Soit f : Rn → R une fonction mesurable (au sens de Borel) et minorée ; pour un t ≥ 0 fixé, définissons la fonction u : Rn → R par :

u(x)=𝐄x[f(Xt)]
  • Semi-continuité inférieure : si f est semi-continue inférieurement, alors u est semi-continue inférieurement.
  • Continuité de Feller : si f est bornée et continue, alors u est continue.

Le comportement de la fonction u ci-dessus, lorsque le temps t varie, est décrit par l'équation de Kolmogorov rétrograde, l'équation de Fokker-Planck, etc. (voir ci-dessous).

La propriété de Markov

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La propriété de Markov

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Une diffusion d'Itō X possède une propriété importante : elle est « markovienne ». Cela signifie que le comportement futur de X, sachant ce qui s'est produit jusqu'à un instant donné t, est identique à ce qu'il serait si le processus avait démarré à la position Xt à l'instant 0. La formulation mathématique précise de cet énoncé nécessite quelques notations supplémentaires :

Soit Σ∗ la filtration naturelle de (Ω, Σ) engendrée par le mouvement brownien B : pour tout t ≥ 0

Σt=ΣtB=σ{Bs−1(A)⊆Ω : 0≤s≤t,A⊆𝐑n borélien}

Il est aisé de montrer que X est adapté à Σ∗ (c'est-à-dire que chaque Xt est mesurable par rapport à Σt) ; par conséquent, la filtration naturelle F∗ = F∗X de (Ω, Σ) engendrée par X vérifie Ft ⊆ Σt pour tout t ≥ 0.

Soit f : Rn → R une fonction bornée et mesurable au sens de Borel. Alors, pour tout t et h ≥ 0, l'espérance conditionnelle — conditionnée par la tribu Σt — et l'espérance du processus « redémarré » à partir de Xt satisfont la propriété de Markov :

𝐄x[f(Xt+h)|Σt](ω)=𝐄Xt(ω)[f(Xh)]

En fait, X est également un processus de Markov par rapport à la filtration F∗, comme le montre ce qui suit :

𝐄x[f(Xt+h)|Ft]=𝐄x[𝐄x[f(Xt+h)|Σt]|Ft]=𝐄x[𝐄Xt[f(Xh)]|Ft]=𝐄Xt[f(Xh)].

La propriété de Markov forte

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La propriété de Markov forte est une généralisation de la propriété de Markov ci-dessus, dans laquelle t est remplacé par un temps aléatoire τ : Ω → [0, +∞] approprié, appelé temps d'arrêt. Ainsi, par exemple, au lieu de « redémarrer » le processus X à l'instant t = 1, on pourrait le « redémarrer » au moment où X atteint pour la première fois un point donné p de Rn. Comme précédemment, soit f : Rn → R une fonction bornée et mesurable au sens de Borel. Soit τ un temps d'arrêt par rapport à la filtration Σ∗, tel que τ < +∞ presque sûrement. Alors, pour tout h ≥ 0 :

𝐄x[f(Xτ+h)|Στ]=𝐄Xτ[f(Xh)]

Le générateur

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Définition

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À toute diffusion d'Itō est associé un opérateur différentiel du second ordre, appelé « générateur » de la diffusion. Ce générateur est très utile dans de nombreuses applications et contient une grande quantité d'informations sur le processus X. Formellement, le générateur infinitésimal d'une diffusion d'Itō X est l'opérateur A, défini par son action sur des fonctions appropriées f : Rn → R comme suit :

Af(x)=limt↓0𝐄x[f(Xt)]−f(x)t

L'ensemble de toutes les fonctions f pour lesquelles cette limite existe en un point x est noté DA(x), tandis que DA désigne l'ensemble de toutes les fonctions f pour lesquelles la limite existe pour tout x ∈ Rn. On peut montrer que toute fonction f de classe C2 (deux fois dérivable, avec une dérivée seconde continue) à support compact appartient à DA et que

Af(x)=∑ibi(x)∂f∂xi(x)+12∑i,j(σ(x)σ(x)⊤)i,j∂2f∂xi∂xj(x)

ou, en utilisant le gradient ainsi que les produits scalaires (produit scalaire classique et produit scalaire de Frobenius),

Af(x)=b(x)⋅∇xf(x)+12(σ(x)σ(x)⊤):∇x∇xf(x)

Le générateur « A » du mouvement brownien standard B à n dimensions, qui satisfait l'équation différentielle stochastique dXt= dBt, est donné par :

Af(x)=12∑i,jδij∂2f∂xi∂xj(x)=12∑i∂2f∂xi2(x)

c'est-à-dire « A » = Δ/2, où Δ désigne le laplacien.

Les équations de Kolmogorov et de Fokker–Planck

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Le générateur intervient dans la formulation de l'équation de Kolmogorov rétrograde. Intuitivement, cette équation décrit l'évolution temporelle de l'espérance d'une statistique suffisamment régulière de X : elle doit satisfaire une certaine équation aux dérivées partielles dans laquelle le temps t et la position initiale x constituent les variables indépendantes. Plus précisément, si f ∈ C2(Rn ; R) est à support compact et si u : [0, +∞) × Rn → R est définie par

u(t,x)=𝐄x[f(Xt)]

alors u(t, x) est dérivable par rapport à t, u(t, •) appartient au domaine DA pour tout t, et u vérifie l'équation aux dérivées partielles suivante, appelée équation de Kolmogorov rétrograde :

{∂u∂t(t,x)=Au(t,x),t>0,x∈𝐑nu(0,x)=f(x),x∈𝐑n

L'équation de Fokker–Planck (également appelée équation de Kolmogorov directe) est, en un certain sens, l'opérateur adjoint de l'équation rétrograde ; elle décrit l'évolution temporelle des densités de probabilité de Xt. Soit ρ(t, •) la densité de Xt par rapport à la mesure de Lebesgue sur Rn ; c'est-à-dire que, pour tout ensemble borélien S ⊆ Rn

𝐏[Xt∈S]=∫Sρ(t,x)dx

Soit A∗ l'opérateur adjoint de A (par rapport au produit scalaire dans l'espace préhilbertien L²). Alors, en supposant que la position initiale X0 possède une densité donnée ρ0, la fonction ρ(t, x) est dérivable par rapport à t, ρ(t, •) ∈ DA* pour tout t, et ρ satisfait l'équation aux dérivées partielles suivante, appelée équation de Fokker-Planck :

{∂ρ∂t(t,x)=A∗ρ(t,x),t>0,x∈𝐑nρ(0,x)=ρ0(x),x∈𝐑n

La formule de Feynman-Kac

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La formule de Feynman-Kac constitue une généralisation utile de l'équation de Kolmogorov rétrograde. Soit f une fonction de classe C2(Rn ; R) à support compact, et soit q : Rn → R une fonction continue minorée. Définissons la fonction v : [0, +∞) × Rn → R par :

v(t,x)=𝐄x[exp⁡(−∫0tq(Xs)ds)f(Xt)]

La formule de Feynman-Kac énonce que v vérifie l'équation aux dérivées partielles suivante :

{∂v∂t(t,x)=Av(t,x)−q(x)v(t,x),t>0,x∈𝐑nv(0,x)=f(x),x∈𝐑n

De plus, si w : [0, +∞) × Rn → R est une fonction de classe C1 par rapport au temps et C2 par rapport à l'espace, bornée sur tout ensemble de la forme K × Rn (où K est un compact), et qu'elle vérifie l'équation aux dérivées partielles ci-dessus, alors w est nécessairement égale à v telle que définie précédemment. L'équation rétrograde de Kolmogorov est un cas particulier de la formule de Feynman-Kac dans lequel q(x) = 0 pour tout x ∈ Rn.

L'opérateur caractéristique

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Définition

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L'opérateur caractéristique d'une diffusion d'Itō X est un opérateur différentiel étroitement lié au générateur infinitésimal, mais quelque peu plus général. Il est mieux adapté à certains problèmes, par exemple à la résolution du problème de Dirichlet.

L'opérateur caractéristique 𝒜 d'une diffusion d'Itō X est défini par

𝒜f(x)=limU↓x𝐄x[f(XτU)]−f(x)𝐄x[τU]

où les ensembles U forment une suite d'ensembles ouverts Uk qui décroissent vers le point x, au sens où

Uk+1⊆Uk et ⋂k=1∞Uk={x}

et où

τU=inf⁡{t≥0 : Xt∉U}

est le premier temps de sortie de U pour le processus X. On note D𝒜 l'ensemble des fonctions f pour lesquelles cette limite existe pour tout x ∈ Rn et pour toute suite {Uk}. Si Ex[τU] = +∞ pour tout ensemble ouvert U contenant x, on pose

𝒜f(x)=0

Relation avec le générateur

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L'opérateur caractéristique et le générateur infinitésimal sont étroitement liés ; ils coïncident même pour une vaste classe de fonctions. On peut montrer que

DA⊆D𝒜

et que

Af=𝒜f pour toute fonction f∈DA.

En particulier, le générateur et l'opérateur caractéristique coïncident pour toute fonction f de classe C2, auquel cas

𝒜f(x)=∑ibi(x)∂f∂xi(x)+12∑i,j(σ(x)σ(x)⊤)i,j∂2f∂xi∂xj(x)

Application : mouvement brownien sur une variété riemannienne

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L'opérateur caractéristique d'un mouvement brownien est égal à 1/2 fois l'opérateur de Laplace-Beltrami. Il s'agit ici de l'opérateur de Laplace-Beltrami sur une 2-sphère.

Plus haut, nous avons établi que le générateur (et donc l'opérateur caractéristique) du mouvement brownien sur Rn est 1/2Δ, où Δ désigne l'opérateur de Laplace. L'opérateur caractéristique est utile pour définir le mouvement brownien sur une variété riemannienne (M, g) de dimension m : un mouvement brownien sur M est défini comme une diffusion sur M dont l'opérateur caractéristique 𝒜, exprimé en coordonnées locales xi (pour 1 ≤ i ≤ m), est donné par 1/2ΔLB, où ΔLB est l'opérateur de Laplace-Beltrami qui, en coordonnées locales, s'écrit :

ΔLB=1det⁡(g)∑i=1m∂∂xi(det⁡(g)∑j=1mgij∂∂xj),

où [gij] = [gij]−1 au sens de l'inverse d'une matrice carrée.

L'opérateur résolvant

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En général, le générateur A d'une diffusion d'Itō X n'est pas un opérateur borné. Cependant, si l'on soustrait à A un multiple positif de l'opérateur identité I, l'opérateur obtenu est inversible. L'inverse de cet opérateur peut s'exprimer en fonction de X lui-même, au moyen de l'opérateur résolvant.

Pour α > 0 l'opérateur résolvant Rα, agissant sur des fonctions continues et bornées g : Rn → R, est défini par

Rαg(x)=𝐄x[∫0∞e−αtg(Xt)dt]

On peut démontrer, en utilisant la continuité au sens de Feller de la diffusion X, que Rαg est elle-même une fonction continue et bornée. Par ailleurs, Rα et αI − A sont des opérateurs inverses l'un de l'autre :

  • si f : Rn → R est de classe C2 et à support compact, alors, pour tout α > 0,
Rα(α𝐈−A)f=f
  • si g : Rn → R est une fonction continue et bornée, alors Rαg appartient au domaine DA et, pour tout α > 0,
(α𝐈−A)Rαg=g

Mesures invariantes

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Il est parfois nécessaire de déterminer une mesure invariante pour une diffusion d'Itō X, c'est-à-dire une mesure sur Rn qui demeure inchangée sous l'action du flot associé à X : autrement dit, si X0 suit une telle mesure invariante μ∞, alors Xt suit également μ∞ pour tout t ≥ 0. L'équation de Fokker-Planck permet de trouver une telle mesure, du moins lorsqu'elle admet une densité de probabilité ρ∞ : si X0 suit effectivement une mesure invariante μ∞ de densité ρ∞, alors la densité ρ(t, •) de Xt ne dépend pas de t — on a donc ρ(t, •) = ρ∞ — et, par conséquent, ρ∞ doit être solution de l'équation aux dérivées partielles (indépendante du temps) suivante :

A∗ρ∞(x)=0,x∈𝐑n

Cela illustre l'un des liens existant entre l'analyse stochastique et l'étude des équations aux dérivées partielles. Réciproquement, bien qu'il puisse être difficile de résoudre directement une équation aux dérivées partielles linéaire du second ordre de la forme Λf = 0, si l'on peut écrire Λ = A∗ pour une certaine diffusion d'Itō X dont on sait facilement calculer une mesure invariante, alors la densité de cette mesure fournit une solution à l'équation aux dérivées partielles considérée.

Mesures invariantes pour les flots de gradient

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Une mesure invariante est relativement facile à calculer lorsque le processus X est un flot de gradient stochastique de la forme

dXt=−∇Ψ(Xt)dt+2β−1dBt

où β > 0 joue le rôle d'une température inverse et Ψ : Rn → R est un potentiel scalaire satisfaisant des conditions appropriées de régularité et de croissance. Dans ce cas, l'équation de Fokker-Planck admet une unique solution stationnaire ρ∞ (c'est-à-dire que X possède une unique mesure invariante μ∞ de densité ρ∞), donnée par la distribution de Boltzmann :

ρ∞(x)=Z−1exp⁡(−βΨ(x))

où la fonction de partition Z est définie par

Z=∫𝐑nexp⁡(−βΨ(x))dx

Par ailleurs, la densité ρ∞ satisfait un principe variationnel : elle minimise, parmi toutes les densités de probabilité ρ sur Rn, la fonctionnelle d'enthalpie libre F donnée par

F[ρ]=E[ρ]+1βS[ρ]

où

E[ρ]=∫𝐑nΨ(x)ρ(x)dx

joue le rôle d'une fonctionnelle d'énergie et

S[ρ]=∫𝐑nρ(x)log⁡ρ(x)dx

correspond à l'opposé de la fonctionnelle d'entropie de Gibbs-Boltzmann. Même lorsque le potentiel Ψ n'est pas suffisamment régulier pour permettre la définition de la fonction de partition Z et de la mesure de Gibbs μ∞, l'énergie libre F[ρ(t, •)] reste bien définie pour tout instant t ≥ 0, à condition que la condition initiale vérifie F[ρ(0, •)] < +∞. La fonctionnelle d’énergie libre F est, en fait, une fonction de Liapounov pour l’équation de Fokker–Planck : F[ρ(t, •)] doit décroître à mesure que t augmente. Ainsi, F constitue une fonction H pour la dynamique X.

Considérons le processus d'Ornstein-Uhlenbeck X sur Rn, satisfaisant l'équation différentielle stochastique suivante :

dXt=−κ(Xt−m)dt+2β−1dBt

où m ∈ Rn et β, κ > 0 sont des constantes données. Dans ce cas, le potentiel Ψ est défini par :

Ψ(x)=12κ|x−m|2

et la mesure invariante associée à X est donc une mesure gaussienne de densité ρ∞ donnée par :

ρ∞(x)=(βκ2π)n2exp⁡(−βκ|x−m|22)

De manière heuristique, pour des valeurs de t élevées, Xt suit approximativement une loi normale de moyenne m et de variance (βκ)−1. L'expression de la variance peut s'interpréter comme suit : des valeurs élevées de κ signifient que le puits de potentiel Ψ présente des « parois très abruptes » ; par conséquent, il est peu probable que Xt s'éloigne significativement du minimum de Ψ, situé en m. De même, des valeurs élevées de β indiquent que le système est relativement « froid » et peu bruité ; là encore, il est peu probable que Xt s'éloigne beaucoup de m.

La propriété de martingale

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En général, une diffusion d'Itō X n'est pas une martingale. Cependant, pour toute fonction f ∈ C2(Rn; R) à support compact, le processus M : [0, +∞) × Ω → R défini par

Mt=f(Xt)−∫0tAf(Xs)ds

où A est le générateur de X, est une martingale par rapport à la filtration naturelle F∗ de (Ω, Σ) engendrée par X. La démonstration est assez simple : elle découle de l'expression habituelle de l'action du générateur sur des fonctions f suffisamment régulières et du lemme d'Itō (la règle de dérivation en chaîne stochastique), ce qui donne

f(Xt)=f(x)+∫0tAf(Xs)ds+∫0t∇f(Xs)⊤σ(Xs)dBs

Comme les intégrales d'Itō sont des martingales par rapport à la filtration naturelle Σ∗ de (Ω, Σ) engendrée par B, on a, pour t > s :

𝐄x[Mt|Σs]=Ms

Ainsi, comme attendu,

𝐄x[Mt|Fs]=𝐄x[𝐄x[Mt|Σs]|Fs]=𝐄x[Ms|Fs]=Ms

puisque Ms est Fs-mesurable.

Formule de Dynkin

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La formule de Dynkin donne l'espérance mathématique d'une fonction suffisamment régulière d'une diffusion d'Itō X (de générateur A) évaluée à un temps d'arrêt. Plus précisément, si τ est un temps d'arrêt tel que Ex[τ] < +∞, et si f : Rn → R est une fonction de classe C2 à support compact, alors :

𝐄x[f(Xτ)]=f(x)+𝐄x[∫0τAf(Xs)ds]

La formule de Dynkin permet de calculer diverses quantités utiles liées aux temps d'arrêt. Par exemple, le mouvement brownien canonique sur la droite réelle, partant de 0, sort de l'intervalle (−R, +R) à un instant aléatoire τR dont l'espérance est :

𝐄0[τR]=R2

La formule de Dynkin fournit des informations sur le comportement de X à un temps d'arrêt assez général. Pour approfondir l'étude de la loi de X à un temps d'atteinte, on peut s'intéresser à la « mesure harmonique » du processus.

Mesures associées

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La mesure harmonique

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Dans de nombreuses situations, il suffit de savoir à quel moment une diffusion d'Itō X quitte pour la première fois un ensemble mesurable H ⊆ Rn. Autrement dit, on s'intéresse au temps de première sortie

τH(ω)=inf⁡{t≥0|Xt∉H}

Parfois, cependant, on souhaite également connaître la distribution des points par lesquels X quitte cet ensemble. Par exemple, le mouvement brownien canonique B sur la droite réelle, partant de 0, quitte l'intervalle (−1, 1) en −1 avec une probabilité de 1/2 et en 1 avec une probabilité de 1/2 ; ainsi, Bτ(−1, 1) suit une loi uniforme sur l'ensemble {−1, 1}.

De manière générale, si G est un sous-ensemble de Rn dont l'adhérence est compacte, alors la mesure harmonique (ou distribution de sortie) de X sur la frontière ∂G de G est la mesure μGx définie par

μGx(F)=𝐏x[XτG∈F]

pour tout x ∈ G et tout F ⊆ ∂G. En revenant à l'exemple précédent du mouvement brownien, on peut montrer que si B est un mouvement brownien dans Rn partant de x ∈ Rn et si D ⊂ Rn est une boule ouverte centrée en x, alors la mesure harmonique de B sur \partial D est invariante par toute rotation de D autour de x et coïncide avec la mesure de surface normalisée sur ∂D.

La mesure harmonique vérifie une « propriété de la moyenne » intéressante : si f : Rn → R est une fonction mesurable au sens de Borel et bornée et si φ est définie par

φ(x)=𝐄x[f(XτH)]

alors, pour tout ensemble borélien G ⊂⊂ H et tout x ∈ G on a

φ(x)=∫∂Gφ(y)dμGx(y)

La propriété de la moyenne est très utile pour la résolution d'équations aux dérivées partielles à l'aide de processus stochastiques.

La mesure de Green et la formule de Green

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Soit A un opérateur différentiel partiel sur un domaine D ⊆ Rn et soit X une diffusion d'Itō dont A est le générateur. Intuitivement, la mesure de Green d'un ensemble borélien H correspond à la durée moyenne pendant laquelle X séjourne dans H avant de quitter le domaine D. Autrement dit, la « mesure de Green » de X par rapport à D au point x, notée G(x, •), est définie, pour tout ensemble borélien H ⊆ Rn, par

G(x,H)=𝐄x[∫0τDχH(Xs)ds]

ou, pour toute fonction continue et bornée f : D → R, par

∫Df(y)G(x,dy)=𝐄x[∫0τDf(Xs)ds]

Le terme « mesure de Green » provient du fait que, si X est un mouvement brownien, alors

G(x,H)=∫HG(x,y)dy

où G(x, y) est la fonction de Green associée à l'opérateur 1/2Δ sur le domaine D.

Supposons que Ex[τD] < +∞ pour tout x ∈ D. Alors, la formule de Green est vérifiée pour toute fonction f ∈ C2(Rn; R) à support compact :

f(x)=𝐄x[f(XτD)]−∫DAf(y)G(x,dy)

En particulier, si le support de f est immergé de façon compacte dans D, alors

f(x)=−∫DAf(y)G(x,dy)

Références

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  1. ↑ (en) Kiyoshi Itō et Henry P. McKean, Jr., Diffusion Processes and their Sample Paths, Springer, (lire en ligne)