Pitey

Le pitey (en gascon lo pitÚir) est une échelle rudimentaire à un seul montant, taillée dans un tronc de jeune pin, utilisée par les gemmeurs des Landes de Gascogne pour atteindre le haut des entailles (les « cares ») pratiquées sur les pins maritimes (Pinus pinaster) en cours de gemmage.
Description et usage
[modifier | modifier le code]Sur un pin gemmé, l'entaille rafraßchie chaque semaine, appelée « care » ou « carre », s'élÚve progressivement d'année en année et pouvait atteindre jusqu'à quatre mÚtres de hauteur[1]. Pour continuer à piquer l'arbre une fois cette hauteur devenue inaccessible à main levée, le résinier s'aidait du pitey, une simple jambe de bois de pin de deux à trois mÚtres de haut, flanquée de cale-pieds (les « paousse-pé ») qui faisaient office de marches. L'outil était calé au pied dans le sable et appuyé en haut contre le tronc du pin à travailler, à hauteur voulue[2].
Ne disposant pas d'un tabouret ou d'une Ă©chelle classique, trop encombrants Ă transporter d'arbre en arbre Ă travers la forĂȘt, et n'utilisant pas non plus les Ă©chasses des bergers landais[n 1], les gemmeurs ont ainsi dĂ©veloppĂ© cet outil propre Ă leur activitĂ©, plus lĂ©ger et plus maniable qu'une Ă©chelle ordinaire[2]. Un observateur allemand du XIXe siĂšcle rapporte que l'habiletĂ© des rĂ©siniers du Marensin Ă grimper pieds nus sur leur pitey Ă©tait telle qu'elle avait frappĂ© le naturaliste Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent, qui les avait qualifiĂ©s de « quadrumanes ». Des observations ultĂ©rieures attribuĂ©es Ă un certain RĂ©veil montrĂšrent que les habitants des Landes prĂ©sentaient effectivement un gros orteil anormalement mobile et Ă©cartĂ© des autres, adaptation rĂ©sultant de la pratique, dĂšs l'enfance, de l'escalade pieds nus de cet outil[3].
Ătymologie
[modifier | modifier le code]En gascon, le terme pitÚir désignait à l'origine, plus largement, tout ce qui permet de se hausser ou de prendre de la hauteur, du mirador de surveillance forestiÚre à la tour de guet utilisée pour la chasse à la palombe. L'usage a fini par réserver ce nom à la seule échelle du résinier[4].
Illustrations
[modifier | modifier le code]- Illustration de 1818 d'un résinier sur pitey en pays de Buch pratiquant la pique avec son hapchot.
- Illustration de 1838 d'un résinier du Marensin tenant son pitey et son hapchot.
- Illustration de 1906 par l'allemand Alexander Tschirch dans Die Harze und die HarzbehÀlter mit Einschluss der MilchsÀfte.
Ăquivalents Ă l'Ă©tranger
[modifier | modifier le code]Dans les autres traditions de gemmage europĂ©ennes, le recours Ă un dispositif d'appoint pour atteindre les entailles situĂ©es en hauteur n'est pas propre aux Landes de Gascogne. En Autriche, oĂč l'extraction de la rĂ©sine du pin noir (Pecherei) suit un rythme comparable au gemmage landais, chaque Pecher fabriquait lui-mĂȘme son Ă©chelle, qui devait ĂȘtre conçue aussi lĂ©gĂšre que possible pour ĂȘtre transportĂ©e d'arbre en arbre Ă travers la forĂȘt tout au long de la saison[5].
- Résinier autrichien (Pecher) sur une échelle entaillant un pin résinifÚre grùce à une hachette spéciale, dite PlÀtzdexel. On distingue un pot de résine (PechhÀferl).
Dans le sud des Ătats-Unis, le gemmage pratiquĂ© dans les camps de tĂ©rĂ©benthine consiste Ă entailler le mĂȘme tronc Ă des hauteurs croissantes d'annĂ©e en annĂ©e conduisait de la mĂȘme façon les ouvriers Ă devoir se servir d'une Ă©chelle lorsque les marques de saignĂ©e grimpaient trop haut sur le tronc pour ĂȘtre atteintes autrement, comme en tĂ©moignent des arbres exploitĂ©s sur plusieurs mĂštres de hauteur conservĂ©s dans des collections musĂ©ales de Caroline du Nord[6].
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- â Voir l'histoire des Landes.
Références
[modifier | modifier le code]- â Lumigemme, « Le gemmage et le pot "Hugues" », lumigemme.fr.
- 1 2 Sylviculture.wikibis.com, notice « Pitey »).
- â Berufe-dieser-welt.de, « Der Pechler », berufe-dieser-welt.de.
- â BĂ©nĂ©dicte et Jean-Jacques FĂ©niĂ©, Toponymie gasconne, Ă©ditions Sud Ouest, 1992.
- â Die KEAföhrenen, « Das Handwerk Pecherei im Jahresverlauf », keafoehrene.at.
- â NCpedia, « Turpentine Tree », ncpedia.org.
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Roger Sargos, Contribution à l'histoire du boisement des Landes de Gascogne, Bordeaux, Delmas, , 16 cartes et plans, 107 illustr., 836 (présentation en ligne).
- Jacques Sargos (3e Ă©d. en 2004), Histoire de la forĂȘt Landaise : Du dĂ©sert Ă l'Ăąge d'or, Bordeaux, Horizon chimĂ©rique, , 559 p. (ISBN 9782907202619, prĂ©sentation en ligne).
