Aller au contenu

Pitey

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Résinier du Bassin d'Arcachon sur son pitey

Le pitey (en gascon lo pitÚir) est une échelle rudimentaire à un seul montant, taillée dans un tronc de jeune pin, utilisée par les gemmeurs des Landes de Gascogne pour atteindre le haut des entailles (les « cares ») pratiquées sur les pins maritimes (Pinus pinaster) en cours de gemmage.

Description et usage

[modifier | modifier le code]

Sur un pin gemmé, l'entaille rafraßchie chaque semaine, appelée « care » ou « carre », s'élÚve progressivement d'année en année et pouvait atteindre jusqu'à quatre mÚtres de hauteur[1]. Pour continuer à piquer l'arbre une fois cette hauteur devenue inaccessible à main levée, le résinier s'aidait du pitey, une simple jambe de bois de pin de deux à trois mÚtres de haut, flanquée de cale-pieds (les « paousse-pé ») qui faisaient office de marches. L'outil était calé au pied dans le sable et appuyé en haut contre le tronc du pin à travailler, à hauteur voulue[2].

Ne disposant pas d'un tabouret ou d'une Ă©chelle classique, trop encombrants Ă  transporter d'arbre en arbre Ă  travers la forĂȘt, et n'utilisant pas non plus les Ă©chasses des bergers landais[n 1], les gemmeurs ont ainsi dĂ©veloppĂ© cet outil propre Ă  leur activitĂ©, plus lĂ©ger et plus maniable qu'une Ă©chelle ordinaire[2]. Un observateur allemand du XIXe siĂšcle rapporte que l'habiletĂ© des rĂ©siniers du Marensin Ă  grimper pieds nus sur leur pitey Ă©tait telle qu'elle avait frappĂ© le naturaliste Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent, qui les avait qualifiĂ©s de « quadrumanes ». Des observations ultĂ©rieures attribuĂ©es Ă  un certain RĂ©veil montrĂšrent que les habitants des Landes prĂ©sentaient effectivement un gros orteil anormalement mobile et Ă©cartĂ© des autres, adaptation rĂ©sultant de la pratique, dĂšs l'enfance, de l'escalade pieds nus de cet outil[3].

Étymologie

[modifier | modifier le code]

En gascon, le terme pitÚir désignait à l'origine, plus largement, tout ce qui permet de se hausser ou de prendre de la hauteur, du mirador de surveillance forestiÚre à la tour de guet utilisée pour la chasse à la palombe. L'usage a fini par réserver ce nom à la seule échelle du résinier[4].

Illustrations

[modifier | modifier le code]

Équivalents Ă  l'Ă©tranger

[modifier | modifier le code]

Dans les autres traditions de gemmage europĂ©ennes, le recours Ă  un dispositif d'appoint pour atteindre les entailles situĂ©es en hauteur n'est pas propre aux Landes de Gascogne. En Autriche, oĂč l'extraction de la rĂ©sine du pin noir (Pecherei) suit un rythme comparable au gemmage landais, chaque Pecher fabriquait lui-mĂȘme son Ă©chelle, qui devait ĂȘtre conçue aussi lĂ©gĂšre que possible pour ĂȘtre transportĂ©e d'arbre en arbre Ă  travers la forĂȘt tout au long de la saison[5].

Dans le sud des États-Unis, le gemmage pratiquĂ© dans les camps de tĂ©rĂ©benthine consiste Ă  entailler le mĂȘme tronc Ă  des hauteurs croissantes d'annĂ©e en annĂ©e conduisait de la mĂȘme façon les ouvriers Ă  devoir se servir d'une Ă©chelle lorsque les marques de saignĂ©e grimpaient trop haut sur le tronc pour ĂȘtre atteintes autrement, comme en tĂ©moignent des arbres exploitĂ©s sur plusieurs mĂštres de hauteur conservĂ©s dans des collections musĂ©ales de Caroline du Nord[6].

Notes et références

[modifier | modifier le code]

Références

[modifier | modifier le code]
  1. ↑ Lumigemme, « Le gemmage et le pot "Hugues" », lumigemme.fr.
  2. 1 2 Sylviculture.wikibis.com, notice « Pitey »).
  3. ↑ Berufe-dieser-welt.de, « Der Pechler », berufe-dieser-welt.de.
  4. ↑ BĂ©nĂ©dicte et Jean-Jacques FĂ©niĂ©, Toponymie gasconne, Ă©ditions Sud Ouest, 1992.
  5. ↑ Die KEAföhrenen, « Das Handwerk Pecherei im Jahresverlauf », keafoehrene.at.
  6. ↑ NCpedia, « Turpentine Tree », ncpedia.org.

Bibliographie

[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :