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Les Balkans sont l'une des trois « pĂ©ninsules » de l'Europe du Sud, mais cette appellation traditionnelle est parfois contestĂ©e en l'absence d'un isthme : les gĂ©ographes prĂ©fĂšrent le terme de « rĂ©gion ». Elle est bordĂ©e par des mers sur trois cĂŽtĂ©s : la mer Adriatique et la mer Ionienne Ă l'ouest, la mer ĂgĂ©e au sud et la mer de Marmara et la mer Noire Ă l'est. Au nord, on la dĂ©limite gĂ©nĂ©ralement par les cours du Danube, de la Save et de la Kupa. Cette rĂ©gion couvre une aire totale de plus de 550 000 km2 et regroupe une population de prĂšs de 53 millions dâhabitants.
Origine et utilisation du terme
Dans lâAntiquitĂ©, le nom des montagnes aujourd'hui nommĂ©es « Balkans » Ă©tait ÎÎŻÎŒÎżÏ (Haemos en grec et Haemus en latin), mot utilisĂ© en Thrace signifiant, selon Teodor Capidan, « neigeux ». Ce nom dĂ©signait la chaĂźne de montagnes traversant la Bulgarie dâest en ouest (« Grand Balkan »), qui est appelĂ©e ĐĄŃаŃа ĐĐ»Đ°ĐœĐžĐœĐ° (Stara Planina, « vieille montagne ») en bulgare, serbe, vieux-slave, tchĂšque, slovaque, lituanien, et estonien.
Lâappellation utilisĂ©e Ă l'Ă©poque de l'Empire byzantin Aimos / Emmon / Emmona se retrouve dans la forme turque Emine-Balkan, lâadjectif balkan pouvant dĂ©signer en turc soit des « montagnes boisĂ©es », soit des « montagnes glissantes » (câest lâun des sens des mots turcs bal : « poisseux », « miel », et kan : « gluant », « sang » ; mais, Ă lâĂ©poque romantique, les autres sens de ces deux mots ont donnĂ© naissance Ă une lĂ©gende trĂšs populaire selon laquelle balkan signifierait « de miel et de sang » pour dĂ©signer aux yeux des Turcs un pays riche en douceurs, fruits, chaleur, richesses de la terre, mais farouchement dĂ©fendu par dâindomptables guerriers[1],[2]). En fait les Ottomans dĂ©signaient leurs possessions du sud-est de lâEurope sous le nom de RoumĂ©lie (Rum-eli c'est-Ă -dire « pays des Romains ») ou, plus rĂ©cemment, Avrupa-i Osmani (« Europe ottomane »).
Bien que lâappellation Balkan ne soit pas attestĂ©e avant le XIVe siĂšcle, les protochronistes, influents dans les Balkans (leurs thĂšses sont enseignĂ©es dans les Ă©coles) attribuent Ă ce nom une grande anciennetĂ© et le font remonter au proto-indo-europĂ©en bhelg (« arĂȘte, crĂȘte, faĂźte ») via bala-khana (« maison Ă©levĂ©e » en persan[3]) ou via balkĂŽ (« chaĂźne rocheuse » en proto-germanique, Ă lâorigine du vieux frison balka, du norrois balkr et du vieil anglais balca duquel dĂ©rive balk « bloc » en anglais moderne).
Quoi quâil en soit, câest en 1808 que lâexpression « pĂ©ninsule des Balkans » (Balkanhalbinsel) apparaĂźt chez le gĂ©ographe allemand August Zeune. En Ă©largissant ainsi le terme de « Balkans » bien au-delĂ du Grand Balkan, Zeune lui donna la signification antique du nom « Haemos » qui dĂ©signait toutes les chaĂźnes de lâEurope du Sud-Est, depuis les Alpes slovĂšnes jusquâĂ la mer Noire, avec une importance analogue aux Apennins pour la pĂ©ninsule italienne. MalgrĂ© les critiques formulĂ©es par des gĂ©ographes comme Theobald Fischer (en) dĂšs 1839, cette idĂ©e, discutable sur le plan gĂ©omorphologique, perdure dans le domaine politique et culturel, et comme concept gĂ©ographique aux limites dâailleurs variables selon les auteurs.
Au XIXe siĂšcle, lors des combats pour la libĂ©ration des divers peuples de la rĂ©gion contre les dominations de lâEmpire ottoman (FilikĂ EterĂa, guerre d'indĂ©pendance grecque, comitadjis, Orim, yougoslavisme) et de lâAutriche-Hongrie (austroslavisme, trialisme), une certaine condescendance a donnĂ©, dans lâhistoriographie occidentale, une connotation pĂ©jorative au terme « Balkans ». Ainsi, « balkanisation » dĂ©signe un processus de dĂ©structuration politique ; en fait, cette « balkanisation » a surtout Ă©tĂ© voulue par le congrĂšs de Berlin. Tout cela a conduit Ă utiliser le terme plus neutre dâ« Europe du Sud-Est ». Câest ainsi que le journal en ligne Balkan Times s'est lui-mĂȘme renommĂ© Southeast European Times en 2003.
Géographie physique
Le relief de la péninsule des Balkans culmine à 2 925 m au mont Musala dans le massif de Rila (Bulgarie) ; le mont Olympe (GrÚce) est en seconde position avec 2 919 m. La majeure partie de la péninsule est montagneuse, avec des altitudes moyennes de 500 m, des dénivellations importantes, des cours d'eau d'une longueur moyenne de 250 à 300 km, des bassins versants étroits et de petite taille (10 000 à 20 000 km2).
Les plaines, petites et peu nombreuses, se situent le long des cours d'eau et des cĂŽtes. Quatre principales chaĂźnes de montagnes, toutes datant de l'orogenĂšse alpine, rayonnent autour d'une rĂ©gion centrale, situĂ©e autour du massif du Ć ar, au sud de la dĂ©pression du Kosovo-polje :
- la chaßne dinarique, qui longe la mer Adriatique vers l'ouest en direction des Alpes, et forme la ligne de partage des eaux entre cette mer et le bassin du Danube ;
- la chaßne du Pinde, vers le sud, qui forme la ligne de partage des eaux en GrÚce continentale ;
- la chaßne des Balkans, vers l'est en direction de la mer Noire, qui forme la ligne de partage des eaux entre le bassin de la Maritsa et celui du Danube ;
- la chaĂźne du Rhodope, vers le sud-est en direction de la mer ĂgĂ©e.
Le climat est mĂ©diterranĂ©en le long des cĂŽtes de la mer Adriatique et de la mer ĂgĂ©e, ocĂ©anique et subtropical humide le long des cĂŽtes de la mer Noire (oĂč il est dĂ©fini comme « climat pontique »), et continental dans l'intĂ©rieur et au nord du 42e parallĂšle.
Géologie

Comme la plupart des marges de la mer Méditerranée, la péninsule des Balkans présente une géologie complexe, due au fait qu'il s'agit de la zone de jonction de plusieurs boucliers anciens et qu'elle se situe à la limite, trÚs fragmentée, des plaques tectoniques africaine et eurasiatique. Elle est formée pour partie par un bùti hercynien, voire antérieur, et pour partie par des régions appartenant à la Téthys alpine, à ses talus continentaux et à la bordure de la plateforme carbonatée arabo-africaine.
Durant le Mésozoïque, la péninsule se trouvait dans l'océan Téthys dont la mer Méditerranée est un vestige, et constituait au sein de celui-ci un archipel semblable à ce qu'est aujourd'hui l'Insulinde. L'ensemble a été violemment resserré entre les plaques africaine, eurasiatique et anatolienne, lors des phases orogéniques himalayo-alpines, qui ont entraßné la fracture de la plaque eurasiatique, créant la micro-plaque égéenne et d'immenses nappes de charriage constituées de calcaires et flyschs plissés entre les massifs cristallins et métamorphiques[4].
Le rapprochement entre les plaques a fait surgir les monts Dinariques, le Pinde, l'Olympe, les Balkans et le Rhodope. Ce mouvement tectonique de 4 cm par an en moyenne a aussi fait surgir des volcans comme le mont ThĂ©ra (dans l'Ăźle du mĂȘme nom qui s'est effondrĂ©e Ă la suite d'une importante Ă©ruption au IIe millĂ©naire avant notre Ăšre et qui est encore actif : un nouveau cĂŽne s'Ă©lĂšve au centre de la caldeira). Le volcanisme jadis bien plus intense a laissĂ© de nombreuses intrusions de roches magmatiques dans toute la pĂ©ninsule, oĂč les sources thermales sont nombreuses.
Deux failles restent trĂšs actives : la premiĂšre parcourt l'ĂgĂ©e d'est en ouest (de Rhodes Ă l'ouest de la CrĂšte) puis remonte le long du PĂ©loponnĂšse jusqu'Ă Corfou ; la seconde va des Dardanelles aux Sporades puis rejoint le golfe de Corinthe. Le mouvement alpin et les charriages se sont manifestĂ©s durant les trois derniers millions d'annĂ©es par l'apparition de nombreuses failles et fossĂ©s d'effondrement, provoquant des tremblements de terre rĂ©guliers : la moitiĂ© des secousses annuelles en Europe ont lieu dans les Balkans et surtout en GrĂšce.
C'est dans ce cadre gĂ©omorphologique que s'est mis en place le rĂ©seau hydrographique actuel. Ă la fin de la glaciation de WĂŒrm, la remontĂ©e des mers d'une centaine de mĂštres a dessinĂ© les cĂŽtes actuelles, ainsi que les plaines littorales et les deltas des fleuves[5].
Concernant les divisions géologiques-géographiques on parle généralement, chez les géologues, de « Dinarides » pour la partie occidentale de la péninsule (boucliers pannonien et adriatique, et leurs marges), et d'« Hellénides » pour la partie orientale (boucliers moesien, hellénide et anatolien et leurs marges). Les marges des boucliers anciens ont été soulevées lors de l'orogenÚse alpine, et la péninsule est quadrillée de failles secondaires mais tectoniquement toujours actives.
Biogéographie
Selon les donnĂ©es palynologiques[6] et palĂ©ontologiques disponibles, Ă la fin de la derniĂšre glaciation, celle du WĂŒrm, les Balkans (ainsi que les pĂ©ninsules ibĂ©riques et italiennes, le Sud de la France et probablement les Carpates mĂ©ridionales) ont jouĂ© le rĂŽle de « refuge glaciaire » pour la biodiversitĂ© vĂ©gĂ©tale[7] dont diverses espĂšces d'arbres[8] et animales[9]. Les espĂšces reliques de la pĂ©riode glaciaire ont subsistĂ© parce que les barriĂšres montagneuses (Balkans, Alpes, PyrĂ©nĂ©es) ont freinĂ© les migrations des espĂšces mĂ©diterranĂ©ennes du sud vers le nord, contrairement Ă ce qui s'est passĂ© en AmĂ©rique du Nord. Ainsi, le lion Ă©tait, dans l'AntiquitĂ© archaĂŻque, prĂ©sent en GrĂšce et en Turquie mĂ©ridionale, mais pas au nord du Taurus ni des Rhodopes qui firent office de barriĂšres biogĂ©ographiques. Au nord de ces chaĂźnes, le sommet de la chaĂźne alimentaire Ă©tait occupĂ© par les loups et les ours, toujours prĂ©sents de nos jours. L'aurochs, le bison, le tarpan, l'onagre et le biĂšvre ont Ă©galement Ă©tĂ© prĂ©sents dans la pĂ©ninsule au nord des Rhodopes, comme en tĂ©moignent fossiles et toponymes[10].
Géographie humaine : limites, pays, subdivisions, population et villes
Les Balkans ou Europe du Sud-Est peuvent avoir plusieurs étendues, selon les limites adoptées :
- la définition d'origine, due aux géographes de l'Empire allemand et de l'Autriche-Hongrie, désigne la région bas-danubienne et balkanique[11], incluant les Balkans au sens strict, les pays de l'ex-Yougoslavie en entier, l'Albanie, la Roumanie et la Moldavie, région parfois élargie jusqu'à la Hongrie ; la premiÚre utilisation connue du terme « Europe du Sud-Est » est due à un chercheur autrichien, Johann Georg von Hahn (1811-1869) ;
- plus récemment, une définition plus restreinte est apparue, proposée par des géographes anglo-saxons : elle n'inclut que les territoires situés au sud du Danube, de la Save et de la Kupa, excluant ainsi des Balkans la Slavonie croate, la Voïvodine serbe, la Roumanie et la Moldavie, y compris la Dobrogée roumaine, bien que celle-ci se situe au sud du Danube[12] ;
- une définition intermédiaire (utilisée par exemple par Paul Garde dans Les Balkans[13]) y inclut les pays ex-yougoslaves en entier, l'Albanie et la Roumanie, mais pas la Moldavie, malgré le passé commun des deux pays[14].
AprÚs plusieurs phases de fragmentation politique surnommée « balkanisation », les Balkans englobent sept pays en totalité :
Albanie ;
Bosnie-Herzégovine ;
Bulgarie ;
GrÚce (la plupart des géographes y incluent par commodité la totalité des ßles grecques, mais d'autres, et notamment les géographes turcs, en excluent les ßles grecques situées prÚs de la cÎte turque, dont le DodécanÚse) ;
Kosovo (Ătat reconnu par environ la moitiĂ© de la communautĂ© internationale) ;
Macédoine du Nord ;
Monténégro.
âŠet des parties de cinq autres pays :
Croatie : la Dalmatie, lâIstrie ainsi que les territoires au sud de la Save soit 50 % du pays ;
Serbie : les territoires au sud du Danube soit 60 % du pays ;
Slovénie : le Sud de la Slovénie soit 27 % du pays ;
Roumanie : la Dobroudja septentrionale soit 6 % du pays (certains géographes y incluent le delta du Danube, d'autres non) ;
Turquie : la Thrace orientale soit 3 % du territoire du pays (la partie européenne de la Turquie, avec les ßles Gökçeada et Bozcaada, 97 % étant en Asie Mineure ; mais ce qui est évident pour les géographes ne l'est pas pour les ouvrages historiques occidentaux, qui comptent rarement la Turquie d'Europe, Istanbul ex-Constantinople et l'empire byzantin parmi les puissances européennes.).
Un cas particulier est :
- l'
Italie : si les géographes d'Europe centrale et orientale incluent souvent dans les Balkans la Province de Trieste soit 0,07 % du pays, les géographes italiens pour leur part s'y refusent.
Les Balkans peuvent ĂȘtre subdivisĂ©s selon au moins sept critĂšres diffĂ©rents[15].
- Selon le critÚre géographique on distingue trois groupes de pays :
- les « Balkans occidentaux » : Albanie, Bosnie-Herzégovine, Croatie, Italie, Kosovo, Monténégro, Serbie et Slovénie ;
- les « Balkans orientaux » : Bulgarie, Roumanie et Turquie ;
- les « Balkans méridionaux » : GrÚce (on y rattache ses ßles, bien que dans la géographie du XIXe siÚcle, celles proches de la cÎte turque étaient considérées comme asiatiques) ;
- mais la Macédoine du Nord est un cas à part, car les traits de sa géographie physique et humaine la rapprochent de chacun des trois ensembles précédents, de sorte qu'on peut la placer dans les « Balkans centraux ».
- Selon le critÚre climatique on distingue trois groupes de régions :
- les Balkans continentaux (selon la classification de Köppen : « Dfa » en plaine, « Dfb » en moyenne altitude, « Dfc » sur les sommets) : Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, nord de la Croatie, Kosovo, Macédoine du Nord, Monténégro, Roumanie, Serbie et la majeure partie de la Slovénie ;
- les Balkans pontiques (Cfa selon la classification de Köppen) : régions cÎtiÚres de la mer Noire en Bulgarie, Roumanie et Turquie ;
- les Balkans méditerranéens (Csa selon la classification de Köppen) : Albanie, Sud de la Croatie, GrÚce, Sud du Monténégro, la cÎte de la Slovénie et la Turquie d'Europe.
- Selon le critÚre linguistique on distingue trois groupes de pays :
- les Balkans aborigÚnes : Albanie, GrÚce, Kosovo et Roumanie ;
- les Balkans slaves: Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Croatie, Macédoine du Nord, Monténégro, Serbie et Slovénie ;
- les Balkans turcs : Turquie d'Europe.
- Selon le critÚre religieux on distingue aussi trois groupes de pays :
- les Balkans à majorité chrétienne catholique : Croatie et Slovénie ;
- les Balkans à majorité chrétienne orthodoxe : Bulgarie, GrÚce, Macédoine du Nord, Monténégro, Roumanie et Serbie ;
- les Balkans à majorité musulmane : Albanie, Kosovo et Turquie d'Europe ;
- la Bosnie-Herzégovine est un cas à part, les chrétiens des deux confessions d'une part, et les musulmans d'autre part étant en nombre presque égal (50,1 % de musulmans contre 46,2 % de chrétiens serbes et croates d'aprÚs le recensement de 2013)[16].
- Selon le critÚre économique et politique on distingue deux groupes de pays :
- les Balkans au passĂ© communiste: Albanie, Bulgarie, Roumanie ayant eu une Ă©conomie socialiste planifiĂ©e par l'Ătat sans secteur privĂ©, et Bosnie-HerzĂ©govine, Croatie, Kosovo, MacĂ©doine du Nord, MontĂ©nĂ©gro, Serbie et SlovĂ©nie ayant eu une Ă©conomie socialiste avec une dose d'autogestion, un modeste secteur privĂ© (micro-entreprises) et d'ouverture sur l'Ă©conomie de marchĂ© du monde capitaliste ;
- les Balkans au passé capitaliste: GrÚce et Turquie d'Europe.
- Selon le critÚre politique et social actuel on distingue deux groupes de pays :
- les Balkans membres de l'Union européenne : Bulgarie, Croatie, GrÚce, Roumanie et Slovénie ;
- les Balkans en attente : Albanie, Bosnie-Herzégovine, Kosovo, Macédoine du Nord, Monténégro, Serbie et Turquie.
- Enfin selon le critÚre militaire on distingue trois groupes de pays :
- les Balkans membres de l'OTAN: Albanie, Bulgarie, Croatie, GrÚce, Roumanie, Slovénie, Monténégro et Turquie ;
- les Balkans sous protection de l'OTAN : Bosnie-Herzégovine, Kosovo et Macédoine du Nord ;
- les Balkans membres du Partenariat pour la paix: Serbie.
PrĂšs de 53 millions dâhabitants vivent dans la pĂ©ninsule, soit une densitĂ© moyenne de 96 hab./km2.
De son ancien statut, depuis lâan 395, de capitale impĂ©riale des Romains d'Orient puis des turcs Ottomans, Istanbul, lâancienne Constantinople (jusquâen 1936) a gardĂ© tout au long de son histoire la place de premiĂšre ville des Balkans, loin devant toutes les autres :
- Istanbul et lâagglomĂ©ration (jadis ÎÏΜÏÏαΜÏÎčÎœÎżÏÏολÎčÏ / Constantinople, Turquie, dix millions dâhabitants cĂŽtĂ© europĂ©en, donc balkanique, sur 15 au total) ;
- AthĂšnes et lâagglomĂ©ration (ÎÎžÎźÎœÎ± / Athina, GrĂšce, quatre millions dâhabitants) ;
- Belgrade (Serbie, 1,6 million dâhabitants avec lâagglomĂ©ration) ;
- Sofia (Bulgarie, 1,4 million dâhabitants)Â ;
- Zagreb (Croatie, 1,2 million lâagglomĂ©ration), (700 000 habitants au sud de la Save, donc dans les Balkans, sur 1,2 million au total) ;
- Tirana (Albanie, 850Â 000Â habitants)Â ;
- Thessalonique (ÎΔÏÏÎ±Î»ÎżÎœÎŻÎșη / Thessaloniki, jadis Salonique ou Selanik, GrĂšce, 800 000 habitants avec l'agglomĂ©ration) ;
- Sarajevo (Bosnie-Herzégovine, 700 000 habitants) ;
- Skopje (Macédoine du Nord, 500 000 habitants) ;
- Split (Croatie, 455 000 habitants avec lâagglomĂ©ration) ;
- Pristina (Kosovo, 450Â 000Â habitants)Â ;
- ConstanÈa (Roumanie, 400Â 000Â habitants)Â ;
- Plovdiv (jadis ΊÎčλÎčÏÏÎżÏÏολη / Philippoupoli ou Filibe, Bulgarie, 350 000 habitants) ;
- Varna (Bulgarie, 320Â 000Â habitants)Â ;
- Banja Luka (Bosnie-Herzégovine, 300 000 habitants) ;
- Ljubljana (Slovénie, 275 000 habitants) ;
- NiĆĄ (jadis ÎαÏÏÏÏÏ / Naissus, Serbie, 250 000 habitants) ;
- Podgorica (Monténégro, 170 000 habitants) ;
- Rijeka (en italien Fiume, Croatie, 150Â 000Â habitants)Â ;
- Edirne (jadis áŒÎŽÏÎčÎ±ÎœÎżÏÏολÎčÏ / Andrinople, Turquie, 100 000 habitants).
Sources
- â Thomas Sotinel, « "Au pays du sang et du miel" : le geste courageux mais insensĂ© d'Angelina Jolie », sur Le Monde, .
- â « Serbie : l'ancien porte-parole de Slobodan Milosevic devient premier ministre », sur Radio-Canada.ca, .
- â PetÄr Dobrev : Nepoznatata drevna BÄlgarija (L'ancienne Bulgarie inconnue), Ă©d. Ivan Vazov, Sofia, 2001, (ISBN 954-604-121-1) et Maria N. Todorova, Imagining the Balkans (1997) Oxford University Press, New York books.google.fr
- â Ion Argyriadis, Actes du colloque « Michel Durand-Delga », SociĂ©tĂ© gĂ©ologique de France, Paris, 3-4 dĂ©cembre 2013 et Franck Auriac, Olivier Deslondes, Thomas Maloutas, Michel Sivignon, Atlas de la GrĂšce., CNRS-LibergĂ©o-Documentation française 2003, p. 5-11.
- â Atlas de la GrĂšce., p. 16-19.
- â B. Diaconeasa, S. FarcaĆ, Aspects concernant les refuges glaciaires, Ă la lumiĂšre des analyses palynologiques de sĂ©quences datĂ©es C14 ; ContribuĆŁii Botanice, 2002
- â G Lang, Some aspects of European late- and post-glacial flora history; Acta Botanica Fennica, 1992 (rĂ©sumĂ©)
- â Bennett, K.D., Tzedakis, P.C., Willis, K.J., 1991, Quaternary refugia of north European trees, Journ. of Biogeogr., 18: 103-115.
- â RS Sommer & A. Nadachowski, Glacial refugia of mammals in Europe: evidence from fossil records ; Mammal Review, 2006 - Wiley Online Library ; 36: 251â265. doi: 10.1111/j.1365-2907.2006.00093.x ([RĂ©sumĂ©])
- â Alexandru FilipaÈcu, (ro) SÄlbÄticiuni din vremea strÄmoÈilor noÈtri (« Animaux sauvages du temps de nos ancĂȘtres »), Ed. ÈtiinÈificÄ, Bucarest 1969.
- â Hosch, Nehring, Sundhaussen (Hrsg.), Lexikon zur Geschichte SĂŒdosteuropas, S. 663, (ISBNÂ 3-8252-8270-8).
- â http://www.palgrave.com/products/title.aspx?is=0333793471
- â Paul Garde, Les Balkans, Flammarion, 1999, (ISBNÂ 2-08-035181-8).
- â Les gĂ©ographes roumanophones de Roumanie et de Moldavie, arguant de l'origine et de l'histoire commune jusqu'en 1812, y incluent systĂ©matiquement leurs deux pays ; les gĂ©ographes occidentaux et slaves, en revanche, en excluent la Moldavie et souvent aussi la Roumanie, la premiĂšre en raison de son appartenance Ă la sphĂšre d'influence russe de 1812 Ă 1918, soviĂ©tique de 1940 Ă 1941 et Ă nouveau russe depuis 1944, la seconde parce que seuls 10 % de son territoire (la DobrogĂ©e du Nord) se trouvent au sud du Danube.
- â Paul Garde : Les Balkans, Dominos Flammarion, 1999, (ISBN 2-08-035181-8) et Georges Prevelakis, Les Balkans, culture et gĂ©opolitique, Nathan, 2004, (ISBN 2-09-190223-3).
- â (en) « The World Factbook â Central Intelligence Agency », sur www.cia.gov (consultĂ© le ).

RĂ©sumant la superposition des cultures dans les Balkans, la basilique Sainte-Sophie, Ă©glise durant un millĂ©naire, mosquĂ©e durant cinq siĂšcles et musĂ©e durant 86 ans, est aujourd'hui objet d'une polĂ©mique en Turquie, oĂč des associations religieuses viennent d'obtenir son retour au statut de lieu de culte musulman.
Elle s'Ă©lĂšve au cĆur de la vieille ville d'Istanbul, jadis Constantinople, premiĂšre ville des Balkans par sa population et son Ă©tendue depuis seize siĂšcles sans interruption, et capitale impĂ©riale durant plus de quinze siĂšcles, romaine d'Orient (byzantine) puis turque ottomane.
Le territoire europĂ©en de la Turquie reprĂ©sente 0,2% de la surface du continent europĂ©en et 3% du territoire turc, mais sur les 53 millions de Balkaniques, 14 millions y vivent. Istanbul, mĂȘme limitĂ©e Ă sa partie europĂ©enne (11 millions d'habitants), est la premiĂšre ville de Turquie et la deuxiĂšme agglomĂ©ration d'Europe aprĂšs celle de Moscou et devant celles de Londres et Paris[1].
Pourtant Istanbul ou Constantinople, bien qu'elle se situe sur la rive européenne du Bosphore, ne figure pas dans les listes de villes d'Europe et l'expression historique « c'était alors la premiÚre ville d'Europe » fleurit dans la majeure partie des publications occidentales, à propos d'Aix-la-Chapelle, Cordoue, Londres ou Paris, en ignorant la métropole du Bosphore, considérée comme asiatique.
L'Asie est certes en face, Ă ĂskĂŒdar, jadis Chrysopolis (la « citĂ© d'or »). Cela a contribuĂ© Ă la prospĂ©ritĂ© du lieu, mais aussi, depuis les guerres mĂ©diques, Ă rejeter dans un « Orient » mĂ©prisable, synonyme de dĂ©cadence, de despotisme, de maladies aux yeux de l'inconscient collectif occidental[2], l'ensemble des brillantes puissances impĂ©riales qui se sont succĂ©dĂ© sur les deux rives du Bosphore. Cela vaut pour les perses, les macĂ©doniens, les royaumes hellĂ©nistiques, les romains d'Orient dits byzantins et Ă©videmment pour les turcs ottomans et cela englobe les Balkans, Ă l'exception parfois de la GrĂšce perçue par les philhellĂšnes comme « matrice de la civilisation occidentale »[3], mais aussi considĂ©rĂ©e comme « pervertie par l'influence asiatique » par les hellĂ©nophobes[4].
Cette perception occidentale n'est pas seulement un phénomÚne intellectuel mais aussi politique : la procédure d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne piétine et la Turquie moderne, héritiÚre d'un mille-feuilles civilisationnel méconnu (y compris par ses ressortissants) mais qui depuis Mustafa Kemal a aussi absorbé la laïcité républicaine et l'égalité des sexes, se retourne de plus en plus, avec le régime de l'AKP, vers ses racines antérieures, pratiquant au XXIe siÚcle une politique que ne renieraient pas les sultans ottomans.
C'est dans ce contexte (qui favorise aussi, depuis le CongrĂšs de Berlin au XIXe siĂšcle, les nationalismes des divers pays balkaniques) qu'intervient la demande de reconversion en mosquĂ©e de la trĂšs symbolique basilique Sainte-Sophie, que le prĂ©sident Recep Tayyip ErdoÄan a soutenue[5] et qui a reçu une rĂ©ponse favorable de la cour suprĂȘme turque[6].
Notes
- â Sources dans les articles GĂ©ographie de l'Europe, Balkans et GĂ©ographie de la Turquie.
- â Thouvenel, dans sa lettre de 1852 Ă NapolĂ©on III conservĂ©e aux Archives nationales (microfilms sous la cote 255AP sur Archives nationales) Ă©crit ainsi, sans la moindre argumentation, que « l'Orient est un ramassis de dĂ©tritus de races et de nationalitĂ©s dont aucune n'est digne de notre respect ».
- â Alain Brunet, La civilisation occidentale, Hachette, coll. "Faire le Point", 1985 (ISBNÂ 2010109449)
- â AbbĂ© RenĂ©-François Rohrbacher, Histoire universelle de l'Ă©glise catholique, tome 25, Gomme-Duprey, Paris 1859
- â Marie JĂ©go, « En Turquie, Erdogan ressasse son rĂȘve de changer Sainte-Sophie en mosquĂ©e », Le Monde du 30 mai 2020 -
- â Mathieu Laurent, Stanislas Vasak et BenoĂźt Bouscarel, « Sainte-Sophie redevient mosquĂ©e », France Culture, (consultĂ© le ).
Par diffĂ©rence de lâhistoire naturelle de la pĂ©ninsule (gĂ©ologie, karsts, flore, faune...), lâhistoire des Balkans est celle des populations de cette rĂ©gion. Cette riche histoire humaine, qui a produit de fortes convergences gĂ©nĂ©tiques, culturelles (architecture, cuisine, musique, traditionsâŠ) et linguistiques, est pourtant lâobjet dâune multitude de revendications et de controverses nationalistes dues Ă la « balkanisation » voulue et inaugurĂ©e en 1878 par le CongrĂšs de Berlin pour diviser la pĂ©ninsule en petites puissances rivales, processus qui a fait dire Ă Winston Churchill : « la rĂ©gion des Balkans a tendance Ă produire plus dâhistoire qu'elle ne peut en consommer ».
Cartes diachroniques
Sources des cartes diachroniques[1],[2],[3],[4],[5],[6],[7],[8],[9],[10],[11],[12],[13],[14].
Sources
- â L. Genet, Histoire contemporaine, Hatier, 1970, p. 408 Ă 411
- â Georges Castellan, Histoire des Balkans, Fayard 1999
- â Georges Castellan, Histoire de lâAlbanie et des Albanais, Armeline, 2001
- â Georges Castellan, Un pays inconnu : la MacĂ©doine, Armeline, 2003
- â Georges Castellan, Serbes dâautrefois : aux origines de la Serbie moderne, Armeline, 2005
- â Georges Duby, Atlas historique, Larousse 1987, (ISBNÂ 2-03-503009-9)
- â Hans-Erich Stier (dir.), Grosser Atlas zur Weltgeschichte, Westermann, Braunschweig, 1985, (ISBNÂ 3-14-100919-8)
- â Atlas zur Weltgeschichte, DTV 1987 traduit chez Perrin, (ISBNÂ 2-7242-3596-7)
- â Putzger historischer Weltatlas, Cornelsen 1990, (ISBNÂ 3-464-00176-8)
- â Partie historique du Meyers Handatlas, du Bibliographisches Institut de Leipzig 1931
- â Dans la sĂ©rie des « Atlas des Peuples » d'AndrĂ© et Jean Sellier Ă La DĂ©couverte : Europe centrale, 1992, (ISBN 2-7071-2032-4) et Orient, 1993, (ISBN 2-7071-2222-X)
- â TörtĂ©nelmi atlasz, AcadĂ©mie hongroise 1991, (ISBN 963-351-422-3)
- â Atlas istorico-geografic, AcadĂ©mie roumaine 1995, (ISBN 973-27-0500-0)
- â Atlas des religions, hors-sĂ©rie du « Monde » 2007, 194 pp.






































