Thomas Cole John
| Naissance |
Vers 1835 Hastings |
|---|---|
| Période d'activité |
1865-1883 |
| Organisation |
Church Missionary Society |
|---|---|
| Religion |
anglicanisme |
Thomas Cole John est un missionnaire anglican né à Hastings, dans la colonie britannique de Sierra Leone, en 1832. Il est le fils de deux haoussas appartenant aux communautés d'esclaves libérés (en) qui ont été contraints de s'installer dans la colonie. Il a principalement officié comme missionnaire dans la ville de Lokoja, entre 1865 et 1875 puis de nouveau entre 1878 et 1883, au service de la Church Mission Society. Il a également contribué aux premiÚres recherches linguistiques sur la langue haoussa, participant notamment à la conception de l'ouvrage inaugural de la littérature imprimée haoussa au XIXe siÚcle Magana hausa.
Biographie
[modifier | modifier le code]Jeunesse
[modifier | modifier le code]Thomas Cole John est nĂ© Ă Hastings (en), une petite ville proche de Freetown, probablement en 1832. Comme une grande partie des habitants de la colonie Ă cette Ă©poque, les parents de John sont dâanciens esclaves haoussas affranchis par la marine britannique[1]. Il est Ă©lĂšve dans l'Ă©cole missionnaire anglicane d'Hastings, oĂč il suit lâenseignement du rĂ©vĂ©rend de la CMS (Church Mission Society) John Ulrich Graf (en)[2]. Puis il part Ă©tudier Ă Freetown et entre Ă la Freetown Grammar School (en) en 1851 et ensuite au Fourah Bay College, premier Ă©tablissement universitaire de modĂšle occidental fondĂ© sur le continent africain par les Britanniques en 1827 dont l'objectif Ă©tait de former les futurs missionnaires anglicans[3].
AprĂšs ses Ă©tudes, John intĂšgre les rangs de la CMS et devient catĂ©chiste Ă Benguema (en) de 1863 Ă 1864, sous la surintendance du rĂ©vĂ©rend Edward Jones[4]. Il rencontre notamment Ă cette occasion James Frederick Schön, chapelain de lâhĂŽpital Melville Ă Chatham et missionnaire pour la CMS. Ă cette Ă©poque, Schön a dĂ©jĂ effectuĂ© plusieurs missions d'exploration sur le fleuve Niger et a commencĂ© Ă Ă©tudier la langue haoussa[5]. Voyant dans cette rencontre une opportunitĂ© d'approfondir ses travaux, Schön recommande alors John auprĂšs de lâĂ©vĂȘque pour le sud du NigĂ©ria Samuel Ajayi Crowther[6], le premier Ă©vĂȘque noir de lâĂglise anglicane, consacrĂ© un an plus tĂŽt.

Thomas Cole John est ordonnĂ© diacre le , puis le, suivant pasteur par le rĂ©vĂ©rend Crowther[7], qui l'envoie comme missionnaire dans la station de Lokoja, situĂ©e Ă la confluence entre le fleuve Niger et la riviĂšre BĂ©nouĂ© (que John nomme respectivement Quorra et Tshadda dans ses Ă©crits, d'aprĂšs leurs noms en haoussa et en anglais Ă cette Ă©poque[8]). FondĂ©e Ă partir d'une ferme modĂšle installĂ©e en ce lieu par Schön et Crowther durant l'expĂ©dition sur le fleuve Niger en 1841 (en)[9], cette station a auparavant Ă©tĂ© administrĂ©e par le docteur William Balfour Baikie jusqu'Ă sa mort en 1864[10]. John part alors de Sierra Leone et arrive en Ă Lokoja, oĂč il entame son travail de missionnaire en tant que rĂ©fĂ©rent de la Confluence CMS Mission[11].
Activité de missionnaire
[modifier | modifier le code]Le premier sĂ©jour de Thomas Cole John Ă Lokoja dure dix ans, de 1865 Ă 1875. Lokoja est une ville oĂč vivent des populations variĂ©es, musulmanes et non musulmanes, haoussas, igbos ou nupes, et des chrĂ©tiens venus avec les Britanniques depuis la Sierra Leone ou Lagos, pour la plupart d'anciens esclaves libĂ©rĂ©s par les Britanniques et rĂ©cemment convertis. Ces chrĂ©tiens avaient dĂ©jĂ commencĂ© Ă organiser des messes, mais John fait construire une Ă©glise, nommĂ©e Ă©glise de la TrinitĂ©, deux chapelles, une Ă©cole de catĂ©chisme et une maison pour la mission[6].

Comme tous les missionnaires de la CMS, John rĂ©dige de nombreux rapports et des journaux sur son travail de missionnaire, qu'il envoie ensuite au comitĂ© central de la CMS, ce qui permet de connaĂźtre ses activitĂ©s quasiment au jour le jour[12]. Au-delĂ de ses activitĂ©s de prĂȘche et d'enseignement, identiques Ă celles des missionnaires europĂ©ens Ă cette Ă©poque, John joue Ă©galement un rĂŽle politique Ă Lokoja, notamment aprĂšs 1870 et l'Ă©viction par le gouvernement britannique de ses propres consuls au prĂ©texte de leurs vellĂ©itĂ©s d'autonomie[13]. La station est alors placĂ©e sous l'autoritĂ© politique du roi musulman des Nupes Masaba, avec lequel John entretient des rapports diplomatiques constants, notamment par l'intermĂ©diaire de son reprĂ©sentant sur place Jacob MĂ©heux[14].

Dans son travail quotidien, John est assistĂ© par plusieurs autres clercs africains, en particulier Charles Paul, qui finit par devenir lui-mĂȘme pasteur rĂ©fĂ©rent de la station de Kipo Hill, plus en amont du fleuve[15]. Ses autres adjoints sont James Thomas, Obadiah Thomas (le fils du premier) et Pythia James Williams[16]. Ensemble, ils officient Ă la fois dans l'Ă©glise de la TrinitĂ© et dans les chapelles dĂ©diĂ©es Ă des communautĂ©s particuliĂšres de la station, notamment le peuple de Salam Aleiku qui s'est converti au christianisme Ă l'arrivĂ©e de John dans la station[14].
La stratĂ©gie d'Ă©vangĂ©lisation de John se construit sur une comparaison avec l'islam, religion majoritaire dans la rĂ©gion en particulier depuis le jihad d'Ousman dan Fodio au dĂ©but du XIXe siĂšcle[17]. John argumente dans ses prĂȘches sur la supĂ©rioritĂ© du christianisme Ă la fois d'un point de vue moral, dans la pratique religieuse en elle-mĂȘme et vis Ă vis de l'esclavage. Dans ses textes, il dĂ©crit rĂ©guliĂšrement les musulmans comme non-civilisĂ©s, violents et pĂ©cheurs, opinion rĂ©pandue parmi les missionnaires europĂ©ens au XIXe siĂšcle[18].
Activités de linguiste
[modifier | modifier le code]En parallÚle de son activité de missionnaire à Lokoja, John a joué un rÎle précurseur dans les premiÚres études linguistiques sur la langue haoussa, lors de sa collaboration avec James Frederick Schön. Il a notamment collecté et expliqué un nombre important de termes que Schön a ensuite consignés dans ses dictionnaires et lexiques. Il a également pris part aux controverses scientifiques de son époque, en particulier au débat qui a agité tout le XIXe siÚcle sur le meilleur alphabet à utiliser pour transcrire les langues africaines, au cours duquel il a pris fait et cause pour l'adjami au détriment de l'alphabet de Lepsius[19].
Cette activitĂ© scientifique l'a notamment menĂ© Ă cesser sa mission Ă Lokoja pendant plus d'un an, entre 1875 et 1877, pour se rendre au Royaume-Uni et assister James Frederick Schön dans la rĂ©daction de ses ouvrages de linguistique haoussa, Ă la demande de ce dernier. Durant son sĂ©jour, il rĂ©side chez Schön Ă Chatham, qui est Ă cette Ă©poque un lieu de sociabilitĂ© important oĂč se croisent plusieurs personnes venues d'Afrique comme Dorugu, Sara Forbes Bonetta ou James Pinson Labulo Davies. Il ne reste cependant pas longtemps sur place malgrĂ© la volontĂ© de Schön de continuer leur collaboration, les autoritĂ©s de la CMS considĂ©rant la contribution scientifique de John moins importante que son travail de missionnaire Ă Lokoja[20].

La production linguistique de John s'est Ă©galement manifestĂ©e par la traduction de plusieurs textes liturgiques chrĂ©tiens comme le Livre des Psaumes ou le Livre de la PriĂšre commune. Il a Ă©galement Ă©crit une grammaire haoussa rĂ©visĂ©e Ă partir de l'ancienne grammaire de Schön, qui n'a cependant jamais Ă©tĂ© publiĂ©e. D'une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, son travail scientifique a souffert d'un manque de reconnaissance au sein de la CMS et du monde universitaire plus gĂ©nĂ©ralement, par comparaison avec ses pairs europĂ©ens. John n'est ainsi citĂ© que comme un "collecteur" dans la plupart des ouvrages oĂč son nom est mentionnĂ©, comme l'Appendice au dictionnaire de la langue haoussa ou le Magana Hausa, tous deux publiĂ©s par Schön[21],[22].
Licenciement de la CMS
[modifier | modifier le code]La mission de John Ă Lokoja ainsi que son engagement pour la CMS sâinterrompent brutalement en 1883. Ce licenciement intervient trois ans aprĂšs un rapport virulent Ă son Ă©gard rĂ©digĂ© par Jonathan Buckley Wood, un agent de la CMS envoyĂ© pour inspecter les stations de la mission au Niger[23]. LâactivitĂ© missionnaire de John y est jugĂ©e inefficace, ce dernier nâĂ©tant pas vraiment parvenu Ă imposer le christianisme Ă la population de la station. De plus, il est accusĂ© de mauvaises mĆurs, notamment dâalcoolisme, de vol et de luxure. Un premier procĂšs lâinnocente en 1881, mais les dirigeants de la CMS dĂ©cident malgrĂ© tout de lâĂ©carter, jugeant les accusations trop infamantes pour lui permettre de continuer Ă prĂȘcher sereinement.
Ce licenciement intervient dans une pĂ©riode de bouleversement politique au sein de la CMS. Le dirigeant historique de lâassociation, le secrĂ©taire honoraire Henry Venn, est dĂ©cĂ©dĂ© en 1873[24]. Avec lui, sa politique favorable Ă lâautonomie des missions et Ă la promotion dâAfricains comme missionnaires dans les terres de mission en Afrique, qui a favorisĂ© lâordination de Thomas Cole John, a pris fin. Les nouveaux secrĂ©taires de la CMS ont des objectifs politiques diffĂ©rents, plus en phase avec la politique Ă©tatique de colonisation initiĂ©e Ă cette Ă©poque par les empires coloniaux occidentaux. Ceux-ci cherchent Ă reprendre la main sur les missions, et donc Ă remplacer les agents africains par des agents venus dâEurope. Au mĂȘme titre que les autres missionnaires africains de la mission au Niger, John fait donc les frais de cette politique, les rapports le concernant Ă©tant trĂšs majoritairement empreints de racisme.
La lettre annonçant le licenciement de Thomas Cole John est envoyĂ© par le ComitĂ© directeur de la CMS Ă lâĂ©vĂȘque Samuel Ajayi Crowther le [25].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- â Femi J. Kolapo, « CMS Missionaries of African Origin and Extra-Religious Encounters at the Niger-Benue Confluence, 1858-1880 », African Studies Review, vol. 43, no 2,â , p. 93 (ISSN 0002-0206, DOI 10.2307/524986, lire en ligne, consultĂ© le )
- â CMS/B/OMS/A3/ C O/4-43/21/ Lettre Ă E. Hutchinson, secrĂ©taire laĂŻc de la CMS, Church Mission Society archive - 1799-2009, Cadbury Research Library, University of Birmingham.
- â Daniel J. Paracka, The Athens of West Africa : a history of international education at Fourah Bay College, Freetown, Sierra Leone, Routledge, coll. « African studies », (ISBN 978-1-138-98763-0 et 978-0-415-94795-4)
- â CMS/B/OMS/A3/ C O/4-43/21/ Rapports de Thomas Cole John, Church Mission Society archive - 1799-2009, Cadbury Research Library, University of Birmingham.
- â Paul E. H. Hair, The early study of Nigerian languages : essays and biographies, Cambridge, Cambridge University Press, 1967.
- 1 2 Femi J. Kolapo, « CMS Missionaries of African Origin and Extra-Religious Encounters at the Niger-Benue Confluence, 1858-1880 », African Studies Review, vol. 43, no 2,â , p. 87â115 (ISSN 0002-0206, DOI 10.2307/524986, lire en ligne, consultĂ© le )
- â « John, Thomas Cole », Dictionnary of African Christian Biography.
- â CMS/B/OMS/A3/ C O/4-43/21/, Lettre Ă Henry Venn, secrĂ©taire honoraire de la CMS, Church Mission Society archive - 1799-2009, Cadbury Research Library, University of Birmingham.
- â James Frederick Schön et Samuel Ajayi Crowther, Journals of the Rev. James Frederick Schön and Mr. Samuel Crowther : Who, with the Sanction of Her Majesty's Government, Accompanied the Expedition Up the Niger, in 1841, in Behalf of the Church Missionary Society, Londres, Hatchard & Son, 1842.
- â Alexandre Tarrieu, « Cette longue liste d'explorateurs. Baikie, William Balfour », Bulletin de la SociĂ©tĂ© Jules Verne, no 184,â , p. 15 (lire en ligne)
- â (en) Femi J. Kolapo, « The 1858â1859 Gbebe Journal of CMS Missionary James Thomas », History in Africa, vol. 27,â , p. 159â192 (ISSN 0361-5413 et 1558-2744, DOI 10.2307/3172112, lire en ligne, consultĂ© le )
- â CMS/B/OMS/A3/ C O/4-43/21/ Rapports de Thomas Cole John Church Mission Society archive - 1799-2009, Cadbury Research Library, University of Birmingham.
- â CMS/B/OMS/A3/ C O/4-43/21 « A short Account of the Expedition to Bida ; September 1870 », Church Mission Society archive - 1799-2009, Cadbury Research Library, University of Birmingham.
- 1 2 (en) Thomas C. John, « A Native's History of Lokoja », dans Augustus F. Mockler-Ferryman, Up the Niger. Narrative of Major Claude MacDonald's Mission to the Niger and Benue Rivers, West Africa, Londres, George Philip & Son, , 331 p., p. 282-285
- â CMS/B/OMS/C A3 O28/1-12Â ; Paul, Rev. Charles - 1866-1879 Annual journals and reports 1866-1872, 1874, Church Mission Society archive - 1799-2009, Cadbury Research Library, University of Birmingham
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- â CMS/G/Y A3/1/1J Rapport dâinspection de Jonathan B. Wood.
- â (en) William Knight, Memoir of the Rev. H. Venn : The Missionary Secretariat of Henry Venn, Prebendary of St. Paulâs, and Honorary Secretary of the Church Missionary Society, Londres, Longmans, Green & Co., , 529 p. (ISBN 978-0-483-33521-9, lire en ligne)
- â CMS/328/B/OMS/G3 A3 L2Â : Lettre de licenciement de Thomas C. John.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Jacob F. Ade Ajayi, Christian missions in Nigeria, 1841-1891âŻ: the making of a new Ă©lite, Evanston (Illinois), Northwestern University Press, 1965.
- Paul E. H. Hair, The early study of Nigerian languages : essays and biographies, Cambridge, Cambridge University Press, 1967.
- Femi J. Kolapo, « CMS Missionaries of African Origin and Extra-Religious Encounters at the Niger-Benue Confluence, 1858-1880 », dans African Studies Review, Vol. 43, No. 2, .
- Femi J. Kolapo, Journals of Church Missionary Society Agent, James Thomas in Mid-Nineteenth Century Nigeria, Lewiston (New York), Edwin Mellen Press, 2012.
- Femi J. Kolapo, Christian Missionary Engagement in Central Nigeria, 1857-1891. The Church Missionary Societyâs All-African Mission in Upper Niger, New York, Palgrave Macmillan, 2019.
- Daniel J. Paracka Jr., The Athens of West Africa: A History of International Education at Fourah Bay College, Freetown, Sierra Leone, Londres, Routledge, 2004.
- Sara Pugach, Africa in Translation. A History of Colonial Linguistics in Germany and Beyon, 1814-1945, Ann Arbor (Michigan), The University of Michigan Press, 2012.
- James F. Schön et Samuel A. Crowther, Journals of the Rev. James Frederick Schön and Mr. Samuel Crowther: who, accompanied the expedition up the Niger, in 1841, in behalf of the Church missionary society, Londres, Hatchard and son, 1842.
- James F. Schön, Appendix to the dictionary of the Hausa language (Pub. 1876): Hausa-English part, with additions of Hausa literature, Londres, Church Missionary House, 1888.