La charge complotiste des conservateurs catholiques sur le Covid-19

Lancée par Monseigneur Carlo Maria Vigano et publiée par Valeurs Actuelles le 7 mai 2020, une tribune appelle ouvertement dans un registre complotiste les catholiques à la défiance vis-à-vis des autorités étatiques, scientifiques et des médias.

Alors que les signataires sont connus pour leurs très fort engagement pro-vie (essentiellement anti-IVG et anti-euthanasie), on peut lire que « les doutes croissent quant Ă  l’effective contagiositĂ©, Ă  la dangerositĂ© et Ă  la rĂ©sistance du virus ». Pour rappel, le Covid-19 a provoquĂ© Ă  ce jour plus de 275,000 morts dans le monde et les recherches se poursuivent sur la dangerositĂ© des sĂ©quelles après guĂ©rison. Les consĂ©quences en pertes humaines sont tout bonnement ignorĂ©es. Les signataires raisonnent de la manière la plus complotiste qui soit : ils ignorent les faits pour se demander Ă  qui profite le crime, celui-ci Ă©tant si possible un ennemi invisible et mondialisĂ©. C’est ainsi que les limitations de dĂ©placements induites par le confinement sont dĂ©crites comme « un prĂ©lude inquiĂ©tant Ă  la crĂ©ation d’un gouvernement mondial hors de tout contrĂ´le ». Le confinement, certes Ă©prouvant mais temporaire, serait : « une partie inacceptable du projet de ceux qui favorisent l’isolement des individus afin de mieux les manipuler et les contrĂ´ler ».

Le ton conspirationniste se poursuit dans une diatribe anti-vaccins, qui seraient moins fiables que d’autres mystĂ©rieux remèdes non citĂ©s mais « efficaces et peu coĂ»teux », mais privilĂ©giĂ©s afin de garantir « aux sociĂ©tĂ©s pharmaceutiques des bĂ©nĂ©fices bien plus importants, qui pèsent sur la santĂ© publique ». Sans autre prĂ©cision et afin d’attiser la dĂ©fiance, le chapitre se conclut sur cette prescription religieuse dĂ©connectĂ©e : « Nous rappelons Ă©galement, en tant que pasteurs, que pour les catholiques, il est moralement inacceptable de recevoir des vaccins dans lesquels du matĂ©riau provenant de fĹ“tus avortĂ©s est utilisé ».

A la lecture de cet appel, l’on se demande s’il l’on n’est pas face Ă  un commentaire d’une groupie d’Alain Soral sur le site EgalitĂ© & RĂ©conciliation tant le vocabulaire utilisĂ© est similaire. Les responsables politiques sont des « techniciens » qui chercheraient Ă  fuir leurs responsabilitĂ©s pĂ©nales. Les « mĂ©dias » sont Ă©galement pris Ă  partie et accusĂ©s de pĂ©naliser « la dissidence » en recourant Ă  des formes de « censure », au risque de « voir imposĂ©es des formes subtiles de dictature, vraisemblablement pires que celles que notre sociĂ©tĂ© a vu naĂ®tre et mourir dans un passĂ© rĂ©cent ».

La tribune se conclut par une demande de passe-droit, afin que les offices et messes puissent reprendre en dehors des règles communes et temporaires de non-regroupement. Pour quelles raisons ? «  Cette autonomie et cette libertĂ© sont un droit inhĂ©rent que le Seigneur JĂ©sus-Christ lui a donnĂ© pour la poursuite de ses propres fins » mais encore : « Les droits de Dieu et des fidèles sont la loi suprĂŞme de l’Église Ă  laquelle elle ne veut ni ne peut dĂ©roger ». Autrement dit, la loi de Dieu prĂ©vaudrait sur la politique publique de l’Etat. L’intĂ©grisme religieux de la tribune est assumĂ©, notamment dans sa conclusion : « Nous sommes tous appelĂ©s Ă  Ă©valuer les faits actuels conformĂ©ment Ă  l’enseignement de l’Évangile. Cela implique de choisir son camp : avec le Christ, ou contre le Christ. Ne permettons pas que des siècles de civilisation chrĂ©tienne soient anĂ©antis sous le prĂ©texte d’un virus, en laissant s’établir une tyrannie technologique haineuse dans laquelle des personnes anonymes et sans visage peuvent dĂ©cider du sort du monde en nous confinant dans une rĂ©alitĂ© virtuelle. Si tel est le plan auquel les puissants de la terre entendent nous plier, sachez que JĂ©sus-Christ, Roi et Seigneur de l’Histoire, a promis que « les portes des Enfers ne prĂ©vaudront pas » (Mt 16, 18) ».

Parmi les signataires nous retouvons :

  • Mgr. Carlo Maria Vigano, archevĂŞque. Il s’est fait connaĂ®tre en 2018 en accusant ouvertement le Pape François d’avoir couvert des actes d’abus sexuels qui auraient Ă©tĂ© commis par le Cardinal McCarrick et en demandant en consĂ©quence au Pape François de dĂ©missionner. Mgr Vigano est un proche de Benoit XVI qui l’avait promu secrĂ©taire du gouvernement du Vatican. Après avoir Ă©tĂ© Ă©loignĂ© aux USA, il a finalement Ă©tĂ© dĂ©mis de ses fonctions de nonce apostolique aux USA par le Pape François en 2016 après avoir organisĂ© une rencontre « surprise » entre ce dernier et la greffière Kim Davis, l’Ă©gĂ©rie amĂ©ricaine des anti mariages pour tous. Depuis, Mgr Vigano poursuit son rapprochement avec le camp traditionaliste et ultra-conservateur du Vatican. Dans sa lettre ouverte de 2018 demandant la dĂ©mission de François, il dĂ©crivait dĂ©jĂ  de façon complotiste et homophobe un « rĂ©seau homosexuel » avec le « pouvoir tentaculaire d’une pieuvre » au Vatican, qui serait responsable d’un renversement du dogme catholique et des scandales de pĂ©dophilie dans l’Eglise. Il est Ă©galement proche du Cardinal Burke, soutien de Donald Trump et opposant au Pape François, qui lui a apportĂ© son soutien suite Ă  cette lettre ouverte.

  • Cdl Gerhard MĂĽller, ancien prĂ©fet de la CongrĂ©gation pour la doctrine de la foi, renvoyĂ© en 2017 par le Pape François. En 2019, il publie un Manifeste pour la Foi qui sera saluĂ© par la presse traditionnaliste et notamment LifeSiteNews comme une « quasi-correction du pontificat du Pape François ». il y affirme que « Garder le silence sur les vĂ©ritĂ©s de la foi catholique ou enseigner le contraire est une forme de tromperie religieuse qui provient de l’AntĂ©christ ». Il avait reçu en 2014 la FraternitĂ© Saint Pie X afin d’Ĺ“uvrer pour un rapprochement avec Rome.

  • Cdl Joseph Zen Ze-kiun, Ă©vĂŞque Ă©mĂ©rite de Hong Kong. Il est en conflit avec le Pape François depuis 2019, date Ă  laquelle le Vatican a passĂ© un accord avec le gouvernement chinois qui placerait l’Eglise sous les ordres du Parti Communiste.

  • Cdl Janis Pujats, Ă©vĂŞque Ă©mĂ©rite de Riga. Il est proche des milieux traditionalistes et milite pour une approche conservatrice du dogme. C’est un opposant Ă  la communion pour les divorcĂ©s remariĂ©s.

  • John-Henry Westen, rĂ©dacteur en chef de LifeSiteNews.com, un site web fondĂ© par le lobby canadien Campaign Life Coalition pour s’opposer aux lois pro-IVG. Le site web publie Ă©galement du contenu anti-euthanasie et anti-mariage pour tous. C’est sur ce site web qu’a Ă©tĂ© publiĂ©e en 2018 la tribune de Mgr Vigano appelant le Pape François Ă  dĂ©missionner, ou encore en 2019 la tribune du prĂŞtre Aidan Nichols critiquant les positions trop « accomodantes » du Pape envers l’avortement, les homosexuels, les protestants ou encore les musulmans.

  • MaĂ®tre AndrĂ© Bonnet, avocat, fondateur de l’association Promouvoir qui se donne pour objectif de lutter pour « les valeurs judĂ©o-chrĂ©tiennes dans tous les domaines de la sociĂ©té (…) et faire obstacle Ă  l’inceste, au viol, Ă  l’homosexualité ». Promouvoir obtient en 2000 l’interdiction du visa d’exploitation du film Baise Moi de Virginie Despentes, puis en 2015 l’interdiction de Love, le film de Gaspar NoĂ©, aux moins de 18 ans.  Une plainte avait Ă©tĂ© Ă©galement dĂ©posĂ©e contre le film La Vie d’Adèle. AndrĂ© Bonnet a Ă©tĂ© responsable du Mouvement national rĂ©publicain (MNR, ex-parti de Bruno MĂ©gret) dans le Vaucluse avant de s’investir dans la Manif Pour Tous aux cĂ´tĂ©s de Frigide Barjot pour dĂ©noncer le mariage pour tous qu’il compare « à la montĂ©e du nazisme et du marxisme-lĂ©ninisme ».

  • Reynald Secher, historien ayant proposĂ© une thèse sur le prĂ©tendu « gĂ©nocide vendĂ©en » pendant la rĂ©volution française

  • Michael J. Matt, directeur de The Remnant, un site web proche de la FraternitĂ© Saint Pie X

  • Olivier Figueras, journaliste sur Radio Courtoisie

  • Jean-Pierre Maugendre, dĂ©lĂ©guĂ© gĂ©nĂ©ral de Renaissance Catholique, association créée en 1988 suite Ă  l’excommunication de Mgr Lefebvre pour soutenir la FraternitĂ© Saint Pie X. Renaissance Catholique participe rĂ©gulièrement aux « Marches pour la Vie ».

  • L’abbĂ© Guy Pagès, auteur de nombreuse vidĂ©os sur Internet oĂą il dĂ©nonce essentiellement l’Islam et l’homosexualitĂ©,

  • Steven Mosher, prĂ©sident du Population Research Institute, lobbyiste anti-IVG, notamment auprès du PrĂ©sident George W. Bush. Il a ainsi obtenu la rĂ©duction drastique des financements amĂ©ricains auprès du planning familial du fond des Nations Unies. Dans une chronique très partagĂ©e sur les rĂ©seaux sociaux et publiĂ©e sur le tabloĂŻd The New York Post, il affirme sans preuve que le Covid-19 s’est Ă©chappĂ© du Laboratoire P4 de Wuhan.

  • Dr Stefano Montanari, directeur scientifique de son laboratoire Nanodiagnostics Ă  Modène. DiplĂ´mĂ© en pharmacie, il est un militant anti-vaccins italien : « dans les meilleurs des cas, les vaccins sont parfaitement inutiles. Ils causent gĂ©nĂ©ralement des dommages qui ne sont pas rares et irrĂ©versibles ». Comme le rappelle le site Conspiracy Watch, concernant le Covid-19, il a dĂ©clarĂ© Ă  plusieurs reprises, par exemple sur son site personnel ou sur le site d’extrĂŞme droite italien ImolaOggi.it, qu’il s’agissait d’un virus « fabriquĂ© en laboratoire », Ă  rebours de toutes les connaissances scientifiques sur l’origine de ce virus.

  • Mgr Luigi Negri, archevĂŞque Ă©mĂ©rite de Ferrara-Comacchio

  • Mgr Thomas Peta, archevĂŞque mĂ©tropolite d’Astana

  • Mgr Athanasius Schneider, Ă©vĂŞque auxiliaire d’Astana

  • Mgr Jan Pawel Lenga, archevĂŞque Ă©mĂ©rite de Karaganda

  • Mgr Rene Henry Gracida, Ă©vĂŞque Ă©mĂ©rite de Corpus Christi

  • Mgr Andreas Laun, Ă©vĂŞque auxiliaire de Salzburg

  • Prof. Vittorio Sgarbi, critique d’art, essayiste

  • Aldo Maria Valli, journaliste

  • Magdi Cristiano Allam, Ă©crivain

  • Giulio Meotti, journaliste

  • Marco Tosatti, journaliste

  • Claudio Messora, directeur de Byoblu.com

  • Robert Moynihan, Ă©crivain, journaliste

  • Cesare Sacchetti, journaliste

  • Prof. Giorgio Nicolini, directeur de Tele Maria

  • Vittoria Alliata di Villafranca, journaliste, Ă©crivain

  • Maria Guarini, Ă©diteur

  • Prof. Francesco Lamendola

  • AntĂłnio Carlos de Azeredo, Ă©diteur

  • Riccardo Zenobi, Ă©crivain

  • Danilo Quinto, Ă©crivain

  • Jeanne Smits, journaliste

  • Dr Antonietta Gatti, directeur de recherches, Nanodiagnostics laboratory, Modena

  • Prof. Alessandro Meluzzi, psychiatre

  • Prof. Martino Mora, philosophe

  • Prof. Massimo Viglione, historien et essayiste

  • Prof. Elisabetta Sala, enseignant et Ă©crivain

  • Prof. Amadeu Teixeira Fernandes, Georgetown University

  • Alfonso Martone, CNR Italy.

Covid-19 : l’histoire d’un « doute »

C’est l’histoire d’un doute. 

L’Ă©pidĂ©mie de Covid-19 fait la Une de nos actualitĂ©s, que l’on s’informe via des canaux traditionnels tels que la tĂ©lĂ©vision ou la radio, ou sur des plateformes numĂ©riques via des sites web, eux aussi plus ou moins bien intentionnĂ©s. Le Service europĂ©en pour l’action extĂ©rieure (EEAS), un organe institutionnel de l’Union EuropĂ©enne, a recensĂ© sur sa plateforme EUvsDisinfo, pas moins de 110 cas de dĂ©sinformations provenant de mĂ©dias russes depuis le 22 janvier 2020. Ce rapport inscrit ces dĂ©sinformations dans le cadre d’une « stratĂ©gie bien Ă©tablie du Kremlin consistant Ă  utiliser la dĂ©sinformation pour amplifier les divisions, semer la mĂ©fiance et le chaos, et exacerber les situations de crise et les problèmes d’intĂ©rĂŞt public ».

Les messages ciblant la population russe dĂ©crivent le plus souvent le virus comme une forme d’agression anti-russe, allant parfois jusqu’Ă  affirmer dans des articles visant essentiellement un public international qu’il a Ă©tĂ© créé en laboratoire par des pays europĂ©ens ou par les Etats-Unis. Ce « doute » Ă©mis quant Ă  l’origine du virus a Ă©tĂ© repris par Marine Le Pen le 30 mars 2020 au micro de France Info. En effet, la prĂ©sidente du Rassemblement National a affirmĂ© que le gouvernement ment sur « absolument tout, sans aucune exception » Ă  propos de l’Ă©pidĂ©mie, et a conclu qu’il Ă©tait de « de bon sens » de se demander si le virus ne s’Ă©tait pas « échappĂ© d’un laboratoire », tout en prĂ©cisant qu’elle-mĂŞme n’avait pas « d’opinion » sur le sujet. Si elle avait eu la volontĂ© de s’informer, Marine Le Pen aurait pu voir que le gĂ©nome du virus a Ă©tĂ© entièrement sĂ©quencĂ© dès janvier par l’Institut Pasteur par exemple, et qu’il n’y a pour les experts aucun « doute » que son origine est exclusivement animale, comme le confirment les revues de rĂ©fĂ©rence scientifique The Lancet ou Emerging Microbes & Infections. On se demande pourquoi nos chercheurs perdent leur temps Ă  sĂ©quencer l’ADN du virus, puisqu’il suffit aux populistes de moins d’une minute d’antenne pour mettre en « doute » leurs travaux.

Le « doute » scientifique n’est donc pas l’Ă©quivalent du « doute » complotiste. Le « doute » scientifique est levĂ© dès lors qu’il y a consensus scientifique, puis dans une autre mesure, transparence au niveau de la population. C’est le cas pour l’origine non-humaine du Covid-19. Ce n’est pas le cas concernant l’efficacitĂ© de traitement Ă  la chloroquine proposĂ©e par le professeur Raoult, ses Ă©tudes n’Ă©tant pas pour le moment considĂ©rĂ©es comme assez solides, car elles manquent notamment de groupes tĂ©moins et de nombre de patients suffisant. Le « doute » est logiquement permis, mĂŞme si tout le monde s’accorderait Ă  ĂŞtre soulagĂ© si la chloroquine s’avĂ©rait ĂŞtre un traitement efficace. NĂ©anmoins, ce « doute » raisonnable concernant la chloroquine n’intĂ©resse pas les complotistes, qui prĂ©fèrent mettre en « doute » les scientifiques critiquant logiquement la mĂ©thodologie non consensuelle du professeur.

Le dĂ©faitisme est un puissant carburant des populistes. La rĂ©ponse sanitaire europĂ©enne Ă  cette Ă©pidĂ©mie est critiquable Ă  de nombreux Ă©gards. On peut lĂ©gitimement reprocher Ă  nos dirigeants des coupes budgĂ©taires dans l’hĂ´pital public, des manques de moyens dans la recherche mĂ©dicale, ou une mauvaise anticipation des risques biologiques. Et formuler des revendications claires. Ces critiques sont d’ailleurs Ă©mises par la grande majoritĂ© des partis d’opposition, avec plus ou moins de bonne foi concernant leurs propres responsabilitĂ©s. Mais pourquoi en parallèle promouvoir la situation en Chine ou en Russie, alors que ces pays n’Ă©taient pas plus prĂ©parĂ©s que nous Ă  cette crise et camouflent Ă©hontĂ©ment leur nombre de citoyens infectĂ©s et de morts ? Si « doute » il y a dans les bonnes intentions de certains Ă©tats dans cette crise, ne devrait-on pas s’interroger sur l’envoi par la Chine de millions de masques Ă  bas prix mais dĂ©fectueux ? Ou sur l’envoi massif par la Russie de 15 vols militaires de soldats en Italie, sous couvert d’action mĂ©dicale ? Le gĂ©nĂ©ral italien Marco Bertolini appelle pourtant Ă  rester attentif : « La MĂ©diterranĂ©e, aussi bien orientale que centrale est un terrain de lutte pour l’hĂ©gĂ©monie, de la Syrie Ă  la Libye. Il faut Ă©viter qu’une crise de type sanitaire devienne une affaire politico-militaire ». Selon le quotidien italien La Stampa, suite Ă  ce dĂ©ploiement militaire Ă©tranger, « les craintes se sont renforcĂ©es aussi bien au sein du gouvernement que des milieux militaires italiens » .

Depuis quelques jours, les journalistes »doutent » de leur cĂ´tĂ© des chiffres officiels chinois. Pekin annonce ne plus avoir de nouveaux cas de Covid-19 sur son territoire, et communique un nombre de 3304 morts (soit presque 3 fois moins qu’en Italie Ă  ce jour). Or les commandes d’urnes funĂ©raires dans la rĂ©gion de Wuhan explosent. On parle de dizaines de milliers d’urnes commandĂ©es pour les principales morgues, ce qui, mĂŞme en retirant le nombre de morts naturelles, permet aux grands quotidiens internationaux de remettre lĂ©gitimement en cause la propagande chinoise. Mais dans ce cas, « douter » est un luxe. Pour avoir posĂ© des questions sur la minimisation aux rĂ©percussions gravissimes du nombre de morts, des dizaines de journalistes chinois ont disparu. Des dizaines de milliers de lignes tĂ©lĂ©phoniques ont Ă©tĂ© rĂ©siliĂ©es. La quasi totalitĂ© des journalistes Ă©trangers a Ă©tĂ© expulsĂ©e.

Il est grand temps de se ressaisir. « Douter » de tout, tout le temps, nivelle le « doute » raisonnable et critique d’un citoyen Ă  une forme de complotisme nihiliste. Si la dĂ©fiance vis-Ă -vis des personnalitĂ©s politiques semble s’installer, il faut espĂ©rer qu’il reste le sanctuaire scientifique, qui admet lui aussi la notion de « doute », pour nous ramener Ă  la raison. Et la confiance dans nos dĂ©mocraties, certes imparfaites et donc perfectibles. La stratĂ©gie de l’intoxication Ă  la dĂ©sinformation de masse par la Russie ou la Chine est une arme de soft-power dĂ©sormais bien documentĂ©e. Il est urgent pour nous de faire la diffĂ©rence.

Coronavirus : les apôtres du châtiment divin.

Alors que le Coronavirus est devenu une pandémie mondiale, voici un panorama des réactions qui ne nous aideront pas :

  • Hani Ramadan lors de son sermon au Centre Islamique de Genève le 14 mars 2020 :

    « Observe donc ce qu’a pu faire une minuscule crĂ©ature pour remettre en cause la prĂ©tendue toute puissance de l’Empire du milieu. Il y a effectivement pour le croyant en tout cela des leçons Ă  retirer, notamment s’il revient aux enseignements du Prophète (…). L’une de ses causes est que les hommes se livrent ouvertement Ă  la turpitude comme la fornication et l’adultère ce qui dĂ©clenche des maladies et des Ă©pidĂ©mies nouvelles ».

  • Christine Boutin sur Twitter : 

boutin2

Avant de trouver huit jours plus tard une explication :

boutin1

  • Oppah Muchinguri, ministre zimbabwĂ©enne de la DĂ©fense :

    « Le coronavirus est l’Ĺ“uvre de Dieu qui punit les pays qui nous ont imposĂ© des sanctions » « Ils sont enfermĂ©s chez eux. Leur Ă©conomie souffre comme ils ont fait souffrir la nĂ´tre, ils doivent sentir les effets du coronavirus pour comprendre notre douleur ».

  • Meir Mazuz, rabbin orthodoxe et ancien chef spirituel du parti ultranationaliste Yahad, lors d’un sermon :(Les gays prides sont des) « parades contre la nature, et quand quelqu’un va contre la nature, Celui qui a créé la nature se venge contre lui ». Mais les pays arabes seraient Ă©pargnĂ©s par le virus car ils n’organisent pas ces marches et n’ont donc « pas ce penchant diabolique » .
  • Rick Wiles, pasteur Ă©vangĂ©lique amĂ©ricain et fondateur de TruNews, site conspirationniste crĂ©ditĂ© par Donald Trump :
    « L’Ange de la Mort doit ĂŞtre actuellement en train d’arriver sur la planète ». Ce dernier aurait commencĂ© Ă  tuer en Chine car il s’agirait d’un « gouvernement communiste sans Dieu qui persĂ©cute les chrĂ©tiens et force l’avortement », mais il pourrait aussi cibler les Etats-Unis et notamment les personnes LGBT car « Dieu est sur le point de purger de nombreux vices sur cette planète ».
  • Hadi al-Modarresi, leader chiite irakien : 

    « La propagation du Coronavirus est un « acte d’Allah » pour punir les Chinois de leurs exactions contre les OuĂŻghours ». Avant de lui-mĂŞme ĂŞtre contaminĂ©…

Comment la presse russe récupère (aussi) la Marche du 8 mars.

RT France et Sputnik sont les deux mĂ©dias phare du gouvernement de Poutine en France. FinancĂ©s par le Kremlin, ils proposent une vision « alternative » de l’actualitĂ© dans la droite ligne conservatrice de Moscou. De nombreuses fois Ă©pinglĂ©s pour la publication d’articles ou de vidĂ©os complotistes, ces outils de « soft-power » russes inquiètent jusqu’au Parlement EuropĂ©en qui a adoptĂ© en 2016 une rĂ©solution « visant Ă  contrer la propagande dirigĂ©e contre elle par des tiers ». La rĂ©solution europĂ©enne mentionne explicitement RT et Sputnik et les accuse directement « de s’attaquer aux valeurs dĂ©mocratiques, de diviser l’Europe et de donner l’impression que les États du voisinage oriental de l’Union europĂ©enne sont dĂ©faillants ».

On peut donc lĂ©gitimement douter de l’engouement de ces deux mĂ©dias pour les revendications fĂ©ministes dĂ©fendues lors de la marche du 8 mars Ă  Paris.

Mais la crise des Gilets Jaunes qui s’Ă©tend depuis 2018 est passĂ©e par lĂ . Depuis, RT France et Sputnik sont devenus de fidèles relais des dĂ©bordements de rue lors de manifestations en France, diffusant abondamment des vidĂ©os choc de vitrines brisĂ©es et de manifestants Gilets Jaunes blessĂ©s. Deux figures des Gilets Jaunes, JerĂ´me Rodrigues et Maxime Nicolle (adeptes de thĂ©ories complotistes), bĂ©nĂ©ficient d’innombrables interviews et plateaux-TV organisĂ©s par ces deux mĂ©dias pour marteler leurs revendications et commenter l’actualitĂ©.

Ainsi, plus encore que les chaĂ®nes d’info en continu, RT et Sputnik ont compris l’intĂ©rĂŞt de capitaliser sur les images d’affrontements. Leur potentiel est Ă©norme. Il permet Ă  la fois, par son caractère sensationnel, de gagner en audience, mais surtout de prĂ©senter la France comme Ă©tant au bord du chaos, et de faire passer le modèle russe pour le dĂ©fenseur des revendications du « peuple ».

Regardons de plus près la page d’accueil de RT France en ce lundi 9 mars 2020.

rtaccueil

Deux articles concernant la marche du 8 mars figurent en très bonne place.

La dĂ©gradation imbĂ©cile par des fĂ©ministes d’une plaque commĂ©morative d’Ă©lèves juifs dĂ©portĂ©s, oĂą l’inscription « fraternité » de la devise rĂ©publicaine a Ă©tĂ© rayĂ©e pour ĂŞtre remplacĂ©e par « adelphité », fait les choux gras de RT dans l’onglet « POLEMIQUE ». On a pourtant connu la chaĂ®ne du Kremlin moins sensible Ă  la dĂ©fense des valeurs rĂ©publicaines et Ă  la lutte contre l’antisĂ©mitisme.

Dans l’onglet « CHOC », toujours en page d’accueil, on retrouve un long article comprenant des vidĂ©os d’affrontement entre le collectif NĂ©mĂ©sis (femmes anti-immigration) et des militants du collectif Antifa Squad (issu du mouvement antifa d’ultra-gauche). Ces derniers ont revendiquĂ© sur leur page Facebook avoir portĂ© « coups, vols de banderoles et slogans » contre le Collectif NĂ©mĂ©sis pour les empĂŞcher de dĂ©filer. Evidemment, la chaĂ®ne RT ne prĂ©sente pas le Collectif NĂ©mĂ©sis comme un collectif d’extrĂŞme-droite alignĂ© sur les positions des identitaires et elle relaie abondamment les propos d’une de leur porte-parole, ravie de pouvoir prĂ©senter des femmes anti-immigration comme des victimes de la violence d’extrĂŞme-gauche.

Un autre article de RT, non prĂ©sent sur la copie d’Ă©cran ci-dessus, dĂ©crit la journĂ©e du 8 mars en insistant sur ces affrontements, puis conclut sur une action la Manif pour Tous, qui a voulu profiter de la JournĂ©e des Droits des Femmes pour son propre agenda : « A l’occasion de la JournĂ©e de la femme, La Manif pour tous a elle aussi menĂ© une action devant l’AssemblĂ©e nationale, pour faire entendre son opposition à l’ouverture de la PMA «sans père» et Ă  la GPA ». 

De son côté, Sputnik a profité de la manifestation du 8 mars pour parler presque exclusivement de « violences policières » en France, dans deux articles intitulés « Une charge policière brutale contre la «Marche féministe» à Paris – vidéos » et « Droits des femmes: des manifestantes mobilisées contre les violences sexuelles et policières ».

Il est indéniable que les images de militantes féministes encerclées, puis chargées par les CRS et forcées de descendre dans le métro à la station République sont à la fois révoltantes pour le public et catastrophiques pour le gouvernement. Ces actions se sont produites dans la nuit du 7 au 8 mars 2020, lors de la Marche Nocturne, précédant la grande marche internationale du lendemain.

Vu de l’angle fĂ©ministe, on est Ă©cĹ“urĂ©es de voir des femmes ĂŞtre rappelĂ©es Ă  l’ordre une veille de journĂ©e de revendications. De l’angle des militantes antifas prĂ©sentes en tĂŞte de cortège ce soir lĂ , criant en cĹ“ur « tout le monde dĂ©teste la police », « police : violeurs, assassins », on a pu hurler son point de vue radical et on s’est donnĂ© quelques frissons. De l’angle de la PrĂ©fecture de Police de Paris, on a maintenu l’ordre face Ă  des manifestantes qui n’ont pas respectĂ© l’appel Ă  la dispersion prĂ©vu Ă  22h et qui ont « dĂ©libĂ©rĂ©ment provoquĂ© les forces de l’ordre et perturbĂ© le dĂ©roulĂ© de l’évĂ©nement ». De l’angle de RT France et de Sputnik, on a juste vu ces images comme du pain bĂ©ni, qu’on s’est empressĂ© de diffuser sans aucun contexte.

La confusion dans les esprits est telle que des militantes comme une porte-parole des EffrontĂ©es ou des collectifs fĂ©ministes comme NousToutes n’hĂ©sitent mĂŞme plus Ă  s’exprimer sur RT France ou Ă  relayer un de leurs journalistes. Croyant peut-ĂŞtre voir dans leur intĂ©rĂŞt pour les affrontements violents du 8 mars des vellĂ©itĂ©s fĂ©ministes, elles jouent le rĂ´le d’idiot utile, dĂ©jĂ  si cher Ă  l’Ă©poque de l’URSS.

rtfatima

rtnoustoutes

Il suffit pourtant de quelques clics pour vĂ©rifier l’engagement « fĂ©ministe » de ces mĂ©dias. Le mois dernier, Sputnik faisait la promotion de l’islamologue russe Natalia Tambieva dans plusieurs articles, dont un qui a le mĂ©rite d’avoir un titre Ă©vocateur : « L’homme, un tuteur de la femme? Vision alternative d’une fĂ©ministe musulmane ». Lorsqu’elle commente des passages du Coran oĂą il est Ă©crit que «Les hommes ont une autoritĂ© sur les femmes», «Les femmes vertueuses sont obĂ©issantes Ă  leur mari», «Quant Ă  celles dont vous craignez la dĂ©sobĂ©issance […] Ă©loignez-vous d’elles dans leurs lits et frappez-les», Natalia Tambieva affirme qu’il s’agit ici « tout de mĂŞme d’un partenariat » entre les sexes. Quant Ă  RT, on ne compte plus ses articles moquant les initiatives fĂ©ministes racialistes, comme le discours d’AĂŻssa MaĂŻga lors de la CĂ©rĂ©monie des CĂ©sars « C’était toi le renoi» : aux CĂ©sar, le discours «antiraciste» de l’actrice AĂŻssa MaĂŻga fait un bide ».

Les abus de pouvoir par la police sont souvent une rĂ©alitĂ©, qu’il faut continuer de surveiller et de dĂ©noncer pour contre-balancer toute tentation autoritaire, peu importe le gouvernement. NĂ©anmoins, les scènes de dĂ©gradations urbaines venant de fĂ©ministes ne convaincront jamais personne. Le fĂ©minisme s’est toujours honorĂ© d’avoir Ă©tĂ© un mouvement joyeux et progressiste, visant l’Ă©mancipation des femmes. Il a gagnĂ© de nombreuses batailles, mais le chemin est encore long pour convaincre. S’il est aveuglĂ© par la tentation de l’affrontement direct et de la lutte intersectionnelle et diffĂ©rentialiste, il peut conduire Ă  des partenariats involontaires avec les premiers promoteurs du conservatisme, dont les mĂ©dias russes sont un exemple concret.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Affaire Mila : quand les pleutres continuèrent d’ĂŞtre lâches.

Le  19 janvier 2020, Mila, une adolescente de 16 ans, publie sur son compte Instagram une rĂ©ponse vidĂ©o Ă  un jeune homme qui, après avoir Ă©tĂ© plus qu’insistant avec elle, lui envoie des insultes homophobes telles que « sale lesbienne » en invoquant sa religion.  Mila l’Ă©conduit et lance alors :  » Je dĂ©teste la religion […], le Coran, il n’y a que de la haine lĂ -dedans, l’islam, c’est de la merde, c’est ce que je pense. Je ne suis pas raciste, pas du tout. On ne peut pas ĂŞtre raciste envers une religion. […] Votre religion, c’est de la merde, votre Dieu, je lui mets un doigt dans le trou du cul, merci, au revoir ».

Ce qui aurait pu rester une affaire d’homophobie inconnue du grand public prend des proportions inquiĂ©tantes au fil des jours. Mila reçoit une pluie d’insultes sur les rĂ©seaux sociaux, la plupart au nom du Coran, accompagnĂ©es d’un nombre de menaces de mort et de viol qui ne cesse de croĂ®tre.

Le parquet de Vienne dans l’Isère se saisit de l’affaire et dĂ©cide Ă©videmment de classer sans suite la procĂ©dure contre Mila pour « provocation Ă  la haine Ă  l’Ă©gard d’un groupe de personnes », le dĂ©lit de blasphème n’existant pas dans le droit français. En revanche, l’instruction se poursuit concernant le harcèlement et les menaces homophobes et sexistes dont elle est victime. L’adolescente a du ĂŞtre dĂ©scolarisĂ©e et reste actuellement dans l’attente d’une solution de la part du rectorat.

Face Ă  cette situation inĂ©dite dans un pays pourtant laĂŻc comme la France, plusieurs personnalitĂ©s et associations se sont illustrĂ©es par leur absence d’empathie avec Mila, d’absence d’attachement au droit inaliĂ©nable Ă  la libertĂ© d’expression, notamment lorsqu’il s’agit de critiquer la religion, ou de relativisme douteux.

Florilège :

  • Nicole Belloubet, ministre de la Justice, au micro d’Europe 1 : « Dans une dĂ©mocratie, la menace de mort est inacceptable. cela vient rompre avec le respect que l’on doit Ă  l’autre (…). L’insulte Ă  la religion c’est Ă©videmment une atteinte Ă  la libertĂ© de conscience, c’est grave, mais ça n’a pas Ă  voir avec la menace (de mort, ndlr) ».

Devant le tollĂ©, Nicole Belloubet reconnaĂ®tra ensuite une « maladresse« , l’insulte Ă  la religion n’existant pas en France…

  • FeĂŻza Ben Mohamed, porte-parole de la plateforme L.E.S. Musulmans et chroniqueuse sur France Maghreb, sur Twitter : « Nicole Belloubet a parfaitement raison et vous le savez tous. L’insulte Ă  la religion doit ĂŞtre sanctionnĂ©e. Mila ou pas Mila c’est pareil.
  • SĂ©golène Royal, future candidate en 2022 ?, sur France 3 : «Critiquer une religion, ça n’empĂŞche pas d’avoir du respect. Ça n’empĂŞche pas d’avoir de l’éducation, de la connaissance, d’être intelligent par rapport Ă  ce qu’on dit (…) Une adolescente, qui est peut-ĂŞtre encore en crise d’adolescence, si elle avait dit la mĂŞme chose sur son enseignant, sur ses parents, sur sa voisine, sur sa copine, qu’est-ce qu’on aurait dit ? On aurait dit simplement: «un peu de respect », ajourant qu’elle n’aurait « absolument pas » partagĂ© le mot clĂ© #JeSuisMila.

Des propos plutĂ´t cohĂ©rent pour une personne qui trouvait « inadmissible qu’on insulte l’image sacrĂ©e du prophète musulman » lors de la publication des caricatures de Mahomet par Charlie Hebdo, et qui affirmait qu' »aux yeux des garçons, le string rĂ©duit des jeunes filles Ă  leur postĂ©rieur (…) après on s’Ă©tonne que les adolescentes soient victimes d’attouchements ou de violence sexuelle ». 

  • Jean Michel Apathie, sur le plateau de C l’Hebdo du France 5 : « je ne suis pas Mila, je suis rĂ©solument SĂ©golène, son analyse me paraĂ®t plus juste et plus sage que toutes celles que j’ai entendues ».
  • Abdallah Zekri, dĂ©lĂ©guĂ© gĂ©nĂ©ral du CFCM (Conseil Français du Culte Musulman) au micro de Sud Radio: « Je dis que cette fille, elle sait très bien ce qu’elle fait, a-t-il notamment dĂ©clarĂ©. Qui sème le vent rĂ©colte la tempĂŞte. » MĂŞme s’il rappelle qu’il est « contre le fait qu’on menace [Mila] de mort », il persiste : « Cette fille, elle sait ce qu’elle a dit. Elle a pris ses responsabilitĂ©s. Qu’elle critique les religions, je suis d’accord, mais d’insulter et tout ce qui s’ensuit… Maintenant, elle assume les consĂ©quences de ce qu’elle a dit. », « Est-ce qu’on lui a dit ‘sale française’ ? Ou est-ce qu’elle le dit pour se faire plaindre ? Vous la croyez, cette fille-lĂ  ? Moi je ne la crois pas. » Lorsqu’une invitĂ©e lui fait remarquer qu’on ne peu pas dire que Mila n’a que « ce qu’elle mĂ©rite », il renchĂ©rit : « Si, je le dis. Elle l’a cherchĂ©, elle assume. Les propos qu’elle a tenus, je ne peux pas les accepter. »

Rappellons qu’après les attentats de Charlie Hebdo, Abdallah Zekri s’Ă©tait offusquĂ© de la Une de Charlie Hebdo reprĂ©sentant le prophète Mahomet effondrĂ© : « ça va mettre de l’huile sur le feu ! ». 

  • Ibrahim Maalouf, trompettiste, sur Twitter : « On est tous d’accord que ces propos honteux ne mĂ©ritent en aucun cas des menaces de mort. Il faut absolument dĂ©noncer et condamner. Cependant, quand j’entends @ZinebElRhazoui dans @cavousf5: «Mila pour moi c’est un modele pour la jeunesse française, c est une fille qui a tout compris Ă  ce qu’est l’esprit de l’universalisme, l’esprit des lumières.» Je suis scandalisĂ©. C’est de l’incitation Ă  la haine. Encourager l’immoral au prĂ©texte que c’est lĂ©gal, c’est de la dĂ©magogie dangereuse. C’est ce qu’ont fait certains Ă  l’époque de Matzneff ou ce que dĂ©fendent les exilĂ©s fiscaux, pour prendre 2 exemples diffĂ©rents. PitiĂ©, battons nous pour les vraies valeurs ».

Ibrahim Maalouf a été condamné en 2018 à quatre mois de prison avec sursis pour agression sexuelle sur mineure.

  • Marie Kirschen, rĂ©dactrice en chef des Inrocks lorsque le site ArrĂŞt sur Images lui demande pourquoi le sujet n’est pas traitĂ© aux Inrocks (ni Ă  Mediapart ou encore TĂ©lĂ©rama) : « Les quelques personnes qui pouvaient Ă©crire sur cette affaire-lĂ  Ă©taient dĂ©jĂ  occupĂ©es Ă  d’autres choses ». Marie Kirschen ajoute : « On s’est vraiment recentrĂ©s sur la culture il y a un peu plus d’un an, il y a beaucoup moins de papiers sur des thĂ©matiques sociĂ©tales ou politiques ».

Un coup d’Ĺ“il sur le site des Inrocks permet de voir que les sujets politiques et d’actualitĂ© sont pourtant bien prĂ©sents dans l’hebdomadaire (Coronavirus, dĂ©bats Ă  l’AssemblĂ©e Nationale sur la nouvelle loi retraite…).

  • Osez le FĂ©minisme, via sa porte-parole Alyssa Ahrabare interrogĂ©e lors de l’Ă©mission des Grandes Gueules de RMC : « C’est un sujet sur lequel on a choisi de ne pas se prononcer », » c’est des questions qui sont extrĂŞmement complexes ».
  • Odon Vallet, historien des religions, sur CNews : « En 2005 lorsqu’il y a eu les caricatures dans les journaux danois, j’ai annoncĂ© des attentats, il y a eu des attentats au Pakistan contre les intĂ©rĂŞts du Danemark, et j’ai dit, si on fait pareil en France dans dix ans vous avez des morts, et il y a eu Charlie Hebdo. Je vous annonce aujourd’hui (…) que si on continue comme ça on aura prochainement des attentats contre des français en France ou dans des pays d’Afrique ». Jean-Marc Morandini demande alors « si on continue quoi ? Odon Vallet rĂ©pond: « si on continue Ă  injurier l’Islam ».
  • Edwy Plenel sur France 5 : « je suis libertĂ©, et la libertĂ© c’est la libertĂ© de dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre (…) et donc de blasphĂ©mer mais (…) il y a beaucoup de violence sur internet, et la violence qu’elle a provoquĂ©e et qu’elle subit en est un exemple, mais je rappellerais un autre cas, la chanteuse Mennel qui elle, a Ă©tĂ© lapidĂ©e de manière unique au nom cette fois-ci d’attaques qui Ă©taient de stigmatisation de l’Islam la visant elle ».
  • Christophe Frot, animateur sur France Maghreb, au micro de C8 lors de l’Ă©mission Balance Ton Post : « le droit au blasphème ça existe (…) par contre quand elle dit je vais mettre un doigt dans le cul de votre Dieu (…) Ă  qui elle s’adresse Mila ? C’est aux musulmans qu’elle s’adresse, ces mĂŞmes musulmans qui se sentent stigmatisĂ©s Ă  longueur de journĂ©e (…) c’est juste intolĂ©rable, je ne suis pas Mila », »Cette demoiselle, elle a eu ces propos, le lendemain elle n’hĂ©site pas Ă  lancer une cagnotte en demandant 15000 euros pour enregistrer un disque, est-ce que c’est pas conscient tout ça ? »(une cagnotte a Ă©tĂ© lancĂ©e par un inconnu pour la soutenir, avant d’ĂŞtre rapidement fermĂ©e…), « je condamne les menaces qu’elle reçoit, et je condamne Ă©videmment de toutes mes forces ses propos ».
  • Philippe Marlière, ancien militant au NPA puis au Front de Gauche, professeur Ă  University College de Londres, sur Twitter : « le blasphème est souvent un acte religieux, un acte aussi sectaire et intolĂ©rant que la diabolisation de l’athĂ©isme par certains dĂ©istes », « le « droit au blasphème » c’est essentiellement revendiquer le droit de tenir des propos racistes et sexistes sans s’exposer Ă  la condamnation de la justice », « en l’absence d’oppression, le blasphème exprime non pas une critique des religions mais la haine des minoritĂ©s: en France, avant tout un racisme anti-Arabes ».
  • Nabilla, star de tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ© puis chroniqueuse sur C8, sur Twitter (plus de 2,7 millions d’abonnĂ©s) : emoji vomi, likĂ© plus de 61000  fois, en rĂ©ponse Ă  l’interview de Mila dans l’Ă©mission Quotidien.
  • Raquel Garrido, ex porte-parole de La France Insoumise, chroniqueuse dans l’Ă©mission Balance Ton Post sur C8 : « Pourquoi est-ce que le gouvernement et les Ă©lites politiques se saisissent de la question religieuse en ce moment, c’est pour qu’on arrĂŞte de parler du plus grand mouvement social depuis l’après guerre (…) vous ĂŞtes complices, mĂŞme Ă  votre dĂ©pens, d’une grande opĂ©ration de diversion ».
  • Fabien Roussel, secrĂ©taire national du PCF, au micro de Jean-Jacques Bourdin sur RMC : « injurier une religion comme elle l’a fait, je me suis mis Ă  la place des musulmans (…), je me serais senti blessĂ©. En mĂŞme temps, dans notre pays qui est un rĂ©publique laĂŻque le droit de critiquer une religion doit ĂŞtre prĂ©servĂ© (…) on doit avoir le droit de critiquer une religion, on droit pouvoir la respecter », « Cette jeune fille, ce qu’elle a dit, ce n’est pas admissible, en mĂŞme temps, les menaces de mort qu’elle subit, ce n’est pas admissible ».
  • RĂ©volution Permanente, qui se dĂ©finit comme un site d’information d’extrĂŞme-gauche, liĂ© au NPA : « RĂ©sumons les faits. L’affaire tourne autour de… l’islam (ça faisait longtemps). Une lycĂ©enne de 16 ans a tenu des propos rĂ©actionnaires contre l’islam dans une vidĂ©o live, la qualifiant de « religion de violence ». »Le fait est que Mila, consciemment ou non, du haut de ses 16 ans, vĂ©hicule un discours haineux. Évidemment, ça ne lĂ©gitime en rien le harcèlement, ni les menaces de mort, ni les insultes lesbophobes et misogynes qu’elle a reçu. Ces actes sont intolĂ©rables, il n’y a pas de doute la dessus. Mais lĂ  n’est pas la question. »
  • Yassine Belattar, humoriste, sur C8 dans l’Ă©mission Touche Pas Ă  mon Poste : « Moi je peux concevoir que hier elle a fait des erreurs d’une fille de 16 ans, moi si on me donnait un micro Ă  16 ans j’aurais dit de la merde. Et moi je comprends pas que cette fille lĂ , aujourd’hui y’a des gens qui commencent Ă  lui donner… Je suis triste pour elle parce qu’Ă  16 ans, ĂŞtre l’incarnation du FN, du Printemps RĂ©publicain, et des gens qui sont toute l’annĂ©e mal intentionnĂ©s concernant une religion par dĂ©finition. Et surtout pour conclure lĂ  dessus, ça commençait Ă  s’Ă©teindre un peu le feu autour de l’Islam, c’est Ă  dire que ça faisait semaines qu’on en parlait pas Ă  cause des mouvements sociaux, on Ă©tait plus « gilets jaunes », « grève », et en fait grâce Ă  Mila, Ă  cause de, ils ont trouvĂ© un cheval de Troie Ă  tout cela ».
  • Damien Abad, prĂ©sident du groupe LR Ă  l’AssemblĂ©e Nationale, sur LCI : « je souhaite la libertĂ© d’expression la plus totale, mais je dis que quand cette libertĂ© d’expression est dĂ©tournĂ©e pour crĂ©er de la aine anti-religieuse, alors oui, il y a une barrière Ă  mettre », «  »Il faut sanctionner tous ceux qui ont insultĂ©s et menacĂ©s de mort Mila mais la manière dont elle s’est exprimĂ©e, avec beaucoup de vulgaritĂ©, n’est pas acceptable ».
  • Ni Putes Ni Soumises, mouvement fĂ©ministe, sur Twitter : « MĂŞme si nous sommes attachĂ©s au droit Ă  blasphĂ©mer, @mouvement_npns condamne toute insulte envers quelque communautĂ© ou croyance que ce soit. Mais pour autant, rien ne vient justifier le harcèlement et les menaces de mort », avant de prĂ©ciser :  « Alors pour ĂŞtre prĂ©cis, mĂŞme si elle en a le droit, ce qu’a dit Mila Ă©tait Ă  notre sens contre-productive dans l’optique du vivre-ensemble- Elle le reconnaĂ®t elle-mĂŞme. Mais cela ne justifie ni les menaces ni le harcèlement : nous la soutenons dans cette Ă©preuve ».
  • Alain Finkielkraut sur le plateau de BFM TV : « Je ne dirai pas « je suis Mila » (…) lĂ  c’est pas de la vulgaritĂ©, c’est du dĂ©gueulis verbal » avant de rectifier plus tard « devant le dĂ©ferlement d’ignominie sur Mila et la dĂ©mission qui l’accompagne, je soutiens Ă  fond cette jeune fille ».
  • Brice Hortefeux, ancien ministre et actuel dĂ©putĂ© europĂ©en LR, au micro de BFM TV : « les propos de cette adolescente sont inutilement agressifs et injurieux », et, en mĂŞme temps, « la justice doit rĂ©agir très rapidement et très fermement (pour condamner les appels au viol et au meurtre ».

En revanche, il est Ă  noter que la chroniqueuse Rokhaya Diallo, pourtant connue pour son militantisme anti-raciste complaisant avec l’Islam politique, a dĂ©fendu Mila contre les menaces de mort et de viol ainsi que son droit au blasphème. Si mĂŞme Rokhaya Diallo a plus de courage que les responsables politiques ou associatifs citĂ©s ci-dessus…

Raymond Burke, un cardinal de plus en plus radical

Raymond Burke a Ă©tĂ© nommĂ© cardinal par BenoĂ®t XVI en 2010 après une ascension rapide dans la hiĂ©rarchie catholique. Depuis l’Ă©lection du Pape François, il a vu ses fonctions s’amoindrir. Sa nomination en temps que reprĂ©sentant du Saint-Siège auprès de l’Ordre de Malte en 2014 a Ă©tĂ© perçue comme une mise Ă  l’Ă©cart du Vatican. Ses prises de positions ouvertement conservatrices et de plus en plus traditionalistes lui ont ensuite valu une dĂ©charge de ses responsabilitĂ©s, qui a suivi le non-renouvellement de son mandat Ă  la CongrĂ©gation pour les Ă©vĂŞques en 2013.

Depuis, le cardinal Burke multiplie les interviews. En 2016, il se positionne politiquement en se rĂ©jouissant dans le quotidien italien Il Gionarle de l’Ă©lection de Donald Trump, en qui il voit un dĂ©fenseur des valeurs de l’Eglise. Des dĂ©clarations mi-religieuses, mi-politiques qu’il rĂ©itère n 2019 lorsqu’il affirme Ă  Rome que « rĂ©sister Ă  l’immigration musulmane est un acte de patriotisme ». Lors de la lĂ©galisation de l’IVG en Irlande en 2018, il dĂ©plore dans le quotidien polonais Sieci le manque d’investissement de Rome dans le combat contre l’avortement. Selon Burke, il est « alarmant » que les responsables du Saint-Siège ne fassent pas d’avantage entendre leur voix contre toute lĂ©galisation de l’IVG ou du mariage pour les couples de mĂŞme sexe.

Il est Ă  l’initiative en 2016 d’une lettre ouverte aux PrĂ©sidents des confĂ©rences Ă©piscopales qui accuse directement l’Eglise de dĂ©rive lors du Synode sur la famille. Il y vilipende directement la « cause homosexuelle » qui se rĂ©pandrait dans le clergĂ©, et la rapproche des actes de pĂ©dophilie recensĂ©s parmi les prĂŞtres catholiques ces dernières annĂ©es. Dans un entretien au magazine The New Emangelization en 2015, il avait accusĂ© cette fois-ci le fĂ©minisme d’ « agresser l’Eglise », de faire tomber les hommes dans « la pornographie, la promiscuitĂ© sexuelle, l’alcool, la drogue et toute une gamme de dĂ©pendances » et d’ĂŞtre responsable des actes pĂ©dophiles : «  Il y a eu une pĂ©riode oĂą les hommes, fĂ©minisĂ©s et confus au sujet de leur propre identitĂ© sexuelle, sont entrĂ©s dans les ordres. Malheureusement certains de ces hommes souffrant de troubles, ont abusĂ© sexuellement de mineurs ».

Le Cardinal Burke jouit dĂ©sormais d’une notoriĂ©tĂ© certaine dans les milieux catholiques ultra-conservateurs et dans les milieux classĂ©s Ă  l’extrĂŞme-droite de l’Ă©chiquier politique. Sa relation avec le Pape François semble dĂ©sormais consumĂ©e. Dernier Ă©pisode en date, en septembre 2019, lors du synode sur l’Amazonie qui concernait l’Ă©cologie et la dĂ©fense des peuples indigène, Raymond Burke a publiĂ© une tribune s’Ă©rigeant contre ce sommet qui contiendrait des « hĂ©rĂ©sies ». 

RépondreTransférer

Menaces sur l’IVG aux USA : oĂą sont les fĂ©ministes ?

L’accès Ă  l’avortement est en thĂ©orie garanti aux Etats-Unis depuis l’arrĂŞt Roe v. Wade de la Cour SuprĂŞme de 1973, qui a inscrit ce droit dans le quatorzième amendement qui protège le droit Ă  la vie privĂ©e. La première grande brèche concernant l’accès Ă  l’IVG pour toutes les amĂ©ricaines a Ă©tĂ© ouverte en 1992.  L’arrĂŞt Planned Parentood v. Casey a alors reconnu le droit pour les diffĂ©rents Ă©tats des Etats-Unis de restreindre les modalitĂ©s d’avortement, et donc en pratique, de multiplier les amendements pour imposer des particularismes locaux aux femmes en fonction de l’Ă©lectorat local.

L’accès Ă  l’IVG n’a en rĂ©alitĂ© jamais cessĂ© d’ĂŞtre au cĹ“ur des dĂ©bats aux Etats-Unis. Les militants pro-vie les plus acharnĂ©s, souvent menĂ©s par des Ă©glises locales, continuent d’organiser rĂ©gulièrement des « commandos anti-IVG », investissant des cliniques oĂą l’avortement est pratiquĂ© afin de harceler et de faire pression sur les femmes dĂ©sirant avorter. La « marche pour la vie » rassemble plusieurs centaines de milliers de manifestants anti-IVG chaque annĂ©e Ă  Washington.

La bataille judiciaire est en parallèle incessante. Sous Trump, les anti-IVG se sentent pousser des ailes. Les attaques contre le droit Ă  l’avortement aux Etats-Unis sont si intenses que la presse internationale en fait largement Ă©cho. En effet, le prĂ©sident amĂ©ricain se dĂ©clare « fermement en faveur de la vie, Ă  trois exceptions près, viol, inceste et protection de la mère ». Il fait entrer deux nouveaux magistrats au sein de la Cour suprĂŞme, Neil Gorsuch et Brett Kavanaugh, pour rendre les juges pro-choix minoritaires (quatre juges sur neuf). La rĂ©action ne se fait pas attendre. Le Texas interdit dĂ©finitivement le remboursement des IVG par les assurances maladie. Le Mississippi, le Nebraska et le Missouri voient leurs cliniques fermer les unes après les autres, faute de financements, si bien que 95% de leurs comtĂ©s ne possèdent plus de cliniques pouvant pratiquer des avortements.

De nouveaux projets sont actuellement dĂ©battus. L’Arkansas tente de bloquer l’accès Ă  l’IVG après 18 semaines de grossesse. La surenchère continue progressivement. L’Ohio et la GĂ©orgie, après 6 semaines de grossesse, sous peine de prison, voire de peine de mort en GĂ©orgie pour les femmes dĂ©sirant avorter. Le Gouverneur d’Alabama va jusqu’Ă  signer un texte interdisant l’avortement sans limite de semaines de grossesse, assorti d’une peine de prison de 99 ans pour les mĂ©decins qui le pratiqueraient.

GalvanisĂ©e par les discours Ă©lectoralistes de Trump et une opportunitĂ© politique exceptionnelle, la droite religieuse, notamment Ă©vangĂ©lique, s’organise. Elle se rend de plus en plus visible dans les manifestations de rue, et se sent Ă  raison de mieux en mieux Ă©coutĂ©e et reprĂ©sentĂ©e au niveau politique et judiciaire.
En face, les militants pro-choix historiques tentent de rĂ©sister au niveau judiciaire. Le Planning Familial (Planned Parenthood) et l’ACLU (American Civil Liberties Union) posent des recours en vertu du respect de l’arrĂŞt Roe v. Rade. L’objectif pour ces deux associations promouvant les libertĂ©s individuelles est de suspendre ces arrĂŞts le temps que leur constitutionnalitĂ© soit examinĂ©e. Au cours de dĂ©bats acharnĂ©s,cela permet essentiellement de suspendre ces nouvelles lois avant de nouveaux examens de leur mise en application au niveau fĂ©dĂ©ral. Toutes les nouvelles lois anti-IVG ne pourront pas ĂŞtre appliquĂ©es de part leur extrĂ©misme, mais de nombreuses petites restrictions passent Ă  travers les mailles du filet.

Les militants pro-vie savent que si la Cour SuprĂŞme annule la plupart des lois (la dĂ©cision sera prise fin 2019 ou dĂ©but 2020 en Alabama), le flou volontairement entretenu est total pour les amĂ©ricaines vivant dans ces Ă©tats quant aux possibilitĂ©s actuelles et futures d’avorter. La rĂ©sistance judiciaire monopolise les activitĂ©s et Ă©puise les membres du Planning Familial et l’ACLU, tant les nouvelles lois anti-IVG sont multiples (en nombre d’Ă©tats concernĂ©s) et variĂ©es (en diversitĂ© de particularismes anti-IVG rĂ©clamĂ©s).

La bataille mĂ©diatique des militantes fĂ©ministes pro-choix, elle, se fait globalement attendre. L’actrice Alyssa Milano s’est positionnĂ©e ouvertement pour le droit Ă  l’IVG au nom des droits des femmes. Des sociĂ©tĂ©s de production d’Hollywood tentent de faire pression sur la GĂ©orgie, en menaçant de ne plus tourner dans ses nombreux studios. Mais au niveau des associations fĂ©ministes, on est loin du coup d’Ă©clat. La mĂ©diatique Women’s March initiĂ©e en 2017 suite Ă  la prise de pouvoir par Donald Trump, soutenue Ă  ses dĂ©buts par plus de 200 associations fĂ©ministes partenaires, dĂ©fraye la chronique depuis plus d’un an… mais Ă  cause de l’antisĂ©mitisme et de l’extrĂ©misme religieux de plusieurs de ses membres fondateurs.

L’Ă©pisode semblait clos avec la dĂ©cision de dissolution du bureau de la Women’s March fin 2018. En effet, Linda Sarsour, Tamika Mallory et Bob Bland, trois des quatre fondatrices, sont dĂ©barquĂ©es en 2019 suite Ă  leurs liens Ă©vidents avec Nation of Islam, l’organisation complotiste et antisĂ©mite du gourou Louis Farrakhan. Outre la promotion du hijab comme outil de rĂ©sistance, Linda Sarsour faisait Ă©galement la promotion de la charia sur son compte Twitter. La dĂ©cision de faire appel Ă  un nouveau bureau a un temps rassurĂ© les manifestantes vigilantes contre les revendications religieuses et l’antisĂ©mitisme. Mais deux Ă©vĂ©nements vont de nouveaux discrĂ©diter l’organisation. Fin 2018, la Women’s March de Californie, une des plus suivies, est annulĂ©e par les organisateurs car elle serait « ‘overwhelmingly white », trop blanche, et ne « reprĂ©senterait pas assez la diversitĂ© du coin ». Ou comment priver les femmes d’une manifestation fĂ©ministe, oĂą le thème du droit Ă  l’IVG pourrait ĂŞtre dĂ©fendu, en usant de pseudos statistiques ethniques, Ă  la fois essentialisantes et injustes, rĂ©alisĂ©es a priori avec des mĂ©thodes et une idĂ©ologie douteuses. Autre Ă©pisode rĂ©vĂ©lateur d’un mal profond : Ă  l’Ă©tĂ© 2019, l’activiste Zahra Billoo, membre de l’association pro- Frères musulmans CAIR California, est recrutĂ©e. Plusieurs de ses anciennes dĂ©clarations refont surface, notamment lorsqu’elle dĂ©clare que l' »état d’apartheid en IsraĂ«l tue des enfants comme un loisir » (“apartheid Israel kills children as a hobby”) et qu’elle ne voit pas de diffĂ©rence entre les jeunes amĂ©ricains qui partent rejoindre l’EI ou les forces de dĂ©fense israĂ«liennes… les deux sont meurtrières, des entitĂ©s terroristes commettant des crimes de guerre, (no “difference between American youth leaving the country to join isis or idf . . . both are murderous, war crime committing terrorist entity.”). Sous la pression, elle se voit dans l’obligation de quitter l’organisation.

Alors que la Women’s March se prĂ©sentait comme un mouvement fĂ©ministe rassembleur auquel de nombreuses femmes et associations fĂ©ministes se sont spontanĂ©ment ralliĂ©es (en tĂ©moigne le succès de sa première Ă©dition : des centaines de milliers de manifestantes dans tout le pays et Ă  l’Ă©tranger), le projet a pris l’eau sous les revendications religieuses et communautaires. Les scandales Ă  rĂ©pĂ©tition de la Women’s March, tel un feuilleton, choquent l’opinion publique amĂ©ricaine et internationale et font la une. Les droits LGBT ou reproductifs pourront attendre. Un vĂ©ritable gâchis, qui a dĂ©mobilisĂ© de la scène militante des milliers de partisans.

Les rapports de force entre militants pro-vie et militants pro-choix sont de plus en plus intenses. L’ACLU et le Planning Familial tentent de faire barrage au maximum au niveau judiciaire, pour limiter le passage d’accommodements trop restrictifs. L’opinion publique est de plus en plus influencĂ©e par l’idĂ©ologie pro-vie, entre tentation religieuse Ă©vangĂ©lique, tentation nataliste, dĂ©mobilisation des manifestantes pro-choix et dĂ©goĂ»t des associations « fĂ©ministes » polĂ©miques. Tant que le fĂ©minisme sera incarnĂ© par des reprĂ©sentantes communautaires, dĂ©sirant diviser puis compter les femmes en fonction de critères de couleur, et faisant preuve de complaisance avec l’antisĂ©mitisme et l’islamisme,.. Trump, l’alt-right et les anti-choix se frotteront les mains.

(crédit photo :  ANDREW CABALLERO-REYNOLDS AFP ILLUSTRATION)

Trump Ă  la marche pour la vie

Le 18 janvier 2019 a eu lieu Ă  Washington la 45ème « Marche Pour le Vie », Ă©vĂ©nement de premier plan pour les militants anti-IVG. Les manifestants ont eu la surprise de voir apparaĂ®tre dans le cortège puis Ă  la tribune le vice-prĂ©sident amĂ©ricain, Mike Pence. Ce dernier s’est rĂ©joui devant la foule de la dĂ©cision de Donald Trump de nommer des nouveaux juges conservateurs dans de puissantes cours d’appel amĂ©ricaine. Il a Ă©galement rappelĂ© que le financement par le gouvernement amĂ©ricain de toute association Ă©trangère liĂ©e au droit Ă  l’avortement est dĂ©sormais interdit, avant de conclure en citant un passage de l’Ancien Testament : « Avant de te former dans le ventre de ta mère, je te connaissais, et avant que tu naisses, je t’avais consacrĂ©, je t’avais dĂ©signĂ© prophète pour les nations ».

Le prĂ©sident Trump a quant Ă  lui prononcĂ© un discours diffusĂ© en vidĂ©o lors de la manifestation qu’il dĂ©crit comme « un mouvement fondĂ© sur l’amour et fondĂ© sur la noblesse et la dignitĂ© de toute vie humaine ». Le reste de son discours est tout aussi Ă©logieux : « Quand nous regardons dans les yeux d’un nouveau-nĂ©, nous y voyons la beautĂ©, l’âme humaine et la majestĂ© de la crĂ©ation de Dieu.Nous savons que chaque vie a un sens et que chaque vie vaut la peine d’être protĂ©gĂ©e », « En tant que prĂ©sident, je dĂ©fendrai toujours le premier droit de notre DĂ©claration d’indĂ©pendance — le droit Ă  la vie », « Nous avons pris des mesures audacieuses pour protĂ©ger les libertĂ©s religieuses des mĂ©decins, des infirmières et des organismes de bienfaisance (…) Nous avons fait une nouvelle proposition visant Ă  empĂŞcher que l’argent des contribuables s’en aille financer toutes les cliniques qui effectuent des avortements », « Nous appuyons le choix affectueux de l’adoption et du placement en famille d’accueil, y compris par le soutien de services d’adoption confessionnels », J’appuie les efforts du SĂ©nat amĂ©ricain pour rendre permanent l’amendement Hyde, qui interdit le financement de l’avortement par les contribuables dans les projets de loi de dĂ©penses (…) Aujourd’hui, j’ai signĂ© une lettre que j’ai adressĂ©e au Congrès, lui signifiant clairement que s’il m’envoyait une loi qui amoindrissait la protection de la vie humaine, je lui opposerai le veto », « Chaque enfant est un don sacrĂ© de Dieu. Comme l’indique le thème de la « Marche pour la vie » de cette annĂ©e, chaque personne est unique dès le premier jour.C’est une phrase très importante. Unique dès le premier jour. Et si vrai », « Je tiens Ă  remercier les AmĂ©ricains qui ont traversĂ© le pays pour marcher pour la vie, et je tiens particulièrement Ă  remercier tant de jeunes gens qui nous donnent espoir en l’avenir. Ensemble, nous travaillerons pour sauver la vie des enfants Ă  naĂ®tre, afin qu’ils aient la chance de vivre et d’aimer, de s’épanouir et de rĂŞver, de bĂ©nir notre nation et de rĂ©aliser leur plein et glorieux potentiel. Je vous remercie. Que Dieu vous bĂ©nisse, vous et vos familles, et que Dieu bĂ©nisse les États-Unis. ».

Dialogue « inter-religieux » sur la bioéthique à Décines

Jeudi 3 mai 2018 aura lieu à Décines (Rhône) une conférence autour de la bioéthique, rassemblant divers représentants religieux sur le thème « les différentes traditions religieuses peuvent-elles éclairer les questions soulevées par les états généraux de la bioéthique ? ».

Cette confĂ©rence est-elle dans l’esprit de ce que souhaite Emmanuel Macron lorsqu’il appelle les religions Ă  s' »engager dans le dĂ©bat public », ici Ă  propos de la PMA, de l’IVG (« dĂ©but de vie ») et de la « fin de vie » ?

Parmi les intervenants annoncés, on retrouve :

– le cardinal Philippe Barbarin, farouche opposant Ă  l’avortement et au mariage pour tous. AccusĂ© de non-dĂ©nonciation d’agression sexuelle sur mineurs dans l’affaire Preynat, son procès se tiendra du 7 au 9 janvier 2019.

– Mohamed Minta, imam de la mosquĂ©e de DĂ©cines et professeur au lycĂ©e musulman al-Kindi de DĂ©cines, lycĂ©e mis en place et chapeautĂ© par Nazir Hakim, vice-prĂ©sident de l’UOIF, en 2006. Mohamed Minta participe rĂ©gulièrement Ă  des confĂ©rences organisĂ©es par des organisations issues des Frères musulmans, comme la Rencontre Annuelle des Musulmans de France (RAMF) de l’UOIF ou la Rencontre Annuelle des Musulmans du Havre (RAMH),  organisĂ©e par Havre de Savoir. Ses ouvrages sont Ă©ditĂ©s aux Ă©ditions Tawhid, dirigĂ©es par Yamin Makri, qui mène actuellement la fronde pour la libĂ©ration de Tariq Ramadan.

– Azzedine Gaci, membre du bureau de l’UOIF chargĂ© du dialogue inter-religieux. A cet Ă©gard, il organise le « forum islamo-chrĂ©tien » avec le Cardinal Barbarin. En 2013, il appelle Ă  manifester contre le mariage pour tous avec La Manif Pour Tous.

– Daniel Bornstein, pĂ©diatre Ă  Villeurbanne.

– Nissim Sultan, rabbin Ă  Grenoble et membre de la commission bioĂ©thique du Consistoire de Paris.

– Isabelle Cathignol, mĂ©decin gĂ©riatre.

Parmi les partenaires de l’Ă©vènement, on retrouve Alliance Vita, association fondĂ©e en 1993 par Christine Boutin.

Le 26 janvier 2018, David Kimelfeld, prĂ©sident LREM de la mĂ©tropole de Lyon, dĂ©clare lors d’une visite au centre interculturel de DĂ©cines  qu’il « se dĂ©gage quelque chose d’indĂ©finissable » chez Mohamed Minta. Il affirme que son prĂ©dĂ©cesseur, GĂ©rard Collomb, « aurait aimĂ© ĂŞtre ici ». Ce dernier, avait apportĂ© son soutien en 2016 au Cardinal Barbarin, accusĂ© de non-dĂ©nonciation d’agressions sexuelles sur mineurs, en estimant qu’il Ă©tait victime d’un « faux procès ». Alors ministre de l’intĂ©rieur, il s’est Ă©galement rendu Ă  la messe des Echevins du Cardinal Barbarin en 2017, ce qui lui avait valu nombre critiques.

Se pose alors une question lĂ©gitime : sachant que les reprĂ©sentants religieux les plus intĂ©gristes sont malheureusement les mieux organisĂ©s politiquement, cette confĂ©rence est-elle dans l’esprit de ce que souhaite Emmanuel Macron lorsqu’il appelle les religions Ă  s' »engager dans le dĂ©bat public » ?

31882959_10212957624429334_1761131771853799424_n

31631960_10212957624829344_2481344199086047232_n

 

 

 

Civitas et la « Fête du Pays Réel »

Le 24 mars 2018 aura lieu Ă  Rungis la deuxième Ă©dition de la « FĂŞte du Pays RĂ©el » de l’association Civitas, devenue parti politique depuis 2016. L’expression « pays rĂ©el » a Ă©tĂ© popularisĂ©e par le monarchiste Charles Maurras, en opposition au « «pays lĂ©gal » honni, c’est Ă  dire le gouvernement occupĂ© par « quatre États confĂ©dĂ©rĂ©s »: « juifs, protestants, maçons et mĂ©tèques ».

Sont annoncés à la Fête du Pays Réel :

  • l’abbĂ© Xavier Beauvais, ancien curĂ© de la paroisse intĂ©griste Saint Nicolas du Chardonnet, qui officie dĂ©sormais Ă  la FraternitĂ© Sacerdotale Saint Pie X (FSSPX) de Marseille. En 2013, lors d’une manifestation de Civitas contre la « christianophobie », il avait lancĂ© « Y’a bon Banania, Y’a pas bon Taubira » en rĂ©fĂ©rence Ă  la loi Taubira sur le mariage pour tous.
  • Pierre Hillard, Ă©crivain sur le « mondialisme » ainsi que sur le thème conspirationniste du « nouvel ordre mondial », il est Ă©ditĂ© chez Kontre Kulture, maison d’Ă©dition d’Alain Soral.
  • Marion Sigaut, ancienne militante d’extrĂŞme-gauche, dĂ©sormais figure de la complosphère française et membre d’EgalitĂ© & RĂ©conciliation. Ses ouvrages sur le monarchisme et contre les droits sexuels sont Ă©galement Ă©ditĂ©s chez Kontre Kulture.
  • ValĂ©rie Bugault, ancienne avocate qui se prĂ©sente comme « analyste de gĂ©opolitique Ă©conomique »
  • Olivier Wyssa, ancien conseiller rĂ©gional FN et secrĂ©taire dĂ©partemental FN de l’Ain. DĂ©missionnĂ© par son parti, il a par la suite soutenu Carl Lang.
  • Carl Lang, ancien directeur du Front National de la Jeunesse, conseiller rĂ©gional FN et animateur de la campagne 2002 de Jean-Marie Le Pen. Opposant Ă  Marine Le Pen, il créé en 2009 le Parti de la France avec l’aile dure des anciens du FN tels que Bernard Anthony, Jean-Claude Martinez ou Roger Holeindre.
  • Alain Escada, PrĂ©sident de Civitas depuis 2012.

Lors de sa première Ă©dition l’an dernier, Jean-Marie Le Pen avait fait le dĂ©placement pour intervenir sur le thème « Immigration, submersion, destruction d’une civilisation ».

Depuis l’adoption de la loi Taubira pour l’ouverture du mariage aux couples de mĂŞme sexe, l’activitĂ© de Civitas semble ĂŞtre assez mince. Le 2 dĂ©cembre 2017, Civitas tente un coup de force dans l’Ă©glise Saint IrĂ©nĂ©e de Lyon oĂą se dĂ©roulait une cĂ©rĂ©monie Ĺ“cumĂ©nique avec des protestants qualifiĂ©e de « rĂ©union sacrilège », mais la police intervient rapidement. Le plus gros coup d’Ă©clat rĂ©cent de Civitas reste certainement sa manifestation le 18 novembre 2012 sous le slogan de « La France a besoin d’enfants, pas d’homosexuels », oĂą des militantes FEMEN ainsi que l’essayiste Caroline Fourest avaient Ă©tĂ© rouĂ©es de coups.

Civitas avait tentĂ© de revenir dans le dĂ©bat public en se prĂ©sentant dans quatorze circonscriptions aux Ă©lections lĂ©gislatives 2017, avec des rĂ©sultats oscillants entre 0,2 et 1,1%. Étaient candidats pour le parti catholique intĂ©griste Marie d’Herbais de Thun, ex-compagne de FrĂ©dĂ©ric Chatilon, ainsi que Alexandre Gabriac, ancien leader des Jeunesses nationalistes, d’inspiration pĂ©tainiste, exclu du FN en 2011 après la rĂ©vĂ©lation publique d’une photo oĂą il effectuait un salut nazi. Civitas, se prĂ©sentant sous sa propre bannière, faisait partie d’un cartel nommĂ© l’Union des Patriotes regroupant les ComitĂ©s Jeanne, le PDF, le SIEL, la Ligue du Sud et l’Alliance Royale. Ce cartel a reçu le soutien officiel de Jean-Marie Le Pen. En novembre 2017, Alexandre Gabriac devient finalement secrĂ©taire national aux fĂ©dĂ©rations, chargĂ© de l’implantation de Civitas sur le territoire.

Pays-Reel-2018-affiche-definitive

RĂ©union de la droite catholique Ă  l’AssemblĂ©e Nationale

Le 17 janvier 2018 se tiendra Ă  l’AssemblĂ©e Nationale la « 3ème Ă©dition de la journĂ©e pour la vie ». Cette confĂ©rence est organisĂ©e par Marie-France Lohro, devenue dĂ©putĂ©e Ligue du Sud suite Ă  la dĂ©mission de Jacques Bompard dont elle Ă©tait la supplĂ©ante. En effet, ce dernier ne pouvait pas cumuler le mandat de maire d’Orange et de dĂ©putĂ© du Vaucluse.

Sont annoncés :

– l’AbbĂ© de Tanouarn, de l’Institut du Bon Pasteur, tous deux issus de la traditionaliste et radicale FraternitĂ© Sacerdotale Saint Pie X (FSSPX).

– Philippe Maxence, rĂ©dacteur en chef de l’Homme Nouveau, revue catholique fidèle au Vatican.

– Laurent Dandrieu et Charlotte d’Ornellas, respectivement rĂ©dacteur en chef et journaliste de Valeurs Actuelles.

– CĂ©cile Edel, prĂ©sidente de l’association anti-avortement Choisir La Vie, qui co-organise chaque annĂ©e la Marche Pour La Vie.

– Claire de Gatelier, prĂ©sidente de Famille et LibertĂ©s, association catholique de droite dure ayant notamment soutenu Christian Vanneste après ses multiples propos homophobes.

– Stanislas de Larminat, promoteur de « l’Ă©cologie chrĂ©tienne », qui remet en cause l’activitĂ© humaine dans le rĂ©chauffement climatique.

– La Fondation Lejeune, très active contre l’avortement et l’euthanasie.

– JoĂ«l Hautebert, professeur Ă  l’UniversitĂ© d’Angers et militant anti-avortement et anti-mariage pour tous.

– Charles de Meyer, prĂ©sident de SOS ChrĂ©tiens d’Orient (association rĂ©putĂ©e pro- Bachar al Assad), ancien assistant parlementaire de Jacques Bompard et membre du Printemps Français.

– Jean-Marie Le MĂ©nĂ©, prĂ©sident de la Fondation Lejeune.

– Guillaume Bernard, professeur Ă  l’Institut catholique de VendĂ©e.

– Gabrielle Cluzel, rĂ©dacteur en chef de Boulevard Voltaire, site d’extrĂŞme-droite plusieurs fois Ă©pinglĂ© pour avoir diffusĂ© des hoax, et invitĂ© des personnalitĂ©s ayant tenu des propos complotistes. Ainsi que Marc Eynaud, journaliste sur le mĂŞme site internet.

– Jean-FrĂ©dĂ©ric Poisson, ancien dĂ©putĂ© du Parti ChrĂ©tien DĂ©mocrate de Christine Boutin, militant pour l’inscription « des racines chrĂ©tiennes de la France dans la Constitution ». En 2015, il se rend Ă  Damas pour rencontrer Bachar al-Assad.

– Marie-Pauline Deswartes, auteure et militante pour un retour aux « principes organiques du droit naturel transmis par la Grèce et Rome, puis approfondis et dĂ©fendus par l’Église catholique ». Elle intervient Ă©galement sur des sites complotistes comme medias-presse.info

– Guillaume de Thieulloy, rĂ©dacteur en chef de Riposte Catholique, site de « rĂ©information catholique ». De tendance traditionaliste, ce site d’information avait créé la polĂ©mique après les attentats du 13 novembre 2015. On pouvait y lire une tribune intitulĂ©e « Les Aigles (dĂ©plumĂ©s) de la mort aiment le diable ! » à propos des victimes du Bataclan : « ces pauvres enfants de la gĂ©nĂ©ration bobo, en transe extatique, « jeunes, festifs, ouverts, cosmopolites… », sont devenus « des morts-vivants ». « Leurs assassins, ces zombis-haschishin, sont leurs frères siamois. », «  »Vous invoquez le diable en rigolant ? Lui vous prend au sĂ©rieux », ainsi qu’une comparaison du nombre de victimes avec le nombre d’avortements en France.

– Guillaume de Premare, ancien prĂ©sident de la Manif pour Tous, et dĂ©lĂ©guĂ© gĂ©nĂ©ral de l’Ichtus

– Philippe Mesnard, rĂ©dacteur en chef de l’Action Française 2000, journal du mouvement royaliste maurassien Action Française.

 

E1249EC6-E513-4CF8-8C57-64992855DA91

Alain Finkielkraut et le « poisson noyĂ© de l’Islam »

Dans une interview au Figaro Vox du 20/11/17, le philosophe Alain Finkielkraut affirme :

« L’un des objectifs de la campagne #balancetonporc était de noyer le poisson de l’islam : oubliée Cologne, oubliée la Chapelle-Pajol, oubliés les cafés interdits aux femmes à Sevran ou Rillieux-la-Pape, on traquait le sexisme là où il était une survivance honnie et l’on couvrait du voile pudique de la lutte contre les discriminations les lieux où il façonnait encore les mœurs. »

Alain Finkielkraut semble oublier volontairement tout le dĂ©but du mouvement international de l’automne 2017 contre le harcèlement sexuel ainsi que la chronologie du hashtag #balancetonporc.

En effet, l’affaire Weinstein a dĂ©butĂ© aux Etats-Unis, bien loin de Cologne, de la Chapelle-Pajol ou de Sevran, après la parution dans le New York Times et dans le New Yorker dĂ©but octobre de deux enquĂŞtes explosives avec des tĂ©moignages d’agressions sexuelles et de viols contre le producteur amĂ©ricain Harvey Weinstein. Le hashtag #metoo a ensuite Ă©tĂ© initiĂ© aux Etats-Unis, et le hashtag #balancetonporc en France par la journaliste Sandra Muller, inspirĂ©e par le titre du Parisien « A Cannes on l’appelait le porc ».

Il s’agissait d’ouvrir une brèche dans l’omerta sexiste du milieu du cinĂ©ma : jour après jour, des femmes osent elles aussi dĂ©noncer ce que Harvey Weinstein leur a fait subir. Les plaintes s’accumulent. La brèche s’agrandit rapidement jusqu’Ă  s’Ă©largir Ă  d’autres stars du cinĂ©ma telles que Kevin Spacey, Casey Aflleck, Dustin Hoffman, Jeremy Piven, James Toback… Il est Ă©tonnant de ne pas se rĂ©jouir de ce silence brisĂ© et de ce « coup de balai » dans le milieu du cinĂ©ma.

L’affaire Weinstein a donc dĂ©butĂ© dans un contexte amĂ©ricain, avant de s’internationaliser au niveau cinĂ©matographique mondial, puis au niveau national (avec pĂŞle-mĂŞle, des accusations contre des sportifs, des journalistes, des producteurs, des prĂ©dicateurs…). Le hashtag #balancetonporc ne s’est donc pas dĂ©veloppĂ© pour masquer des comportements sexistes de « l’Islam » en France. Et la gravitĂ© des faits dĂ©noncĂ©s, leur multiplication, devrait suffire pour justifier l’existence du hashtag sans imaginer de « complot » pour « noyer le poisson de l’Islam ».

Et que penser de l’affaire Tariq Ramadan, qui a Ă©tĂ© certainement l’affaire d’agressions sexuelles la plus mĂ©diatisĂ©e en France ? Henda Ayari a utilisĂ© le hashtag #balancetonporc pour raconter sur les rĂ©seaux sociaux le cauchemar qu’elle a vĂ©cu avec le prĂ©dicateur islamiste. Elle a eu le courage de porter plainte pour viol, agression sexuelle, violence, harcèlement et intimidations. Selon Alain Finkielkraut, Henda Ayari et les autres proies de Tariq Ramadan auraient voulu s’en prendre Ă  l’un des prĂ©dicateurs islamistes les plus cĂ©lèbres en France, pour « noyer le poisson de l’Islam » ? Le raisonnement ne tient pas.

La conclusion d’Alain Finkielkraut est dangereuse, tant dans les stĂ©rĂ©otypes qu’elle induit, que dans la lutte contre le sexisme.

Faire de l’Islam la pierre angulaire du sexisme en France est faux. 20% des femmes ont souffert de harcèlement sexuel au travail, et plus de 75% des viols sont commis par l’entourage direct de la victime (famille ou proches). Parler de « survivance honnie » dans les milieux du cinĂ©ma, du travail, de l’entourage, c’est aller trop vite en besogne tant les cas d’agressions sont frĂ©quents. RĂ©jouissons-nous que les victimes osent enfin parler et que la honte commence Ă  changer un petit peu de camp, mais ne crions pas une victoire qui est encore loin d’en ĂŞtre une.

La meilleure façon de lutter efficacement contre le sexisme est de voir, de dire ce que l’on voit, de dĂ©noncer et d’analyser chacune de ses dĂ©monstrations. Lorsque le sujet d’actualitĂ© porte sur les 1000 Ă  1500 femmes agressĂ©es Ă  Cologne, il est contre-productif de vouloir faire taire les victimes lorsqu’elles dĂ©crivent le portrait jeune, alcoolisĂ©, organisĂ© et nord-africain de leur centaine d’agresseurs, au motif que le sexisme serait plus prĂ©sent dans le milieu familial et professionnel. Il est chez Alain Finkielkraut tout aussi contre-productif et stĂ©rile de vouloir passer sous silence les agressions dĂ©noncĂ©es par #balancetonporc au motif que des comportements sexistes liĂ©s Ă  l’Islam « façonn[er]aient les moeurs ».

Les faits ne sont ni « islamophobes », ni « islamophiles ». Toutes les femmes victimes mĂ©ritent d’ĂŞtre Ă©coutĂ©es et dĂ©fendues, tous les milieux sexistes doivent ĂŞtre dĂ©noncĂ©s sans ĂŞtre mis en concurrence dans des propos quasi-complotistes.

Catherine Hervé

Les lesbiennes possèdent toujours une puissance politique !

La deuxième vague fĂ©ministe de la fin des annĂ©es 60 – dĂ©but des annĂ©es 70 aura permis l’Ă©closion d’une prise de conscience de la nature d’une relation femme-femme avec toutes ses consĂ©quences, puis d’un courant politique autour du lesbianisme politique. Il ne s’agit pas ici de traiter du lesbianisme politique, qui a reprĂ©sentĂ© et reprĂ©sente toujours un projet de vie radicalement anti-sexiste pour certaines fĂ©ministes radicales, mais plutĂ´t de rappeler en quoi le fait d’ĂŞtre lesbienne peut apporter une puissante grille de lecture politique.

La première vague fĂ©ministe a permis de gagner une grande bataille juridique et citoyenne : l’accès des femmes au droit de vote. La deuxième vague conserve des revendications juridiques, avec comme cheval de bataille le droit Ă  l’IVG, mais elle s’inscrit plus largement dans un mouvement social et culturel dans le sillon de mai 68. Outre l’IVG, sont aussi dĂ©battus les thèmes de la sexualitĂ©, de la famille, ou du travail.

Par exemple, très vite, les lesbiennes se sont investies dans la lutte pour le droit Ă  l’IVG, alors que l’avortement ne les concernait a priori pas directement. Au delĂ  de l’acte libĂ©rateur d’une grossesse non dĂ©sirĂ©e, pouvoir avorter, c’est aussi :

  • maĂ®triser son propre corps, sans se soumettre Ă  des lois considĂ©rĂ©es comme « naturelles » ou « divines »
  • rééquilibrer le rapport homme-femme, pour lutter contre la fatalitĂ© de la grossesse pour la femme
  • remettre en question le modèle traditionnel de couple hĂ©tĂ©rosexuel avec un ou plusieurs enfants
  • dissocier la femme et la mère, pour que la femme ne soit pas reconnue dans la sociĂ©tĂ© pour son rĂ´le de maternitĂ© mais comme une individue, une citoyenne libre de ses choix et de son orientation sexuelle
  • ouvrir une brèche pour Ă©voquer la sexualitĂ© fĂ©minine, le dĂ©sir et la notion de plaisir, de façon dissociĂ©e de la procrĂ©ation

Toutes ces composantes induites dans l’accès Ă  l’IVG expliquent par exemple le fort engagement des lesbiennes fĂ©ministes aux cĂ´tĂ©s des autres fĂ©ministes. Il en va de mĂŞme pour les thĂ©matiques liĂ©es Ă  la sexualitĂ©, Ă  la famille ou au travail : la remise en cause de leur organisation Ă  la fois très traditionnelle, patriarcale, et donc hĂ©tĂ©ro-centrĂ©e, a Ă©tĂ© menĂ©e avec les mouvements lesbiens, avec des intĂ©rĂŞts directs et indirects.

Une lesbienne n’est pas forcĂ©ment lesbienne par fĂ©minisme, en estimant comme les lesbiennes politiques que le lesbianisme correspond Ă  la meilleure pratique du fĂ©minisme. C’est d’ailleurs rarement le cas, en dehors des cercles les plus militants. Mais une lesbienne s’inscrit de fait dans une situation qui interroge la domination masculine et qui lui procure une grille de lecture qui complète la grille de lecture « fĂ©ministe hĂ©tĂ©rosexuelle ». Monique Wittig considĂ©rait que la lesbienne « n’est pas une femme, ni Ă©conomiquement, ni politiquement, ni idĂ©ologiquement », ce qui induit aussi qu’ĂŞtre lesbienne apporte des rĂ©flexions conjointes et des rĂ©flexions complĂ©mentaires pour lutter contre le sexisme.

Depuis les annĂ©es 90 et la rĂ©union du militantisme lesbien, gay, bi et trans sous l’appellation globale LGBT, les lesbiennes ont progressivement dĂ©laissĂ© leur grille de lecture lesbienne et fĂ©ministe pour des revendications, très respectables, mais plus globales (PACS et mariage pour tous notamment). Aujourd’hui, cet historique des combats politiques lesbiens menĂ©s prĂ©cĂ©demment est relativement mal connu, et donc peu prolongĂ© en tant que tel.

Certaines lesbiennes ont tout de mĂŞme continuĂ© ce qui avait Ă©tĂ© entrepris dans les annĂ©es 70 concernant la connaissance du sexe fĂ©minin, de la sexualitĂ© et de la recherche du plaisir. Des ateliers autour du clitoris ont Ă©tĂ© ponctuellement organisĂ©s, avant que de grandes associations fĂ©ministes comme Osez Le FĂ©minisme ! ne lance une campagne comme Osez Le Clito !, ou que des universitaires, presque toutes femmes, ne s’intĂ©ressent rĂ©ellement Ă  son anatomie. Il faudra attendre 2009 pour que la gynĂ©cologue Odile Buisson explore le clitoris et son innervation, remettant ainsi en cause la thĂ©orie d’orgasme « clitoridien » et d’orgasme « vaginal », les deux Ă©tant un seul orgasme, touchant ou directement l’innervation proximale du clitoris, ou celui de ses bras profonds proches du vagin. Mais il reste tant Ă  faire, autant sur la connaissance du clitoris, sur sa vulgarisation dans les Ă©coles, que dans la lutte contre l’image phallocentrique de la sexualitĂ© et contre l’excision.

D’autres lesbiennes ont marquĂ© la pĂ©riode post-68 en dĂ©montrant qu’ĂŞtre lesbienne peut permettre de sortir des stĂ©rĂ©otypes de genre et de nous libĂ©rer de certains comportements sociĂ©taux genrĂ©s. C’est par exemple ce que dĂ©crit Virginie Despentes lorsqu’elle dĂ©clare dans une interview au Monde en juillet 2017 : « On m’a retirĂ© 40 kilos d’un coup. Avant, on pouvait tout le temps me signaler comme une meuf qui n’était pas assez ci, ou qui Ă©tait trop comme ça. En un Ă©clair le poids s’est envolĂ©. Ça ne me concerne plus ! LibĂ©rĂ©e de la sĂ©duction hĂ©tĂ©rosexuelle et de ses diktats ! D’ailleurs je ne peux mĂŞme plus lire un magazine fĂ©minin. Plus rien ne me concerne ! Ni la pipe, ni la mode ». Ses propos ont beaucoup surpris et fait rĂ©agir, jusque dans les milieux lesbiens, ayant oubliĂ© cette composante de leur identitĂ©.

La mouvance « queer » a su rĂ©cupĂ©rĂ© cet aspect, en thĂ©orisant un effacement des frontières de genre, alors que dans le lesbianisme, il est rĂ©volutionnaire en soi qu’une femme revendique Ă  la fois le fait de s’habiller de façon « stĂ©rĂ©otypĂ©e masculine » et le fait d’appartenir ouvertement et fièrement au sexe fĂ©minin. Malheureusement pour le lesbianisme, il a beaucoup moins le vent en poupe que les thĂ©ories queer dans les milieux associatifs et universitaires.

Un aspect a marquĂ© mai-68 et les fĂ©ministes libertaires des annĂ©es 60-70 : la volontĂ© de se libĂ©rer de toute emprise religieuse et tutĂ©laire, avec notamment le slogan « Ni Dieu Ni MaĂ®tre ». La lutte pour le droit Ă  l’IVG s’Ă©tait bâtie en opposition aux conservatisme catholique. NĂ©anmoins, nous n’observons plus, en France, de mouvement lesbien ouvertement blasphĂ©mateur ou dĂ©livrant un discours critique envers les religions. Et ce, alors mĂŞme que l’Eglise catholique se bat jusque dans les sommets de l’ONU contre les droits reproductifs ou le mariage pour tous, et que des islamistes prescrivent un certain type d’habillement ultra-genrĂ©e pour les femmes, comme le voile pour garantir la « pudeur » des musulmanes.

L’histoire et l’hĂ©ritage des lesbiennes dans le fĂ©minisme est aujourd’hui mal connu. Il reste pourtant de nombreux axes oĂą sa voix manque au delĂ  des thĂ©matiques purement LGBT. Le droit Ă  l’IVG est quotidiennement remis en question en Europe quant il n’est pas niĂ© comme Ă  Malte ou dans d’autres continents. La sexualitĂ© lesbienne est toujours mal connue et mal Ă©tudiĂ©e comparativement Ă  la sexualitĂ© hĂ©tĂ©rosexuelle. La culture populaire a certes pris en compte des personnages lesbiens, comme dans les films, mais peine souvent Ă  prĂ©senter de lesbienne qui sorte de l’image « sexy » ou potentiellement attirĂ©e par les hommes. Dans les milieux militants, les revendications rĂ©volutionnaires d’ĂŞtre une femme Ă  l’aspect et comportement « stĂ©rĂ©otypĂ© masculin » se retrouvent englouties par les thĂ©ories queer et l’affranchissement du genre. Les religions continuent leur offensive contre le libre choix avec une vision identitaire et stĂ©rĂ©otypĂ©e des femmes. Il reste encore tant Ă  faire !

 

Catherine Hervé