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Grottes Russell

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Photographie en noir et blanc d'un homme se tenant devant l'entrée d'une grotte, un bùton ferré à la main.
Henry Russell devant l'entrée d'une des grottes Bellevue.

Les grottes Russell sont un ensemble de sept grottes que le comte Henry Russell, pyrénéiste de renom, fait creuser dans le massif du Vignemale, dans le département français des Hautes-Pyrénées, pour servir d'abri et de lieu de villégiature.

Explorant la chaßne des Pyrénées depuis 1858, le comte Russell passe de nombreuses nuits sur les sommets qu'il gravit, dans un certain inconfort. Au début des années 1880, il décide de se fixer sur une montagne et d'y aménager un abri naturel pour accomplir de longs séjours à haute altitude pendant l'été. Son choix se porte sur le Vignemale, point culminant des Pyrénées françaises. En 1881, il fait percer par un entrepreneur de GÚdre une premiÚre grotte à proximité du col de Cerbillona, la « villa Russell », à 3 205 mÚtres d'altitude. Six autres grottes sont créées jusqu'en 1893, à des altitudes qui varient entre 2 400 et 3 280 mÚtres : la « grotte des Guides », la « grotte des Dames », les trois « grottes Bellevue » et la « grotte Paradis ».

Dans ses grottes, Henry Russell organise de somptueux repas et reçoit de nombreux invitĂ©s qui vantent tous la qualitĂ© de son accueil. À la fin du XIXe siĂšcle, elles deviennent le passage obligĂ© des pyrĂ©nĂ©istes qui frĂ©quentent la rĂ©gion, ces derniers laissant un tĂ©moignage dans le livre d'or dĂ©posĂ© au sommet de la pique Longue. Au dĂ©but du XXIe siĂšcle, le recul du glacier d'Ossoue rend inaccessibles certaines de ces grottes.

Henry Russell, les Pyrénées et le Vignemale

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Photographie montrant une vue d'ensemble d'un massif montagneux, avec un glacier au premier plan.
Le massif du Vignemale, avec la pique Longue au centre droit.

AprĂšs avoir gravi plusieurs sommets pyrĂ©nĂ©ens pendant l'Ă©tĂ© 1858[1], Henry Russell se consacre entiĂšrement Ă  l'exploration de la chaĂźne Ă  partir de 1861[2] et devient l'une des grandes figures du pyrĂ©nĂ©isme[3]. Cette mĂȘme annĂ©e, le , il gravit pour la premiĂšre fois le Vignemale, point culminant des PyrĂ©nĂ©es françaises, un sommet avec lequel il entretient dĂšs lors une relation particuliĂšre, effectuant par exemple, le , ce qui est considĂ©rĂ© comme la premiĂšre grande hivernale en Europe, avec les guides Hippolyte et Henri Passet[4].

Personnage romantique, rĂȘveur et contemplatif[5], il passe de nombreuses nuits sur les sommets, souvent inconfortables et parfois pĂ©rilleuses, mais qui peuvent lui rĂ©server des moments sublimes, comme le au sommet du Vignemale[6]. Enfoui Ă  l'intĂ©rieur de son sac en peau d'agneaux, dans un petit fossĂ© recouvert de pierres, Henry Russell ne s'endort que briĂšvement en raison de la tempĂ©rature nĂ©gative, mais il vit l'un des plus beaux moments de sa vie, Ă©bahi par le spectacle de la nuit Ă©toilĂ©e comme par celui du lever du soleil[7],[6]. Cette expĂ©rience fait naĂźtre chez lui l'envie de pratiquer de longs sĂ©jours Ă  haute altitude, considĂ©rant par ailleurs qu'en raison de son Ăąge, il lui devient difficile d'enchaĂźner les courses en montagne avec un minimum de sommeil et de nourriture. Il choisit alors de se fixer sur le Vignemale[7].

Les sept grottes

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La villa Russell (1881-1882)

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Photographie en noir et blanc montrant plusieurs hommes devant l'entrée d'une grotte.
Henry Russell, au premier plan, et Léonce Lourde-Rocheblave, assis, devant la « villa Russell » en 1884.

Pour Henry Russell, « il n'y a rien de plus laid, de plus hideux et de plus repoussant qu'une maison, au milieu des chaos éternels et sublimes des montagnes »[8]. S'il prÎne la vie à haute altitude, il n'accepte pas les constructions qui, selon lui, défigurent l'aspect sauvage de la montagne. Le creusement d'une grotte artificielle dans le roc lui apparaßt donc comme la seule possibilité. Sa volonté est d'aménager un abri chaud et sec, sans qu'il soit nécessaire d'y faire du feu[9].

À l'Ă©tĂ© 1881, Henry Russell contacte l'entrepreneur Étienne Theil, de GĂšdre, qui avait rĂ©alisĂ© pour lui l'amĂ©nagement d'un abri Ă  proximitĂ© du mont Perdu cinq ans plus tĂŽt[10]. Il prĂ©voit le percement d'une grotte Ă  3 205 mĂštres d'altitude sur les flancs du Cerbillona, prĂšs du col de Cerbillona, en haut du glacier d'Ossoue[11]. Le contrat signĂ©, Theil et ses ouvriers commencent les travaux en aoĂ»t, mais leur progression est lente en raison de la duretĂ© de la roche : aprĂšs quelques jours, seul un trou d'environ un mĂštre cube est creusĂ©. Les travaux sont interrompus au dĂ©but du mois de septembre, aprĂšs qu'une violente tempĂȘte de neige a mis Ă  sac le campement des ouvriers[11]. L'annĂ©e suivante, l'un des ouvriers, Justin Pontet, soumet l'idĂ©e d'installer une forge Ă  proximitĂ© du chantier, afin d'entretenir les outils qui s'Ă©moussent vite. Le , les travaux sont terminĂ©s et la grotte est livrĂ©e au comte Russell le lendemain. D'une capacitĂ© de 16 m3[11], fermĂ©e par un mur et par une porte en tĂŽle peinte au minium[12], la grotte mesure 3,1 mĂštres de longueur, 2,55 mĂštres de largeur et un peu plus de 2 mĂštres de hauteur. Le montant des travaux s'Ă©lĂšve Ă  2 000 francs, dont 100 francs d'Ă©trennes pour les ouvriers[11].

DÚs la réception de la grotte, qui reçoit le nom de « Villa Russell », son propriétaire décide d'y passer trois jours en compagnie d'un jeune montagnard anglais, Francis-Edward-Lister Swan, et de trois guides et porteurs, Henri Passet, Mathieu Haurine et Pierre Pujo[11]. Le , Jean Bazillac et Henri Brulle, qui achÚvent au Vignemale une excursion pyrénéenne débutée quelques semaines plus tÎt, se rendent à la Villa Russell, manquant de peu le comte et ses invités, repartis la veille[13]. L'année suivante, Henry Russell effectue plusieurs séjours dans sa grotte. La porte, probablement emportée par les intempéries de l'hiver, est finalement retrouvée et fixée de nouveau. Chaque soir, le comte gravit la Pique Longue pour admirer le coucher du soleil, dans un rituel immuable[14].

En 1884, Henry Russell poursuit l'amĂ©nagement de sa grotte. Il y fait installer le poĂȘle de 35 kg que lui a offert Henri Vergez-Bellou, patron de l'hĂŽtel des Voyageurs de Gavarnie. Pendant une dizaine de jours, au dĂ©but du mois d'aoĂ»t, plus de 80 invitĂ©s se succĂšdent et bĂ©nĂ©ficient de l'hospitalitĂ© du comte, lui apportant par ailleurs de nombreux cadeaux comme du thĂ©, du vin de Bordeaux, du MadĂšre ou du Porto. Le , la « villa Russell », transformĂ©e en chapelle pour l'Ă©vĂ©nement, est bĂ©nie par des prĂȘtres venus de Lourdes, HĂ©as et Saint-Savin, une consĂ©cration relatĂ©e par des quotidiens rĂ©gionaux[15].

La grotte des Guides (1885) et la grotte des Dames (1886)

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Photographie d'un homme coucher dans l'herbe, appuyé sur un rocher, enfoui dans un sac en peau d'animal.
Henry Russell dans son sac en peau d'agneau.

En 1885, la « villa Russell » ne suffisant pas Ă  hĂ©berger Ă  la fois ses amis et les guides et porteurs qui les accompagnent, Henry Russell entreprend de faire creuser par les mĂȘmes ouvriers une nouvelle grotte dite « grotte des Guides », Ă  proximitĂ© de la premiĂšre. Les travaux sont achevĂ©s le [16].

Russell augmente encore ses capacités d'hébergement l'année suivante avec la construction d'un troisiÚme abri, la « grotte des Dames », édifiée 4 mÚtres au-dessus des précédentes dont l'entrée est réguliÚrement obstruée par l'avancée du glacier d'Ossoue[16]. Il s'en montre trÚs satisfait : « ma chÚre petite grotte, celle des Dames, la plus aimable, la plus gracieuse et la plus chaude de toutes, la premiÚre à paraßtre à la fin de juillet, et la derniÚre à sombrer sous les neiges en octobre. Celle-là est mon plus grand succÚs : j'en suis trÚs fier. Jamais par aucun temps, je n'y ai vu tomber une goutte : et cette fois-ci, dans les rafales de neige et de grésil qui nous gelaient les doigts devant la porte, son atmosphÚre nous semblait orientale. Si je disais que je la trouvai presque trop chaude, par son contraste avec l'air extérieur, on ne me croirait pas : je me contenterai donc de le penser[17] ».

Henry Russell organise parfois des rĂ©ceptions fastueuses. Le , ses amis Roger de Monts et Jean Bazillac font acheminer une tente, des lits, des fauteuils, des livres, des lanternes, des oriflammes, des costumes d'Esquimaux et de nombreux vivres. La tente est dressĂ©e sur la neige, face Ă  la villa Russell, et reçoit le nom de « villa Miranda ». Pendant trois jours, les fĂȘtes s'y succĂšdent dans un luxe stupĂ©fiant Ă  une telle altitude[18],[19].

Peu avant sa mort, Russell confie les clés de ses grottes à un autre visiteur illustre, le poÚte Saint-John Perse[20].

Les grottes Bellevue et la concession du Vignemale (1889-1990)

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Carte topographique indiquant la zone couverte par la concession du Vignemale à l'intérieur d'une ligne rouge.
Zone couverte par la concession du Vignemale accordée au comte Henry Russell en 1889, d'aprÚs un plan établi par ses soins.

La montée du glacier d'Ossoue rend difficile l'accÚs aux grottes du Cerbillona. La villa Russell et la grotte des Guides étant réguliÚrement ensevelies sous la neige, Henry Russell décide d'en faire construire deux nouvelles à l'abri de la neige. Il choisit un emplacement en dessous du glacier, sur le sentier qui mÚne à la hourquette d'Ossoue, à 2 400 mÚtres d'altitude[21]. Offrant un superbe point de vue, elles prennent le nom de « grottes Bellevue » et deviennent la résidence d'été du comte à partir de 1889[21]. En 1890, une troisiÚme grotte, de taille plus modeste et sans porte, est aménagée pour entreposer les bagages et les vivres[22].

À la fin de l'annĂ©e 1888, Henry Russell Ă©met le souhait de devenir propriĂ©taire du Vignemale. Il sollicite auprĂšs de la commission syndicale de la vallĂ©e de BarĂšges une concession qui lui donnerait la propriĂ©tĂ© symbolique de toutes les neiges et tous les rochers situĂ©s au-dessus de 2 300 mĂštres d'altitude, pour un total de 200 hectares autour du massif. Le , il adresse Ă©galement un courrier au prĂ©fet des Hautes-PyrĂ©nĂ©es, Charles Colomb[23],[24]. Le comte Russell Ă©tablit lui-mĂȘme un plan de la zone concernĂ©e, Ă  l'intĂ©rieur d'une ligne qui part du sommet de la pique Longue jusqu'Ă  la hourquette d'Ossoue en passant par le Petit Vignemale, puis vers le sud-est en passant Ă  l'est des grottes Bellevue jusqu'Ă  la crĂȘte du Montferrat, rejoignant ensuite la Pique Longue en suivant la frontiĂšre[23]. RĂ©unie le , la commission syndicale, considĂ©rant que cette proposition peut ĂȘtre bĂ©nĂ©fique pour le dĂ©veloppement touristique de la rĂ©gion, dĂ©cide Ă  l'unanimitĂ© d'accepter l'offre du comte Russell. Avec l'aval du prĂ©fet, elle lui accorde la concession du massif pour une durĂ©e de 99 ans et contre le versement d'un franc symbolique chaque annĂ©e. Elle autorise par ailleurs le comte Ă  y faire tous les amĂ©nagements qu'il juge nĂ©cessaire, ainsi qu'Ă  Ă©tablir des sentiers ou des chemins pour en faciliter l'accĂšs. Le bail est accordĂ© officiellement le suivant[23].

La grotte Paradis (1892-1893)

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Portrait dessiné d'un homme portant des moustaches, un béret, un bùton à la main.
Le guide François Bernat-Salles.

MalgrĂ© la satisfaction d'ĂȘtre devenu propriĂ©taire du massif, Henry Russell regrette la faible altitude de ses derniĂšres grottes. Il nourrit alors l'idĂ©e d'un septiĂšme et dernier abri. Pendant l'Ă©tĂ© 1892, il entreprend la construction de la « grotte Paradis » Ă  3 280 mĂštres d'altitude, soit 18 mĂštres sous le sommet de la pique Longue. Du fait de la duretĂ© de la roche et des orages qui frappent rĂ©guliĂšrement le sommet, le chantier est extrĂȘmement difficile. En six semaines de travaux, les ouvriers ne peuvent extraire que 8 m3 de roches. Le chantier est repris Ă  l'Ă©tĂ© 1893 en employant cette fois de la dynamite. Henry Russell est d'ailleurs le premier particulier autorisĂ© en France Ă  utiliser ce type d'explosif rĂ©servĂ© aux mines et aux carriĂšres ou Ă  un usage militaire[25].

Plan montrant l'emplacement des grottes Russell, indiqué par des croix rouges sur fond blanc.
Localisation des grottes Russell dans le massif du Vignemale.

En vingt jours, la capacité de la grotte est portée à 16 m3. Comme les premiÚres grottes du Cerbillona, ce nouvel abri est béni par le curé de GÚdre, Pascal CarrÚre[25]. Dans les années qui suivent, Henry Russell séjourne réguliÚrement dans ses grottes, dont il assure l'entretien. En 1894, il réalise sa vingt-cinquiÚme ascension du Vignemale, célébrant à cette occasion ce qu'il nomme ses « noces d'argent » avec le sommet, en compagnie de son ami Bertrand de Lassus et des guides Henri Passet, Mathieu Haurine et François Bernat-Salles[26]. Il fait ses adieux au Vignemale en 1904, aprÚs une trente-troisiÚme et derniÚre ascension du sommet, le . Pendant ce dernier séjour sur sa montagne fétiche, long de dix-sept jours, il observe la fonte spectaculaire du glacier d'Ossoue et fait construire une petite tour carrée de trois mÚtres de hauteur afin de rectifier l'altitude du sommet en la portant au-dessus de 3 300 mÚtres. Ses deux premiÚres tentatives, les années précédentes, n'avaient pas résisté aux intempéries[27],[28].

Les réceptions dans les grottes

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Photographie montrant un groupe d'hommes posant devant un abri creusé dans la montagne.
Henry Russell et ses guides devant la « Villa Russell » en 1882.

DotĂ© lui-mĂȘme d'un trĂšs grand appĂ©tit et dĂ©crit comme « un voluptueux ami de la bonne chĂšre » par l'Ă©crivain montagnard Henry Spont[29], Henry Russell veille Ă  ce que ses invitĂ©s ne manquent de rien pendant leur sĂ©jour aux grottes du Vignemale. Tous s'accordent pour souligner la qualitĂ© de son accueil, comme en tĂ©moignent les nombreux messages laissĂ©s sur le livre d'or dĂ©posĂ© au sommet de la Pique Longue[30]. Pour accueillir ses invitĂ©s, le comte prĂ©voit systĂ©matiquement des boissons chaudes, comme de la soupe, du thĂ©, du chocolat, du cafĂ© ou du punch brĂ»lant, ainsi que de nombreux aliments solides en conserve. Ses guides effectuent rĂ©guliĂšrement le trajet vers les villages en contrebas pour assurer le ravitaillement[30]. L'un d'entre eux, Mathieu Haurine, devient d'ailleurs le cuisinier attitrĂ© du comte pendant ces sĂ©jours[31].

Photographie montrant deux hommes à l'entrée d'une grotte, prise depuis le fond de la grotte, le paysage figurant en arriÚre-plan.
Des alpinistes dans une des grottes Russell en 1905.

Henry Russell organise au Vignemale « quelques festins dignes de Lucullus », selon l'expression de sa biographe Monique Dollin du Fresnel. Il propose Ă  ses invitĂ©s, entre autres plats, du fricandeau Ă  l'oseille, du bƓuf Ă  la mode, du veau, du mouton ou des harengs d'Écosse, le tout arrosĂ© de quelques bouteilles de vin. Ces repas s'achĂšvent « dans la fumĂ©e aromatique des tabacs d'Orient »[30], le comte prenant l'habitude de fumer un cigare aprĂšs dĂźner comme il le fait rĂ©guliĂšrement au sommet des montagnes qu'il vient de gravir, en point d'orgue de l'ascension[32]. Henri Brulle, l'un des invitĂ©s les plus rĂ©currents du comte, rapporte dans ses mĂ©moires la valeur de ces agapes : « MĂ©ticuleuse Ă©tait la prĂ©paration des sĂ©jours dans ses grottes. La question du ravitaillement Ă©tait grave, car le chĂątelain troglodyte Ă©tait de grand appĂ©tit et il aimait Ă  recevoir. Aussi, quelle batterie de cuisine ! [
] Les invitations avaient lieu par sĂ©ries combinĂ©es avec un tact impeccable et c'Ă©taient alors des rĂ©unions charmantes et inoubliables. Qui, du reste, parmi nous, les favorisĂ©s, n'affirmeraient que ces nuits furent les meilleures de sa vie[33] ? »

Henry Russell Ă©voque lui-mĂȘme le faste de ces repas gastronomiques Ă  haute altitude dans un article intitulĂ© « L'Avenir du Vignemale », paru dans la Gazette de Cauterets le . Dans ce texte, il imagine, adoptant un ton humoristique, la dĂ©couverte mille ans plus tard de ces grottes par un gĂ©ologue et ses Ă©lĂšves[34] :

« Le Professeur, en cravate blanche, les yeux en l'air, en longue redingote noire (si on en porte encore), et d'un ton magistral : « en ces lieux tout nous parle de la mer : tout la rappelle. Il y avait lĂ  un golfe trĂšs orageux : ces grottes, la mer les a creusĂ©es : voyez les traces des vagues. Puis son niveau ayant baissĂ©, les grottes laissĂ©es Ă  sec sur le rivage furent habitĂ©es par d'affreux troglodytes (peut-ĂȘtre par d'affreux brigands
), qui, comme cela saute aux yeux, vivaient au bord de l'ocĂ©an, puisqu'il y a lĂ  partout des morceaux de homards pĂ©trifiĂ©s, des empreintes de hareng, quelques traces de sardine » [
] Pardon, monsieur, mais voici une arĂȘte de truite, poisson qui ne peut vivre que dans l'eau douce!!! [
] Second Ă©lĂšve : « Monsieur, voici des restes de cailles et des os de poulets !! »[35] »

Les grottes depuis la mort de Russell

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Photographie montrant trois cavités creusées dans la roche.
Les grottes du Cerbillona, en 2007.

AprĂšs la mort du comte Russell, une plaque en bronze exĂ©cutĂ©e par le sculpteur bordelais Gaston Leroux est apposĂ©e au-dessus de l'entrĂ©e de la grotte Paradis, en 1913[36]. Les grottes Russell continuent de recevoir la visite de nombreux ascensionnistes venus s'y abriter[37]. Cependant, depuis le dĂ©but du XXIe siĂšcle, la fonte rapide du glacier d'Ossoue empĂȘche dĂ©sormais d'accĂ©der de plain-pied aux grottes du Cerbillona. En 2017, le glaciologue Pierre RenĂ© met au jour une des portes qui en condamnait l'entrĂ©e et qui avait disparu sous le glacier Ă  la fin du XIXe siĂšcle, lorsque la taille de celui-ci augmentait encore[38].

En 2021, une association, en partenariat avec le parc national des Pyrénées, fait restaurer le cadran solaire que le comte Russell avait disposé sur le flanc d'une des grottes de Bellevue[39].

En 1987, le dessinateur Jean-Claude PertuzĂ© monte au sommet du Vignemale pour y Ă©crire et y dessiner, en vingt-quatre heures, Le jour du Vignemale, un portfolio de 32 planches publiĂ©es par les Ă©ditions LoubatiĂšres. En 2011, une nouvelle version colorisĂ©e paraĂźt sous le titre Vignemale, l’autre jour[40].

Références

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  1. ↑ Dollin du Fresnel 2009, p. 79-89.
  2. ↑ Dollin du Fresnel 2009, p. 157.
  3. ↑ Lasserre-Vergne 2021, p. 77-83.
  4. ↑ Dollin du Fresnel 2009, p. 181.
  5. ↑ Lasserre-Vergne 2021, p. 25-29.
  6. 1 2 Lasserre-Vergne 2021, p. 61-65.
  7. 1 2 Dollin du Fresnel 2009, p. 202-203.
  8. ↑ Henry Russell, Histoire et vicissitudes de mes grottes du Vignemale, Pau, Imprimerie Vignancour, , p. 7.
  9. ↑ Dollin du Fresnel 2009, p. 203-204.
  10. ↑ Dollin du Fresnel 2009, p. 187-189.
  11. 1 2 3 4 5 Dollin du Fresnel 2009, p. 204-206.
  12. ↑ Lasserre-Vergne 2021, p. 91.
  13. ↑ Dollin du Fresnel 2009, p. 207.
  14. ↑ Dollin du Fresnel 2009, p. 207-209.
  15. ↑ Dollin du Fresnel 2009, p. 209-212.
  16. 1 2 Dollin du Fresnel 2009, p. 213-214.
  17. ↑ Henry Russell, « Ma vingtiĂšme ascension au Vignemale », Revue des PyrĂ©nĂ©es et de la France mĂ©ridionale, t. III,‎ 1891 (2e trimestre), p. 273-280 (lire en ligne).
  18. ↑ Jean Escudier, « La villa Miranda », PyrĂ©nĂ©es, no 108,‎ , p. 366-371.
  19. ↑ Dollin du Fresnel 2009, p. 222.
  20. ↑
  21. 1 2 Dollin du Fresnel 2009, p. 218-219.
  22. ↑ Dollin du Fresnel 2009, p. 232.
  23. 1 2 3 Dollin du Fresnel 2009, p. 228-230.
  24. ↑ Charles Cadart, La Concession Russell du Vignemale, Bordeaux, Imprimerie Biùre, , 24 p..
  25. 1 2 Dollin du Fresnel 2009, p. 230-231.
  26. ↑ Dollin du Fresnel 2009, p. 231-233.
  27. ↑ Lasserre-Vergne 2021, p. 97-98.
  28. ↑ Dollin du Fresnel 2009, p. 352.
  29. ↑ Henry Spont, Les PyrĂ©nĂ©es, les stations pyrĂ©nĂ©ennes, la vie en haute montagne, Paris, Perrin, .
  30. 1 2 3 Dollin du Fresnel 2009, p. 210-215.
  31. ↑ Lasserre-Vergne 2021, p. 67.
  32. ↑ Dollin du Fresnel 2009, p. 160-165.
  33. ↑ Henri Brulle, Ascensions : Alpes, PyrĂ©nĂ©es et autres lieux, Pau, PyrĂ©Monde, , 199 p. (ISBN 2-84618-265-5).
  34. ↑ Dollin du Fresnel 2009, p. 214-215.
  35. ↑ Henry Russell, « L'Avenir du Vignemale », La Gazette de Cauterets,‎ .
  36. ↑ Dollin du Fresnel 2009, p. 388-395.
  37. ↑ « Grotte Paradis », sur PyrĂ©nĂ©es-refuges.com (consultĂ© le ).
  38. ↑ Andy BarrĂ©jot, « Vignemale: la fonte du glacier rĂ©vĂšle des secrets plus que centenaires », sur La DĂ©pĂȘche du Midi, (consultĂ© le ).
  39. ↑ Andy BarrĂ©jot, « Vignemale : Les grottes de Russell retrouvent leur cadran », sur La Nouvelle RĂ©publique des PyrĂ©nĂ©es, (consultĂ© le ).
  40. ↑ « DĂ©cĂšs de Jean-Claude PertuzĂ©, auteur de BD et illustrateur », sur ActuaLittĂ©, (consultĂ© le ).

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Articles connexes

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Bibliographie

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  • Henri Beraldi, Cent ans aux PyrĂ©nĂ©es, Paris, 1898-1904, sept volumes in-8°. — Réédition par Les Amis du Livre PyrĂ©nĂ©en, Pau, 1977.
  • Monique Dollin du Fresnel, Henry Russell (1834-1909) : Une vie pour les PyrĂ©nĂ©es, Bordeaux, Éditions Sud Ouest, , 463 p. (ISBN 978-2-87901-924-6). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article.
  • Anne Lasserre-Vergne, Henry Russell : montagnard des PyrĂ©nĂ©es, MorlaĂ s, Cairn, coll. « Petite Histoire », , 156 p. (ISBN 978-2-35068-984-5). Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article.
  • Marcel PĂ©rĂšs, Henry Russell et ses Grottes : Le Fou du Vignemale, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, coll. « L'empreinte du temps », , 184 p. (ISBN 9782706115226).
  • Jean-Claude PertuzĂ©, Le Jour du Vignemale, Toulouse, LoubatiĂšres, — bande dessinĂ©e presque entiĂšrement rĂ©alisĂ©e dans la grotte Paradis, les 19 et .