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Nuisance

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La nuisance caractĂ©rise gĂ©nĂ©ralement un fait (une source) perceptible, provoquant une souffrance vĂ©cue et subie. Le bruit est la premiĂšre source de plaintes dans de nombreux pays. D’autres nuisances communes sont l’exposition Ă  la poussiĂšre, Ă  des fumĂ©es, Ă  des vibrations (infrasons), au dĂ©rangement (de jour ou de nuit), Ă  de mauvaises odeurs, Ă  des dĂ©jections, boues (dont d'Ă©puration) ou dĂ©chets divers, Ă  l'exposition Ă  des eaux ou Ă  de l'air polluĂ©, ou encore Ă  l’éclairage nocturne indĂ©sirable ou intrusif (dans ce cas si on y associe les impacts sur la santĂ©, la faune et les Ă©cosystĂšmes, on parle aussi de pollution lumineuse).

Il n'y a pas encore de dĂ©finition consensuelle largement partagĂ©e du concept de nuisance. Ce concept semble en Ă©volution constante, comme ceux de santĂ© et d'atteinte Ă  la santĂ© qui lui sont de plus en plus souvent liĂ©s. Au XXe siĂšcle, le sens commun associe au mot nuisance l'idĂ©e d'inconvĂ©nients, plutĂŽt minimes mais occasionnant une gĂȘne rĂ©elle subie par un ou des individu(s), bien que sans impact rĂ©el ou significatif sur leur santĂ©. Mais Ă  partir des annĂ©es 1970, le concept semble Ă©voluer vers l'idĂ©e d'une offense plus grave Ă  l'individu, liĂ©e Ă  l'exposition chronique ou Ă©pisodique Ă  des Ă©lĂ©ments ou situation dĂ©sagrĂ©ables, nuisibles au bien-ĂȘtre, voire Ă  la santĂ© physique et psychique.

Par dĂ©finition, les nuisances sont difficiles Ă  mesurer car elles dĂ©pendent en partie de l'apprĂ©ciation subjective par celui qui y est exposĂ©. Par exemple, la gĂȘne ou la souffrance induite par une odeur (hors rĂ©ponse allergique marquĂ©e) est difficilement mesurable, bien que plusieurs systĂšmes d'Ă©valuation aient Ă©tĂ© proposĂ©s, y compris une Ă©valuation par des « nez Ă©lectroniques ». Dans le cas du bruit, un sonomĂštre donne un niveau sonore en dĂ©cibels, mais non la gĂȘne induite par une rĂ©pĂ©tition chronique, un caractĂšre imprĂ©visible, le fait qu’il puisse devenir insupportable la nuit, en cas de cĂ©phalĂ©e, etc.

Notion de nuisance

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La notion de nuisance évoque :

  • des stress ressentis au moyen de l'un ou plusieurs de nos cinq sens, alors que la pollution Ă©voque en outre des Ă©lĂ©ments toxiques ou Ă©co-toxiques totalement invisibles et imperceptibles par nos sens (cancĂ©rogĂšnes, radioactivitĂ©, leurres hormonaux, etc.).
  • des stress imposĂ©s par des humains Ă  d'autres humains, sans que celui qui la subit puisse s'y soustraire sans se priver de la libertĂ© de jouir pleinement et naturellement de son environnement, alors que la pollution peut aussi concerner les animaux et plus largement tout l'environnement.
  • des problĂšmes moins graves que ceux Ă©voquĂ©s par le mot pollution. Pourtant, de nombreuses Ă©tudes socio-physio-psychologiques ont montrĂ© que certaines nuisances pouvaient causer de rĂ©els problĂšmes physiologiques (nausĂ©es, vomissements, cĂ©phalĂ©es, troubles cardiovasculaires ou respiratoires, ainsi que des troubles du sommeil et de l'appĂ©tit ou de la sexualitĂ©), pouvant conduire Ă  des troubles chroniques et graves de la santĂ©, dont des dĂ©pressions ou suicides.
  • une part de subjectivitĂ© propre Ă  l’histoire socio-culturelle et psychologique de chacun, qui ne doit pas cacher de rĂ©elles diffĂ©rences individuelles ou variant selon l’ñge dans les capacitĂ©s de perception du bruit, de l’odeur, de la lumiĂšre nocturne, des vibrations, etc.
    Les donnĂ©es scientifiques disponibles permettent rarement de dĂ©partager l'impact direct des impacts rĂ©putĂ©s liĂ©s Ă  une psycho-somatisation. On constate des effets non-toxicologiques sur la santĂ©, c’est-Ă -dire apparaissant Ă  des doses infĂ©rieures aux seuils toxicologiques.
  • une part physiologique objective, mais peu mesurable. Il est possible et plausible que le systĂšme sensoriel humain soit plus ou moins (selon l’individu et l’éducation) apte Ă  dĂ©tecter des dangers rĂ©els dans l’environnement. L'odeur forte du lisier ne traduit-elle pas aussi la dĂ©tection par des cellules spĂ©cialisĂ©es d'ammoniac ou de sulfure d’hydrogĂšne dans l'air inspirĂ©, gaz toxique Ă  une certaine dose pour les poumons et les muqueuses, de mĂȘme que certaines odeurs de fumĂ©e, de parfum, de solvant, d’essence, ou de tabac qui informent de la prĂ©sence rĂ©elle de toxiques dans l’air, mais qui peuvent ĂȘtre vĂ©cue comme agrĂ©ables ou positives selon la culture et l’éducation de chacun).

On a montrĂ© que certaines odeurs ressenties comme dĂ©sagrĂ©ables (ex : lisiers) affectaient des fonctions physiologiques, dont l’activitĂ© cardiaque et cĂ©rĂ©brale, de maniĂšre visible sur l'Ă©lectrocardiogramme et l’électro-encĂ©phalogramme[1] et ceci, chez l’homme comme chez l’animal, ce qui montre que la subjectivitĂ© humaine n’est pas seule en cause.

On a aussi pu constater chez l’Homme une augmentation de la tension artĂ©rielle ou de la tension musculaire du cuir chevelu, et une inhibition de la motilitĂ© gastrique. Divers troubles de la digestion affectant les glandes salivaires, l’estomac, le foie ou l’intestin sont soupçonnĂ©s. On observe diverses rĂ©actions nocives sur l'humeur et les Ă©motions, et sur la performance intellectuelle (dont capacitĂ© d'apprentissage).

Chez l’animal, des effets aigus et chroniques sur le comportement (modifications hormonales, sĂ©crĂ©tion d’adrĂ©naline) et l'activitĂ© Ă©lectrique cĂ©rĂ©brale, en prĂ©sence de faibles concentrations de certains toxiques chimiques dans l’air ou l’eau consommĂ©s sont constatĂ©s[2]. MĂȘme des animaux primitifs tels que la moule ont des rĂ©actions physiologiques lorsqu’exposĂ©s Ă  certains contaminants Ă  trĂšs faibles doses.

Chez l’Homme, les parts respectives du psychique subjectif (qui n’exclut pas une souffrance vraie) et du physiologique restent difficile Ă  Ă©tablir, mais la part physiologique ne peut plus ĂȘtre niĂ©e, qu’elle soit directement liĂ©e au stress (odeur, bruit) ou Ă  ses consĂ©quences dites « psychosomatiques »[3]. Le psychisme humain, complexe, peut selon l’individu et le contexte exacerber le stress (face au bruit ou Ă  l’odeur de la fumĂ©e par ex) ou le diminuer, dangereusement parfois quand il y a phĂ©nomĂšne d’accoutumance et/ou d’addiction (cf cas de surditĂ© induites par le niveau sonore des baffles de concerts ou de voitures, ou cancers du poumon induits par la fumĂ©e du tabac).

  • de possibles synergies entre diffĂ©rents stress : nuisances sonores, visuelles et olfactives surajoutent souvent leurs effets, par exemple en ville, aux abords de voies de transports, d’aĂ©roports, de sites industriels, etc.

Aspects socio-psychologiques

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Une partie importante du stress imposĂ© par les nuisances vient enfin du fait qu’on ne peut gĂ©nĂ©ralement y Ă©chapper ou en supprimer la source autrement que coĂ»teusement, difficilement et/ou en se privant d’une part de libertĂ©.

Concernant certaines odeurs et substances irritantes, vasomotrices et/ou modifiant le goĂ»t, certains composĂ©s organiques volatils prĂ©sents dans les Ă©missions-sources peuvent ĂȘtre adsorbĂ©s sur les vĂȘtements, la peau, les muqueuses, ou absorbĂ©s dans le sang et les tissus (graisseux notamment). Certaines personnes peuvent donc rĂ©ellement continuer Ă  sentir une sensation dĂ©sagrĂ©able, une odeur ou un goĂ»t longtemps (heures, jours) aprĂšs une exposition Ă  ces composĂ©s qu’on peut retrouver dans l’air expirĂ© et/ou sur la peau ou dans la salive.

Vers une normalisation du vocabulaire

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Avec l’apparition dans le droit national et international du principe pollueur-payeur, des principes de prĂ©vention et de prĂ©caution, de responsabilitĂ© sociale des entreprises, les obligations de performance en isolation thermique et phonique, la prise en compte des droits des non-fumeurs, etc. il devient nĂ©cessaire de disposer de dĂ©finitions partagĂ©es des mots nuisance et pollution.

Le dictionnaire (francophone) du vocabulaire normalisé de l'environnement de l'AFNOR a précisé la définition de la pollution et des polluants (altéragÚnes biologiques, physiques ou chimiques), mais le faible tirage de cet ouvrage et le fait qu'il soit payant n'en a pas favorisé une large diffusion.

Les moteurs de recherche spĂ©cialisĂ©s de l'Internet montrent que la dĂ©finition de « nuisance » inclut de plus en plus la notion de danger pour la santĂ© ou l'environnement en plus de celle de gĂȘne qui lui Ă©tait attribuĂ©e.

Certaines définitions regroupent sous ce mot des « éléments du milieu physique ou de l'environnement susceptible de porter atteinte ou d'altérer plus ou moins brutalement et profondément l'équilibre biologique et paysager d'un milieu et de modifier les conditions de vie des populations exposées », incluant « les faits de pollution ».

Définitions juridiques

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La notion de nuisance est utilisée dans le droit de la plupart des pays francophones, avec des acceptions qui varient fortement selon les textes en question, selon l'époque, le contexte et l'interprétation (cf. Jurisprudence).

Exemple : Au Canada, au dĂ©but du XXe siĂšcle, le mot peut prendre un sens particulier lorsqu'associĂ© au qualificatif de « publique ». « Une nuisance publique », dit l'article 221 du Code criminel, est « un acte illĂ©gal ou l'omission de remplir un devoir lĂ©gal, lequel acte ou laquelle omission a pour effet de mettre en danger la vie des gens, la sĂ»retĂ©, la salubritĂ©, les biens ou le bien-ĂȘtre du public, ou qui a pour effet de gĂȘner ou d'entraver le public dans l'exercice ou la jouissance d'un droit commun Ă  tous les sujets de Sa Majesté ».

Notons qu'en France, c'est la loi sur l'air qui a rendu obligatoire la prise en compte des impacts sur la santé par les études d'impact.

En 2006, au Royaume-Uni, une loi a pour la premiÚre fois criminalisé les nuisances lumineuses, permettant à un individu de porter plainte contre un voisin lui imposant un éclairage nocturne, en mentionnant explicitement les impacts possibles sur la santé, mais sans employer l'expression « pollution lumineuse » (light pollution).

C'est dans le domaine de l'urbanisme que le concept de nuisance s'est le plus développé.

Dans le contexte de la common law britannique, les propriétaires et locataires d'immeubles ont droit à la jouissance tranquille de leurs biens. Si un voisin interfÚre, que ce soit par la production de bruit, d'odeurs, de pollution ou toute autre condition qui dépasse les frontiÚres de sa propriété, la personne affectée peut demander réparation pour la nuisance causée.

Dans les lois, le terme « nuisance » est traditionnellement utilisé dans trois sens :

  1. pour décrire l'activité ou la condition qui est nuisible aux autres (e.g., une cheminée polluante, un tas de rebuts)
  2. pour décrire le tort causé par cette activité ou condition (e.g., la fumée, l'odeur)
  3. pour décrire l'obligation légale soulevée par la combinaison des deux

Le développement du zonage a été un remÚde partiel aux problÚmes de nuisances en isolant les activités productrices de nuisances dans des zones précises du territoire urbain.

Notes et références

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  1. ↑ ORIG, T.S., E. HUFFMAN, A. DEMARTINO & J. DEMARCO, 1991. The Effects of Low Concentration Odors on EEG Activity and Behavior. J. Psychophysiol. 5 : 69-77.
    MANLEY, C.H., 1993. Psychophysiological Effects of Odor. Crit. Rev. Food Sci. Nutr. 33 (1) : 57-62.
  2. ↑ (BELL, I.R, G.E. SCHWARTZ, J.M. PETERSON & D. AMEND, 1993. Self-Reported Illness from Chemical Odors in Young Adults Without Clinical Syndromes or Occupational Exposures. Arch. Environ. Health, 48 (1) : 6-13.)
  3. ↑ ROTTON, J., 1983. Affective and Cognitive Consequences of Malodorous Pollution. Basic Appl. Soc. Psychol. 4 : 171-191.
    SHUSTERMAN, D., 1992. Critical Review : The Health Significance of Environmental Odor Pollution. Arch. Environ. Health, 47 (1) :76-87.
    WINNEKE, G. & J. KASTKA, 1977. Odor Pollution and Odor Annoyance Reactions in Industrial Areas of the Rhine-Ruhr Region. Olfaction and TasteVI. Paris, Oxford : IRI, Press, p. 471-479.
    SCHIFFMAN, S.S., E.A. SATTELY MILLER, M.S. SUGGS, B.G. GRAHAM, 1995. The Effect of Environmental Odors Emanating from Commercial Swine Operations on the Mood of Nearby Residents. Brain Research Bulletin, 37 (4) : 369-375.
    LORIG, T.S., 1992. Cognitive and Noncognitive Effects of Odour Exposure : Electrophysiological and Behavioral Evidence. In : VAN TOLLER. S. & G.H. DODD Eds. The Psychology and Biology of Perfume. Elsevier Applied Science, p. 161-173.

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Articles connexes

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Liens externes

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  1. www.fnh.org/naturoscope/abc/n.htm
  2. Dictionnaire français du développement durable, notamment préparé pour Joburg ; www.planetecologie.org/JOBOURG/Français/dictionnaire3.html
  3. www.aon.ca/français/ars/insterms/glossarynof.htm