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Hutu Power

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Hutu Power
Positionnement ExtrĂȘme droite
Idéologie Nationalisme hutu
Ultranationalisme
Anticommunisme
Extrémisme
Nationalisme ethnique

Le Hutu Power est un mouvement idĂ©ologique d'extrĂ©mistes hutus au Rwanda et Burundi partisan du nationalisme ethnique. Son nom tient du mot d'ordre utilisĂ© par ses dignitaires pour exprimer en anglais le pouvoir exclusif des Hutus sur un Rwanda purifiĂ© de la prĂ©sence des Tutsis. Il a d’ailleurs contribuĂ© au GĂ©nocide des Tutsis au Rwanda ainsi qu'au massacre de Hutus modĂ©rĂ©s en 1994.

Le Hutu Power fut fondĂ© en Ă  la suite d'une attaque du Front patriotique rwandais qui mit les forces gouvernementales en dĂ©route et provoquĂšrent la fuite d'un million de civils durant la guerre civile rwandaise. Selon Jean Paul Kimonyo, un conseiller politique au cabinet du prĂ©sident du Rwanda Paul KagamĂ©, son noyau, l’Akazu, est d’ailleurs constituĂ© de proches de la famille de feu l’ancien prĂ©sident Rwandais JuvĂ©nal Habyarimana et de celle de son Ă©pouse, Agathe Habyarimana[1].

Le mouvement a animĂ© le gouvernement intĂ©rimaire rwandais, constituĂ© dans les jours qui suivirent l’attentat du contre le prĂ©sident Habyarimana. Ce gouvernement a entraĂźnĂ© dans son action exterminatrice un grand nombre de paysans, instituteurs, mĂ©decins, universitaires, commerçants, juges, religieux, bourgmestres, prĂ©fets, grĂące Ă  une campagne mĂ©diatique puissante et efficace lancĂ©e depuis 1993, par la Radio Mille collines, et la formation en 1992 d’une milice de jeunes, les Interahamwe[1].

Jean-Pierre Chrétien associe le mouvement au fascisme tropical[2].

Le royaume rwandais était traditionnellement gouverné par un mwami, ou roi, tutsi ; tout indique que les peuples hutus et Twas étaient inclus au sein du gouvernement, bien que le peuple twa fut beaucoup moins représenté que le peuple hutu qui était plus important en nombre d'habitants. La division entre Tutsis et Hutus fait souvent référence à un systÚme de castes. Ainsi, un Hutu pouvait atteindre le rang de Tutsi via le mariage ou son succÚs. Les Tutsis, étant principalement pastoralistes, avaient une place de valeur au sein de la société rwandaise comparés aux agriculteurs Hutus et aux chasseurs-cueilleurs et potiers twas.

La société créa des conceptions de statuts sociaux basées sur les traditions de chaque groupe :

  • Les Twas, travaillant majoritairement directement avec la terre (via la poterie), Ă©taient considĂ©rĂ©s impurs ;
  • Les Hutus, qui travaillent aussi avec la terre, mais moins que les Twas, Ă©taient considĂ©rĂ©s comme moins « purs » que les Tutsis, qui ne travaillaient pas directement avec la terre[3].

Lorsque l’Allemagne et plus tard, la Belgique, colonisĂšrent le royaume, ils rĂ©interprĂ©tĂšrent la stratification comme une division de races ou d’ethnies, perçue Ă  travers les hypothĂšses hamitiques. Des auteurs europĂ©ens comme John Hanning Speke ont dĂ©crit des Tutsis comme Ă©tant d’origine ‘hamitique’, ayant constituĂ© une invasion nilotique de l’Éthiopie moderne, amenant la civilisation Ă  la ‘race’ nĂšgre[4]. Cela a eu comme rĂ©sultat un favoritisme envers les Tutsis, aux dĂ©pens des Hutus et Twas par l’administration coloniale. De plus, ils imposĂšrent un systĂšme de cartes d’identitĂ© et de classification ethnique en recensement, ce qui renforça la division ethnique artificielle et contribua aux tensions entre les groupes.

Changement dans la domination coloniale belge

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Vers la fin de la domination belge, le gouvernement commença Ă  favoriser le groupe hutu, qui s’organisait pour plus d’influence. Les fonctionnaires coloniaux flamands, hostiles vis-Ă -vis de leurs voisins français en Europe, sympathisĂšrent avec le peuple Hutu, puisqu’ils voyaient des similaritĂ©s d’oppression.[rĂ©f. nĂ©cessaire] De façon plus significative, l’administration belge craignait la montĂ©e du communisme et d’un rĂ©gime socialiste panafricain menĂ© par Patrice Lumumba de la RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo. Puis, le haut rĂ©sident Guillaume Logiest[5] organisa les premiĂšres Ă©lections dĂ©mocratiques au Rwanda afin d’éviter d’autres politiques radicales. En tant que population majoritaire, les Hutus Ă©lurent leurs candidats Ă  la majoritĂ© des postes au sein du nouveau gouvernement.

Création du Hutu Power

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À la suite du coup d'État de 1973, le prĂ©sident de la seconde rĂ©publique, d’ethnie hutue et nordiste, utilisa les tensions ethniques afin d'asseoir son pouvoir. Des radicaux Hutus, travaillant avec son groupe cooptĂšrent l’hypothĂšse hamitique, dĂ©crivant le peuple tutsi comme des Ă©trangers, envahisseurs et oppresseurs du Rwanda. Quelques radicaux Hutus demandĂšrent mĂȘme que les Tutsis soient « renvoyĂ©s en Éthiopie », en rĂ©fĂ©rence Ă  leur supposĂ©e terre natale. Ce nouveau concept de Hutu Power idĂ©alisa une prĂ©-« invasion » du Rwanda : un territoire « ethniquement pur » dominĂ© par les Hutus.

Sous Habyarimana

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En 1973, le gĂ©nĂ©ral et ministre de la dĂ©fense, JuvĂ©nal Habyarimana, d’origine hutue, soutenu par des Rwandais plus radicaux du Nord, renversa Kayibanda en ordonnant de le faire tuer, lui et sa femme. Beaucoup de ses supporteurs venaient de son district du nord, descendants des royaumes Hutus qui ont Ă©tĂ© semi-autonomes avant la pĂ©riode de colonisation. L’administration sortante donna raison aux Tutsis, alors que la violence soutenue par le gouvernement Ă©tait plus sporadique que sous Kayibanda.

Avec des conditions Ă©conomiques difficiles et les menaces d’invasion du FPR, Habyarimana se mit Ă  encourager les tensions ethniques.

Voix du Hutu Power

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Le Hutu Power acquit une variété de porte-paroles. Hassan Ngeze, un entrepreneur recruté par le gouvernement pour combattre la publication Kanguka, créa et édita Kangura, un journal radical du mouvement Hutu Power. Il publia les « dix commandements du Hutu », qui incluait entre autres :

  • Les Hutus et Tutsis ne devraient pas se marier ensemble ;
  • Le systĂšme d’éducation se doit d’ĂȘtre composĂ© d’une majoritĂ© hutue (reflĂ©tant la population) ; et
  • Les forces armĂ©es rwandaises devraient ĂȘtre exclusivement hutues.

Radio TĂ©lĂ©vision Libre des Mille Collines diffuse des Ă©missions de radio suggĂ©rant de ne plus tolĂ©rer le peuple tutsi, rĂ©pĂ©tant les 10 commandements hutus, et crĂ©ant du support Ă  l’idĂ©ologie du Hutu Power. Il s’agissait lĂ  d’une tentative de mobilisation de la population pour aider Ă  Ă©radiquer les Tutsis, qui Ă©taient alors considĂ©rĂ©s comme des menaces Ă  l’ordre social et politique atteint depuis l’indĂ©pendance[6],[7]. Le politicien LĂ©on Mugesera fit un discours :

« Do not be afraid, know that anyone whose neck you do not cut is the one who will cut your neck
 Let them pack their bags, let them get going, so that no one will return here to talk and no one will bring scraps claiming to be flags! »[8]

« Ne soyez pas effrayĂ©s, sachez que quiconque Ă  qui vous ne tranchez pas le cou tranchera le vĂŽtre
 Laissez-les faire leurs bagages, laissez-les aller, pour que personne ne revienne ici pour parler et que personne ne ramĂšne de restes en les faisant passer pour des drapeaux ! »

Les programmes radio référaient fréquemment aux Tutsis comme inyenzi, un mot kinyarwanda qui signifie « cafard ».

Mobilisation pour génocide

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Durant les tentatives de nĂ©gociation qui aboutirent aux accords d'Arusha entre le gouvernement rwandais et le FPR pour mettre un terme Ă  la guerre civile rwandaise dĂ©butĂ©e en 1990, des radicaux hutus commencĂšrent Ă  rapporter qu’Habyarimana se faisait manipuler par des Tutsis et des Hutus modĂ©rĂ©s. Ils calomniĂšrent la PremiĂšre ministre du moment Agathe Uwilingiyimana[9].

Suivant l’assassinat d’Habyarimana, un geste que les gens ont d’abord spĂ©culĂ© avoir Ă©tĂ© fait par des extrĂ©mistes tutsis, les forces du Hutu Power mobilisĂšrent les milices, plus particuliĂšrement Interahamwe, ainsi que la population, afin de transporter les milliers de corps rĂ©sultant des massacres du gĂ©nocide rwandais. La garde prĂ©sidentielle assassina la PremiĂšre ministre Uwilingiyimana ainsi que de nombreux autres officiers et responsables politiques modĂ©rĂ©s du gouvernement opposĂ©s Ă  la violence.

Conséquences

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Plusieurs porte-paroles du Hutu Power ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s aprĂšs le gĂ©nocide, accusĂ©s et convoquĂ©s Ă  des procĂšs.

  • Ngeze fut arrĂȘtĂ© et condamnĂ© Ă  35 ans d’emprisonnement.
  • En 2005, Mugesera fut dĂ©portĂ© du Canada au Rwanda afin d’obtenir procĂšs pour son rĂŽle dans le massacre[10],[11].

Notes et références

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  1. 1 2 Jean-Paul Kimonyo, « Rwanda, un génocide populaire » (consulté le ).
  2. ↑ Jean-Pierre ChrĂ©tien, Rwanda, les mĂ©dias du gĂ©nocide, Karthala, , 397 p. (ISBN 978-2-86537-621-6, lire en ligne).
  3. ↑ (en) Christopher Taylor, Sacrifice as Terror, Berg Publishers, .
  4. ↑ (en) Philip Gourevitch, We Wish to Inform You That Tomorrow We Will be Killed With Our Families : Stories from Rwanda, Picador, .
  5. ↑ (en) « Belgian residents », Rwanda, World Statesmen, consultĂ© le 18 janvier 2010.
  6. ↑ (en) Joan et Dixon Kamukama (2000). « Kakwenzire », in The Path of a Genocide: The Rwanda Crisis from Uganda to Zaire, Howard Adelman et Astri Suhrke (eds). London: Transaction Publishers, p. 75.
  7. ↑ (en) Chalk, Frank (2002). « Hate Radio in Rwanda », in The Path of a Genocide: The Rwanda Crisis from Uganda to Zaire, Howard Adelman et Astri Suhrke (eds). London: Transaction Publishers.
  8. ↑ (en) Supreme Court of Canada - Decisions - Mugesera v. Canada (Minister of Citizenship and Immigration) « Copie archivĂ©e » (version du sur archive.org).
  9. ↑ (en) Jones, Bruce (2000). « The Arusha Peace Process », in The Path of a Genocide: The Rwanda Crisis from Uganda to Zaire, Howard Adelman et Astri Suhrke (eds). London: Transaction Publishers. p. 146.
  10. ↑ CTV.ca | "Top court upholds Mugesera deportation order", CTV Canada.
  11. ↑ (en) "Hutu Power – Aftermath".

Articles connexes

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