Aller au contenu

Idinarru

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Idinarru est un terme basque dĂ©signant une peau de bƓuf. Dans la tradition orale du Pays basque, le mot dĂ©signe notamment une peau transformĂ©e en sac, auquel les lĂ©gendes attribuent la fonction de mesure pour les cĂ©rĂ©ales et les piĂšces d'or. Le terme est Ă©galement associĂ© Ă  des rĂ©cits de trĂ©sors enfouis sous des pierres, dans des dolmens, des montagnes et des cavernes[1],[2].

Les ethnologues José Miguel de Barandiaran et d'autres collecteurs de traditions populaires ont recensé plusieurs de ces récits. Les trésors prennent des formes diverses selon les lieux : peaux animales remplies d'or, coffres, caisses, cloches ou objets attribués à la déesse Mari[3].

Étymologie

[modifier | modifier le code]

Le terme idi signifie « bƓuf » en basque. Narru dĂ©signe la peau ou le cuir, et constitue une variante lexicale de larru, qui possĂšde le mĂȘme sens[4]. La forme idinarru est ainsi associĂ©e Ă  la peau de bƓuf dans les ouvrages ethnographiques consacrĂ©s Ă  la mythologie basque[1].

Les trésors cachés

[modifier | modifier le code]

Ereñusarre et Maruelexea

[modifier | modifier le code]

Le mont Ereñozar, également appelé Ereñusarre, à Ereño dans la région de Biscaye, est associé à une légende d'idinarru rempli de piÚces d'or. Selon une tradition locale, le trésor serait enterré entre l'ermitage de saint Michel, situé au sommet, et la grotte de Santimamiñe, au pied de la montagne. Cette croyance est rapportée dans le dictionnaire ethnographique d'Urdaibai[2].

Un autre trĂ©sor est associĂ© Ă  Maruelexea, Ă©galement appelĂ© Maruelexa ou Marueleza, sur le mont Arrola, prĂšs de Nabarniz. Le site comporte les vestiges d'une enceinte fortifiĂ©e ancienne. La tradition rapporte qu'un trĂ©sor y est enfoui et qu'un chaudron apparaĂźt au lever du soleil le jour de la Saint-Jean, Ă  l'endroit oĂč se trouve le dĂ©pĂŽt. Cette derniĂšre rĂ©fĂ©rence sert uniquement Ă  retrouver la piste documentaire : une source encyclopĂ©dique indĂ©pendante reste Ă  Ă©tablir pour le dĂ©tail du chaudron.

Les peaux animales et les objets en or

[modifier | modifier le code]

Les traditions recueillies par Barandiaran et reprises dans des compilations consacrées à la mythologie basque attribuent des trésors à plusieurs autres sites :

  • Au mont Goikogane, dans la commune d'Arrankudiaga, il s'agirait d'une peau de chĂšvre remplie d'or[5].
  • À Igozmendi, prĂšs d'Aulestia, une cloche en or serait enfouie[3].
  • À Aritz, dans la rĂ©gion de Leitza, un coffre rempli d'or serait cachĂ©[3].

Dans le massif d'Aralar, une dévidoir en or serait la propriété de Mari[3]. Dans les montagnes de Placencia, un levier en or serait enfoui[3].

  • À Udalatx, une caisse remplie d'or est Ă©galement mentionnĂ©e dans les traditions locales[3].
  • À Saibei, (ou Saibi / Saibigain) lieu mythique de la tradition basque situĂ© dans le parc naturel d'Urkiola, un trĂ©sor est signalĂ© dans les rĂ©cits consacrĂ©s aux richesses cachĂ©es des montagnes basques[3].
  • À Intxurre, ancien site fortifiĂ© situĂ© au-dessus d'Aldaba, une cloche remplie d'or est mentionnĂ©e[3].
  • À Aizpitarte, prĂšs d'Errenteria, un coffre rempli d'or serait enfoui[3].
  • Dans la maison Oregi, Ă  Osintxu, la tradition situe une auge de maçon et un levier en or[3].

Ces indications sont des témoignages de folklore rapportés dans les compilations ethnographiques ; elles ne constituent pas des preuves de l'existence matérielle des trésors. Pour plusieurs de ces lieux, la référence précise à la page de Barandiaran reste à vérifier.

Les grottes et les cavernes

[modifier | modifier le code]

Plusieurs cavités naturelles sont également associées à des trésors cachés :

  • Dans la grotte de Mairuelegorreta, dans le massif de Gorbeia, une tradition situe de l'or enfoui. Le guide patrimonial du massif du Gorbeia rapporte cette lĂ©gende parmi les rĂ©cits locaux de trĂ©sors souterrains[6].
  • Dans les grottes de Baltzola, Ă  Dima, les rĂ©cits traditionnels Ă©voquent des richesses souterraines. Les collectes ethnographiques rapportent notamment une lĂ©gende dans laquelle une crĂ©ature surnaturelle remet de l'or Ă  un berger[7].
  • Dans la grotte d'Iruaxpe, prĂšs de Goronaeta, un trĂ©sor est Ă©galement mentionnĂ© dans les compilations de lĂ©gendes basques[3].
  • À Maltsoenborda, dans la rĂ©gion d'Urepel, un rĂ©cipient de mesure rempli d'or est signalĂ© dans la tradition orale[3].
  • Dans une caverne du mont Auza, prĂšs d'Urepel, un trĂ©sor serait gardĂ© par un serpent et un bouc. Cette lĂ©gende est associĂ©e au dicton basque suivant :

« Auza, han baduk gauza, baino neok ezin ar. »

— Traduction : « Auza, tu as lĂ  des richesses, mais personne ne peut les prendre. »

Le récit figure dans des travaux consacrés aux légendes des montagnes de Navarre et du Pays basque[8].

Les dolmens entre Elgoibar et Irukutzeta

[modifier | modifier le code]

Les montagnes situées entre Elgoibar et le sommet d'Irukutzeta sont associées à plusieurs récits de trésors enfouis dans des dolmens. Les traditions rapportées mentionnent des caisses remplies d'or et une cloche en or que des personnes auraient tenté de déterrer sans succÚs[3].

Dans un article publiĂ© en 1963, Barandiaran rapporte une tradition comparable concernant le dolmen d'Estrakinburu, prĂšs de Markina-Xemein. Selon les habitants, le monument renfermerait un idinarru rempli d'or, qui ne serait dĂ©couvert qu'avant la fin du monde grĂące au sabot d'un mouton. La tradition situe Ă©galement le trĂ©sor Ă  l'endroit de la montagne oĂč apparaissent les premiers rayons du soleil[9].

D'autres rĂ©cits mentionnent des trĂ©sors enterrĂ©s sous un rocher au col d'Austegarmin, sur le massif de Gorbeia, et dans le dolmen de Pagozarreta. Une pierre dressĂ©e ou couchĂ©e pouvait elle-mĂȘme ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme la cache d'un trĂ©sor. La documentation sur les monuments mĂ©galithiques basques confirme l'existence de telles lĂ©gendes, notamment autour du site d'Austegarmin[10].

Interprétation

[modifier | modifier le code]

Les légendes d'idinarru s'inscrivent dans un ensemble plus large de récits basques consacrés aux trésors enfouis. Ceux-ci sont souvent associés à des monuments anciens, des rochers remarquables, des grottes et des sommets. Les objets varient d'un lieu à l'autre, mais le motif du trésor souterrain revient fréquemment dans les traditions orales recensées par les ethnologues[2],[9].

Les fouilles rĂ©alisĂ©es sur certains monuments mĂ©galithiques tĂ©moignent parfois de tentatives anciennes pour retrouver ces richesses supposĂ©es. Elles ne permettent toutefois pas de confirmer les trĂ©sors dĂ©crits dans les rĂ©cits. Les lĂ©gendes doivent ainsi ĂȘtre considĂ©rĂ©es comme des documents sur les croyances populaires et les reprĂ©sentations traditionnelles du paysage, plutĂŽt que comme des indications archĂ©ologiques fiables.

Références

[modifier | modifier le code]
  1. 1 2 (es) « Mitología », Auñamendi Eusko Entziklopedia (consulté le )
  2. 1 2 3 (es) « Mitologia hiztegia », Urdaibai Biosfera Erreserba (consulté le )
  3. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 (es) José Miguel de Barandiaran, Diccionario ilustrado de la mitología vasca y algunas de sus fuentes, Bilbao, La Gran Enciclopedia Vasca,
  4. ↑ (eu) « Egungo Euskararen Hiztegia : narru », UniversitĂ© du Pays basque (UPV/EHU) (consultĂ© le )
  5. ↑ (es) « Mundo mĂĄgico: Arrankudiaga », Dantzak (consultĂ© le )
  6. ↑ (eu) « Gorbeia », DĂ©putation forale de Biscaye (consultĂ© le )
  7. ↑ (es) « Patrimonio arqueolĂłgico vasco en el municipio de Dima », DĂ©putation forale de Biscaye
  8. ↑ (es) « Auza », Rutas Navarra / Napar Bideak (consultĂ© le )
  9. 1 2 (es) JosĂ© Miguel de Barandiaran, « Nota acerca de algunas investigaciones prehistĂłricas realizadas en el PaĂ­s Vasco desde el año 1933 hasta el de 1936 », Anuario de Eusko-Folklore, vol. 20,‎ , p. 117-125 (lire en ligne)
  10. ↑ (es) « Menhir », Auñamendi Eusko Entziklopedia (consultĂ© le )

Bibliographie

[modifier | modifier le code]